C’est la rentrée ? Tant mieux, il va y avoir plein d’expos !

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Catherine Deneuve par Richard Avedon en 1968

Ce qu’on aime avec la rentrée, c’est le plein de nouveautés qu’elle nous réserve.

Côté expositions, à Paris, une fois de plus, nous allons être vernis. Voici une petite sélection, comme d’habitude totalement subjective, de ce que maglm a repéré pour vous. Pour beaucoup d’entre elles, il faudra patienter un peu avant de pouvoir les découvrir.

  • Mais pour commencer, voici celles qui sont visibles dès maintenant

Les émaux de Limoges à décor profane, Autour des collections du cardinal Guala Bicchieri, au Musée de Cluny, jusqu’au 26 septembre 2016

Le Grand orchestre des Animaux à la Fondation Cartier pour l’Art contemporain, jusqu’au 8 janvier 2017

– Pour d’autres conseils sur des expos à voir en ce moment à Paris, lire aussi le billet maglm sur les expositions de l’été

  • Pour cocher dans l’agenda, voici celles qui ouvriront leurs portes cet automne

En photographie tout d’abord, La France d’Avedon, Vieux Monde, New Look à la Bibliothèque Nationale de France, du 18 octobre 2016 au 26 février 2017

Pour les amateurs de sculpture, deux propositions fort différentes :

L’Enfer selon Rodin au Musée Rodin, du 18 octobre 2016 au 22 janvier 2017

Bouchardon, (1698-1762), Une idée du beau au Musée du Louvre, du 14 septembre au 5 décembre 2016

Enfin, de bonnes surprises aussi côté peinture :

René Magritte, Les vacances de Hegel, 1958
René Magritte, Les vacances de Hegel, 1958

René Magritte, La trahison des images, au Centre Pompidou du 21 septembre 2016 au 23 janvier 2017

Rembrant intime, au Musée Jacquemart-André, du 16 septembre 2016 au 23 janvier 2017

Un Suédois à Paris au 18° siècle, La collection Tessin, au Musée du Louvre, du 20 Octobre 2016 au 16 Janvier 2017

Geste baroque, Collections de Salzbourg, au Musée du Louvre, du 20 Octobre 2016 au 16 Janvier 2017

Fantin-Latour à fleur de peau, au Musée du Luxembourg, du 14 septembre 2016 au 12 février 2017

La peinture américaine des années 1930 au Musée de l’Orangerie, du 12 octobre au 30 janvier 2017

Mexique, 1900-1950, Diego Rivera, Frida Kahlo, JC Orozco et les avant-gardes, au Gand Palais, du 5 octobre 2016 au 23 janvier 2017

Jean Auguste Dominique Ingres (1780-1867), Madame Moitessier, Londres, The National Gallery
Jean Auguste Dominique Ingres (1780-1867), Madame Moitessier, Londres, The National Gallery

Et pour célébrer ses 30 ans cet automne, le Musée d’Orsay proposera Spectaculaire Second Empire, 1852-1870, une exposition sur le Second Empire des spectacles et de la fête, avec de la peinture bien sûr, mais aussi des sculptures, photographies, dessins d’architecture, objets d’art, et bijoux.

A découvrir au Musée d’Orsay à partir du 27 septembre 2016 et jusqu’au 16 janvier 2017

Une liste à compléter bien sûr ! Belle rentrée à tous.

 

 

 

 

 

 

 

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Les expositions de l’été à Paris

Albert Marquet, Le Pyla (1935), huile sur toile, 50 x 61 cm, Musée des Beaux-Arts, Bordeaux © Musée des Beaux-Arts - Mairie de Bordeaux. Cliché L. Gauthier © Adagp, Paris 2016
Albert Marquet, Le Pyla (1935), huile sur toile, 50 x 61 cm, Musée des Beaux-Arts, Bordeaux © Musée des Beaux-Arts – Mairie de Bordeaux. Cliché L. Gauthier © Adagp, Paris 2016

Parisien en ce mois d’août ?

Tant mieux, il vous reste quelques jours voire quelques semaines pour découvrir les expositions que vous n’avez pas encore eu le temps de voir, avant qu’elles ne cèdent la place aux expositions de l’automne.

A vous la fraîcheur des musées !

