La sculpture polychrome en majesté au Musée d’Orsay

Charles Octave Lévy, sculpteur et Théodore Deck, céramiste. Bernard Palissy, 1876, faïence, décor d’émaux polychromes, H. 205 cm, Guebwiller, dépôts de la MSA Mayenne-Orne-Sarthe au Musée Théodore Deck et des Pays du Florival

Qu’il est doux en ce chaud été de retrouver le cocon tranquille des salles d’exposition, de retrouver ce vivifiant frottement du regard aux œuvres d’art, de découvrir ou appréhender d’une façon renouvelée des pans de création un peu enfouis.

Ce moment de ravissement, c’est au Musée d’Orsay qu’on le doit, qui a monté cette exposition inédite autour de la sculpture polychrome au XIX° siècle.

Andrea della Robbia (1435-1525), (attribué à). La Vierge à l’Enfant avec trois chérubins. XVIe siècle. Terre cuite émaillée. H. 118 ; L. 73 ; P. 16 cm. Paris, musée du Louvre © RMN-Grand Palais (musée du Louvre) / René-Gabriel Ojéda / Thierry Le Mage

Il s’agissait alors d’un renouveau : après le Moyen-Age puis la Renaissance (dont on trouve en introduction de très belles évocations, notamment une Vierge à l’Enfant avec trois chérubins de Andra della Robbia), la sculpture en couleurs était tombée en disgrâce. Hormis des œuvres de culture populaire ou religieuse, seule une sculpture immaculée, à l’instar de ce que l’on pensait être la sculpture classique en marbre, en fait totalement blanchie au fil des siècles, n’avait le droit de cité.

Les découvertes archéologiques du XIX° siècle révélant la polychromie de l’architecture et de la sculpture antiques vont bousculer cet idéal de beauté. De même, l’engouement pour le Moyen-Age et la Renaissance va jouer un rôle important dans la 2ème moitié du XIX° siècle : les œuvres de Henry Cros inspirées du XVI° siècle en constituent une des plus séduisantes illustrations (voir par exemple Le Prix du tournoi). On ne passera pas non plus à côté de l’hommage à Bernard Palissy à travers des statues représentant le célèbre artiste de la Renaissance, l’une en biscuit de porcelaine, l’autre monumentale en faïence décorée d’émaux, signées Charles Octave Lévy.

A l’opposé, mais également dans cette veine historicisante, un émouvant Saint-François de Zacharie Astruc déploie une polychromie toute discrète sur bois peint, ivoire, verre et corde.

Georges Lacombe (1868-1916) Marie-Madeleine H. 104 ; L. 42 ; P. 55 cm Brême, Kunsthalle Bremen – Der Kunstverein in Bremen© Kunsthalle Bremen/ARTOTHEK

Autre mouvement majeur du XIX°, le symbolisme s’emparera lui aussi de la couleur, avec des figures comme Carriès (Crapaud et grenouille d’un bleu métallique), Georges Lacombe (très recueillie Marie-Madeleine), Gauguin (Soyez mystérieuses). On n’admire pas moins La Femme au Singe de Camille Alaphilippe.

Paul Gauguin (1848-1903) Soyez mystérieuses 1890Bas-relief en bois de tilleul polychrome H. 73 ; L. 95 ; P. 5 cm Paris, musée d’Orsay © RMN-Grand Palais (Musée d’Orsay)

Avec le Second Empire et son attrait pour les arts décoratifs, architectes et céramistes créent et diffusent en abondance des productions en couleur très convaincantes (tels Emile Muller ou Perrusson).

Camille Alaphilippe, sculpteur et Alexandre Bigot, céramiste. Femme au singe, 1908. Grès émaillé et bronze doré, hauteur 184 cm. Paris, Petit Palais, musée des Beaux-Arts de la Ville de Paris. Puis Jean d’Aire et Tête de Balzac d’Auguste Rodin.

Enfin, témoignent de la variété des matériaux utilisés par les sculpteurs à cette époque les portraits de Bourdelle en pâte de verre, le grand Jean d’Aire en grès de Rodin, La Vague de Camille Claudel en marbre ou encore la Petite Danseuse de quatorze ans en bronze patiné de Degas.

Ce très joli et souvent surprenant parcours est à découvrir au musée d’Orsay jusqu’au 9 septembre.

Musée d’Orsay, 1 rue de la Légion d’Honneur – Paris 7° – En couleurs, la sculpture polychrome en France 1850-1910

Entrée 12 euros (TR 9 euros) – Du mardi au dimanche de 9h30 à 18h, le jeudi jusqu’à 21h45

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Au musée d’Orsay, l’hommage de Valéry à Degas

Edgar Degas (1834-1917), Danseuse assiseEntre 1881 et 1883, Pastel sur papier marron contrecollé sur carton H. 62 ; L. 49 cm Paris, musée d’Orsay Legs de Gustave Caillebotte, 1894© RMN-Grand Palais (Musée d’Orsay) / Hervé Lewandowski

C’est une petite danseuse qui entre deux entre-chats vient se poser quelques instants sur une chaise et, penchée vers l’avant, se masse la cheville gauche. Le bras droit, replié sur le genoux semble prêt à donner l’impulsion pour un nouveau bond, alors que le dos est totalement courbé et le visage absorbé. Derrière l’énergie, on sent la fatigue, la douleur même, la tension, la brièveté de la pause.

