La route. John Hillcoat

film la route de John HillcoatOn était curieux de découvrir l’adaptation cinématographique du livre sobre et fort de Cormac McCarthy, La route, Prix Pulitzer 2007 et très grand succès de librairie des deux côtés de l’Atlantique (lire le billet du 8 avril 2008).

Sensation rare, dès les premières images, les paysages post-apocalyptiques d’arbres calcinés et de cendres correspondent exactement à ceux que l’on imagine en lisant le roman. Même immensité, même désolation, couleurs grisâtres, bruns sales, humidité collante et ciel sans cesse en menaces. On ignore ce qui s’est passé exactement, et surtout pourquoi, mais ce furent des "crêtes en feu, suivies d’éclairs foudroyants", puis le noir, le froid, la disparition de la faune et de la flore, la faim.
Les hommes eux-mêmes se sont presque éteints, ceux qui restent, à l’instar de ce père (joué par Viggo Mortensen, impeccable) et de son fils de dix ans, lancés comme ils peuvent sur la route du Sud, poussant un charriot, épuisés, cherchent minute après minute à se protéger du froid, à se nourrir, et même à échapper aux autres survivants. Nombre d’entre eux sont devenus cannibales, organisant des battues à l’homme et des garde-mangers humains.
On n’en finit pas de frissonner, de se glacer devant cette humanité gagnée par l’horreur, suivant le rythme à la fois lent et tendu de John Hillcoat, celui-là même de l’écriture de McCarthy. Si au passage à l’écran le récit perd un peu de sa force émotionnelle, en particulier dans la scène finale, ici beaucoup moins bouleversante, il n’en demeure pas moins que la réalisation de John Hillcoat, grâce au jeu de ses interprètes, grâce à une puissance impressionnante dans la reconstitution des scènes de traque et de combat, restitue la substantifique moëlle d’une histoire qui nous plonge dans des questions anciennes, essentielles de l’humanité. Et les dialogues entre le père et le fils, très épurés mais beaux et touchants, fournissent une partie des réponses.

La route
Un film de John Hillcoat
Avec Viggo Mortensen, Kodi Smit-McPhee, Guy Pearce
Durée : 1 h 59

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3 réflexions au sujet de « La route. John Hillcoat »

  1. Bonsoir et pour commencer meilleurs voeux.

    Comme d’habitude, je n’ai pas encore vu le film. Mais j’ai profité du bénéfique congés de fin d’année, pour lire le livre (d’un trait). Première remarque, il me semble déceler un lien continu entre "No country for the old man" et "La route". Dans les deux cas, les personnages paraissent perdus dans un monde aux moeurs sauvages et qui leur échappe complètement. Le premier est un flic dépité par les nouvelles méthodes criminelles (un peu comme si l’on comparait les spécialistes du perçage de coffre à la Alphonse Boudard et les dynamiteurs de distributeurs). Le deuxième, un père itinérant qui traine son fils et les souvenirs d’un monde déchu à travers le chaos (le passage dans la maison de son enfance, sa compagne et les souvenirs de la pêche avec un oncle dans l’ouvrage). Tout se déroule comme si l’anomie déjà suggérée avec le tueur cinglé de "No country" atteignait un paroxysme dans la route.

    Enfin avec cette fameuse route, l’auteur exploite habilement la thématique de l’itinérance et du vagabondage. Déjà mise en évidence dans l’imaginaire médiéval (Le Goff), ou encore par Jean Duvignaud, on s’aperçoit que ce concept constitue une part de cette "anthropologie des obsessions" (L. V THOMAS)dont raffole les contemporains (surtout pour les voyages à l’étranger).

    En attendant de découvrir le film,

    bien cordialement,

    Mac

  2. C’est avec retard que j’ai vu ce film qui m’a ému de part la force des sentiments entre le père et son fils. Un père très protecteur, aimant, guidant son fils jusqu’au jour où il ne serait plus là (éducation adaptée au monde dans lequel ils évoluent : empreint de violences et de méfiance). Son fils, un enfant qui ne voit que ce qu’il reste d’humain et retient son père pour qu’il ne cède pas à des comportements inhumains, pour qu’il continue à avoir "le feu" en lui (à ressentir l’humanité). Il encourage son père à partager les victuailles qu’ils ont trouvé avec un vieux monsieur (incarné par Robert Duval), en somme c’est l’enfant qui éduque son père, qui lui rappelle des valeurs d’humanité. C’est ce va-et-vient, cet équilibre, entre la protection du père face à l’horreur des cannibales et son enfant qui l’incite à être empathique qui m’a marqué dans ce film.
    Voilà je voulais juste te faire part de mon ressenti…
    Je vais en tout cas m’empresser de lire le livre…
    Merci Mag pour tes billets qui sont toujours aussi agréables à lire mais comme le disait si bien Boileau "ce que l’on conçoit bien s’énonce clairement et les mots pour le dire viennet aisément…" Amicalement

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