Liste non exhaustive, juste inspirée :

Jean Lurçat, au seul bruit du soleil, au Mobilier national à la Galerie des Gobelins jusqu’au 18 septembre

Les Hugo, une famille d’artistes à la Maison de Victor Hugo jusqu’au 18 septembre

Balzac et les artistes à la Maison de Balzac jusqu’au 2 octobre

Zao Wou-Ki, Une donation exceptionnelle au Musée Cernuschi, musée des arts d’Asie, jusqu’au 23 octobre

Anatomie d’une collection au Palais Galliera, musée de la mode de la Ville de Paris, jusqu’au 23 octobre

Côté peinture :

Paula Modersohn-Becker au Musée d’Art Moderne de la Ville de Paris jusqu’au 21 août (lire ou relire le billet maglm très emballé)

Albert Marquet au Musée d’Art Moderne de la Ville de Paris jusqu’au 21 août

Miquel Barcelo, Sol y sombra à la BNF Site François Mitterrand jusqu’au 28 août

Charles Gleyre (1806-1874). Le romantique repenti au Musée d’Orsay jusqu’au 11 septembre

Delacroix en modèle au Musée Eugène Delacroix, jusqu’au 15 Septembre

Et côté photo :

Josef Sudek, Le monde à ma fenêtre au Jeu de Paume jusqu’au 25 septembre 2016

Et n’oubliez pas :

Le nouveau Musée Rodin : un havre de paix au cœur de Paris ! (ici aussi, lire le billet enthousiaste de maglm !)

Bel été parisien à tous et à bientôt !

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Les égarés. Frédérick Tristan

Le prix Goncourt 1983
Le prix Goncourt 1983

Et voici, pour passer un bel été, le 19ème épisode du feuilleton des prix Goncourt revisités par Andreossi. Une bonne idée de lecture, ça tombe bien pour profiter des vacances, pour les faire arriver plus vite… ou pour s’en remettre ! Bonne lecture à tous !

Mag

En cette année 1983 le jury du prix Goncourt a eu la main très heureuse : Les égarés est un roman aux lectures multiples, dont l’intérêt tient à la fois au style posé du narrateur qui retrace les événements qu’il a vécus pour les comprendre, et paradoxalement aux nombreux codes du roman feuilleton du XIXe siècle, tels que l’enfant abandonné au tourniquet, le mystère de la naissance, la mère frappée de folie à la suite d’un choc émotionnel, l’enlèvement d’enfant, les sociétés secrètes, et ces rencontres de hasard suffisamment invraisemblables pour nous convaincre.

Un écrivain anglais, plutôt conservateur rencontre Jonathan Varlet, jeune séducteur que rien n’arrête dans sa recherche d’identité. Ils parviennent à un accord sur lequel ils ne reviendront jamais : l’écrivain écrit dans la discrétion et Varlet prend sa place dans le monde, avec la célébrité, les honneurs et même le Nobel de littérature. Cette disposition permet le renvoi constant des échos de la vie de l’un dans la vie de l’autre. La trajectoire aventureuse de l’un trouve résonance dans l’œuvre de l’autre.

La recherche de Varlet sur ses origines se mêle à la situation politique de l’époque du récit : les années 1933 à 1937 qui voient la montée du nazisme en Allemagne, et le début de la guerre civile en Espagne. L’Europe paraît comme égarée, et la plupart de ses dirigeants comme incapables de voir vers quelles catastrophes ils approchent. L’écrivain cherche à comprendre ce monde dans lequel il vit : « Il me semblait être tombé dans un monde éclaté où des myriades de fragments couraient en tous sens, comme si une armée de fourmis s’était saisie des pièces d’un puzzle et s’était mise à grouiller de telle façon que nul, jamais plus, ne parviendrait à recomposer l’image primitive définitivement dispersée ».

Varlet paie cher sa lutte pour réveiller les consciences sur les persécutions que vivent les Juifs, et tente de trouver aux côtés des Républicains espagnols de quoi racheter les fautes de ce monde aveugle, tandis que Cyril l’écrivain, par le biais de récits qui plongent avec toute son érudition dans l’histoire, poursuit sa réflexion sur la littérature : « Le livre est ce jardin où l’on apprend à bien comprendre et à bien aimer. C’est un extérieur qui vous révèle notre intérieur. Lire ce n’est jamais sortir de soi. C’est y pénétrer ».