Un dessin réalisé au pastel et signé Edgard Degas (1834-1917), dont on admire sans cesse la spontanéité, le cadrage photographique, la vivacité du trait. Une sensibilité et une efficacité dans la saisie des corps et des mouvements que le grand écrivain Paul Valéry (1871-1945) a merveilleusement louées.

Le poète sétois a entretenu avec le peintre parisien une intense amitié et une admiration qui l’ont conduit à concevoir un livre de dessins intitulé « Degas Danse Dessin », finalement publié par Ambroise Vollard en 1936, près de vingt après la mort de l’artiste.

Deux danseuses au repos Edgar Degas 1898 / Musée d’Orsay RMN

Le Musée d’Orsay nous propose, ce qui sera pour beaucoup une découverte, de parcourir cet ouvrage au fil d’une très belle exposition réunissant dessins et pastels de Degas, mots toujours ciselés de Valéry, et témoignages de l’amitié entre les deux hommes. Les œuvres de formation du peintre (splendides copies de classiques), son travail sur la danse (ses incomparables sculptures, dont la fameuse « Petites danseuse de quatorze ans » viennent compléter les œuvres graphiques) mais aussi sur le cheval raviront les amateurs de cet artiste inclassable. Cette présentation permettra aussi sans doute de mieux faire connaître le trait de plume de Paul Valéry, dont la singularité et la poésie sont toujours un régal : « Le cheval marche sur les pointes. Quatre ongles le portent. Nul animal ne tient de la première danseuse, de l’étoile du corps de ballet, comme un pur-sang en parfait équilibre, que la main de celui qui le monte semble tenir suspendu, et qui s’avance au petit pas en plein soleil. »

Degas Danse Dessin

Hommage à Degas avec Paul Valéry

Musée d’Orsay, Paris

Jusqu’au 25 février 2018

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Admirable Frédéric Bazille au Musée d’Orsay

Frédéric Bazille, Réunion de famille dit aussi Portraits de famille (1867) H. 152 ; L. 230, Paris, musée d'Orsay, acquis avec la participation de Marc Bazille, frère de l'artiste, 1905© RMN-Grand Palais (Musée d'Orsay) / Hervé Lewandowski
Frédéric Bazille, Réunion de famille dit aussi Portraits de famille (1867) H. 152 ; L. 230, Paris, musée d’Orsay © RMN-Grand Palais (Musée d’Orsay) / Hervé Lewandowski

Pour mettre en valeur un artiste insuffisamment (re)connu, rien de tel que de mettre en perspective ses œuvres avec celles de ses contemporains que la postérité a glorifiés. Telle est la démarche – fort convaincante – adoptée par le Musée d’Orsay pour cette première exposition consacrée par un musée national français au peintre Frédéric Bazille (1841-1870).

Fils aîné d’une famille de la grande bourgeoisie protestante montpelliéraine, Frédéric Bazille était promis à la médecine. Mais, sitôt « monté » à Paris pour y poursuivre ses études, il s’inscrit à l’atelier de Charles Gleyre et décide de changer radicalement de destinée pour s’adonner à l’une de ses passions, la peinture – l’autre étant la musique.

Frédéric Bazille, La robe rose (1864) H. 147 ; L. 110 cm, Paris © Musée d'Orsay, Dist. RMN-Grand Palais / Patrice Schmidt
Frédéric Bazille, La robe rose (1864) H. 147 ; L. 110 cm, Paris © Musée d’Orsay, Dist. RMN-Grand Palais / Patrice Schmidt

D’emblée, il côtoie la génération de Monet, Renoir, Sisley et s’élance sur la voie de la modernité. Avec ses amis, et suivant le mouvement de Monet (une fréquentation que l’exposition restitue), il prend le chemin de la peinture sur le motif à Fontainebleau, en Normandie, à Chailly… C’est toutefois lorsque, l’été, il retrouve son midi natal, que la singularité de son talent se révèle. Voyez ses vues d’Aigues-Morte, dont il restitue l’atmosphère si particulière, baignée autant de soleil que d’immobilité et d’oubli. Admirez la fine lumière de sa Réunion de famille, les traits réalistes et la présence de ses proches. Succombez à l’une des plus belles toiles de l’exposition, La robe rose, où Bazille a su capter l’extrême douceur du soir d’une journée de fin d’été, qui éclaire encore les pierres blanches du hameau, laissant le personnage féminin assise dans l’ombre les contempler.

