Guy Cogeval, le président du musée d’Orsay, aime faire vibrer les arts entre eux ; pour preuve, la partie dédiée aux arts décoratifs inaugurée l’an dernier (voir Le nouvel Orsay), pour preuve encore cette exposition présentée depuis fin septembre à Orsay, avant d’aller faire étapes au Metropolitan Museum of Art de New York puis au Art Institute de Chicago, deux institutions co-organisatrices de l’événement avec le musée d’Orsay, auquel participe également Galliera, le Musée de la Mode de la ville de Paris.
Ici, aux chefs d’œuvres de l’impressionnisme et autres admirables tableaux du XIXème français, il associe ce que nous aimons appeler « l’étoffe » au sens large, à savoir robes, costumes, mais aussi souliers, chapeaux, gants et ombrelles… Et, dans la même aventure, tout ce qui à l’époque en faisait la promotion, intéressée ou simplement passionnée : catalogues de modes édités par les grands magasins qui ouvrent au même moment ; revues ; gravures ; photos, mais aussi écrits des artistes qui rendaient compte de leurs temps, Mallarmé, Baudelaire et bien sûr Zola dans le Bonheur des dames. L’on découvre ainsi que c’est dans ce second XIX° siècle que la « mode » a été inventée. Le processus d’élaboration d’une robe, passionnant, nous est expliqué : du dessin général jusqu’à la réalisation sur mesure, en passant par l’adaptation du modèle et le choix du tissu, si les grandes tendances étaient diffusées et suivies (comme le passage de la crinoline à la tournure), chaque robe était alors individualisée, unique.
Des merveilles de finitions, ruchés, galons et broderies, sur de fines toiles de coton pour le jour et la belle saison, sur des soieries unies ou façonnées pour le soir ; des corsages fermés jusqu’aux décolletés réservés au bal et à l’opéra ; des accessoires qui faisaient tout autant le geste et l’allure que la fonction… tout nous est montré, raconté, au fil d’un éblouissant parcours en neuf « tableaux » mis scène par Robert Carsen, le célèbre metteur en scène d’opéra (voir Les contes d’Hoffmann notamment).
Ceci est une lecture de l’exposition : elle pourrait être la seule, on serait déjà ravi. Mais sa profonde originalité vient de ce qu’à la mode elle fait répondre les Impressionnistes, ces grands fous du XIXème qui se sont mis en tête de peindre l’air du temps, la vibration de la lumière, la sensation fugitive et l’émotion de l’instant… Scènes de la vie urbaine croquée sur le vif, attitudes naturelles et spontanées, ils renouvellent la scène de genre et le portrait. Ce faisant, ils rendent aux étoffes leurs mouvements, leurs reflets, leur transparence, qu’il s’agisse d’une modiste chez Degas, d’un costume masculin chez Caillebotte, d’une riche robe chez Renoir et d’une blanche mousseline chez Monet… tout cela vit, prend la lumière éclatante du soleil ou joue avec la fée électricité sous les lambris du soir et, en définitive, montre toute une société – huppée – dans son époque au quotidien.
Ceux que la mode assomme ne verront dans cette « dramaturgie » que le prétexte à mettre en valeur de magnifiques tableaux, dont beaucoup ont – exceptionnellement – traversé l’Atlantique pour retrouver, pour un temps seulement hélas, leur place toute naturelle, là où sont nés en même temps les deux grands modernismes que furent la peinture impressionniste et… la mode.
L’impressionnisme et la mode
Musée d’Orsay
1 rue de la Légion d’Honneur – Paris 7°
Ouverture de 9h30 à 18h du mar. au dim. et jsq 21h45 le jeu.
Fermeture le lun., les 1er janvier, 1er mai et 25 décembre
Entrée 12 euros (tarif réduit 9 euros)
Jusqu’au 20 janvier 2013
Images :
Pierre-Auguste Renoir, Danse à la ville, 1883, huile sur toile 180 x 90, Paris, Musée d’Orsay c/ RMN (Musée d’Orsay) / Hervé Lewandowski
Anonyme, Robe de Madame Bartholomé porté dans le tableau d’Albert Bartholomé, 1880, Paris, Musée d’Orsay, don de la galerie Charles et André Bailly, 1991 c/ Musée d’Orsay, dist. RMN / Patrice Schmidt
Soirées théâtrales contrastées en cette rentrée : d’un vendredi à l’autre, l’on a ainsi pu passer de Valère Novarina, dont L’Atelier volant est donné au théâtre du Rond-Point, à Shakespeare, dont Macbeth est joué au théâtre Ranelagh. La première est d’un ennui abyssal ; la deuxième rappelle que le théâtre peut encore captiver.
Puis, quand on passe un peu plus de temps face aux peintures, ébloui par la douceur des couleurs, à la fois chaleureuses et délavées, mille détails échappés au premier coup d’œil apparaissent ; ici, un couple qui s’embrasse, là des gondoliers à l’œuvre, plus loin des gens qui échangent quelques mots. Souvent, le peintre emploie dans le registre des détails des couleurs tout autres, comme le noir, mais surtout le rouge vif, qui vient se poser sur le bonnet d’un marinier, la culotte d’un promeneur ou la jupe d’une dame.
Cette exposition, parce qu’elle est la première d’envergure du Français Laurent Grasso, sera pour beaucoup une révélation.
Le propos de l’exposition tourne autour de la perception, du visible et du caché ; de l’observation et des croyances.
C’est encore la beauté d’une photo très douce, à la lumière vintage et chaleureuse qui pourtant n’enjolive pas tout, Soderbergh montrant la Floride telle qu’elle est, y compris dans ce qu’elle a d’un peu triste.
Mais on peut aussi découvrir ou redécouvrir des films plus anciens, comme le dernier Ken Loach ou le Batman, voire très anciens, comme Femmes entre elles daté de 1955 et ressorti ce 1er août.
A voir aussi La part des anges de Ken Loach. Il commence dans le misérabilisme le plus poisseux qui soit pour évoluer rapidement vers une intrigue aussi singulière que délicieuse, à laquelle on s’arrime sans forcer, d’autant moins que le personnage principal, admirablement joué par Paul Brannigan, et ses compagnons, tout aussi bien interprétés, sont des plus attachants. Pour finir, ce film constitue une comédie très haute en saveurs…
Enfin, dans un tout autre style, The Dark Knight Rises, le dernier épisode de la saga Batman signée Christopher Nolan est un très bon film d’actions, certes un poil long (la fin aurait pu être allégée d’une bonne vingtaine de minutes), mais évitant la surenchère d’effets spéciaux et bénéficiant de plans superbes, d’un scénario bien ficelé et d’une distribution très honorable : Christian Bale, Gary Oldman, Anne Hathaway et Morgan Freeman entre autres…
Plus que deux semaines pour découvrir l’exposition consacrée à Yutaka Takanashi, photographe né à Tokyo en 1935 et l’un des plus importants du XXème siècle japonais.
Les séries Machi (La ville) et Golden-gai Bars exposées au deuxième étage sont peut-être plus émouvantes encore, bien qu’elles ne montrent que des lieux. Mais c’est peut-être aussi le contraste entre les deux parties de l’exposition qui contribue à cette émotion. Il s’agit ici de photos en couleurs de plus grands formats, prises au milieu des années 1970 et au début des années 1980 dans des quartiers populaires et traditionnels de Tokyo : boutiques, bars, échoppes d’artisans.