Admirable Frédéric Bazille au Musée d’Orsay

Frédéric Bazille, Réunion de famille dit aussi Portraits de famille (1867) H. 152 ; L. 230, Paris, musée d'Orsay, acquis avec la participation de Marc Bazille, frère de l'artiste, 1905© RMN-Grand Palais (Musée d'Orsay) / Hervé Lewandowski
Frédéric Bazille, Réunion de famille dit aussi Portraits de famille (1867) H. 152 ; L. 230, Paris, musée d’Orsay © RMN-Grand Palais (Musée d’Orsay) / Hervé Lewandowski

Pour mettre en valeur un artiste insuffisamment (re)connu, rien de tel que de mettre en perspective ses œuvres avec celles de ses contemporains que la postérité a glorifiés. Telle est la démarche – fort convaincante – adoptée par le Musée d’Orsay pour cette première exposition consacrée par un musée national français au peintre Frédéric Bazille (1841-1870).

Fils aîné d’une famille de la grande bourgeoisie protestante montpelliéraine, Frédéric Bazille était promis à la médecine. Mais, sitôt « monté » à Paris pour y poursuivre ses études, il s’inscrit à l’atelier de Charles Gleyre et décide de changer radicalement de destinée pour s’adonner à l’une de ses passions, la peinture – l’autre étant la musique.

Frédéric Bazille, La robe rose (1864) H. 147 ; L. 110 cm, Paris © Musée d'Orsay, Dist. RMN-Grand Palais / Patrice Schmidt
Frédéric Bazille, La robe rose (1864) H. 147 ; L. 110 cm, Paris © Musée d’Orsay, Dist. RMN-Grand Palais / Patrice Schmidt

D’emblée, il côtoie la génération de Monet, Renoir, Sisley et s’élance sur la voie de la modernité. Avec ses amis, et suivant le mouvement de Monet (une fréquentation que l’exposition restitue), il prend le chemin de la peinture sur le motif à Fontainebleau, en Normandie, à Chailly… C’est toutefois lorsque, l’été, il retrouve son midi natal, que la singularité de son talent se révèle. Voyez ses vues d’Aigues-Morte, dont il restitue l’atmosphère si particulière, baignée autant de soleil que d’immobilité et d’oubli. Admirez la fine lumière de sa Réunion de famille, les traits réalistes et la présence de ses proches. Succombez à l’une des plus belles toiles de l’exposition, La robe rose, où Bazille a su capter l’extrême douceur du soir d’une journée de fin d’été, qui éclaire encore les pierres blanches du hameau, laissant le personnage féminin assise dans l’ombre les contempler.

Frédéric Bazille, Les Remparts d'Aigues-Mortes, du côté du couchant (1867) H. 60 ; L. 100 cm, Washington, National Gallery of Art © Courtesy National Gallery of Art, Washington, NGA Images
Frédéric Bazille, Les Remparts d’Aigues-Mortes, du côté du couchant (1867) H. 60 ; L. 100 cm, Washington, National Gallery of Art © Courtesy National Gallery of Art, Washington, NGA Images

Forts admirables aussi sont les tableaux montrant ses ateliers, notamment celui de la rue Condamine, que l’artiste, comme ses autres logements, partage généreusement avec ses amis peintres. Lorsque l’argent manque pour payer les modèles, ils posent les uns pour les autres. Ainsi Bazille peint Renoir et inversement. Il peint des Baigneurs avant Cézanne et à dix mille lieux des nus académiques de son compatriote Cabanel. Mais aussi une Toilette féminine façon Manet ou Delacroix. Il peint des natures mortes très réussies – c’est avec des Poissons qu’il est admis pour la première fois au Salon d’automne en 1866, mais on aime bien aussi son Héron. Citons encore une Jeune femme aux pivoines en deux versions, toutes deux magnifiques, une mélancolique Tireuse de cartes, un Autoportait à la palette, à la fois fort bien ajusté et débordant de tempérament.

Frédéric Bazille, Jeune femme aux pivoines (1870) H. 60 ; L. 75 cm, Washington, National Gallery of Art © Courtesy National Gallery of Art, Washington, NGA Images
Frédéric Bazille, Jeune femme aux pivoines (1870) H. 60 ; L. 75 cm, Washington, National Gallery of Art © Courtesy National Gallery of Art, Washington, NGA Images

Le tout en sept ans de carrière seulement. Il est en effet emporté sur le front de la Guerre de 1870 à quelques jours de son 29ème anniversaire. Il a eu le temps de peindre une petite soixantaine de tableaux.

Le Musée d’Orsay en montre 47 et une série de dessins, ainsi que de nombreuses toiles de ses contemporains tels Courbet, Monet, Corot, Cézanne, Sisley, Renoir, Fantin-Latour…

L’exposition est le fruit d’un judicieux partenariat entre les trois plus importantes collections mondiales d’œuvres de Frédéric Bazille, le Musée d’Orsay, la National Gallery or Art de Washington (où elle fera sa dernière étape à partir d’avril 2017) et bien sûr le Musée Fabre à Montpellier, où elle a été inaugurée et qui compte le plus grand nombre d’œuvres de cet artiste dont on découvre l’étendue du talent avec emballement.

Frédéric Bazille, La jeunesse de l’impressionnisme

Musée d’Orsay – Paris 7°

TLJ sauf le lundi, de 9h30 à 18h, le jeudi jsq 21h45

Entrée 12 euros (TR 9 euros), gratuit pour les – de 26 ans de l’UE

Jusqu’au 5 mars 2017

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Le Douanier Rousseau, l’innocence archaïque

rousseau_charmeuse_de_serpentsUn dessin de Giorgio de Chirico montrant Picasso avec trois autres convives dînant sous un tableau du Douanier Rousseau ouvre l’exposition. Ce choix n’a rien de fortuit : Picasso et d’autres modernes tels que Delaunay, Kandinsky, Léger ou encore Morandi ont trouvé dans la création d’Henri Julien Félix Rousseau (1844-1910) une approche plastique nouvelle qui a séduit ceux-là mêmes qui allaient développer une œuvre d’avant-garde.

