Syngué sabour. Atiq Rahimi.

C’est avec le prix 2008 qu’Andreossi met un point final au feuilleton des prix Goncourt. Un grand merci à lui pour cet ample et passionnant voyage dans l’histoire littéraire française depuis la création du célèbre prix !

Mag

« La chambre est petite. Rectangulaire. Elle est étouffante malgré ses murs clairs, couleur cyan, et ses deux rideaux aux motifs d’oiseaux migrateurs figés dans leur élan sur un ciel jaune et bleu. Troués çà et là ils laissent pénétrer les rayons du soleil pour finir sur les rayures éteintes d’un kilim. Au fond de la chambre, il y a un autre rideau. Vert. Sans motif aucun. Il cache une porte condamnée. Ou un débarras ».

Le lecteur ne va pas quitter cette chambre tout au long du roman. Il va rester en compagnie d’un combattant blessé, dans le coma, tandis que sa femme, « la femme », prend soin de lui et s’échappe parfois pour s’occuper de ses filles. Comme les pèlerins de la Mecque qui tournent autour de la pierre de patience (syngué sabour) en lui confiant tous leurs malheurs, elle ne cesse de parler à son mari, lui avouant tout ce qu’elle n’a jamais pu lui dire. Et elle a de quoi dire sur la violence de cette société soumise à la bêtise et à la domination des hommes.

La violence : « Ta mère, avec son énorme poitrine, qui venait chez nous pour demander la main de ma sœur cadette. Ce n’était pas son tour de se marier. C’était mon tour. Et ta mère a simplement répondu : Bon, ce n’est pas grave, ça sera elle alors ! en pointant son index charnu vers moi lorsque je versais le thé ». La bêtise : « Il demande alors à un jeune soldat, Bénâm : Tu sais ce que tu as sur ton épaule ? Bénâm dit : Oui, chef, c’est mon fusil ! L’officier hurle : Non, imbécile ! C’est ta mère, ta sœur, ton honneur ! Puis il passe à un autre soldat et lui pose la même question. Le soldat répond : Oui, chef ! C’est la mère, la sœur, l’honneur de Bénâm ! ».

La domination : « Les hommes comme lui ont peur des putes. Et tu sais pourquoi ? Je vais te le dire, ma syngué sabour : en baisant une pute, vous ne dominez plus son corps. Vous êtes dans l’échange. Vous lui donnez de l’argent, elle vous donne du plaisir (…) Donc violer une pute, ce n’est pas un viol. Mais voler la virginité d’une fille, violer l’honneur d’une femme ! Voilà votre credo ! ».

Un livre fort et poétique, qui a amplement mérité le prix Goncourt 2008.

Andreossi

Syngué sabour, Atiq Rahimi.

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