Samuel Beckett. Centre Pompidou

samuel beckettOuverture du parcours avec des œuvres contemporaines, nombreux écrans, voix très présentes dont la plupart en anglais, l’exposition Samuel Beckett (1906-1989) qui se tient jusqu’au 25 juin au Centre Pompidou peut de prime abord dérouter.

L’espace Scènes permet heureusement de retrouver les oeuvres théâtrales de Beckett.
On y voit des extraits de films d’archives de ses pièces, des photos de répétition, des manuscrits, des objets, tels ceux du personnage de Winnie dans Oh les beaux jours à sa création en France en 1963, joué par Madeleine Renaud pendant vingt ans.

Parmi ces précieux documents, une lettre que Samuel Beckett a adressée à Roger Blin le 9 janvier 1953 au sujet de la mise en scène de En attendant Godot, qu’il suit avec une grande précision :

Bravo à tous. Je suis si content de votre succès à tous.
Ne m’en veuillez pas de m’être barré, je n’en pouvais plus.
Il y a une chose qui me chiffonne, c’est le froc d’Estragon.
J’ai naturellement demandé à Suzanne s’il tombe bien. Elle me dit qu’il le retient à mi-chemin. Il ne le faut absolument pas, c’est on ne peut plus hors de situation. Il n’a vraiment pas la tête à ça à ce moment-là, il ne se rend même pas compte qu’il est tombé. Quant aux rires qui pourraient saluer la chute complète, au grand dam de ce touchant tableau final, il n’y a absolument rien à y objecter, ils seraient du même ordre que les précédents. L’esprit de la pièce, dans la mesure où elle en a, c’est que rien n’est plus grotesque que le tragique, et il faut l’exprimer jusqu’à la fin, et surtout à la fin (…).

Dans l’espace réservé à la vie de l’artiste, Truc, sont exposées des photos de grands formats en noir en blanc, toutes très belles, dont celles que Bruce Davidson a prises à New-York en 1964, où l’on voit la longue silhouette, le visage émacié, les grands yeux clairs au regard étrange de Beckett, dont les lèvres demeurent toujours serrées.

En face, lettres, petites vidéos, manuscrits, photos retracent ce truc qu’on appelle ma vie : il y a d’abord le passage à l’Ecole nationale supérieure de la rue d’Ulm, où il fut lecteur d’anglais entre 1928 et 1930, époque où il fit la connaissance de James Joyce.

Pendant la guerre, entré en résistance en 1942, recherché par la Gestapo, il se réfugie à Roussillon dans le Vaucluse avec Suzanne Dumesnil, qui partage sa vie depuis 1938.

En 1950, il rencontre Jérôme Lindon, qui publiera toute son œuvre aux Editions de Minuit.
Dans une interview accordée après l’attribution du Prix Nobel de Littérature en 1969, interrogé sur Beckett, Jérôme Lindon fait cette réponse admirable :

"En vingt ans, Samuel Beckett n’a jamais accordé d’interview. Il a toujours pensé que sa personne n’était pas intéressante. C’est un homme d’une grande discrétion, d’une grande modestie. J’ai pour lui une admiration sans borne. C’est pourquoi je ne voudrais pas avoir à le livrer, en étant son ami."

En 1953, Beckett fait construire une maison à Ussy sur Marne, près de Paris. Il y écrit une grande partie de son œuvre.
Dans des lettres adressées à Jocaba van Velde, dont une, datée du 16 mai 1959, le romancier-dramaturge se livre dans le style qui est sien, lapidaire. Il n’en est pas moins douloureux :

J’ai beaucoup travaillé tous ces temps. (…) A la campagne, ça va à peu près, à Paris, je dégringole tout de suite. (…)
Je dois aller à Dublin et à Londres fin juin début juillet, ce qui m’emmerde.
Je voudrais m’enterrer à Ussy et ne plus jamais en bouger.

Sur la partie films/vidéos de l’exposition, on pourra lire l’avis d’Aldor.

Samuel Beckett Centre Pompidou
Place Georges Pompidou – Paris 4ème
Jusqu’au 25 juin 2007
Tlj sauf le mardi de 11 h à 21 h, le jeudi jusqu’à 23 h
Entrée 10 € (TR 8 €)
Catalogue de l’exposition Objet Beckett
Sous la direction de Marianne Alphant et Nathalie Léger
320 p., 39 € (Centre Pompidou/IMEC)

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