
A la fin du parcours, on trouve, comme toujours, des cartes postales et revues à acheter pour garder souvenir des tableaux qu’on a le plus appréciés. Mais que l’exercice est vain en peinture, on l’a maintes fois constaté, et plus encore s’agissant des impressionnistes aux effets de lumière si subtils que les technologies les plus modernes de reproduction semblent impuissantes à restituer.
L’exercice semble plus cruel encore pour l’œuvre de Berthe Morisot (1841-1895). Une pure, une magnifique peintre impressionniste, moins connue du grand public peut-être que ses collègues masculins Monet, Manet, Renoir et autres Degas, mais ô combien talentueuse. Preuve de cette moindre (re)connaissance : il s’agit de la première exposition monographique proposée par une musée national depuis… 1941 ! Preuves de son talent : elles sont nombreuses ; on les découvre sur pièces au Musée d’Orsay depuis mardi dernier et jusqu’au 22 septembre.
Beaucoup de tableaux sont des inédits pour le public parisien, issus de collections particulières ou de musées étrangers. L’exposition est très intelligemment construite, sa présentation textuelle efficace. Concentrée sur ce qui représente la part prépondérante de son travail – les portraits et tableaux de figures – elle nous fait arpenter une œuvre moderne, touchante et singulière dans le monde impressionniste lui-même.

A parcourir les tableaux, on sent une personnalité, une profondeur chez cette artiste qui, dans le XIX° bourgeois dont elle est issue, a vite décidé de faire de sa passion non pas un passe-temps mais un métier. Ce milieu et la condition féminine qui y était attachée sont visibles dans les scènes d’intérieur et de plein air, où l’on voit à travers leurs figures les occupations auxquelles Berthe Morisot était destinée : assise sur un sofa se contentant de regarder la vie urbaine à travers une fenêtre, occupée à lire, coudre, jouer d’un instrument, ou encore dans un jardin près des enfants.
Les intérieurs de l’époque sont chargés, les meubles lourds et chez Berthe Morisot leurs teintes souvent éteintes. Pourtant, quelle lumière partout et quelles couleurs à l’extérieur, des verts, des roses, parfois de somptueux mauves. Toute une série de tableaux traite du thème toujours passionnant de la frontière intérieur / extérieur, dans des mises en scène variées. Ici un balcon, là une fenêtre, un bow-window ou une véranda. La lumière inonde l’intérieur, le regard est attiré vers le dehors, et tout respire.

Mais que pensent les personnages qui y font dos ou face ? Plus généralement, qu’éprouvent les personnages – essentiellement féminins, à l’exception de son époux Eugène Manet, frère du peintre – peints par Berthe Morisot ? Ennui, mélancolie, tranquillité d’âme ? Le plus souvent on l’ignore, et ce mystère est source de joie. Morisot n’est pas des artistes qui assènent, mais de ceux qui évoquent, en des portraits parfaitement sur le vif. Là est sa modernité absolue : des cadrages photographiques, une touche rapide, enlevée, pleine de mouvements, souvent le choix de « l’inachevé ». Dans les scènes de toilette, les modèles se fondent dans le décor des chambres. Les lectures peuvent en être multiples. Dans les scènes de mode, les robes sont davantage suggérées que représentées, et ce sont les modèles qui attirent toute l’attention. Dans les scènes de plein air, la végétation remplit admirablement la toile, pour mieux servir d’écrin aux personnages.

