En choisissant de faire de Serge Gainsbourg le sujet de son premier long-métrage, le dessinateur Joann Sfar ne s’est pas seulement attaqué à un monument national de la chanson. Il s’est aussi attaqué à un mythe : celui d’un provocateur, qui, dans les années 1980 a mis le feu dans le paysage médiatique.
Parmi les multiples visages de l’Homme à la tête de choux, l’auteur du Chat du rabbin a pris des options judicieuses. Portés par une réalisation inspirée, ses choix donnent un film brillant, singulier, onirique même.
Le début de l’histoire est celle d’un fils d’immigrés russes juifs, harcelé par son père du côté du piano, adoré par sa mère et ses sœurs, caché pendant l’occupation, rejeté par les filles à cause de sa laideur.
La suite est ce que le môme Lucien tirera de tout cela pour devenir Serge Gainsbourg : une star qui dynamite la chanson française, se balade le nez au vent dans sa Rolls-Royce, les plus belles femmes du monde lovées contre lui. Joann Sfar montre comment, pour en arriver là, le bonhomme a été poussé par un formidable élan de vie et surtout un incommensurable désir de plaire.
Il commence à exister par le dessin, puisque, face aux exigences paternelles, il a décidé qu’il n’aimait pas le piano. Et c’est lors d’une séance de dessin à l’Académie de Montparnasse qu’il séduit une femme pour la première fois. Il n’est encore qu’un gamin, mais armé d’une audace, d’une obstination, d’un bagout et d’un talent hors du commun : il la séduit en deux secondes.
Une poignée d’années plus tard, poussé par son démon-ange gardien (c’est toute l’ambiguïté de son double Gainsbourg, la marionnette surgissant à tout moment dans le film), qui lui montre le chemin du succès et de l’argent (faciles), il choisit la chanson. Les femmes sont comme aimantées. Et il fait chanter les plus belles, Gréco, Bardot, Birkin…
Musicien de génie, as de la provocation (mais qui a ses raisons : il faut voir le gamin parler aux policiers lorsqu’il va chercher son étoile jaune pendant la Guerre, puis, des décennies plus tard, balancer un bras d’honneur aux Paras en furie à la fin de sa Marseillaise), le Gainsbourg de Joann Sfarr est aussi un homme blessé et émouvant, qui a aimé follement – magnifiques séquences avec Laetitia Casta en Bardot plus magnétique que jamais -, souffert tout autant, mais toujours gardé une élégance incroyable. Le comédien Eric Elmosnino l’incarne d’une façon presque troublante, en interprétant de surcroît avec une grande justesse certaines des chansons, choisies parmi les meilleures du grand Serge.

Gainsbourg – (vie héroïque)
Joann Sfar
Avec Eric Elmosnino, Lucy Gordon, Laetitia Casta, Anna Mouglalis
Durée : 2h10 min
Photos © Universal Pictures International France



Si c’est au XVII° siècle que les crânes apparaissent à profusion sur les tableaux de nature morte, en un genre appelé Vanités, de telles représentations de la mort sont présentes dans les maisons dès l’Antiquité.
Mieux vaut s’attarder devant les vitrines présentant des pièces unique du joailler vénitien Codognato, famille installée près de la Basilique San Marco (elle en devint même l’orfèvre attitré), qui depuis 1866 s’inspire d’oeuvres de toutes époques pour créer des bagues et des colliers en forme de Memento Mori. Aux motifs de crânes se mêlent harmonieusement des animaux symboliques comme la salamandre, le rat ou le serpent ; au diamant et aux pierres précieuses se mêle le corail aux vertus protectrices… Des petites merveilles à ne pas louper.
Le décrottoir, ici, est fiché dans le mur, à droite ou à gauche de l’entrée, parfois un de chaque côté, à quelques 15 ou 20 centimètres du sol. On grattait ses chaussures face au mur, alors que dans d’autres villes ce pouvait être fait en parallèle, parfois sur l’instrument planté dans le sol. Dans un premier temps, les décrottoirs paraissent assez divers dans leur forme. En fait, l’observation attentive permet de s’apercevoir que beaucoup ont perdu une partie de leur état d’origine au point de les rendre méconnaissables. Ils ont beaucoup souffert du vandalisme automobile, lorsqu’à l’époque de la reine Voiture ils ont été écrasés sous les roues et les pare-chocs des véhicules envahissant les trottoirs. La remontée du niveau du sol a pu les noyer à demi dans le bitume ou le pavage. La restauration des façades, quand elle n’a pas provoqué l’enlèvement de l’objet gênant, l’a parfois arrosé de crépi.
Si on en détermine l’architecture principale, on peut recomposer le type initial. Trois sont particulièrement fréquents. A défaut de connaître leur dénomination à l’époque de leur scellement, on inventera ici une typologie :
La vie quotidienne est faite de petits bonheurs et de petits soucis. Celle qui est décrite par Delillo dans les années 80 est américaine, concerne une famille habile à faire vivre ensemble des enfants issus de plusieurs couples précédents. Dans cette ambiance très animée les bruits de fond sont nombreux : les images et les voix de la télé, qui peuvent surgir à tout moment, les gestes de la consommation, qui aident bien à pousser aujourd’hui pour arriver à demain.
Emma la clown, c’est une naïveté et un étonnement enfantins dont surgit la fantaisie la plus pure. Clown géniale, elle réunit maladresse désarmante et grotesque attachant en un talent comique irrésistible.
Après le bouleversant
Mais ce que le spectateur voit aussi, c’est une troupe de comédiens extraordinaire, faite de tout ce que la société désigne comme marginaux, handicapés, clochards, malades du corps et de l’esprit. Pippo Delbonno puise sa force auprès d’eux, il le dit ; c’est criant. Et peu à peu, la douceur et une étrange beauté viennent combattre la douleur de la mort et de la culpabilité, et la violence du mensonge.
Quelle chance de trouver quelques salles qui projettent encore Les herbes folles, le dernier film d’Alain Resnais…