Le charme de la lecture de ce roman doit beaucoup au style conventionnel des œuvres de littérature plutôt populaire, dans lesquelles, au-delà des escaliers dérobés qui conduisent à une chambre secrète, de la découverte de lettres révélatrices enfouies dans un vieux carton, c’est toute une façon de raconter qui séduit : « Les événements dont je vais vous entretenir, mon cher Cyril, me furent révélés par fragments et je ne compris pas toujours quelle était leur signification. Il me fallut souvent attendre que l’on dévoilât à mes yeux un autre jour de mon passé pour que s’éclaire tel épisode dont je n’avais saisi que l’apparence ».

Andreossi

Frédérick Tristan, Les égarés, 1983.

 

 

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Demain. Cyril Dion et Mélanie Laurent

demain_afficheLe film est sorti fin 2015, son DVD est en vente depuis le mois dernier, mais il est encore joué  dans quelques salles en France, notamment à Paris.

C’est un beau et stimulant documentaire. Le public ne s’y est d’ailleurs pas trompé : en mai, le cap du million de spectateurs a été dépassé. Demain a aussi reçu le César du documentaire 2016. Pourquoi ce succès ? Pourquoi faut-il le voir ?

  1. Parce qu’il est pédagogique. Sur la base d’un rapport scientifique de 2011 sur l’avenir (alarmant) de la planète, les réalisateurs interrogent les causes, mettent en évidence les mécanismes délétères et montrent des solutions.
  2. Parce qu’il aborde la question de l’environnement en multipliant les entrées, organisées en cinq chapitres : l’alimentation ; l’énergie ; l’économie ; la démocratie ; l’éducation. Une pluralité d’approches qui enrichit la réflexion.
  3. Parce qu’il nous épargne les leçons de morale. Il explique, montre, et donc dénonce. Mais il ne s’étourdit pas de discours et ne culpabilise pas le spectateur. Au contraire, il le responsabilise en lui ouvrant les yeux et en lui montrant que d’autres voies sont possibles.demain_photo
  4. C’est précisément ce qui rend Demain si séduisant : Cyril Dion et Mélanie Laurent sont allés chercher, aux quatre coins de la planète, des initiatives, des actions concrètes qui s’inscrivent dans une démarche de développement durable. On n’est pas au niveau des Etats, des institutions. Il s’agit de petits groupes de personnes qui, à Détroit, Lille, Copenhague, San Francisco ou encore en Inde ou en Islande, tentent des moyens de produire, de travailler et de transmettre respectueux de l’environnement et de l’humain. Et ça marche. Au niveau local, des citoyens peuvent faire quelque chose pour eux-même, leur prochain, les générations à venir. Manger, vivre, respirer… sans courir inlassablement vers le toujours plus.

Demain

Un film documentaire français de Cyril Dion et Mélanie Laurent

Durée 2 h

Sorti en salles le 2 décembre 2015

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Paula Modersohn-Becker absolument

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« Jeune fille tenant des fleurs jaunes dans un verre », 1902 – détrempe sur carton

Au tournant du XX° siècle, Paris est une ruche artistique en pleine effervescence, une source d’inspiration extraordinaire pour tout créateur qui veut sortir des modèles existants, dépasser les académismes et inventer sa propre voie.

Paula Becker (1876-1907) connaît cette libération en découvrant Paris au moment de l’Exposition universelle de 1900. Elle vient d’Allemagne, où elle a reçu une éducation artistique dans un milieu cultivé mais modeste, a fait la connaissance de son futur époux Otto Modersohn, peintre paysagiste, dans une colonie d’artistes installée à Worpswede, dans le nord du pays, sorte d’école de Barbizon allemande.

C’est bien la peinture d’avant-garde qui l’attire à Paris lors de ce premier séjour et des trois qui suivront en 1903, 1905 et 1906-1907. Il y a ici la peinture de Cézanne, du Douanier Rousseau, des Nabis, de Gauguin…

« Portrait de jeune fille, les doigts écartés devant la poitrine », vers 1905 – détrempe sur toile
« Portrait de jeune fille, les doigts écartés devant la poitrine », vers 1905 – détrempe sur toile

Mais à la visite de la superbe exposition du Musée d’art moderne de la Ville de Paris, c’est un style tout à fait propre que l’on découvre. Car découverte il y a, Paula Modersohn-Becker étant largement inconnue du public français faute d’avoir été exposée jusqu’ici. Félicitons donc le MAM pour cette première rétrospective en France de cette figure majeure de la peinture moderne, mais aussi la romancière Marie Darrieussecq, complice de l’exposition et auteur d’une biographie de l’artiste (intitulée Être ici est une splendeur (1) une citation du poète Rainer Maria Rilke, ami de Paula) qui a contribué à mettre en lumière l’œuvre de cette femme peintre largement reconnue dans son pays et considérée comme le précurseur de l’expressionnisme allemand.

