Le Sorelle Macaluso. Emma Dante

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Ils sont dix comédiens, huit femmes, deux hommes. Leurs corps ne sont pas canoniques ; ils expriment d’où ils viennent. Des hommes bruns et ramassés. Des femmes aux cuisses larges, dont les visages et les chairs ont vécu. Ils sont peut-être de Palerme, cette ville de Sicile où Emma Dante, auteur, metteur en scène, a créé sa compagnie à la fin des années 1990. Une ville pauvre, des vies de misère, où la famille est la seule richesse. Où on mêle à la pasta la seule aubergine qui reste, coupée en finissimes tranches, pour nourrir les sept sœurs et leur père. Parce que la mère, elle n’est plus là. Elle reviendra, un moment, spectre blanc et riant, pour embrasser avec tendresse son mari qui manque d’air depuis qu’elle est partie. Car ici les vivants sont en noir et les défunts en blanc. Qu’elle est cruelle la Camarde, qui laisse les filles orphelines et emporte les enfants qui jouent dans la mer ou à Diego Maradona.

Mais elles rient, quand même, les sœurs Macaluso, elles rient à perdre la raison, et elles chantent. Parce qu’un jour, un seul jour, elles sont allées à la mer. Et elles étaient si heureuses d’y aller. Le jour tant attendu a finalement été tragique, et les déchire encore, mais le souvenir de la joie de l’attente, de la joie de l’instant d’avant les fait encore rire et chanter. Et danser aussi, sur ces airs mélancoliques et beaux qui rappellent cette mer si brillante « parce que le soleil s’y cogne dedans », rendent la joie plus grande et la tristesse plus douce. C’est plus que joué, c’est incarné, terriblement vivant sur un plateau nu et dans un temps très ténu. C’est du grand et beau théâtre.

 

« Le Sorelle Macaluso »

Au théâtre du Rond-Point à Paris

De Emma Dante

Avec Serena Barone, Elena Borgogni, Sandro Maria Campagna, Italia Carroccio, Davide Celona,Marcella Colaianni, Alessandra Fazzino, Daniela Macaluso, Leonarda Saffi, Stéphanie Taillandier

Production et diffusion : Aldo Miguel Grompone
Coproduction : Teatro Stabile di Napoli, Festival d’Avignon, Théâtre National / Bruxelles,
Folkteatern / Göteborg, en collaboration avec la compagnie Atto Unico /Sud Costa
Occidentale, en partenariat avec le Teatrul National Radu Stanca / Sibiu.
Spectacle créé dans le cadre du projet Villes en scène / Cities on stage, avec le soutien du
Programme Culture de l’Union Européenne.

En italien et palermittan et surtitré en français

Durée 1 h 10

Jusqu’au 25 janvier 2015

Puis en tournée :

les 28 et 29 janvier 2015 à Montluçon, Le Fracas

les 27 et 28 mai 2015 à Aix-en-Provence, Opéra Pavillon Noir

les 30 et 31 mai 2015 à Toulon, Théâtre Liberté

Spectacle créé pour la 68ème édition du Festival d’Avignon

 

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Comment vous racontez la partie. Yasmina Reza

COMMENT VOUS RACONTEZ LA PARTIE

On découvre en ce moment à Paris la dernière pièce de Yasmina Reza, créée en Allemagne et rodée en province avant d’y poursuivre sa tournée fin 2014-début 2015.
On se demande d’ailleurs si l’accueil est différent, dans ces villes de province, dont l’une d’entre elles – fictive en son nom ,Vilan-en-Volène, mais partout réelle – est le lieu de la pièce. Car dans la salle Renaud-Barrault du théâtre du Rond-Point à Paris, pourtant comble, le public est de bout en bout figé. Endormi ou pétrifié ? On l’ignore, mais cette sorte d’indifférence a du mal à s’expliquer tant la pièce, plus corrosive qu’elle n’y paraît, fait mouche. Et rire.

Yasmina Reza, qui assure également la mise en scène, y montre une écrivaine célèbre, Nathalie Oppenheim (Zabou Breitman) qui se rend à Vilan-en-Volène pour participer à une rencontre littéraire organisée en son honneur par Roland (Romain Cottard) jeune responsable culturel local. Nathalie est interviewée par Rosanna (Dominique Reymond), critique littéraire très en vue et originaire du bourg en question. Le maire (Michel Bompoil ce soir du 14) apparaît au moment du pot qui conclut la soirée. Quatre rôles aux dialogues ciselés que l’excellence de leur interprétation rendent délectables.