Quelle tendresse lit-on dans ses tableaux, et pourtant, même lorsqu’elle peint sa fille, c’est bien le peintre qui s’exprime, le témoin. Celle qui voulait par-dessus tout enregistrer l’éphémère : « Il y a longtemps que je n’espère rien et que le désir de glorification après la mort me paraît une ambition démesurée. La mienne se borne à vouloir fixer quelque chose de ce qui se passe, oh quelque chose ! la moindre des choses, eh bien cette ambition-là est encore démesurée !… une attitude de Julie, un sourire, une fleur, un fruit, une branche d’arbre, une seule de ces choses me suffirait ».
Berthe Morisot (1841-1895), une exposition à découvrir au Musée d’Orsay jusqu’au 22 septembre 2019
A voir également en ce moment et jusqu’au 21 juillet : Le modèle noir de Géricault à Matisse
Le Goncourt 1966 récompense Edmonde Charles-Roux pour son premier roman, Oublier Palerme. Deux pôles géographiques se partagent l’intrigue, New York et cette grande ville de Sicile que les protagonistes ne peuvent oublier. Mais si l’intérêt se soutient bien lorsque que l’action se déroule sur l’île, les épisodes new-yorkais provoquent un grand ennui, du fait d’une construction peu convaincante.
La thématique du Goncourt 1955 fait écho à une question de la France d’aujourd’hui, celle de l’intégration des migrants. « Les eaux mêlées » se lit dans la suite de « La greffe de printemps », roman qui s’attache à suivre le parcours de Yankel Mykhanowitzki , parti de sa Russie natale avant la guerre de 14-18 pour fuir misère et pogrom, et se fixer à Paris comme casquettier. Le romancier nous plonge dans l’intimité d’un personnage qu’il sait rendre particulièrement attachant.
La lecture du Goncourt 1946 nous montre comment l’interprétation de l’assassinat d’une épouse par son conjoint a évolué dans les esprits. Dans l’Histoire d’un fait divers Jean-Jacques Gautier s’évertue à faire comprendre la quasi légitimité de Lucien à tuer Fernande ! Pourtant le lecteur d’aujourd’hui peut découvrir ce que cet acte suppose de rapports asymétriques entre les hommes et les femmes.
Le Goncourt 1939 nous fait entrer dans le milieu de la haute bourgeoisie parisienne par le biais d’une thématique centrale pour cette classe, le mariage. La narratrice nous raconte son histoire de fille plutôt indocile, incapable toutefois de rompre avec les siens à cause de ce qu’elle appelle justement le marquage familial Boussardel.

Un roman amusant que le Goncourt 1927. Beaucoup de dialogues, une langue alerte, des caractères bien peu compliqués, une thèse simple, font qu’il se lit sans y penser ; et si au total l’intérêt paraît littérairement mince, on reconnaît qu’il est représentatif de ces années 1920, qui voulaient oublier les horreurs de la première guerre mondiale et ne pas envisager qu’il pourrait y en avoir une seconde.
Un Goncourt 1911 bien plaisant à lire, aux métaphores souvent originales et au vocabulaire parfois agréablement vieillot : « L’unique étage s’allongeait sous la carapace ensellée d’une haute et molle toiture, dont l’ardoise, niellée de verdures et de lichens safranés, venait faire visière sur des fenêtres à petits carreaux ; et les murailles étaient tout à fait de la couleur des vieux chemins ».
Le Goncourt 1907 n’est pas tout à fait le vrai Goncourt de l’année. C’est Jean des Brebis ou le Livre de la Misère qui avait été élu, mais les jurés se sont aperçus que celui-ci, paru en 1904, n’obéissait pas à un impératif des frères Goncourt : donner leur prix à un ouvrage sorti dans l’année. Ils se sont alors reportés sur Terres Lorraines, du même Moselly, en attribuant le prix aux deux ouvrages.
Le prix Goncourt 2003 est un portrait de femme, mais au bout des trois cent pages, Maria Eich garde largement ses mystères pour elle. Qu’est-ce qui a décidé vraiment cette jeune actrice à espionner, pour le compte de la Stasi, le dramaturge Bertold Brecht, en devenant sa maîtresse ? Réelle admiration pour le « Maître » ou rachat politique auprès des autorités de la R.D.A. pour avoir eu pour père et pour mari des nazis partis à l’étranger ? Ou peut-être encore pour l’obtention de facilités pour rendre visite à sa fille, à Berlin Ouest ?