Au tournant du siècle, le Douanier Rousseau parvient en effet à s’imposer avec un style bien à lui, auquel il est resté fidèle tout au long de sa carrière (qui toutefois ne dura qu’une vingtaine d’années) et qui rend sa peinture immédiatement reconnaissable : un dessin aux contours nets mais souvent « maladroit », avec un affranchissement des lois de la perspective, un goût marqué pour la couleur, une impression de grande fraîcheur.

L’histoire d’Henri Rousseau pourrait évoquer celle d’un peintre du dimanche : ce natif de Laval issu d’une famille modeste, qui s’installe à Paris où il devient commis d’Octroi, commence à peindre en autodidacte à près de 40 ans. Pour toute formation : les conseils de quelques peintres tels que Bourguereau, l’exécution de copies au Louvre, et un travail acharné. C’est ainsi que malgré les moqueries que sa peinture naïve ne manque pas d’attirer, il parvient à exposer régulièrement au Salon des Indépendants à partir de 1886 et à vendre des tableaux, peut-être moins à des collectionneurs (Jean Walter fut l’un d’eux) qu’aux jeunes peintres qui l’admiraient.

rousseau_la_carriole_pere_junierAujourd’hui, le Douanier Rousseau (c’est son ami Alfred Jarry qui l’avait baptisé ainsi) est essentiellement connu pour ses « jungles », grandes compositions mettant en scène des animaux sauvages dans une végétation luxuriante. Celles-ci viennent achever merveilleusement cette belle exposition. Elles donnent d’ailleurs envie de s’y arrêter car elles sont significatives de la perplexité dans laquelle peut plonger l’œuvre du peintre. Car si le choix des sujets peut trouver à s’expliquer (la fascination pour l’exotisme d’un homme qui n’a jamais voyagé et fut marqué par les pavillons de l’Exposition universelle de 1889 et les espèces qu’on pouvait admirer au Jardin des plantes), les expressions recèlent un mystère plus grand.

Les yeux ronds des singes comme tout étonnés ou ceux des fauves dévorant leur proie sont difficiles à déchiffrer, comme le sont les regards des enfants que l’on découvre plus tôt dans le parcours : des expressions si adultes, si mélancoliques, sur ces visages potelés ! Quels sentiments animaient l’âme du Douanier Rousseau, capable de l’auto-portrait le plus « décomplexé », des compositions les plus fantastiques, des paysages les plus poétiques, des portraits de femmes les moins séduisants ?… On aime qu’au-delà d’une apparence naïve tout ne soit pas livré.

rousseau_pecheurs_a_la_ligneLes rapprochements effectués par le Musée d’Orsay et la Fondazione Museil Civici de Venise (où l’exposition fit une première étape l’an dernier) avec des œuvres fort variées au fil des salles thématiques sont souvent parlants bien que parfois surprenants : Picasso, Gauguin, Ernst, Morandi, Bourguereau, Ucello, Carpaccio… Ces rapprochements qui permettent d’éclairer avec davantage de relief l’œuvre du Douanier Rousseau, sont aussi la preuve de son inscription dans une tradition picturale – celle du rejet de l’académisme – et de l’intérêt qu’il y a aujourd’hui à (re)découvrir ses tableaux, y compris en dehors de ses fascinantes « jungles ».

Musée d’Orsay

62 rue de Lille – Paris 7°

Entrée : 12 euros (TR 9 euros)

Ouvert du mardi au dimanche de 9h30 à 18h, nocturne le jeudi jusqu’à 21h45

Jusqu’au 17 juillet 2016

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Le nouveau Musée Rodin à Paris

Le nouveau parcours dans l'hôtel Biron restauré
Le nouveau parcours dans l’hôtel Biron restauré

Après plus de trois ans de travaux, qui l’ont consolidé et embelli de fond en comble sous la direction de Richard Duplat, architecte en chef des Monuments historiques, l’hôtel Biron, qui abrite le Musée Rodin à Paris (1) depuis 1919 a rouvert ses portes le 12 novembre dernier. C’est une grande réussite, dans le sens où tout a été pensé pour mettre en valeur les œuvres, mais aussi pour permettre au visiteur de mieux comprendre le travail de l’artiste.

L’hôtel particulier du XVIII° siècle, où Auguste Rodin (1840-1917) prit ses quartiers à partir de 1908 et jusqu’à sa mort, a été magnifiquement restauré. Il en avait grand besoin ; ses planchers ployaient sous le poids des bronzes et des marbres, mais aussi des quelques 700 000 visiteurs (dont 80 % de touristes étrangers) qui s’y précipitent chaque année.

Edvard Munch (1863 -1944), Le Penseur de Rodin dans le parc du docteur Linde à Lübeck, vers 1907, Huile sur toile, H. 22 cm ; L. 78 cm
Edvard Munch (1863 -1944), Le Penseur de Rodin dans le parc du docteur Linde à Lübeck, vers 1907, Huile sur toile, H. 22 cm ; L. 78 cm

Les parquets « Versailles » qui le pouvaient ont été remis en état, les autres remplacés. Les plafonds et moulures ont subi le même sort. Mais le plus spectaculaire – si l’on peut dire, car on réalité on l’oublie très vite, tant elle sied à l’ensemble – est la réfection des murs. Le blanc a cédé la place à des taupes, gris et verts assourdis qui permettent de faire ressortir tant le blanc des marbres et des plâtres que les reflets des bronzes. Le mobilier aussi se fait discret : des socles en chêne, des vitrines sans arrêtes visibles et même, le plus souvent, pas de vitrine du tout. On circule autour des sculptures à loisir, à la lumière naturelle grâce aux grandes fenêtres qui donnent sur le parc. Un éclairage artificiel high tech à l’intensité et à la température variables sur mesure, grâce à des spots réglables individuellement et à distance selon l’heure et la saison, donne à chaque œuvre des conditions de visibilité optimales. Enfin, la sécurité et l’accessibilité (accès à l’étage par ascenseur pour les personnes à mobilité réduite) ont été mises aux normes d’aujourd’hui. Le tout pour une enveloppe de 16 millions d’euros, dont la moitié provient de l’Etat et le reste financé sur fonds propres, notamment grâce aux ventes de tirages de bronzes, dans la limite du nombre de fontes prévues par le sculpteur.