Tout dans le jeu des comédiens comme dans la mise en scène bien tenue contribue à la mise en relief de ce texte mordant. Car c’est la réalité que l’on croit voir en découvrant les joutes entre Rosanna la journaliste et Nathalie l’écrivaine. Rosanna apparaît en effet comme la star davantage que ne l’est l’artiste. Ou comment le brillant et le creux l’emportent sur la pensée et la création. C’est que, snob et suffisante, Rosanna veut avoir la vedette et ne s’en prive pas. Tics de langage en vogue (comme elle dit : « Nathalie Oppenheim, … », en accentuant le grave de sa voix, la virgule et le silence qui suivent…), prononciation prétentieuse (cette manière de dire « thriller » ou « Philip Roth »…), façon de regarder le public en coin pour créer avec lui une (fausse) complicité, détournement, en définitive, de l’interview pour en faire un moment d’auto-promotion de sa culture et de sa célébrité… Rosanna semble la parfaite synthèse de différentes personnes vues et entendues dans le monde médiatique réel.

En face d’elle, Nathalie, qui habituellement fuit les interviews et les causeries, est très mal à l’aise pour répondre aux questions de la journaliste de plus en plus agressive au fur et à mesure que l’écrivaine résiste en quelque sorte à l’exercice malgré sa bonne volonté de pour une fois s’y soumettre. Que ce soit pour lire un extrait de son livre, pour le commenter ou pour parler d’elle-même, on voit bien la vanité, voire pire, qu’elle trouve à tout cela (ne s’écrit-elle pas dans un moment de découragement « Chaque fois que je parle de mon livre je l’affaiblis ! »).

Entre les deux, Roland, l’animateur culturel, est moins snob que le départ le laisser présumer. Il apparaît comme une victime – mais encore vibrante d’authenticité – de la mode (de pensée comme syntaxique) culturelle actuelle dans son mouvement de décentralisation et de démocratisation : ce qui à Vilan-en-Volène peut paraître comme précieux et prétentieux n’est en réalité que la déclinaison locale et récente d’un snobisme centralisé et ancien. Car en réalité Roland est avant tout un amoureux des lettres, admirateur de Nathalie et de bien d’autres, poète à ses heures et passionné par son travail de médiateur. On peut dire qu’entre lui et Nathalie, la rencontre a vraiment lieu. Avec le maire aussi, d’une certaine manière, dont une forme de mélancolie rejoint la solitude de Nathalie. Il incarne le terrien qui se réclame du bon sens et du bien être de ses administrés, et dont la sensibilité à la littérature, réelle, ne veut s’étaler. Forme de pudeur, ou de timidité.

Mais c’est finalement une autre forme d’art, plus populaire, qui réunira tout le monde, un peu enivré, fatigué, las, peut-être aussi et surtout lucide et enfin décomplexé dès lors qu’il est mis à nu : la chanson « Nathalie » à quatre voix, achevée dans une désopilante chorégraphie. Qui a dit que la salle polyvalente de Vilan-en-Volène était sinistre ?

Comment vous racontez la partie

Théâtre du Rond-Point

2 bis, avenue Franklin D. Roosevelt – Paris 8°

Jusqu’au 6 décembre 2014

Puis en tournée

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Prélude à l'agonie au théâtre du Rond-Point

Prélude à l'agonie au Théâtre du Rond Point

Après la désespérante soirée du Tigre en décembre, on poursuit dans le grotesque avec Prélude à l’agonie de la Compagnie du Zerep (Sophie Perez et Xavier Boussiron) donnée au théâtre du Rond-Point jusqu’au 25 janvier.

La comparaison n’a pas à être poussée plus avant car ici nous sommes dans un autre genre, beaucoup plus trash.

Cela débute plutôt bien : sur une mince bande de scène à l’avant du plateau, une courte pièce de Courteline raconte la triste histoire d’un enfant du Connecticut à qui ses parents font croire qu’il possède un royaume, jusqu’à ce qu’il découvre le pauvre lopin de terre marécageux avec lequel on l’a trompé pendant des années. La pièce est interprétée par des nains. C’est une petite merveille, cruelle et jouée de façon délicieusement décalée.

