Passage de l’homme. Marius Grout

En 1943, les jurés du Goncourt ont distingué Marius Grout et son « Passage de l’homme », conte philosophique bien pessimiste, ce n’est sans doute pas un hasard en pleine occupation allemande. L’auteur reste attentif jusqu’au bout à respecter la forme qu’il s’est choisi pour développer ses arguments, mais  il évite l’ennui du lecteur grâce à la brièveté de son roman.

Le narrateur laisse tout de suite la place à une vieille dame qui lui raconte une histoire qu’elle a vécue. Dans la maison familiale où elle vivait avec ses parents et sa sœur Claire, arrive un étranger vite adopté, qui s’installe chez eux en travaillant à la ferme. Il leur dit son projet : rejoindre les Îles, « où habitent des hommes meilleurs que nous ». Si, au village, il a du succès auprès des enfants, il n’en est pas de même avec  les représentants des institutions : le Curé et le Maître d’Ecole,  à  l’occasion d’une épidémie mystérieuse incitent les villageois à faire fuir l’Homme, accusé d’être un Démon et un Sorcier.

Le récit favorise les abstractions, rares sont les noms de personne, le plus souvent on a affaire à des désignations par fonctions : le Père, la Mère, le Fossoyeur, et surtout l’Homme. De même pour les lieux, le Village, le Fleuve, les Hauts… Lorsque l’Homme fabrique des objets ce sont les « Choses des Îles ».

Une fois l’Homme et Claire partis à la recherche des Îles, le village continue à se déchaîner sur la famille responsable des malheurs. Seule la narratrice parvient à survivre en acceptant de revenir à la messe. Après bien des années l’Homme est de retour, seul. Claire est morte, leur enfant aussi, et les Îles ne sont pas trouvées.

Quel sens donner à cette histoire ? Malgré les insuffisances et les violences des croyances bien installées (représentées par le Curé et le Maître d’Ecole), on ne peut espérer une société meilleure. Au-delà de la critique des idéologies, le rêve d’utopies est voué à l’échec : « Tout ce que je sais, c’est qu’il faut vivre, c’est qu’il nous faut brûler nos dieux, tous les faux dieux, ceux qui nous ont été enseignés, ceux qui sont venus de nos rêves, du regard de nous-mêmes sur nous, de nos complaisances et de nos peurs. (…) Il ne s’agit que d’être là, sérieusement là. Et de ne pas mentir. Il ne s’agit que de faire face ». On comprend que cette forme de non engagement ait pu plaire en 1943.

Andreossi

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