Auguste Rodin (1840 -1917), La Danaïde, 1889, marbre, H. 36 cm ; L. 71 cm ; P. 53 cm
Auguste Rodin (1840 -1917), La Danaïde, 1889, marbre, H. 36 cm ; L. 71 cm ; P. 53 cm

Les 1 200 m² d’espaces d’exposition déploient désormais un parcours continu articulé en 18 salles présentant près de 600 œuvres. (2) La progression est à la fois chronologique et thématique. La visite commence donc avec la formation de l’artiste pour s’achever, de façon plus inattendue, avec des peintures modernes, en particulier Le Penseur de Rodin de Munch, l’un des deux seuls tableaux du peintre norvégien conservés à Paris (l’autre est au Musée d’Orsay). Il faut dire que pour mieux présenter le processus créatif du sculpteur, Catherine Chevillot, la directrice du Musée, a fait le choix de montrer également des œuvres de la collection personnelle de Rodin. Elles traduisent ses sources de réflexion et d’inspiration, ses goûts, ses amitiés. Du reste, il les exposait dans ce même hôtel Biron, à côté de ses propres créations. Ainsi on admire, entourant les sculptures du maître, aussi bien des tableaux de choix (de Van Gogh, Monet, Carrière…) et des fragments d’Antiques romains que des antiquités orientales ou même une Vierge à l’Enfant du Moyen-Age. Une galerie expose aussi, par roulement, des dessins de l’artiste (une passion du sculpteur dont on a déjà parlé ici, mais aussi ) et des photographies. Enfin, comme auparavant, la grande Camille Claudel bénéficie d’une salle dédiée, avec en son centre L’Age mûr, mais aussi Les Causeuses, La Vague..

S’agissant des sculptures de l’auguste Rodin, les plus remarquables sont bien sûr réunies, de L’Age d’Arain à L’Homme qui marche, en passant par son Saint Jean-Baptiste, La Danaïde, La Porte de l’Enfer (dont Le Baiser en marbre au centre de la pièce), les études pour Les Bourgeois de Calais, Balzac, le Monument à Victor Hugo… Impossible de citer tous ces chefs d’œuvres, désormais plus beaux et passionnants que jamais, grâce à un travail de mise en valeur tout en intelligence et délicatesse.

Musée Rodin

77 rue de Varenne, 75007 Paris – Tél. 01 44 18 61 10

TLJ sauf le lundi, de 10h à 17h45, nocturne le mercredi jsq 20h45

Le musée Rodin est fermé les 1er janvier, 1er mai et 25 décembre.
Fermeture anticipée les 24 et 31 décembre à 16h45

Entrée 10 €

 

(1) L’autre Musée Rodin est située à Meudon (Hauts-de-Seine), également atelier et lieu d’exposition du vivant du sculpteur.

(2) Pour mémoire, le fonds du musée compte plus de 30 000 pièces, dont 6 775 sculptures, presque autant d’Antiques collectionnés par l’artiste, 9 000 dessins et estampes, 11 000 photographies…

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Splendeurs et misères au Musée d'Orsay

Sur le Boulevard (La Parisienne), Louis Valtat Photo Mathieu Rabeau/RMN/ Fondation Bemberg
Sur le Boulevard (La Parisienne), Louis Valtat
Photo Mathieu Rabeau/RMN/ Fondation Bemberg

« Bien que ces vaches de bourgeois
Les appellent des filles de joie
C’est pas tous les jours qu’elles rigolent,
Parole, parole,
C’est pas tous les jours qu’elles rigolent (…) »

Comment ne pas penser à cette poignante chanson de Georges Brassens en parcourant la riche et intéressante exposition organisée au Musée d’Orsay jusqu’au 17 janvier, consacrée (la première en son genre) aux images de la prostitution, du Second Empire à la Belle Epoque ?

Le comte Henri de Toulouse-Lautrec a peint ces « filles de joie » en abondance dans les maisons closes bien sûr, mais aussi dans les cabarets, cafés-concerts et brasseries, tous lieux qu’il a assidûment fréquentés : on les y voit attendre le client, l’air mélancolique, las et résigné, parfois jouant aux cartes pour se divertir d’un ennui qui semble abyssal. Van Gogh, Manet, Picasso eux aussi ont représenté de telles expressions : leurs tableaux montrent ces filles seules, attablées devant un verre de bière ou de prune, ou simplement les bras croisés (Femme assise au fichu ou La mélancolie, Picasso, 1902).

Ces œuvres sont les plus touchantes de l’exposition car elles nous placent du point de vue des prostituées et de leur triste sort, dans une approche très humaniste.

Ce n’est pas la grille de lecture proposée par les commissaires d’exposition, qui placent ce sujet inédit dans une vision plus globale, procédant à une sorte d’inventaire de ces splendeurs et misères de la seconde moitié du XIX° siècle. Les lieux publics et privés de la prostitution (du boulevard aux maisons closes en passant par l’opéra Garnier), sa place dans l’ordre moral et social, la prostitution dans « le monde » (les courtisanes, ou demi-mondaines), la prostitution et la modernité… sont les principaux thèmes traités avec soin et sobrement mis en scène par Robert Carsen, au fil de salles essentiellement tendues de rouges, du brun tomette au cardinal le plus vif.