Morte à 31 ans quelques jours après avoir donné naissance à son unique enfant, Paula Modersohn-Becker a produit en 10 ans plus de 500 peintures. L’œuvre qu’elle laisse est étonnante de force, de singularité et de modernité. Elle fait partie de celles que le regard semble n’épuiser jamais et qui s’impriment durablement dans la rétine.

Chez PMB (c’est ainsi qu’elle signait ses tableaux), qu’il s’agisse de portraits, d’auto-portraits, de paysages ou de natures mortes, tout est simplifié. Pas d’histoire, pas de contexte, pas de décor, et une économie extrême du détail.

Ce sont des portraits et auto-portraits en gros plans où la force de l’expression et particulièrement du regard emporte tout, plongeant le spectateur dans le mystère de la pensée et des sentiments du personnage – qu’il s’agisse d’enfants de tous âges, de jeunes filles, de vieilles femmes, d’elle-même.

« Lune au-dessus d’un paysage », vers 1900 – détrempe sur carton
« Lune au-dessus d’un paysage », vers 1900 – détrempe sur carton

Ce sont des paysages simplifiés à l’extrême, où apparaît à nouveau l’importance de la couleur, comme dans ses portraits, mais aussi de la ligne. Et des natures mortes – tout aussi fascinantes – où l’on retrouve cette recherche de représentation “brute” du sujet, à travers des formes simplifiées, l’intensité des couleurs, un pinceau aux touches visibles. Et toujours une grande modernité de composition.

L’audace de Paula Modersohn-Becker est évidente aussi, au-delà de sa “manière” à proprement parler, dans le choix de certain de ses sujets : une femme enceinte nue (elle-même, alors qu’elle ne l’est pas, d’ailleurs), une femme nue endormie  avec son bébé… ! Révolutionnaire.

En 124 peintures et dessins (très intéressants également, l’artiste ayant toujours accordé une grande importance au dessin), émaillés de photographies et de documents, cette première rétrospective française est le gros coup de cœur de la saison parisienne. A découvrir absolument avant le 21 août.

(1) éditions POL 2016

Paula Modersohn-Becker : l’Intensité d’un regard 

Musée d’Art moderne de la Ville de Paris

11, av. du Président Wilson – 75116 Paris

TLJ de 10 heures à 18 heures sauf lundis, jsq 22 heures le jeudi

Entrée 10 euros (TR 7 euros)

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L’épervier de Maheux. Jean Carrière

carriere_epervier_de_maheuxAndreossi nous livre le 18ème épisode du feuilleton des Goncourt, avec le prix 1972… Du rural, du rude… Bonne lecture ! Mag

Le Goncourt ne fait pas que des heureux, et ce parmi les auteurs récompensés eux-mêmes. Tel a été le cas de Jean Carrière après son succès de 1972 pour « l’Epervier de Maheux ». Il l’a raconté après des années de crise personnelle dans « Le prix d’un Goncourt » : « Le Goncourt est l’archétype de l’arme à double tranchant et la tâche la plus urgente pour un écrivain qui l’a connu est de s’en faire blanchir par l’oubli ». Sortons tout de même ce roman de l’oubli pour suivre les péripéties de la vie de la famille Reilhan, accrochée à ses Cévennes.

Le père Reilhan a conquis le cœur de son épouse en signant de beaux poèmes copiés sur la Veillée des Chaumières ! Il est trop tard quand elle s’aperçoit de la supercherie : elle est déjà installée à Maheux, mariée à ce protestant rigoriste, particulièrement taciturne, et bientôt mère de deux garçons. L’aîné Abel a hérité du caractère du père, plutôt en pire ; le second, Joseph, par la grâce d’un accident qui le laisse boiteux et par la volonté de la mère, parvient à s’échapper de la misère cévenole, trouve un travail en ville auprès d’un pasteur, et le roman le laisse assez rapidement en Suisse, vivant une vraie vie grâce au réconfort de prostituées.