Ce prologue annonce le thème de la soirée (le far west), le regard qui y est porté (la critique) et la méthode utilisée (l’humour noir).
Enfin, en théorie. Car en pratique, une fois le cœur du spectacle enclenché, les moyens mis en œuvre se résument à la provocation : non seulement à travers un mauvais goût revendiqué, mais surtout à travers l’obstination à montrer de bout en bout toutes sortes de violences, avec une prédilection pour l’humiliation, le gore et l’obscénité. Hommes et femmes laids, enlaidis et à poil se roulant dans la poussière pour des séquences orgiaques ; jeu de la banane, prétexte à s’en enduire, s’en farcir et en vomir ; le tout ponctué
de coups de pistolet tirés dans l’hilarité. On danse avec un cheval mort et on fait surgir d’une pauvre et monstrueuse créature une giclée de sang bien frais, quand une autre aux cuisses larges et aux seins tombants s’exhibe comme une bête de foire.

On a compris la démonstration. Le monde fascinant du far west est cruel. Oui oui.

Il est à croire que pour dénoncer, le théâtre contemporain n’a plus foi au texte, préférant s’engouffrer systématiquement dans des outrances de représentations dont les moyens, de Rodrigo Garcia à Angelica Liddell, sont toujours les mêmes, des provocations plus ou moins régressives à la violence sous toutes ses formes brandie comme un étendard. Répétés à l’envie de spectacle en spectacle, après avoir frappé les esprits, ces excès ne font désormais résonner que leur vanité.

Prélude à l’agonie

Théâtre du Rond-Point
2 bis, av. Franklin-D.-Roosevelt (VIIIe)
Tél.: 01 44 95 98 21

A 21 h, dim. à 15 h
Places: de 11 à 36 €
Durée: 1 h 40

Jusqu’au 25 janvier

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El Tigre au Théâtre du Rond-Point

El Tigre au Théâtre du Rond-PointDe ce que l’on comprend, quelque part sur le delta du Tigre dans un marais argentin où sévissent les caïmans, une poignée de folles honorent la fée cinéma, dans l’adoration de Lana
Turner, star des temps reculés, qui eut sept mariages et une fille, et se se trouve aujourd’hui, selon les scènes, entre vie et trépas.

Peut-être ceci n’est pas tout à fait exact ; plus sûrement ceci est incomplet…

Comment savoir ? La langue tient de l’absurde, du surréalisme et du fantastique, en un mot du loufoque, ce qui autrement pourrait avoir son charme mais ici n’en a aucun. Il y a donc pléthore de jeux de mots, on entend « D comme dé de couture » (avant il y a eut « H comme… » mais on a oublié quoi), « saucisse de Toulouse » (le comparatif nous a également échappé), ou encore « les poils pubiens sont des antennes » (si elles le disent).

Comme c’est un genre de comédie musicale, une mini-fosse a été aménagée au pied de la scène, où officie un quatuor à cordes.

On en prend grande pitié, au vu et à l’ouïe de ce qu’il subit chaque soir. La musique est inspirée du tango argentin – le créateur du spectacle n’est autre que le metteur en scène d’origine argentine Alfredo Arias, habitué des lieux depuis plusieurs saisons. Elle accompagne des morceaux chantés par deux comédiens (jouant des travestis, avec le folklore hispano-argentin en jupons habituel) et quatre comédiennes (dont Arielle Dombasle qui minaude comme la poupée qu’elle n’est plus depuis longtemps) non dénués de talent mais dirigés comme au café-théâtre. La mise en scène est du même acabit, et le décor réduit à sa plus simple expression.

Certaines personnes rient, on les entend bien, d’autres partent, on les comprend mieux, tout en s’obstinant jusqu’au bout et en silence, en se demandant ce qu’on est venu faire là.

El Tigre
Théâtre du Rond-Point

Salle Renaud-Barrault
2 bis, av. Franklin D. Roosvelt – Paris 8°

Livret et mise en scène : Alfredo Arias
Composition musicale : Bruno Coulais
Avec Denis D’Arcangelo, Carlos Casella, Arielle Dombasle, Alejandra Radano,
Andrea Ramirez, Alexie Ribes
Violons : Christophe Guiot et Elisabeth Pallas, alto : Françoise
Gneri, violoncelle : Jean-Philippe Audin

Durée 1 h 30
Jusqu’au 12 janvier 2014

Photo © Alejandra Lopez

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J’avais un beau ballon rouge au Théâtre du Rond-Point

J'avais un beau ballon rouge

La pièce écrite par la dramaturge et comédienne italienne Angela Dematté dresse une fresque historique qui se déroule du début des années 1960 au milieu des années 1970 en Italie.