Frédéric Bazille, Les Remparts d'Aigues-Mortes, du côté du couchant (1867) H. 60 ; L. 100 cm, Washington, National Gallery of Art © Courtesy National Gallery of Art, Washington, NGA Images
Frédéric Bazille, Les Remparts d’Aigues-Mortes, du côté du couchant (1867) H. 60 ; L. 100 cm, Washington, National Gallery of Art © Courtesy National Gallery of Art, Washington, NGA Images

Forts admirables aussi sont les tableaux montrant ses ateliers, notamment celui de la rue Condamine, que l’artiste, comme ses autres logements, partage généreusement avec ses amis peintres. Lorsque l’argent manque pour payer les modèles, ils posent les uns pour les autres. Ainsi Bazille peint Renoir et inversement. Il peint des Baigneurs avant Cézanne et à dix mille lieux des nus académiques de son compatriote Cabanel. Mais aussi une Toilette féminine façon Manet ou Delacroix. Il peint des natures mortes très réussies – c’est avec des Poissons qu’il est admis pour la première fois au Salon d’automne en 1866, mais on aime bien aussi son Héron. Citons encore une Jeune femme aux pivoines en deux versions, toutes deux magnifiques, une mélancolique Tireuse de cartes, un Autoportait à la palette, à la fois fort bien ajusté et débordant de tempérament.

Frédéric Bazille, Jeune femme aux pivoines (1870) H. 60 ; L. 75 cm, Washington, National Gallery of Art © Courtesy National Gallery of Art, Washington, NGA Images
Frédéric Bazille, Jeune femme aux pivoines (1870) H. 60 ; L. 75 cm, Washington, National Gallery of Art © Courtesy National Gallery of Art, Washington, NGA Images

Le tout en sept ans de carrière seulement. Il est en effet emporté sur le front de la Guerre de 1870 à quelques jours de son 29ème anniversaire. Il a eu le temps de peindre une petite soixantaine de tableaux.

Le Musée d’Orsay en montre 47 et une série de dessins, ainsi que de nombreuses toiles de ses contemporains tels Courbet, Monet, Corot, Cézanne, Sisley, Renoir, Fantin-Latour…

L’exposition est le fruit d’un judicieux partenariat entre les trois plus importantes collections mondiales d’œuvres de Frédéric Bazille, le Musée d’Orsay, la National Gallery or Art de Washington (où elle fera sa dernière étape à partir d’avril 2017) et bien sûr le Musée Fabre à Montpellier, où elle a été inaugurée et qui compte le plus grand nombre d’œuvres de cet artiste dont on découvre l’étendue du talent avec emballement.

Frédéric Bazille, La jeunesse de l’impressionnisme

Musée d’Orsay – Paris 7°

TLJ sauf le lundi, de 9h30 à 18h, le jeudi jsq 21h45

Entrée 12 euros (TR 9 euros), gratuit pour les – de 26 ans de l’UE

Jusqu’au 5 mars 2017

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Le nouveau Musée Rodin à Paris

Le nouveau parcours dans l'hôtel Biron restauré
Le nouveau parcours dans l’hôtel Biron restauré

Après plus de trois ans de travaux, qui l’ont consolidé et embelli de fond en comble sous la direction de Richard Duplat, architecte en chef des Monuments historiques, l’hôtel Biron, qui abrite le Musée Rodin à Paris (1) depuis 1919 a rouvert ses portes le 12 novembre dernier. C’est une grande réussite, dans le sens où tout a été pensé pour mettre en valeur les œuvres, mais aussi pour permettre au visiteur de mieux comprendre le travail de l’artiste.

L’hôtel particulier du XVIII° siècle, où Auguste Rodin (1840-1917) prit ses quartiers à partir de 1908 et jusqu’à sa mort, a été magnifiquement restauré. Il en avait grand besoin ; ses planchers ployaient sous le poids des bronzes et des marbres, mais aussi des quelques 700 000 visiteurs (dont 80 % de touristes étrangers) qui s’y précipitent chaque année.

Edvard Munch (1863 -1944), Le Penseur de Rodin dans le parc du docteur Linde à Lübeck, vers 1907, Huile sur toile, H. 22 cm ; L. 78 cm
Edvard Munch (1863 -1944), Le Penseur de Rodin dans le parc du docteur Linde à Lübeck, vers 1907, Huile sur toile, H. 22 cm ; L. 78 cm

Les parquets « Versailles » qui le pouvaient ont été remis en état, les autres remplacés. Les plafonds et moulures ont subi le même sort. Mais le plus spectaculaire – si l’on peut dire, car on réalité on l’oublie très vite, tant elle sied à l’ensemble – est la réfection des murs. Le blanc a cédé la place à des taupes, gris et verts assourdis qui permettent de faire ressortir tant le blanc des marbres et des plâtres que les reflets des bronzes. Le mobilier aussi se fait discret : des socles en chêne, des vitrines sans arrêtes visibles et même, le plus souvent, pas de vitrine du tout. On circule autour des sculptures à loisir, à la lumière naturelle grâce aux grandes fenêtres qui donnent sur le parc. Un éclairage artificiel high tech à l’intensité et à la température variables sur mesure, grâce à des spots réglables individuellement et à distance selon l’heure et la saison, donne à chaque œuvre des conditions de visibilité optimales. Enfin, la sécurité et l’accessibilité (accès à l’étage par ascenseur pour les personnes à mobilité réduite) ont été mises aux normes d’aujourd’hui. Le tout pour une enveloppe de 16 millions d’euros, dont la moitié provient de l’Etat et le reste financé sur fonds propres, notamment grâce aux ventes de tirages de bronzes, dans la limite du nombre de fontes prévues par le sculpteur.