Olympia (1863) d'Édouard Manet (1832-1883) © Dist. RMN-Grand Palais / Patrice Schmidt - Paris, musée d’Orsay
Olympia (1863) d’Édouard Manet (1832-1883) © Dist. RMN-Grand Palais / Patrice Schmidt – Paris, musée d’Orsay

Le regard le plus souvent adopté par les nombreux artistes qui se sont collés au sujet à l’époque reste celui du client, réel ou potentiel, mais sans la compassion d’un Lautrec, d’un Picasso ou d’un Van Gogh. C’est plutôt un regard qui pointe l’altérité absolue, l’étrangeté que représente la prostituée, non seulement femme, mais encore femme de petite vertu. On l’achète, la domine, la réprouve. Et pourtant, sa séduction menace, et pas uniquement pour des raisons sanitaires. On nage en pleine ambiguïté dans ce jeu de pouvoirs. La citation de Felix Fénéon au sujet du tableau de Louis Valtat placé en ouverture de l’exposition, Sur le boulevard (la Parisienne), lors de son compte-rendu du Salon des Indépendants de 1893 est d’ailleurs assez explicite de cette fascination mêlée de mépris mais aussi de crainte : « Je gobe son grand tableau : une chouette filasse, putain comme chausson qui se trimballe sur le boulevard. Pour sûr, elle va rouler dans les grands prix les bourgeoisillons qui rôdent autour de ses froufrous ».

Cette peur semble atteindre son paroxysme avec l’Olympia de Manet. Soudain, la prostituée, représentée le plus souvent avec un voyeurisme certain (Degas n’était sur ce point pas le dernier) se met à regarder le spectateur en pleine face. La plus grande provocation du tableau est sans doute celle de renvoyer le spectateur à lui-même… Comme à la fin de la chanson de Brassens.

 

Splendeurs et misères

Images de la prostitution 1850-1910

Musée d’Orsay

Jusqu’au 17 janvier 2016

De 9h30 à 18h mardi, mercredi, vendredi, samedi et dimanche
De 9h30 à 21h45 le jeudi
Fermé tous les lundi, les 1er mai et 25 décembre

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Pierre Bonnard, peindre l'Arcadie. Musée d'Orsay

Pierre Bonnard, Nu dans un intérieur, vers 1935, Huile sur toile, USA, National Gallery of Art of Washington © D.R.
Pierre Bonnard, Nu dans un intérieur, vers 1935, Huile sur toile, USA, National Gallery of Art of Washington © D.R.

Rapprochement plein de sagesse : alors qu’au musée du Louvre est présentée jusqu’à la fin du mois de juin une superbe exposition des œuvres de Nicolas Poussin (Poussin et Dieu), et notamment l’un de ses fameux tableaux Et in Arcadia ego, où l’on voit des bergers déchiffrer l’inscription sur un tombeau « Moi (la mort), je suis aussi en Arcadie », de l’autre côté de la Seine, le musée d’Orsay y fait directement référence, utilisant cette formule pour la dernière section de sa rétrospective consacrée à Pierre Bonnard (1594-1665).

Joli pont pour relier ces deux peintres éloignés de près de trois siècles, le premier devenu synonyme de classique, le second, moderne, bien de son époque post-impressionniste mais inclassable, sauf à ses débuts Nabis, n’ayant par la suite souscrit à aucun -isme du XX° siècle.

Cet emprunt fait à un Poussin méditatif par Guy Cogeval et de sa co-commissaire Isabelle Cahn, respectivement président et conservateur en chef du musée d’Orsay, n’est pas aussi fantaisiste qu’il y paraît. Bonnard aussi à sa manière était un philosophe, un sage qui menait une existence retirée, consacrée à son art et à ses proches. Si sa philosophie semblait être celle de la joie de vivre, qu’il étalait sur de grandes toiles resplendissantes de lumière et de couleurs, Bonnard n’était peut-être pas uniquement l’homme heureux que l’on pense deviner derrière le peintre des petits bonheurs quotidiens.

C’est à cette lecture un peu ambiguë que le musée d’Orsay invite, en montrant d’un doigt discret, au détour des somptueux paysages d’Arcadie, gravité et mélancolie. Du reste, un passage de l’exposition montre bien l’anxiété de Bonnard : celle où sont réunis cinq de ses autoportraits. On ne lit dans ces représentations de lui-même par lui-même qu’interrogation, angoisse, dénuement. On rejoint ici l’analyse de Jean Clair dans son merveilleux Bonnard (1) :

 Femme dans un paysage ou La sieste au jardin - 1914

Femme dans un paysage ou La sieste au jardin – 1914

« (…) il faudra bien un jour sous son apparente douceur, rendre aussi à Bonnard sa dureté, qui fait que derrière la superficielle banalité des sujets qu’il avait choisi de traiter, les gestes d’un chat, la vision d’un jardin, le parfum des fleurs, le temps qui passe, il aura laissé une œuvre à la fin si éloignée de la complaisance humaniste de ceux qui croient encore posséder des certitudes, qu’elle ne laisse plus entendre que le tremblement déchirant qu’on ne connaît qu’à de rares moments, ce ton si incroyablement juste, dans son mélange de gravité et de légèreté, de rêve et de précision, qui s’entend dans certaines pages de Mozart ou dans les derniers quatuors de Beethoven, comme il sonne ici dans les derniers portraits, aussi légers que des aquarelles et lourds pourtant d’une sérénité déchirante, avec ce visage blanc, ridé et dépossédé de tout, sinon des objets familiers qui, dans l’eau du miroir ou sur la tablette du lavabo sont disposés autour de lui comme autour d’un gisant, dans les tombeaux antiques, les ustensiles qui devront l’accompagner dans l’autre vie, si bien que si l’on devait, en effet, mourir à l’instant même, comme dans ce jeu où l’on vous demande ce que vous aimeriez emporter dans une île déserte, on pense que c’est cela, ce tremblement qui dure encore, dont il faudrait pouvoir garder le souvenir. »

Nu à Contre-jour (1908) Pierre Bonnard, Musées royaux des Beaux-Arts de Belgique
Nu à Contre-jour (1908) Pierre Bonnard, Musées royaux des Beaux-Arts de Belgique

Le souvenir est un thème auquel on ne peut que penser en parcourant la magnifique exposition du musée d’Orsay. Bonnard, qui ne peignait que de mémoire, semble avoir poursuivi tout au long de son existence  l’enregistrement de ce qui faisait la beauté de sa vie : la femme qu’il aimait, les enfants, les amis, les chats, les lieux adorés, paysages urbains à Paris, vues de sa maison de la vallée de la Seine (sa « Roulotte »), plus tard celles de sa maison du Cannet (Le Bosquet), des intérieurs et des rituels rassurants (le déjeuner, la sieste, la toilette), des arbres en fleurs, des fleurs, un soleil chaud, des ombres douces… Témoigne également de ce souci de garder trace des moments heureux la salle montrant des photographies prises par l’artiste.

