Un vieil homme est assis au bord d’un lit dans une chambre.
Toutes les secondes, une photo enregistre ses gestes et un micro le moindre de ses bruits.
Il ne sait pas où se trouve cette chambre ; ni pourquoi il y est enfermé. Il n’est d’ailleurs pas tout à fait sûr d’être enfermé, même si tout porte à croire que la porte de la chambre est – comme la fenêtre – verrouillée.
Affaibli physiquement, amoindri par les médicaments, il ignore pratiquement tout de son passé.
Mais lorsqu’il ferme les yeux, une armée de spectres apparaît et une insupportable bouffée de culpabilité l’envahit.
Un lourd procès semble lui être réservé.
L’auteur décide d’appeler Mr. Blank cet homme qui ignore qui il est.
Blank. Comme blank.
Dans sa chambre se trouve un bureau ; et sur ce bureau sont disposés : des photos ; un « manuscrit dactylographié » ; un stylo ; un carnet.
Lorsque des personnes lui téléphonent ou lui rendent visite, il note leurs noms sur le carnet.
Puis il commence à lire le manuscrit. Arrivé au bout, il se met en colère : le récit n’est pas fini.
Un docteur lui demande « pour le traitement » d’en imaginer la fin …
Alors Mr. Blank se met à raconter la fin, qu’il invente au fur et à mesure.
Le récit dans le récit (au minimum), l’inquiétante étrangeté, la chambre, l’enfermement, la surveillance permanente mettant les personnages en proie à la volonté – mystérieuse et angoissante – d’autrui, Paul Auster réunit ici les thèmes qu’il poursuit, avec un immense talent, de roman en roman.
Mais avec Dans le scriptorium, il va plus loin : d’une écriture parfaitement asséchée, il s’amuse à mettre en place un jeu subtil d’écrivain avec son personnage et son lecteur … qu’il déroute avec malice et délice.
C’est un roman à lire absolument, une essence pure : de l’extrait de Paul Auster à 100 %.
Avant que l’on ne tente de me discréditer en attirant l’attention sur ces taches dans mon dossier, c’est de mon plein gré que je prends les devants pour proclamer au monde ma culpabilité. Nous vivons une époque dangereuse et je sais avec quelle facilité les perceptions peuvent être déformées par un seul mot glissé dans la mauvaise oreille. Contestez le caractère d’un homme et tout ce que fera cet homme en deviendra douteux, suspect, lourd de motivations ambiguës.
M. Blank pousse un long soupir de lassitude. Non, dit-il avec une pointe de sarcasme dans la voix, je n’ai pas envie de la remettre. J’en ai marre, de ces foutues chaussures. Ce que j’aimerais, c’est enlever l’autre aussi.
Au moment où ces mots lui échappent, Mr. Blank se sent réconforté par l’idée qu’une telle action est du domaine des possibilités, qu’en cette unique et dérisoire occurrence, il peut prendre lui-même les choses en main.
Ce que je voudrais que vous fassiez, c’est me raconter la suite de l’histoire. A partir de l’endroit où votre lecture s’est arrêtée, racontez-moi ce qui devrait se passer selon vous jusqu’au dernier paragraphe, au dernier mot. Vous avez le début. Maintenant je voudrais que vous me donniez le milieu et la fin.
C’est quoi, ça, un jeu de société ?
Si vous voulez. Je préfère en parler comme un exercice de raisonnement imaginatif.
Jolie expression, docteur. Raisonnement imaginatif. Depuis quand l’imagination a-t-elle quelque chose à voir avec la raison ?
Dans le scriptorium. Paul Auster
Traduit de l’américain par Christine Le Boeuf
ACTES SUD (on peut y lire les première pages)
147 p., 15 €
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