Antigone. Henry Bauchau
Par Andreossi le vendredi 22 février 2008, 08:00 - Littérature et poésie - Lien permanent
Depuis la mise
en place de l’histoire et des personnages par Sophocle, on a connu beaucoup de
versions d’Antigone. Elles ont été essentiellement été écrites pour le théâtre.
Et voilà qu’un auteur, peu connu jusqu’alors malgré ses romans, ses recueils de
poèmes, ses pièces de théâtre (et même sa biographie de Mao Zedong !), publie
il y a dix ans un Antigone roman.
Certes, nous avons bien un roman, écrit à la première personne, qui déploie une
partie des péripéties de la vie de la fille d’Œdipe, au moment où elle reprend
le chemin vers Thèbes. Mais l’écriture, la magie de l’évocation en font un
texte où la poésie nous emporte directement dans l’univers des mythes grecs.
C’est à dire aux racines de notre culture.
Antigone met toute son ardeur à empêcher la guerre entre ses deux frères tant
aimés, Polynice et Etéocle. Elle ne manque pas de moyens, qui constituent les
références au merveilleux que l’on peut attendre du royaume des mythes :
elle sait bander un arc comme nul autre ; elle sculpte admirablement le
portrait de Jocaste, leur mère, pour tenter de dissuader ses frères de se
battre. Mais surtout elle a le don d’émettre un cri qui bouleverse tellement
ceux qui l’entendent qu’elle peut en obtenir beaucoup.
Henry Bauchau a principalement orienté sa thématique sur la question des genres
masculin et féminin, et les portraits de femmes (car Ismène, la sœur, tient une
grande place) sont superbes d’intelligence et de sentiment. Antigone est une
révoltée, qui veut dépasser les attributs de la condition de la femme grecque
pour amadouer la virilité exacerbée de ses frères :
« Quand il annonce que le corps de Polynice doit pourrir sans sépulture, je ne puis plus contenir mon cri. L’indignation, la colère s’échappent de mon corps et vont frapper de front le mufle de la ville avec l’énorme fardeau de douleur, de bêtise et d’iniquité qu’elle fait peser sur moi et sur toutes les femmes. Oui, moi Antigone, la mendiante du roi aveugle, je me découvre rebelle à ma patrie, définitivement rebelle à Thèbes, à sa loi virile, à ses guerres imbéciles et à son culte orgueilleux de la mort » (p. 289).
Un beau plaisir de lecture.
Antigone. Henry Bauchau
Actes Sud, 21 €, 368
p.
Egalement en poche, Babel, 8,50 €, 354 p.
Commentaires
Comparée à celle de Jean Anopuilh, l'Antigone d'Henry Bauchau a gagné en incarnation et en épaisseur. De même, Ismène, Etéocle et Polynice, et ces deux là, surtout. Mais c'est Créon qui me déçoit. Il était si riche, Créon, chez Anouilh !, et il est si pauvre et inexistant, sous la plume de Bauchau.
Oui Aldor, Créon n'apparaît chez Bauchau que comme image du pouvoir. Peut-être qu'on peut lire dans cet intérêt majeur pour les quatre membres de la fratrie la trace du métier de psychanalyste de l'auteur.