Devant tant de beauté, nacre des corps, explosion des couleurs, luxuriance des paysages, gourmandise des tables, chatoyance des décors intérieurs, beauté qui souvent laisse coi, n’invitant qu’à une longue contemplation, on a envie de laisser parler à nouveau Jean Clair évoquant Bonnard comme ce « peintre de l’inquiétude, connaissant trop la beauté des apparences pour n’en pas peindre la précarité. »

Pierre Bonnard. Peindre l’Arcadie

Musée d’Orsay

1, rue de la Légion d’Honneur – Paris 7°

TLJ sauf le lun., de 9h30 à 18h, le jeu. jusqu’à 21h45

Entrée 11 euros, TR 8,50 euros

Jusqu’au 19 juillet 2015

Puis à la Fondation Mapfre à Madrid du 18 septembre 2015 au 6 janvier 2016

et au Legion of Honor à San Francisco, du 6 février au 15 mai 2016

(1) Bonnard, Jean Clair, Hazan, 2006

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Dolce Vita ? Du Liberty au design italien. Musée d'Orsay

"Coupe des mains" en verre "laguna" et verre ivoire, de Tomaso Buzzi © ENRICO FIORESE - GALERIE ANAGAMA - GRAND PALAIS
« Coupe des mains » en verre « laguna » et verre ivoire, de Tomaso Buzzi © ENRICO FIORESE – GALERIE ANAGAMA – GRAND PALAIS

Au tournant du XX° siècle, à l’instar des beaux-arts, les arts décoratifs ont connu leurs révolutions. A Bruxelles et en France, ce fut l’Art Nouveau, en Angleterre, l’Arts & Crafts, à Vienne, la Sécession, en Italie, le Liberty.

La première salle de la riche exposition que le musée d’Orsay consacre aux arts décoratifs italiens du premier XX° siècle nous fait plonger directement au cœur de ce fameux mouvement Liberty.

Son programme : comme l’Art Nouveau, lignes sinueuses, motifs végétaux et formes zoomorphes. C’est d’ailleurs une vraie ménagerie : meubles couverts de parchemin que Carlo Bugatti a présentés lors de la première Exposition internationale des Arts décoratifs modernes en 1902 à Turin, dont une étonnante chaise en forme d’escargot, pièces d’orfèvrerie du même Bugatti dont un seau à glace orné de batraciens, sculpture Les Serpents du ferronnier Alessandro Mazzucotti. Côté végétal, un adorable ensemble bureau/coiffeuse-chaise en noyer de Quarti, en noyer incrusté de fils de laiton et de nacre. L’humeur est joyeuse ; les tableaux de l’époque le confirment, où les peintres divisionnistes Previati, Da Volpedo ou encore Segantini, de leur palette claire, imaginent des scènes d’inspiration symboliste où femmes et enfants s’unissent et dansent dans une nature lumineuse, aérienne et amie.

Mais la Sécession viennoise infuse aussi bien sûr la production italienne. En témoignent les somptueux tableaux de Bonazza, longtemps actif à Vienne (La Légende d’Orphée), ou encore du verrier-touche-à-tout Vittorio Zecchin (Le mille e una notte, réalisé pour l’hôtel Terminus à Venise).

Le principe de rapprochement de l’art décoratif et de l’art pictural est maintenu tout au long des cinq sections qui articulent la présentation chronologique. Autour de quelques 160 œuvres, le visiteur parcourt l’Italie – encore toute neuve nation unifiée – des années 1900 aux années 1930.

Frederico Tesio (1869-1954), Bureau et Fauteuil, 1898 Chêne marqueté d’ébène © Musée d’Orsay, dist. RMN-Grand palais / Patrice Schmidt
Frederico Tesio (1869-1954), Bureau et Fauteuil, 1898 Chêne marqueté d’ébène © Musée d’Orsay, dist. RMN-Grand palais / Patrice Schmidt

Les mouvements s’entrechoquent : dès les années 1910, le mouvement Futuriste voit le jour. Ode au dynamisme et à la modernité, il se manifeste d’abord en peinture, avec Gino Severini notamment : sa Danseuse articulée, peinture avec éléments mobiles actionnés par des chaînes, en est l’illustration littérale. Son Rythme plastique du 14 juillet, qui déborde jusque sur le cadre est un convaincant exemple de traduction du mouvement en peinture pure. Le Futurisme gagnera ensuite le domaine des arts décoratifs (voir le décoiffant service à café de Giacomo Balla).

A partir des années 1920, dans les suites de la Première Guerre mondiale, si un peu partout en Europe l’art opère un « retour à l’ordre », ce mouvement n’en est pas moins créatif. On le voit en Italie, en peinture avec les œuvres « métaphysiques » de De Chirico, où les références à la culture classique se mêlent à la trivialité dans un esprit de surprise et de poésie, celles de Morandi (très belle Nature morte), Casorati, qui réalise des meubles d’une austérité telle qu’elle en fait le précurseur des « fonctionnalistes » de la décennie suivante. On découvre une jolie illustration de cette veine en arts appliqués, avec une Coupe des mains en verre « laguna » rose rehaussé à la feuille d’or : drôle d’objet, fin, aérien, presque littéraire avec ses mains sorties de nulle part.

