Tourbillons à Toulouse

Tourbillons, Lais BodanzkyAux Rencontres des Cinémas d’Amérique latine de Toulouse, entre deux films argentins qui explorent les thématiques récurrentes depuis une dizaine d’années du cinéma argentin (l’homosexualité, la religion, la violence), l’heureuse surprise vient cette année d’un film brésilien, présenté hors compétition dans la section "Panorama".

Tourbillons, dont le titre original « Chega de Saudade » évoque plus directement l’unité de lieu du film – un dancing de São Paulo – aborde pourtant un sujet glissant. Risques de condescendance, d’accumulation des clichés, sans compter celui de tourner en rond. Laís Bodanzky les évite tous avec une solide maîtrise pour nous offrir un film très emballant.

Tourbillons se déroule pratiquement de bout en bout dans un bal d’habitués d’âge mûr que l’on va suivre de son ouverture en début de soirée jusqu’à sa fermeture à minuit. Pendant ces quelques heures denses, la caméra souple et inspirée du Brésilien suit ces hommes et ces femmes, couples légitimes ou de circonstances, amis et amies, célibataires, divorcés, veufs faux et vrais.
Les années ont argenté les tempes et plissé les peaux, mais laissé intact le goût du tango, de la rumba et du cha-cha-cha, l’admiration pour la précision d’un pas, la grâce d’un chaloupé et l’harmonie d’un duo. Les sandales dorées ont toujours le talon haut et fier, les yeux et les bouches leur rimmel pailleté, les hommes leur bagout et leur torse engageant.

Tourbillons à ToulouseLaís Bodanzky ne filme pourtant pas une micro-société vieillissante qui refuserait son âge ou se donnerait l’illusion de revivre sa jeunesse éternellement. Tourbillons ne donne d’ailleurs rien "en spectacle" : il est avec ses personnages, au plus près d’eux, à hauteur d’eux. Il les aime, nous les fait aimer et nous empêche de les juger. Ces hommes et ces femmes acceptent leur âge et le considèrent avec beaucoup de lucidité, ce qui ouvre la porte à l’humour, un humour parfois doux-amer, parfois même cruel.
Et si tous sont des fous de danse, c’est la vie qu’ils viennent chercher avant tout à la Chega de Saudade. A un moment donné, deux femmes se crêpent le chignon au sujet d’un homme qui est le mari de l’une et l’amant de l’autre. La première dit à la seconde : "Tu ne sais pas ce que c’est que l’amour !". Et l’amante de répondre : "Moi, ce qui m’intéresse, c’est de me sentir vivante !".

De vie, le dancing n’en manque pas. Il est le lieu où se se retrouvent les peurs et les doutes, l’âge, la mort, la jalousie, l’abandon ; mais aussi ce qui peut en sauver, au moins pour un temps, l’amour, l’amitié, la fidélité, la confiance, la dignité.
Laís Bodanzky caresse les drames, surprend les instants de mélancolie, de sensualité et de colère sans détour mais avec délicatesse, et nous donne le plaisir de voir exister des personnages magnifiques, de leur laisser nous apprendre des choses sur eux-mêmes, sur nous-mêmes et sur la vie, quelque chose de gai et d’un peu douloureux, mais qui vaut le coup d’être dansé, en gardant sa souplesse, son rythme et sa superbe.

Tourbillons / Chega de Saudade
De Laís Bodanzky
Brésil – 2007 – 1h35
Scénario : Luis Bolognesi
Interprétation : Tonia Carrero, Leonardo Villar, Cassia Kiss, Betty Faria, …
Distribution : Arte cinéma

Le site du film

Le palmarès des 21° Rencontres des Cinémas d’Amérique latine de Toulouse qui s’achèvent aujourd’hui

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