Abel se marie à son tour, bien que davantage passionné par la vie dans les bois que par la vie domestique. Sa femme se plaint bientôt de l’inconfort de la maison des Maheux, qui n’a même pas l’eau à l’évier. Elle a presque convaincu Abel de partir ailleurs mais la guerre arrive, et lui se cache dans la forêt, son vrai royaume. A la Libération, les problèmes d’accès à l’eau sont toujours là et Abel se met en tête de trouver la source miraculeuse en creusant la montagne. L’obsession tourne vite à la folie et au départ de l’épouse.

L’ambiance de la montagne cévenole est particulièrement sinistre et nous sommes loin de la joie de la vie champêtre. Jean Carrière a des formules heureuses pour décrire la misère sous toutes ses formes, ainsi celle des femmes : « Elles passent sans transition d’une adolescence fanée, comme recuite par un mauvais soleil ou mangée par une fièvre, à une sécheresse active et sans âge. Sur le tard, elles ne tiennent pas plus de place dans la maison qu’un tabouret ; on les loge dans un coin et l’on n’y touche plus jusqu’à ce qu’elles s’éclipsent sans cérémonie ». Par contre un usage excessif de métaphores est parfois lassant : « Le ciel au bleu vif découpait violemment la housse pailletée des toits, d’une épaisseur laiteuse et succulente à l’œil, et qui évoquait plus qu’autre chose la souplesse craquante de la meringue et les douceurs de la crème chantilly ».

Ce roman s’inscrit dans la tradition bien établie de descriptions du monde rural sous ses aspects les plus sombres, peuplé d’êtres médiocres, tels « ces joueurs de boule en pantoufles et en tricot de peau, eux et leur accent débraillé, traîne-pisse, dont la fausse bonhomie ne cachait qu’à moitié la lâcheté, la petitesse, l’égoïsme … Eux et leur haleine anisée, mégotière… ».

Pourquoi tant de mépris ?

Andreossi

L’épervier de Maheux, Jean Carrière, Jean-Jacques Pauvert

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Le MET, c’est chouette

The Penitent Magdalen, Georges de La Tour (vers 1640)
The Penitent Magdalen, Georges de La Tour (vers 1640)

Le Metropolitan Museum of Art, à New-York, le fameux « MET » est un musée où l’on a envie de planter sa tente tellement l’on s’y sent bien. Combien de jours faudrait-il pour en faire le tour, pour profiter de tout tranquillement ?

En cinq heures, on peut se faire une idée des collections de peinture européenne ancienne et moderne. Éblouissement garanti !

Woman with a Pink, Rembrandt (1660s)
Woman with a Pink, Rembrandt (1660s)

Mais outre la richesse du fonds, ce qui est épatant au Metropolitan, c’est la facilité d’accès à l’art. Rappelons que si l’entrée est à un prix suggéré (25 dollars), le visiteur est libre de suivre ou non la proposition. Les œuvres, très bien éclairées, sont présentées par ordre chronologique et thématique (artistes, écoles de peinture), regroupées en des salles fort cohérentes.

Venus and the Lute Player, Titian (1565–70)
Venus and the Lute Player, Titian (1565–70)

Dans chacune d’elle, on rencontre un petit panneau explicatif sur pied, à hauteur de regard de tout le monde, dont le texte imprimé noir sur blanc présente de manière synthétique ce qui y est exposé : le peintre et/ou le mouvement, le plus souvent mis en perspective. Une présentation instructive et à la portée de tous. On aime beaucoup aussi les cartels à côté des tableaux, qui apportent un éclairage tout aussi intéressant et accessible.

The Toilette of Venus, François Boucher (1751)
The Toilette of Venus, François Boucher (1751)

Quelques idées de peintures européennes anciennes que vous pourrez y admirer ? Voici un tout petit échantillon, choisi parmi les “Anciens”.

Côté Français, on tombe par exemple sur de beaux paysages du Lorrain, une somptueuse Annonciation de Philippe de Champaigne, l’insondable Madeleine pénitente de Georges de La Tour, une brillante Soupière en argent de Chardin, une Lettre d’amour de Fragonard, une délicieuse Toilette de Venus de Boucher…

Madonna and Child, Filippino Lippi (1483–84)
Madonna and Child, Filippino Lippi (1483–84)

Côté Italiens, ils sont tous là. Mantegna (L’Adoration des bergers), Carpaccio, Bellini, Botticelli (émouvante Dernière communion de Saint Jérôme), Filippo Lippi, le Pérugin avec un solennel Saint Jean-Baptiste, Titien bien sûr (Venus avec un joueur de luth), Tintoret (La découverte de Moïse), Véronèse…