Margherita Cagol, fille de la petite bourgeoise catholique, entreprend des études de sociologie – qui s’appelaient alors pudiquement "sciences-politiques" -, découvre le système de classes et les institutions qui verrouillent la société, la possibilité d’un combat collectif et aspire à la Révolution.
Son père, bon fond et ouvert sur son prochain, demeure un conservateur qui n’entend pas que l’on puisse remettre en cause les valeurs et l’autorité – notamment celles de l’Eglise – sur lesquelles il a fondé sa vie et l’éducation de sa fille.
Mais plus le temps passe, plus Margherita s’enthousiasme pour les luttes radicales à mener pour transformer la société. De Léniniste, elle évolue vers le Maoïsme, puis participe à la fondation des Brigades Rouges, où elle laissera sa vie, tombée sous les balles des carabiniers lors d’affrontements de plus en plus violents.

Sur scène, Richard et Romane Bohringer, complémentaires, sont tout simplement parfaits : extrêmement justes, ils rendent leurs personnages tirés d’histoires réelles plus que crédibles.
Portée par une mise en scène classique et efficace, la pièce, fort bien écrite, évite le simplisme, la prise de parti facile. Aucun des deux personnages n’a totalement tort ni raison. Et, ce qui est sans doute le plus beau, malgré les affrontements incessants et inévitables, jamais le dialogue ne se rompt totalement. Toujours, la tendresse demeure, et avec elle la tentative de continuer à se comprendre mutuellement.

Loin du "gueulard" auquel on pourrait s’attendre, Richard Bohringer montre tous les questionnements intérieurs d’un père tiraillé entre l’idée qu’il se fait du bonheur pour sa fille et la réalité où il la voit s’épanouir dans une lutte altruiste, où elle s’oublie elle-même.
Romane Bohringer, habitée à 200 % par son personnage, restitue son extraordinaire engagement et sa foi inébranlable en la Révolution, mais aussi sa gravité lorsqu’elle voit son père vieillir, au point de devoir lui cacher certaines choses pour l’épargner.
A l’image de cette relation forte dans cette période plus que chamboulée en Italie comme ailleurs, la pièce non dénuée d’une résonance universelle dans l’affrontement des générations, conquiert vite le public, et finit par l’émouvoir profondément.

J’avais un beau ballon rouge
de Angela Dematté
mise en scène Michel Didym
avec Richard Bohringer et Romane Bohringer
Théâtre du Rond-Point
A 18 h 30, durée 1 h 25
Jusqu’au 5 mai 2013

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Pieds nus, traverser mon cœur. Michèle Guigon

Michèle Guigon, Pieds nus traverser mon coeurPour son quatrième solo, voici une Michèle Guigon effectivement pieds nus sur scène, au propre comme au figuré ; une Michèle Guigon désarmée, au sens le plus noble, pacifique du terme.

Elle a lutté contre la maladie, expérience qu’elle évoquait, entre crudité et pudeur, de façon très touchante dans son précédent spectacle La vie va où ?, joué 8 mois à Paris, au Lavoir Moderne Parisien, au Lucernaire puis au théâtre du Rond-Point, et dont la tournée continue (le texte est désormais édité en livre CD chez Camino Verde).

Après le combat et la peur, Michèle Guigon veut désormais passer à autre chose, ce qu’elle explique à son public (fidèle) et montre avoir parfaitement réussi. Elle traverse son cœur pour découvrir et faire partager ce qu’il contient : beaucoup d’amour.
Elle raconte son mauvais caractère et comment elle a réalisé à quel point elle pouvait se montrer meilleure.
Ce bien joli chemin, c’est peut-être à travers le deuil de ceux qu’elle a le plus aimés, ses parents, qu’elle peut enfin le suivre tranquillement.

Elle a ainsi compris pourquoi, alors qu’elle était tout enfant, son père qui avait perdu son propre père exécuté par la Gestapo, l’a emmenée voir un camp de concentration pour lui montrer de quoi l’homme était capable. Sa mère recueillant sa fillette effrayée par ce qu’elle voyait et entendait avait alors dit à son mari : "Mais tu es fou !". Michèle Guigon sans se départir de son merveilleux sourire conclut : "Oui, il était fou, il était fou de douleur", avant d’ajouter : "On est tous fous de douleur quelque part".
C’est parce que son père n’avait jamais trouvé les mots pour parler de ce tragique épisode qu’il l’avait conduite devant les douches funestes.