Auguste Rodin (1840 -1917), La Danaïde, 1889, marbre, H. 36 cm ; L. 71 cm ; P. 53 cm
Auguste Rodin (1840 -1917), La Danaïde, 1889, marbre, H. 36 cm ; L. 71 cm ; P. 53 cm

Les 1 200 m² d’espaces d’exposition déploient désormais un parcours continu articulé en 18 salles présentant près de 600 œuvres. (2) La progression est à la fois chronologique et thématique. La visite commence donc avec la formation de l’artiste pour s’achever, de façon plus inattendue, avec des peintures modernes, en particulier Le Penseur de Rodin de Munch, l’un des deux seuls tableaux du peintre norvégien conservés à Paris (l’autre est au Musée d’Orsay). Il faut dire que pour mieux présenter le processus créatif du sculpteur, Catherine Chevillot, la directrice du Musée, a fait le choix de montrer également des œuvres de la collection personnelle de Rodin. Elles traduisent ses sources de réflexion et d’inspiration, ses goûts, ses amitiés. Du reste, il les exposait dans ce même hôtel Biron, à côté de ses propres créations. Ainsi on admire, entourant les sculptures du maître, aussi bien des tableaux de choix (de Van Gogh, Monet, Carrière…) et des fragments d’Antiques romains que des antiquités orientales ou même une Vierge à l’Enfant du Moyen-Age. Une galerie expose aussi, par roulement, des dessins de l’artiste (une passion du sculpteur dont on a déjà parlé ici, mais aussi ) et des photographies. Enfin, comme auparavant, la grande Camille Claudel bénéficie d’une salle dédiée, avec en son centre L’Age mûr, mais aussi Les Causeuses, La Vague..

S’agissant des sculptures de l’auguste Rodin, les plus remarquables sont bien sûr réunies, de L’Age d’Arain à L’Homme qui marche, en passant par son Saint Jean-Baptiste, La Danaïde, La Porte de l’Enfer (dont Le Baiser en marbre au centre de la pièce), les études pour Les Bourgeois de Calais, Balzac, le Monument à Victor Hugo… Impossible de citer tous ces chefs d’œuvres, désormais plus beaux et passionnants que jamais, grâce à un travail de mise en valeur tout en intelligence et délicatesse.

Musée Rodin

77 rue de Varenne, 75007 Paris – Tél. 01 44 18 61 10

TLJ sauf le lundi, de 10h à 17h45, nocturne le mercredi jsq 20h45

Le musée Rodin est fermé les 1er janvier, 1er mai et 25 décembre.
Fermeture anticipée les 24 et 31 décembre à 16h45

Entrée 10 €

 

(1) L’autre Musée Rodin est située à Meudon (Hauts-de-Seine), également atelier et lieu d’exposition du vivant du sculpteur.

(2) Pour mémoire, le fonds du musée compte plus de 30 000 pièces, dont 6 775 sculptures, presque autant d’Antiques collectionnés par l’artiste, 9 000 dessins et estampes, 11 000 photographies…

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Splendeurs et misères au Musée d'Orsay

Sur le Boulevard (La Parisienne), Louis Valtat Photo Mathieu Rabeau/RMN/ Fondation Bemberg
Sur le Boulevard (La Parisienne), Louis Valtat
Photo Mathieu Rabeau/RMN/ Fondation Bemberg

« Bien que ces vaches de bourgeois
Les appellent des filles de joie
C’est pas tous les jours qu’elles rigolent,
Parole, parole,
C’est pas tous les jours qu’elles rigolent (…) »

Comment ne pas penser à cette poignante chanson de Georges Brassens en parcourant la riche et intéressante exposition organisée au Musée d’Orsay jusqu’au 17 janvier, consacrée (la première en son genre) aux images de la prostitution, du Second Empire à la Belle Epoque ?

Le comte Henri de Toulouse-Lautrec a peint ces « filles de joie » en abondance dans les maisons closes bien sûr, mais aussi dans les cabarets, cafés-concerts et brasseries, tous lieux qu’il a assidûment fréquentés : on les y voit attendre le client, l’air mélancolique, las et résigné, parfois jouant aux cartes pour se divertir d’un ennui qui semble abyssal. Van Gogh, Manet, Picasso eux aussi ont représenté de telles expressions : leurs tableaux montrent ces filles seules, attablées devant un verre de bière ou de prune, ou simplement les bras croisés (Femme assise au fichu ou La mélancolie, Picasso, 1902).

Ces œuvres sont les plus touchantes de l’exposition car elles nous placent du point de vue des prostituées et de leur triste sort, dans une approche très humaniste.