Allegory of the Catholic Faith, Johannes Vermeer (1670–72)
Allegory of the Catholic Faith, Johannes Vermeer (1670–72)

Mais l’école du Nord n’est pas en reste, qu’il s’agisse de Rubens, van Dyck ou encore Rembrandt, représenté par des portraits plus touchants les uns que les autres (dont une mélancolique Femme tenant une rose). Quant aux femmes de Vermeer, elles sont toutes plus chavirantes (et intrigantes) les unes que les autres. L’une joue du luth en regardant par la fenêtre, une autre est assoupie, quand une troisième n’est autre qu’une Allégorie de la foi catholique

On est obligé de s’arrêter là cette fois, mais si on peut, on reviendra ! Car le Met’, c’est vraiment très très chouet’ !

The Met

1000 Fifth Avenue
New York, NY 10028

 

 

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L’Etat sauvage, Georges Conchon

l_etat_sauvageAprès plusieurs livraisons fort séduisantes, voici la recension du Prix Goncourt 1964 : un cru plutôt faible selon Andreossi… On attend le prochain !

Mag

Peu de plaisir de lecture dans ce Goncourt 1964, et pourtant ce n’est pas l’action qui manque : un jeune fonctionnaire, Avit, récemment plaqué par sa femme Laurence, vient prendre son poste dans un pays africain qui vient d’accéder à l’indépendance. Il retrouve sur place celui avec qui est partie son épouse, qui lui annonce que c’est fini entre eux puisqu’elle vit désormais avec un ministre du pays. Les Blancs qui acceptent mal la domination des nouveaux maîtres, et les Noirs qui se partagent entre esprit de revanche et lutte pour le pouvoir interviennent tragiquement dans cette histoire d’amour entre une Blanche et un Noir.

On a sans doute reconnu à l’ouvrage, à l’époque de sa sortie, le mérite de poser la question du racisme dans des termes qui n’en cachent pas sa « réciprocité ». Au bout du compte le lecteur est amené à conclure que Blancs comme Noirs sont coupables de folie raciste, et, dans un climat très pessimiste les deux communautés sont renvoyées dos à dos.

Le « héros » bien pâlichon de l’histoire est lui-même pris dans un engrenage de sentiments dont il est incapable de sortir : « A croupeton sur le trottoir, quatre nègres vendent des citrons, des papayes, de beaux ananas. Avit sait (cela ne s’apprend pas) qu’on ne voussoie point des nègres de cette classe, mais il est trop lâche (non pas trop timide : trop lâche) pour leur dire tu. Il lui faut attendre quelqu’un de sa race ».

Le malaise du lecteur d’aujourd’hui tient au fait que le récit reste au ras de l’action sans que jamais nous n’assistions à quelque prise de hauteur. Les personnages n’ont pas assez de consistance pour que la complexité individuelle de leur situation puisse émerger de la fange raciste dans laquelle ils sont plongés. L’auteur omniscient fait penser et parler les différents protagonistes, mais nous ne sommes pas sûrs qu’un point de vue de Blanc ne domine pas entièrement l’ensemble des propos, particulièrement dans le choix des mots.

Ainsi s’exprime le ministre amant de Laurence : « Serait-il donc désormais convenu dans ce pays que tout contact, de quelque ordre qu’il fût, entre une race et l’autre devait être non seulement blâmé, non seulement réprouvé par l’opinion, mais aussi condamné, en tant que tel, par l’Etat ?… Pour autant, bien entendu (l’idée lui était venue tout à coup), qu’on pût continuer de nommer Etat ce ramas de petits intérêts, de sottises, de préjugés, qui expulse aujourd’hui sans l’ombre d’un droit de le faire, et qui emprisonnera demain, qui tuera sans plus de motif, on est en chemin !…Tenait-on si fort à se faire les singes de la domination antérieure ? ».

Le choix du titre du roman, même s’il fait écho à la sauvagerie raciste, n’est pas sans portée non plus dans l’imaginaire Blanc : à vouloir dénoncer le racisme dans l’absolu on semble oublier le fait qu’il naît surtout au sein de situations historiques particulières.