Umberto Bellotto et Atelier de Guiseppe Barovier Vase « Plume de paon », vers 1914, Verre de Murano et fer forgé, 55 cm (haut.), Paris, Musée d’Orsay © Musée d’Orsay Dist. RMN-grand Palais / Patrice Schmidt
Umberto Bellotto et Atelier de Guiseppe Barovier Vase « Plume de paon », vers 1914, Verre de Murano et fer forgé, 55 cm (haut.), Paris, Musée d’Orsay © Musée d’Orsay Dist. RMN-grand Palais / Patrice Schmidt

Le Classicisme moderne, s’il a eu pour funeste destin d’être dans le goût des Fascistes, a donné lieu à de splendides créations. Notamment celles de Gio Ponti, qui revisite les plats et vases grecs avec décalage et humour, sans rien concéder à l’esthétique. Nous sommes encore dans les année 1920, mais on comprend pourquoi, quelques 25 ans plus tard, Ponti a trouvé en Fornasetti un fructueux complice. A la visite de cette exposition, c’est tout le terreau dans lequel Fornasetti est venu développer son grain de folie que l’on hume avec délices.

La dernière section est naturellement dédiée au Rationalisme dans la veine de Le Corbusier. Métal, formes « utiles », possibilité d’industrialiser la fabrication, on connaît tout cela. Mais ici, la fantaisie et le chic transalpins font sensation : on adore ce fauteuil dit Télésiège qui, accroché à une mezzanine, faisait office de balancelle d’intérieur (à une place !). A ses pieds, il y avait, paraît-il, quelques dalles de faux gazon… Un air de dolce vita en somme, que le contexte si sombre des années 1910 à 1930 en Italie ne laisse pas d’interroger, tant les créations de l’époque sont osées, enjouées, débordantes d’imagination et d’humour.

Dolce Vita ? Du Liberty au design italien (1900-1940)

Musée d’Orsay

1 Rue de la Légion d’Honneur – Paris 7°

Tous les jours sf le lundi de 9h30 à 18h, jeudi de 9h30 à 21h45

Jusqu’au 13 septembre 2015

 

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Sept ans de réflexion. Musée d'Orsay

sept_ans_reflexion_orsayOn tient sans doute ici « l’Exposition de l’hiver » 2014-2015 à Paris. Voyez cela : 180 chefs d’œuvres parmi les quelques 4000 pièces entrées dans les collections du musée d’Orsay depuis 7 ans, c’est-à-dire depuis le début de la présidence de Guy Cogeval. Cinq raisons – au moins – de s’y précipiter.

1. Ce ne sont que des œuvres de haut vol. Parmi toutes celles acquises ou reçues par le musée depuis 2008, sont ici présentées quelques unes des plus belles et/ou des plus rares. Juste dans la première salle, consacrée aux peintres Nabis et garnie de mobiliers de la même période, on tombe en amour devant un superbe paysage de Bonnard (La Symphonie pastorale), placé au-dessus d’une splendide commode de Clément Mère, toute simple, toute légère, dont les lignes géométriques annoncent les développements à venir en matière d’art décoratif. Un deuxième Bonnard, adorable Ballet voisine avec une bergère de Ruhlmann qui déjà en 1914 préfigurait les lignes de l’Art Déco. Vallotton, avec un hilarant Toast (tout le monde dort autour de la table), Denis, Majorelle, Ranson sont aussi de la partie.

On retrouvera Maurice Denis plus loin avec, en pied, le Portrait d’Yonne Lerolle en trois aspects, une fierté du musée et on comprend pourquoi : tonalités pastel, sensualité des traits, jardin d’Eden, tout n’est que douceur dans ce grand tableau de la toute fin du XIX°.

2. La sélection est très variée et traduit l’interdisciplinarité propre au projet du Musée d’Orsay depuis le début, tout en couvrant l’ensemble de sa période dédiée (1848-1914) : peintures, arts graphiques (dessins, pastels…), sculptures, photographies, dessins d’architecture, arts décoratifs. Une période fort riche dans tous ces domaines, et plus encore quand on se tourne, comme le fait le Musée, vers les créations de toute l’Europe.

3. C’est ainsi que l’on découvre des pans entiers jusqu’ici assez peu connus et présentés. Deux salles sont à cet égard particulièrement remarquables. D’abord celle consacrée aux œuvres des pays de l’Est et du Nord de l’Europe (Allemagne, Autriche, Finlande, Norvège et Suède), où l’on admire aussi bien une grande toile de Lentz, peintre co-fondateur de la Sécession, offerte par la Société des Amis du musée d’Orsay, qu’une magnifique chaise de Moser (Sécession viennoise quand tu nous tiens) ou encore d’originales pièces d’orfèvrerie venues de l’Allemagne du début du XXème. Une autre salle est dédiée à l’art et au design (avant qu’on appelle cela comme ça) italiens : les découvertes y sont encore plus belles. On est épaté par la modernité des meubles, signés Tesio ou Quarti, par la créativité des pièces de table en argent de Bugatti, par l’audace d’une étonnante Scène de fête au Moulin-Rouge de l’Italien Boldini ou d’un symboliste Le Mille et una notte de Zecchin.

4. En visitant l’exposition, on comprend mieux la politique d’enrichissement du Musée. C’est-à-dire, comment elle se fait : par acquisition (grâce à un budget propre prélevé sur 16 % des droits d’entrée du musée), par dons et legs (ils sont parfois impressionnants), par dation en paiement enfin (quand un particulier paie des droits de succession en nature, en remettant une œuvre). Mais on apprend aussi comment les choix sont opérés : faire entrer une pièce dans le musée, c’est engager les générations futures. Alors il faut réfléchir sur ce que l’œuvre apportera par rapport à ce que le musée possède déjà (couvrir un pan absent ou famélique, compléter un ensemble déjà en place pour parfaire sa cohérence, etc).