Ce n’est pas la grille de lecture proposée par les commissaires d’exposition, qui placent ce sujet inédit dans une vision plus globale, procédant à une sorte d’inventaire de ces splendeurs et misères de la seconde moitié du XIX° siècle. Les lieux publics et privés de la prostitution (du boulevard aux maisons closes en passant par l’opéra Garnier), sa place dans l’ordre moral et social, la prostitution dans « le monde » (les courtisanes, ou demi-mondaines), la prostitution et la modernité… sont les principaux thèmes traités avec soin et sobrement mis en scène par Robert Carsen, au fil de salles essentiellement tendues de rouges, du brun tomette au cardinal le plus vif.

Olympia (1863) d'Édouard Manet (1832-1883) © Dist. RMN-Grand Palais / Patrice Schmidt - Paris, musée d’Orsay
Olympia (1863) d’Édouard Manet (1832-1883) © Dist. RMN-Grand Palais / Patrice Schmidt – Paris, musée d’Orsay

Le regard le plus souvent adopté par les nombreux artistes qui se sont collés au sujet à l’époque reste celui du client, réel ou potentiel, mais sans la compassion d’un Lautrec, d’un Picasso ou d’un Van Gogh. C’est plutôt un regard qui pointe l’altérité absolue, l’étrangeté que représente la prostituée, non seulement femme, mais encore femme de petite vertu. On l’achète, la domine, la réprouve. Et pourtant, sa séduction menace, et pas uniquement pour des raisons sanitaires. On nage en pleine ambiguïté dans ce jeu de pouvoirs. La citation de Felix Fénéon au sujet du tableau de Louis Valtat placé en ouverture de l’exposition, Sur le boulevard (la Parisienne), lors de son compte-rendu du Salon des Indépendants de 1893 est d’ailleurs assez explicite de cette fascination mêlée de mépris mais aussi de crainte : « Je gobe son grand tableau : une chouette filasse, putain comme chausson qui se trimballe sur le boulevard. Pour sûr, elle va rouler dans les grands prix les bourgeoisillons qui rôdent autour de ses froufrous ».

Cette peur semble atteindre son paroxysme avec l’Olympia de Manet. Soudain, la prostituée, représentée le plus souvent avec un voyeurisme certain (Degas n’était sur ce point pas le dernier) se met à regarder le spectateur en pleine face. La plus grande provocation du tableau est sans doute celle de renvoyer le spectateur à lui-même… Comme à la fin de la chanson de Brassens.

 

Splendeurs et misères

Images de la prostitution 1850-1910

Musée d’Orsay

Jusqu’au 17 janvier 2016

De 9h30 à 18h mardi, mercredi, vendredi, samedi et dimanche
De 9h30 à 21h45 le jeudi
Fermé tous les lundi, les 1er mai et 25 décembre

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Dolce Vita ? Du Liberty au design italien. Musée d'Orsay

"Coupe des mains" en verre "laguna" et verre ivoire, de Tomaso Buzzi © ENRICO FIORESE - GALERIE ANAGAMA - GRAND PALAIS
« Coupe des mains » en verre « laguna » et verre ivoire, de Tomaso Buzzi © ENRICO FIORESE – GALERIE ANAGAMA – GRAND PALAIS

Au tournant du XX° siècle, à l’instar des beaux-arts, les arts décoratifs ont connu leurs révolutions. A Bruxelles et en France, ce fut l’Art Nouveau, en Angleterre, l’Arts & Crafts, à Vienne, la Sécession, en Italie, le Liberty.

La première salle de la riche exposition que le musée d’Orsay consacre aux arts décoratifs italiens du premier XX° siècle nous fait plonger directement au cœur de ce fameux mouvement Liberty.

Son programme : comme l’Art Nouveau, lignes sinueuses, motifs végétaux et formes zoomorphes. C’est d’ailleurs une vraie ménagerie : meubles couverts de parchemin que Carlo Bugatti a présentés lors de la première Exposition internationale des Arts décoratifs modernes en 1902 à Turin, dont une étonnante chaise en forme d’escargot, pièces d’orfèvrerie du même Bugatti dont un seau à glace orné de batraciens, sculpture Les Serpents du ferronnier Alessandro Mazzucotti. Côté végétal, un adorable ensemble bureau/coiffeuse-chaise en noyer de Quarti, en noyer incrusté de fils de laiton et de nacre. L’humeur est joyeuse ; les tableaux de l’époque le confirment, où les peintres divisionnistes Previati, Da Volpedo ou encore Segantini, de leur palette claire, imaginent des scènes d’inspiration symboliste où femmes et enfants s’unissent et dansent dans une nature lumineuse, aérienne et amie.

Mais la Sécession viennoise infuse aussi bien sûr la production italienne. En témoignent les somptueux tableaux de Bonazza, longtemps actif à Vienne (La Légende d’Orphée), ou encore du verrier-touche-à-tout Vittorio Zecchin (Le mille e una notte, réalisé pour l’hôtel Terminus à Venise).

Le principe de rapprochement de l’art décoratif et de l’art pictural est maintenu tout au long des cinq sections qui articulent la présentation chronologique. Autour de quelques 160 œuvres, le visiteur parcourt l’Italie – encore toute neuve nation unifiée – des années 1900 aux années 1930.

