Quels hommes sont fabriqués par les guerres ? C’est le thème fort du roman de Roger Vercel primé par le jury Goncourt en 1934. Une fois de plus, c’est la guerre de 14-18 qui est le théâtre de l’action, mais les protagonistes sont déplacés cette fois-ci dans les Balkans, juste après l’armistice de novembre 1918.
Le narrateur est un officier, plus ou moins ami du Capitaine Conan. Celui-ci est à la tête d’un « groupe franc », auteur de multiples actes de bravoure au combat, spécialiste de coups d’audace. Cette cinquantaine d’hommes a appris à tuer de la manière la plus efficace : « des soldats d’élite, des audacieux, entraînés, pendant des années, aux exploits violents et que l’armistice avaient déconcertés. Ils avaient pris l’habitude de se battre, ça leur manquait ».
Lâchés dans la ville, ces militaires oublient les règles les plus élémentaires de la vie en société. Certains réalisent un casse dans un grand magasin de Bucarest, provoquant des blessures mortelles à deux employées. Conan lui-même est accusé de meurtre. Il défend ses hommes, condamnés à un peu de prison : « La v’là leur paix ! C’est quand les lopettes et les mufles ont le droit de piétiner de vrais hommes pour se venger dessus de leurs quatre ans de coliques. Une belle déguelasserie ! ».
Le roman prend un tournant plus intéressant avec le jugement d’un jeune soldat pour désertion et trahison. Le narrateur est entré au Conseil de Guerre comme Commissaire-Rapporteur (sorte d’avocat général) et doit traiter le cas de ce jeune Erlane réputé peureux et soupçonné d’avoir donné des renseignements aux Bulgares. Contre toute attente Conan soutient qu’Erlane n’a pu trahir, justement par peur.
Le jeune soldat est condamné à mort et rejoint Conan et certains de ses hommes en prison. A l’occasion d’un coup de mains des « Rouges », Conan et sa bande sauvent la mise de l’armée française au cours d’une bataille sauvage où lui et ses hommes ont l’opportunité de redevenir les guerriers qu’ils ont appris à être. A la suite, tous sont graciés et même décorés, et le jeune Erlane, en perdant la vie, s’est racheté.
L’auteur de ce roman d’action prenant est sévère : pour gagner des guerres, il faut de très bons tueurs, éventuellement qualifiés de héros. Mais quels hommes ces guerriers sont-ils devenus ? « Je me rappelai qu’ils ne tuaient si bien que parce qu’ils avaient le goût de tuer. Ils me firent horreur dans le même instant où je songeais qu’ils m’avaient sauvé la vie ».
Andreossi
Capitaine Conan. Roger Vercel
Pour cet artiste dont les galeries sont les murs des villes il peut paraître paradoxal d’être exposé à l’intérieur de la Grande Chapelle du Palais des Papes en Avignon. Pourtant il fallait bien présenter un jour ce parcours artistique de 60ans pour mesurer l’importance d’une œuvre par définition dispersée, mais présentant une très grande cohérence.
Ce Chèvrefeuille, associé à deux autres courts romans du même auteur, Le Purgatoire et Chapitre XIII d’Athénée, a été couronné par le Goncourt 1924. Il n’a pas laissé un grand souvenir et il est difficile de trouver des arguments pour le sortir de l’oubli, tant son intérêt reste faible, aussi bien du point de vue de l’histoire qu’il raconte que d’une écriture fort banale.
C’est avec deux ans de retard que le prix Goncourt 1914 a été attribué à Adrien Bertrand, qui avait vécu le début de la guerre de 14-18 comme chasseur alpin, puis avait été renvoyé pour raison de santé. Son roman révèle d’incontestables qualités d’écrivain, mais sa carrière est interrompue par la mort dès 1917.