5. Enfin, grâce à ce parcours on se remémore avec bonheur toutes les expositions vues à Orsay au cours de ces sept dernières années, où certains des chefs d’œuvres présents ici avaient été montrés, ou certaines thématiques développées. Ainsi la salle dédiée aux dessins d’architectes montre des compléments au passionnant accrochage Paris probable et improbable. Dessins d’architecture du musée d’Orsay, où l’on avait pu découvrir des dessins de projets non réalisés. La grande toile de James Tissot mettant en scène l’élégant Cercle de la Rue Royale, acquise en 2011, avait été montrée avec L’impressionnisme et la mode il y a deux ans. Nous avions vu l’académique Bouguereau à L’Ange du bizarre (Dante et Virgile) puis à Masculin-Masculin (Egalité devant la mort), deux tableaux reçus par dation en 2010. Impossible d’oublier la sculpture de Gustave Doré A Saute-mouton, qui nous avait amusé à la remarquable exposition Gustave Doré, L’imaginaire au pouvoir. Et la photographie Vierge à l’enfant, de l’Anglaise Julia Margaret Cameron, bien qu’il s’agisse d’une acquisition visiblement plus récente, elle nous rappelle les délices de Beauté, morale et volupté dans l’Angleterre d’Oscar Wilde et de Une ballade d’amour et de mort : photographie préraphaélite en Grande Bretagne, 1848-1875. Quant à l’un des « clous » de l’exposition, s’il ne faut qu’en citer qu’un, restons avec les Préraphaélites et L’adoration des mages, une somptueuse tapisserie signée Burne-Jones, qui domine avec joie la salle anglaise de ce superbe parcours.

7 ans de réflexion. Dernières acquisitions

Musée d’Orsay – Paris 7°

Jusqu’au 22 février 2015

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Les expos à Paris au mois d'août

1900_expositionQue voir à Paris au mois d’août ? La ville, bien sûr, un magnifique spectacle en soi ! Mais si on a envie de découvrir des expositions, les propositions ne manquent pas. Voici une petite sélection… pas eu le temps de les voir toutes, loin de là :

Paris 1900 au Petit Palais jusqu’au 17 août (vue, non chroniquée, mais tout à fait conseillée !)

Unedited History (Iran 1960-2014) au Musée d’art moderne de la Ville de Paris jusqu’au 24 août

L’Orient-express à l’Institut du Monde arabe jusqu’au 31 août

Le mythe Cléopâtre à la Pinacothèque de Paris jusqu’au 7 septembre

L’Envol du dragon – Art royal du Vietnam au Musée Guimet jusqu’au 15 septembre

Mapplethorpe-Rodin au Musée Rodin jusqu’au 21 septembre

Masques, mascarades et mascarons au Musée du Louvre jusqu’au 22 septembre

Martial Raysse au Centre Pompidou jusqu’au 22 septembre

Libération de Paris : août 1944, Le combat pour la liberté, à l’Hôtel de Ville jusqu’au 27 septembre

Les plages à Paris selon Daumier – Parisiens en Seine d’hier à aujourd’hui à la Maison de Balzac jusqu’au 28 septembre

Jean-Baptiste Carpeaux au Musée d’Orsay jusqu’au 30 septembre

Les années 1950 au Palais Galliera jusqu’au 2 novembre

Paris libéré, Paris photographié, Paris exposé au Musée Carnavalet jusqu’au 8 février 2015

Liste non exhaustive bien sûr…

Très bel été à tous, à Paris ou ailleurs !

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Van Gogh – Artaud. Le suicidé de la société. Musée d'Orsay

Vincent Van Gogh (1853-1890) Route de campagne en Provence de nuit 1890 Huile sur toile H. 92 ; L. 73 cm Otterlo, collection Kröller-Müller Museum © Kröller-Müller Museum
Vincent Van Gogh (1853-1890) Route de campagne en Provence de nuit 1890 Huile sur toile H. 92 ; L. 73 cm Otterlo, collection Kröller-Müller Museum © Kröller-Müller Museum

A la veille de l’inauguration d’une rétrospective consacrée à Vincent Van Gogh (1853-1890) présentée au Musée de l’Orangerie à Paris de janvier à mars 1947, le galeriste Pierre Loeb propose à Antonin Artaud (1896-1948) d’écrire un texte sur le peintre hollandais.

D’abord peu emballé, c’est lorsque il découvre dans la presse des extraits du livre du docteur Beer intitulé Un démon de Van Gogh que, fou de rage face au jugement porté par le médecin (et la société) sur la santé mentale de Van Gogh, il écrit, pratiquement d’un jet, Van Gogh, le suicidé de la société. Le texte, dicté à son assistante Paule Thévenin entre le 8 février et le 3 mars 1947, publié la même année, recevra le prix Sainte-Beuve.

L’exposition à voir jusqu’au 6 juillet 2014 au Musée d’Orsay redonne vie à cet essai dans lequel Artaud s’élève contre la médecine psychiatrique, laquelle avec la complicité de la société aurait poussé Van Gogh au suicide, tout en tressant une couronne de lauriers au peintre dont l’œuvre criait « d’insupportables vérités ».

Des extraits du texte servent de fil conducteur au parcours qui réunit une bonne quarantaine de tableaux, des aquarelles et des dessins du peintre, issus pour partie des collections du musée d’Orsay mais aussi de collections muséales et privées internationales.

S’y ajoutent des dessins d’Antonin Artaud et des photographies, principalement de Denise Colomb, ainsi qu’une de Man Ray de 1926 rappelant les liens de l’homme de théâtre avec le groupe des Surréalistes.

«Le Fauteuil de Gauguin», 1888. (Photo Amsterdam Van Gogh Museum. Fondation Vincent Van Gogh)
«Le Fauteuil de Gauguin», 1888. (Photo Amsterdam Van Gogh Museum. Fondation Vincent Van Gogh)

L’exposition évoque ainsi la personnalité et le parcours d’Artaud : une vie et une œuvre profondément marquées par la maladie mentale (depuis l’enfance), l’enfermement (neuf années en hôpital psychiatrique), mais aussi le théâtre (il fut comédien et créateur de décors scéniques), le dessin (significatif des plus grands tourments et de tentatives de « rassemblement »), et bien sûr l’écriture.