Andreossi

L’Etat sauvage, Georges Conchon. Albin Michel 1964

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The Frick Collection à New-York

Johannes Vermeer, Officier et jeune fille souriante, vers 1657
Johannes Vermeer, Officier et jeune fille souriante, vers 1657

Si vous vous rendez à New-York, vous visiterez certainement le MET, le MOMA et/ou le Guggenheim… Mais profitez-en aussi pour découvrir la Frick Collection, qui recèle une foule de merveilles, peintures, sculptures et arts décoratifs, notamment du XVIII° siècle.

L’autre intérêt de ce musée situé à quelques mètres de Central Park est que ces chefs-d’œuvre sont restés dans le décor voulu par leur collectionneur, Henry Clay Frick (1849-1919), magnat du charbon et de l’acier, qui fit construire en 1913 ce palais néoclassique où il vécut les cinq dernières années de sa vie. On admire les décors intérieurs, d’une extrême élégance comme l’est l’hôtel particulier lui même conçu par Thomas Hastings (architecte de la New-York public Library), tout en s’extasiant devant l’enchaînement d’œuvres de tout premier plan.

Dès le vestibule, on tombe en arrêt devant un Officier et jeune fille souriante de Vermeer, l’un des trois tableaux du maître de Delf que compte la collection (sur une trentaine conservés dans le monde au total). Présence des personnages, beauté de la lumière, douceur et mystère… un petit bijou.

Jean-Honoré Fragonard, L'amant couronné, 1771-1772
Jean-Honoré Fragonard, L’amant couronné, 1771-1772

Une des premières salles expose des toiles de Boucher sur le thème des arts et des sciences. Elles proviennent du château de Crécy-Couvé de Mme de Pompadour, aujourd’hui détruit. Boiseries et mobilier sont aussi du XVIII° français, de même que les porcelaines de Sèvres. Une Diane chasseresse de Houdon surveille le tout. La salle à manger, elle, reprend le décor d’une maison de campagne anglaise du XVIII° siècle et présente des portraits de Gainsborough. Le couloir nous fait retrouver Boucher, avec quatre toiles peintes pour Mme de Pompadour et illustrant les quatre saisons, de délicieuses scènes amoureuses. Celles-ci nous préparent à s’immerger dans le salon Fragonard, où s’étalent les Quatre âges de l’amour que le peintre de Grasse a exécutées pour Mme du Barry (qui du reste les refusa, les trouvant démodées).

Giovanni Bellini, L'extase de Saint François, vers 1480
Giovanni Bellini, L’extase de Saint François, vers 1480

La salle de séjour, en boiseries de chêne, laisse la légèreté sur son seuil, mais non l’émotion : alors qu’un grave Saint Jérôme du Greco se dresse au dessus de la cheminée, lui fait face le chef d’œuvre de Bellini L’extase de Saint François. On reste dans cette pièce un moment. D’autant que Saint François est flanqué de deux portraits du Titien, un charmant jeune homme à gauche et, à droite, le vieil Aretin. Le contraste entre les deux est saisissant : d’un côté la douceur et la sensibilité, de l’autre la puissance et la richesse…

Jean-Auguste-Dominique Ingres, La comtesse d'Haussonville, 1845
Jean-Auguste-Dominique Ingres, La comtesse d’Haussonville, 1845

Dans le couloir suivant se mêlent Degas, Manet, Monet mais surtout un petit tableau de Watteau, La porte de Valenciennes, intéressant par le traitement du sujet de la guerre qu’en fait le peintre, ainsi qu’une superbe Comtesse d’Haussonville d’Ingres. La galerie ouest, de style Renaissance italienne avec marbre et plafond à caissons, a été voulue par le collectionneur comme une galerie d’exposition : Vermeer, Turner, Velasquez, Rembrandt, Véronèse, Corot, Claude Lorrain (magnifique Sermon sur la montagne) régalent ainsi le visiteur. Il n’oubliera pas d’aller dans la petite galerie du fond où l’attendent de ravissants émaux de Limoges datant de la fin du XV° au début du XVII° siècles ainsi que des tableaux de la Renaissance italienne dont les panneaux du polyptyque de Saint Augustin de Piero della Francesca… Aperçu non exhaustif bien sûr !

1 East 70th Street, New York
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Sculpture et photographie au musée Rodin

John Chamberlain, Creeley's Lookout, 1979
John Chamberlain, Creeley’s Lookout, 1979

Le musée Rodin, qui a rouvert à l’automne dernier, poursuit avec cette nouvelle proposition la voie qu’il avait entreprise à travers l’exposition Mapplethorpe-Rodin : celle du rapprochement entre la sculpture et la photographie. Cette fois, il réunit huit grands artistes contemporains qui, à partir de la fin des années 1960, ont travaillé ces deux médiums de manière très imbriquée.