Frederico Tesio (1869-1954), Bureau et Fauteuil, 1898 Chêne marqueté d’ébène © Musée d’Orsay, dist. RMN-Grand palais / Patrice Schmidt
Frederico Tesio (1869-1954), Bureau et Fauteuil, 1898 Chêne marqueté d’ébène © Musée d’Orsay, dist. RMN-Grand palais / Patrice Schmidt

Les mouvements s’entrechoquent : dès les années 1910, le mouvement Futuriste voit le jour. Ode au dynamisme et à la modernité, il se manifeste d’abord en peinture, avec Gino Severini notamment : sa Danseuse articulée, peinture avec éléments mobiles actionnés par des chaînes, en est l’illustration littérale. Son Rythme plastique du 14 juillet, qui déborde jusque sur le cadre est un convaincant exemple de traduction du mouvement en peinture pure. Le Futurisme gagnera ensuite le domaine des arts décoratifs (voir le décoiffant service à café de Giacomo Balla).

A partir des années 1920, dans les suites de la Première Guerre mondiale, si un peu partout en Europe l’art opère un « retour à l’ordre », ce mouvement n’en est pas moins créatif. On le voit en Italie, en peinture avec les œuvres « métaphysiques » de De Chirico, où les références à la culture classique se mêlent à la trivialité dans un esprit de surprise et de poésie, celles de Morandi (très belle Nature morte), Casorati, qui réalise des meubles d’une austérité telle qu’elle en fait le précurseur des « fonctionnalistes » de la décennie suivante. On découvre une jolie illustration de cette veine en arts appliqués, avec une Coupe des mains en verre « laguna » rose rehaussé à la feuille d’or : drôle d’objet, fin, aérien, presque littéraire avec ses mains sorties de nulle part.

Umberto Bellotto et Atelier de Guiseppe Barovier Vase « Plume de paon », vers 1914, Verre de Murano et fer forgé, 55 cm (haut.), Paris, Musée d’Orsay © Musée d’Orsay Dist. RMN-grand Palais / Patrice Schmidt
Umberto Bellotto et Atelier de Guiseppe Barovier Vase « Plume de paon », vers 1914, Verre de Murano et fer forgé, 55 cm (haut.), Paris, Musée d’Orsay © Musée d’Orsay Dist. RMN-grand Palais / Patrice Schmidt

Le Classicisme moderne, s’il a eu pour funeste destin d’être dans le goût des Fascistes, a donné lieu à de splendides créations. Notamment celles de Gio Ponti, qui revisite les plats et vases grecs avec décalage et humour, sans rien concéder à l’esthétique. Nous sommes encore dans les année 1920, mais on comprend pourquoi, quelques 25 ans plus tard, Ponti a trouvé en Fornasetti un fructueux complice. A la visite de cette exposition, c’est tout le terreau dans lequel Fornasetti est venu développer son grain de folie que l’on hume avec délices.

La dernière section est naturellement dédiée au Rationalisme dans la veine de Le Corbusier. Métal, formes « utiles », possibilité d’industrialiser la fabrication, on connaît tout cela. Mais ici, la fantaisie et le chic transalpins font sensation : on adore ce fauteuil dit Télésiège qui, accroché à une mezzanine, faisait office de balancelle d’intérieur (à une place !). A ses pieds, il y avait, paraît-il, quelques dalles de faux gazon… Un air de dolce vita en somme, que le contexte si sombre des années 1910 à 1930 en Italie ne laisse pas d’interroger, tant les créations de l’époque sont osées, enjouées, débordantes d’imagination et d’humour.

Dolce Vita ? Du Liberty au design italien (1900-1940)

Musée d’Orsay

1 Rue de la Légion d’Honneur – Paris 7°

Tous les jours sf le lundi de 9h30 à 18h, jeudi de 9h30 à 21h45

Jusqu’au 13 septembre 2015

 

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Les expos à Paris au mois d'août

1900_expositionQue voir à Paris au mois d’août ? La ville, bien sûr, un magnifique spectacle en soi ! Mais si on a envie de découvrir des expositions, les propositions ne manquent pas. Voici une petite sélection… pas eu le temps de les voir toutes, loin de là :

Paris 1900 au Petit Palais jusqu’au 17 août (vue, non chroniquée, mais tout à fait conseillée !)

Unedited History (Iran 1960-2014) au Musée d’art moderne de la Ville de Paris jusqu’au 24 août

L’Orient-express à l’Institut du Monde arabe jusqu’au 31 août

Le mythe Cléopâtre à la Pinacothèque de Paris jusqu’au 7 septembre

L’Envol du dragon – Art royal du Vietnam au Musée Guimet jusqu’au 15 septembre

Mapplethorpe-Rodin au Musée Rodin jusqu’au 21 septembre

Masques, mascarades et mascarons au Musée du Louvre jusqu’au 22 septembre

Martial Raysse au Centre Pompidou jusqu’au 22 septembre

Libération de Paris : août 1944, Le combat pour la liberté, à l’Hôtel de Ville jusqu’au 27 septembre

Les plages à Paris selon Daumier – Parisiens en Seine d’hier à aujourd’hui à la Maison de Balzac jusqu’au 28 septembre

Jean-Baptiste Carpeaux au Musée d’Orsay jusqu’au 30 septembre

Les années 1950 au Palais Galliera jusqu’au 2 novembre

Paris libéré, Paris photographié, Paris exposé au Musée Carnavalet jusqu’au 8 février 2015

Liste non exhaustive bien sûr…

Très bel été à tous, à Paris ou ailleurs !

