Ciné-roman. Roger Grenier

Ce prix Fémina 1972 est un hommage aux petits cinémas de quartier, avec toute la nostalgie dont fait preuve l’auteur, car la dimension autobiographique y paraît évidente.

François est adolescent lorsque ses parents décident d’acheter un cinéma dans un quartier excentré d’une ville du sud- ouest de la France. Le peu de réussite économique de l’affaire le conduit à en devenir le projectionniste et il se prend de passion pour le lieu. Le roman décrit précisément l’ambiance de ces années 1930-40, mais les films à l’affiche de l’époque n’évoquent pas grand-chose au lecteur d’aujourd’hui, ainsi « Mademoiselle Josette, ma femme » ou « Le sexe faible ».

Peu d’événements sortent du cadre de la vie difficile de ce cinéma, mais Roger Grenier nous rappelle la tenue, non réservée aux seuls États-Unis, et ce jusque dans nos petites villes, des affreux marathons de danse, alors que le cinéma est accolé à un dancing: « A ce moment, la danseuse n° 12, celle aux jolis bras minces, s’effondra. Dans sa chute, elle entraîna son partenaire, qui n’avait plus la force de la soutenir. Deux autre couples trébuchèrent et tombèrent sur eux. Le speaker, fatigué lui aussi, haussa à peine le ton pour commenter la chute ».

L’écriture ne prend du relief que rarement : « L’écran était sacré, le symbole essentiel du cinéma, l’hostie géante où le Dieu apparaissait. De loin, avec sa bordure noire, il ressemblait à un faire-part de deuil et soudain il était la vie ». Le plus souvent le style est simple, et seul l’intérêt pour l’avenir du Magic Palace fait poursuivre la lecture, mais on retrouve aussi la vieille atmosphère des salles, à la projection d’un Laurel et Hardy : « Un public qui attend la projection d’un film comique ne fait pas le même bruit que celui qui est venu pour un drame. Il y a une excitation dans l’air, comme si les spectateurs avaient apporté leurs rires avec eux, et avaient du mal à les faire tenir tranquilles et à les empêcher de s’échapper avant le bon moment ».

Le roman fait appel aux secrets des films qui, on ne sait pourquoi, ont marqué la mémoire, peut-être simplement parce qu’on les a vus au jeune âge : « Ces films ne seraient jamais pour lui comme les autres films. Inclassables, injugeables. Bons ou mauvais, célèbres ou obscurs, ils faisaient partie de sa vie intime, la plus incommunicable peut-être ».

Andreossi

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