Richard Long, Small Alpine Circle, 1998
Richard Long, Small Alpine Circle, 1998

Le parcours commence assez logiquement avec Richard Long (né en 1945), l’un des pionniers du land art : transformant le paysage avec les matériaux qu’il y trouve – pierres, branches – qu’il aligne ou entasse, il a fait connaître ses œuvres grâce à la photographie. Il sculpte la nature – mais ses œuvres ne sont-elles pas amenées à disparaître ? – et ce sont ses photographies qui gardent trace de ses traces dans le paysage. Au musée Rodin, à côté de photographies de ses créations, est toutefois exposée une œuvre sculpturale “de galerie” : un ensemble de pierres de montagne disposées en cercle plein (Small Alpine Circle, 1998), un concentré d’énergie minérale que l’on pourrait presque toucher, en plein contraste avec l’aspect lointain de ses photos d’art dans le paysage.

Gordon Matta-Clark, Sauna Cut, 1971
Gordon Matta-Clark, Sauna Cut, 1971

Dans le même esprit d’intervention in situ se trouve le travail de Gordon Matta-Clark (1943-1978). Mais lui agit en milieu urbain selon une démarche d’apparence plus sophistiquée : à l’aide d’une tronçonneuse, il découpe des morceaux géométriques de murs ou de planchers d’immeubles abandonnés, ouvrant ainsi de nouvelles perspectives et de nouveaux espaces de lumière. De son intervention naissent deux sculptures : l’une négative (le creux laissé par son cutting) et l’autre positive (la découpe extraite), objet qui peut être exposé en tant que tel. On voit ainsi ici Sauna Cut (1971), prélèvement d’un sauna dans un appartement new-yorkais. En parallèle, Matta-Clark photographie systématiquement les étapes de son travail afin de montrer ses interventions sur place. Il ne s’interdit pas ensuite de découper ses négatifs et d’effectuer des montages photographique pour mettre davantage en évidence ses transformations. Ainsi l’assemblage visible au musée Rodin témoigne du travail sur la lumière réalisé à travers l’un de ses cutting : le découpage en deux et en pleine verticale d’une petite maison de bois typiquement américaine (Splitting, 1974).

Giuseppe Penone, Respirare l'Ombra, 1999
Giuseppe Penone, Respirare l’Ombra, 1999

La suite de l’exposition est tout aussi passionnante, avec l’Italien Giuseppe Penone (né en 1947), qui travaille sur les liens physiques entre le corps et le végétal. Ses photos sont très impressionnantes, où l’on voit notamment une main littéralement incorporée dans un tronc d’arbre. Quant à sa magnifique sculpture Respirer l’ombre, elle matérialise la correspondance entre le souffle humain (les poumons) et la respiration des arbres (les feuilles).

John Chamberlain, Creeley's Lookout, 1979
John Chamberlain, Creeley’s Lookout, 1979

L’Américain John Chamberlain (1927-2011), lui, créé de la poésie là où on ne l’attend pas : avec des carcasses de voitures. Cela peut sembler trivial, mais de ces tôles criardes naissent des formes étranges qui semblent puiser leur source dans la littérature.  Quant aux photos (à l’aveugle !) qu’il fait de ses sculptures, floues et colorées, elles confirment Chamberlain dans ce ton totalement décalé.

On laissera au lecteur le plaisir de découvrir lui-même les quatre autres artistes ( Cy Twombly, Dieter Appelt, Markus Raetz et Mac Adams), qui sont autant d’occasions d’être surpris, au fil d’une exposition assez resserrée, avec une (petite) salle pour chacun des huit “sculpteurs-photographes”, mais intense en sensations eu égard à la richesse et à la diversité des œuvres choisies, tant les rapports entre la sculpture et la photographie peuvent donner lieu à de réjouissants jeux de regards…

Entre sculpture et photographie

Musée Rodin – 77, rue de Varenne – Paris 7°

TLJ sauf le lundi,  10h à 17h45, nocturne le mercredi jusqu’à 20h45
Entrée : 10 euros (tarif plein) et 7 euros (tarif réduit)

Jusqu’au 17 juillet 2016

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