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Masculin/Masculin au Musée d'Orsay

Masculin Masculin au Musée d'Orsay

Pour sa grande exposition de rentrée, le Musée d’Orsay a réuni pas moins de 200 peintures, dessins, sculptures et photographies ayant pour sujet le nu masculin. Si les œuvres présentées les plus anciennes remontent au XVIIème siècle, avec Pierre Mignard et Georges de La Tour, la majorité d’entre elles couvre une période allant du XIXème à nos jours.

Le thème est inédit en France et, en commençant la visite, on a tendance à se dire – trop vite – que l’on comprend pourquoi : comme cela semble ennuyeux !
En fait, plus on progresse dans l’exposition, plus elle s’avère au contraire intéressante. Il faut dire que le parcours – thématique, qui se plaît à mélanger au maximum les époques et les genres dans une même salle – débute avec le nu académique, que l’on faisait apprendre à tout artiste élève aux Beaux-Arts. Or, rien ne ressemble davantage à un nu canonique qu’un autre nu canonique, quels que soient les prétextes (parfois les plus artificiels) dont ils sont entourés. Y compris ceux de Pierre et Gilles, avec leurs gadgets et leur esthétique publicitaire contemporaine. Point commun de tout ce fatras : zéro expression, zéro émotion, zéro intérêt.

Si cet idéal classique a effectivement perduré jusqu’à nos jours, d’autres artistes ont heureusement, aux XIXème et au XXème siècles cherché d’autres approches, notamment réalistes comme par exemple Rodin (voir son Balzac), ou sur une période plus récente le peintre Lucian Freud. Voir aussi certaines représentations des corps morts, au-delà des représentations christiques : à côté de l‘Egalité devant la mort de Bouguereau (1848), voici l’hyper-réaliste et terrifiant Père mort de Ron Mueck (1996-97).

Tableaux et mise en espace s’éclaircissent considérablement dès la salle suivante, avec le thème de l’homme nu dans la nature, développé autour de celui des baigneurs, par exemple chez Cézanne, Munch, Hodler ou encore Bazille.

Si l’exposition se conclut sur l’érotisation du corps masculin – du moins de façon plus explicite cette fois – la partie la plus passionnante du parcours est sans nul doute celle consacrée au corps souffrant, avec notamment des peintures de Francis Bacon et d’Egon Schiele et la magnifique sculpture de Louise Bourgeois Arch of Hysteria (1993) venue de New-York. Un ensemble d’œuvres poignantes qui montre que le corps peut parfois être aussi expressif et bouleversant qu’un visage.

Masculin/Masculin
L’homme nu dans l’art de 1800 à nos jours
Musée d’Orsay
1, rue de la Légion-d’Honneur, Paris 7e
Du mar. au dim. de 9 h 30 à 18 h, le jeu. jusqu’à 21 h 45
Entrée 12 euros (TR 9,50 euros)
Jusqu’au 2 janvier 2014

L’exposition est organisée par le musée d’Orsay en collaboration avec le Leopold Museum de Vienne

Image : Gustave Moreau (1826-1898), Jason, 1865, Huile sur toile, 204 x 115,5 cm, Paris, musée d’Orsay © RMN (Musée d’Orsay) / Hervé Lewandowski

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Une passion française au Musée d'Orsay

Pierre Bonnard, ParaventRetour – hélas temporaire ! – sur le sol natal pour ce magnifique ensemble de dessins, peintures, sculptures et objets d’art décoratif du XIXème et du début du XXème siècles.

Les époux Hays l’ont patiemment constitué depuis le début des années 1970 ; pour quelques mois ils ont accepté de s’en dessaisir afin de partager leur plaisir avec les visiteurs du Musée d’Orsay.

L’exposition qui les réunit est magnifique. La présentation est simple, d’abord intimiste, ce qui sied fort bien à l’esprit "collectionneur" et aux portraits et dessins exposés ; puis grandiose avec une belle galerie mettant merveilleusement en valeur les grands tableaux décoratifs, le mobilier et les sculptures.

Les œuvres choisies par les époux Hays portent en majorité sur la période post-impressionniste. Elles ont été sélectionnées pour décorer, l’axe est évident : voici le Paris de la Belle Epoque, voici les couleurs chatoyantes des Nabis, voici des pastels de Degas… Tout est agréable, beau, presque rassurant. Et les murs du Musée semblent ici un écrin aussi accueillant et cosy que doivent l’être l’appartement new-yorkais ou les hôtels particuliers des collectionneurs. Les Fillettes se promenant, panneau issu de la série des neuf formant les Jardins publics de Vuillard (dont le Musée possède cinq autres), le Café dans le bois de Bonnard, son Paravent à trois feuilles rouge, ou encore les splendides décorations Automne et Printemps de Denis auraient décidément tout leur sens dans les nouvelles salles du Musée d’Orsay dédiées aux arts décoratifs.