Le lien avec Van Gogh se fait évidemment autour de « la folie » qui était d’ailleurs le motif pour lequel Pierre Loeb, galeriste d’Artaud, lui avait suggéré cet écrit. Ce lien, à travers les extraits du texte, amène et présente les tableaux du peintre suicidé à 37 ans.

Malgré le caractère inédit et l’indéniable intérêt de l’exposition, une autre évidence se fait plus criante : l’œuvre de Van Gogh n’a besoin d’aucun avocat. Les tableaux « écrasent tout » sur leurs cimaises, y compris le texte d’Artaud à certains moments. Couleurs, touches, composition, regard : autoportraits, portraits, paysages et natures mortes ne sont que splendeurs. On redécouvre et découvre cette incroyable peinture et, cruellement, le reste semble presque anecdotique. Il est vrai que les propos d’Artaud, aussi beaux, poétiques et émouvants soient-ils, résonnent comme des adresses faites contre les docteurs autant pour son propre compte (on peut le comprendre, tant il a souffert) que pour celui de Vincent Van Gogh, pourtant sujet de son texte brillant.

Vincent van Gogh / Antonin Artaud. Le suicidé de la société
De 9h30 à 18h les mardi, mercredi, vendredi, samedi et dimanche et jusqu’à 21h45 le jeudi
Métro Solférino, RER C, station Musée d’Orsay, bus 24, 63, 68, 69, 73, 83, 84, 94
Entrée 11 euros (tarif réduit 8,50 euros), gratuit le 1er dimanche du mois
Jusqu’au 6 juillet 2014
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Entrée libre au Musée National du Moyen-Age

La Dame à la Licorne, A mon seul désirLe Musée National du Moyen-Age fait partie des quatorze musées et monuments nationaux français pour lesquels la gratuité est expérimentée depuis le début de l’année et jusqu’au 30 juin prochain. (1)

Dès le premier week-end de janvier, Parisiens et touristes s’y sont pressés. Favorable a priori à l’accès le plus libre possible à la culture, l’on en sort en s’interrogeant sur le bien-fondé de la décision politique pour le musée du Moyen-Age en particulier.

La dimension modeste des salles, qui tient à l’architecture du bâtiment, la faiblesse de l’éclairage, l’entassement des oeuvres et le manque de lisibilité du parcours d’ensemble sont autant de facteurs d’embouteillage qui ne plaident pas en faveur de l’ouverture au plus grand nombre au même moment. Ajoutons à cela que les cartels sont tout petits (et vieillots), et que bien des fois l’on ne sait où se poser pour lire les fiches de salles, pourtant d’une grande qualité en matière d’explications.

Surtout, le manque d’espace sied particulièrement mal aux oeuvres médiévales, qui exigent souvent du recul, comme les statues ou les retables. Et que dire de la minuscule salle des vitraux, qui présente notamment des vitraux de la Sainte-Chapelle ? Le nez collé dessus, on balance entre rage et pitié.
Quant aux chapiteaux, ils mériteraient d’être isolés les uns des autres et de pouvoir être vus aisément sous leur quatre côtés.
Les frustrations qui en découlent, liées au lieu lui-même, deviennent plus aiguës lorsque le musée se remplit.
Mais le problème est le même pour les oeuvres plus petites dans les vitrines, telles ces petites châsses-reliquaires et autres objets liturgiques en ivoire sculpté au rez-de-chaussée. La finesse des décors mériterait tranquille observation…

Dans ces conditions, faut-il y aller ?
La réponse est oui, bien sûr, car le Moyen-Age est une période aussi longue (dix siècles !) que passionnante sur le plan artistique, qu’il s’agisse de l’architecture ou de de tout ce qui a trait à l’iconographie.
Donc, on y reviendra, ne serait-ce que pour admirer La Dame à la Licorne, chef d’oeuvre du XVème siècle, qui, elle, bénéficie d’une belle présentation, dans une salle semi-circulaire faite pour elle.
Mais l’on se rappellera aussi que la meilleure façon d’apprécier l’art médiéval est certainement d’aller le voir là où il est, à savoir dans les églises, les abbatiales et les cathédrales. La France (et pas seulement !) en déborde dans tous ses coins. On y admire in situ chapiteaux, vitraux, tympans, statues et trésors, dans l’ambiance pour laquelle ils ont été faits : celle de la déambulation pieuse ou rêveuse, du retrait et du recueillement.
Ce qui n’est pas forcément le programme réservé au Musée du Moyen-Age pour les six mois à venir.

Musée National du Moyen-Age
Thermes et hôtel de Cluny
6, place Paul Painlevé – Paris 5ème
M° Cluny-La Sorbonne / Saint-Michel / Odéon
Bus n° 21 – 27 – 38 – 63 – 85 – 86 – 87
RER C Saint-Michel / l B Cluny – La Sorbonne
TLJ sf le mardi, de 9 h 15 à 17 h 45
Entrée libre jusqu’au 30 juin 2008

(1) Participent à l’expérimentation :
A Paris et en région parisienne : le musée Guimet, le musée du Moyen-Age, le musée des Arts et Métiers, le musée des Antiquités nationales de Saint-Germain-en-Laye (Yvelines), le musée national de la Renaissance d’Ecouen (Val-d’Oise) et le musée de l’Air et de l’Espace du Bourget (Seine-Saint-Denis).

En province : le musée de la Marine de Toulon, le musée national Adrien Dubouché à Limoges, le musée Magnin à Dijon, le palais du Tau à Reims, le palais Jacques Coeur à Bourges, le château d’Oiron, le musée national du château de Pau et le château de Pierrefonds.

Pour les 18-26 ans, accès gratuit dans quatre musées nationaux parisiens un soir par semaine entre 18h et 21h : le mercredi pour le musée d’art moderne du centre Pompidou, le jeudi pour le musée d’Orsay, le vendredi pour le Louvre et le samedi pour le quai Branly.

Image : Musée National du Moyen-Age, "La Dame à la Licorne, A mon seul désir", XVème siècle

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