Une passion française – La collection Spencer et Marlene Hays
Musée d’Orsay
1, rue de la Légion-d’Honneur 75007 Paris
Tlj sf lun., de 9 h 30 à 18 h, le jeudi jsq 21 h 45
Accès avec le billet du musée (9 €, TR 6,50 €)
Jusqu’au 18 août 2013

Image : Paravent à trois feuilles avec grue, faisans et oiseaux, canards et papillons, 1889 – Pierre Bonnard© ADAGP, Paris – 2013

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L'impressionnisme et la mode

La mode et l'impressionnisme à OrsayGuy Cogeval, le président du musée d’Orsay, aime faire vibrer les arts entre eux ; pour preuve, la partie dédiée aux arts décoratifs inaugurée l’an dernier (voir Le nouvel Orsay), pour preuve encore cette exposition présentée depuis fin septembre à Orsay, avant d’aller faire étapes au Metropolitan Museum of Art de New York puis au Art Institute de Chicago, deux institutions co-organisatrices de l’événement avec le musée d’Orsay, auquel participe également Galliera, le Musée de la Mode de la ville de Paris.

Ici, aux chefs d’œuvres de l’impressionnisme et autres admirables tableaux du XIXème français, il associe ce que nous aimons appeler « l’étoffe » au sens large, à savoir robes, costumes, mais aussi souliers, chapeaux, gants et ombrelles… Et, dans la même aventure, tout ce qui à l’époque en faisait la promotion, intéressée ou simplement passionnée : catalogues de modes édités par les grands magasins qui ouvrent au même moment ; revues ; gravures ; photos, mais aussi écrits des artistes qui rendaient compte de leurs temps, Mallarmé, Baudelaire et bien sûr Zola dans le Bonheur des dames. L’on découvre ainsi que c’est dans ce second XIX° siècle que la « mode » a été inventée. Le processus d’élaboration d’une robe, passionnant, nous est expliqué : du dessin général jusqu’à la réalisation sur mesure, en passant par l’adaptation du modèle et le choix du tissu, si les grandes tendances étaient diffusées et suivies (comme le passage de la crinoline à la tournure), chaque robe était alors individualisée, unique.
Des merveilles de finitions, ruchés, galons et broderies, sur de fines toiles de coton pour le jour et la belle saison, sur des soieries unies ou façonnées pour le soir ; des corsages fermés jusqu’aux décolletés réservés au bal et à l’opéra ; des accessoires qui faisaient tout autant le geste et l’allure que la fonction… tout nous est montré, raconté, au fil d’un éblouissant parcours en neuf « tableaux » mis scène par Robert Carsen, le célèbre metteur en scène d’opéra (voir Les contes d’Hoffmann notamment).

Exposition la mode et l'impressionnisme au musee d'OrsayCeci est une lecture de l’exposition : elle pourrait être la seule, on serait déjà ravi. Mais sa profonde originalité vient de ce qu’à la mode elle fait répondre les Impressionnistes, ces grands fous du XIXème qui se sont mis en tête de peindre l’air du temps, la vibration de la lumière, la sensation fugitive et l’émotion de l’instant… Scènes de la vie urbaine croquée sur le vif, attitudes naturelles et spontanées, ils renouvellent la scène de genre et le portrait. Ce faisant, ils rendent aux étoffes leurs mouvements, leurs reflets, leur transparence, qu’il s’agisse d’une modiste chez Degas, d’un costume masculin chez Caillebotte, d’une riche robe chez Renoir et d’une blanche mousseline chez Monet… tout cela vit, prend la lumière éclatante du soleil ou joue avec la fée électricité sous les lambris du soir et, en définitive, montre toute une société – huppée – dans son époque au quotidien.

Ceux que la mode assomme ne verront dans cette « dramaturgie » que le prétexte à mettre en valeur de magnifiques tableaux, dont beaucoup ont – exceptionnellement – traversé l’Atlantique pour retrouver, pour un temps seulement hélas, leur place toute naturelle, là où sont nés en même temps les deux grands modernismes que furent la peinture impressionniste et… la mode.

L’impressionnisme et la mode
Musée d’Orsay
1 rue de la Légion d’Honneur – Paris 7°
Ouverture de 9h30 à 18h du mar. au dim. et jsq 21h45 le jeu.
Fermeture le lun., les 1er janvier, 1er mai et 25 décembre
Entrée 12 euros (tarif réduit 9 euros)
Jusqu’au 20 janvier 2013

Images :
Pierre-Auguste Renoir, Danse à la ville, 1883, huile sur toile 180 x 90, Paris, Musée d’Orsay c/ RMN (Musée d’Orsay) / Hervé Lewandowski
Anonyme, Robe de Madame Bartholomé porté dans le tableau d’Albert Bartholomé, 1880, Paris, Musée d’Orsay, don de la galerie Charles et André Bailly, 1991 c/ Musée d’Orsay, dist. RMN / Patrice Schmidt

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