Les mots, Michèle Guigon, elle, les chérit, les tourne dans tous les sens comme un joailler ses pierres précieuses. Et cela s’entend : ce spectacle est magnifiquement écrit (à quatre mains, avec son amie et complice de travail Susy Firth). C’est un petit bijou de délicatesse, d’élégance, de profondeur, de sagesse et, par la grâce de ces plumes inspirées, tout autant de légèreté.
Car Michèle Guigon ponctue cette façon de récit autobiographique de délicieux aphorismes qui, comme il se doit, disent juste tout en provoquant irrésistiblement rires et sourires. On n’en livrera ici aucun, tant doit rester entier le plaisir de les découvrir de la bouche de Michèle Guigon, cette artiste qui s’espère un peu poète – on la rassure – et trouve ainsi le moyen de transformer la douleur. En voici la preuve avec cette très poignante chanson que Michèle accompagne du souffle doux de l’accordéon :

Dis Maman
Cette cloche qui sonne le glas Maman
Voilà qu’aujourd’hui c’est pour toi Maman
Tu vas connaître l’Au Delà Maman
Peut-être tu me raconteras
(…)
Dis Maman
Maint’nant que t’as laissé ta place Maman
Je me prends le vent de pleine face Maman
J’sais pas toujours ce qu’i’faut qu’j’fasse Maman
Dis Maman
Cett’ vie qui coule entre nos doigts Maman
T’a permis de m’élever deux fois Maman
La premièr’ quand j’étais enfant Maman
Et la seconde maintenant

Pieds nus, traverser mon cœur
Texte Michèle Guigon et Susy Firth
Mise en scène Anne Artigau
Théâtre du Lucernaire
53, rue Notre-Dame des Champs 75006 Paris
Jusqu’au 23 octobre 2011
Du mardi au samedi à 20h, et à partir du 11 septembre, les dimanches à 17h
Durée 1 h 15
Places 30 € (TR à 15 € et 25 €)

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L'Oratorio d'Aurélia au théâtre du Rond-Point

L'oratorio d'AureliSœur de James Thierrée, Aurélia Thierrée, faut-il le préciser, est la fille de Victoria Chaplin et de Jean-Baptiste Thierrée, les créateurs du Cirque invisible.
Si Aurélia a les grands yeux de sa mère et l’incroyable fantaisie de son illustre famille, elle possède une grâce qui n’appartient qu’à elle.

Le spectacle qu’elle présente jusqu’au 14 mars au théâtre du Rond-Point tient de la danse (son partenaire, Julio Monge est tout aussi doué et magnifique), de la majestueuse acrobatie et du mime enjoué.
Elle plie et ondule son corps, bouscule les objets et les rôles pour inventer un monde où le réveil sonne pour donner le signal du coucher, où les pétales des fleurs, tiges en l’air, trempent dans l’eau du vase et où les costumes deviennent des personnages.
Avec la complicité de Victoria Chaplin, dont la miraculeuse patte se devine entre toutes, les étoffes se transforment, le rouge et le noir magnifient la scène, les rideaux font tour à tour des robes ou des flocons de neige.

L’humour, toujours prêt à titiller le spectateur, l’imagination, sans cesse invitée à s’emballer, l’intimité des objets quotidiens détournés font de cette soirée un grand moment de plaisir, de douceur et de poésie.

L’Oratorio d’Aurélia
Conception et mise en scène Aurélia Thierrée
Avec Aurélia Thierrée et Julio Monge
Jusqu’au 14 mars 2009
A 20 h 30, représentations supplémentaires les mercredis et samedis à 15 h
Durée 1 h 20
Théâtre du Rond-Point
2 bis, avenue Franklin D. Roosevelt – Paris 8ème

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Un garçon impossible. Théâtre du Rond-Point

Un garçon impossible au théâtre du Rond-PointUn garçon impossible, de Petter S. Rosenlund (né en Norvège en 1967) a été montée pour la première fois en 1997 au Théâtre Trøndelag. Distinguée par le prix Ibsen 1998, la pièce a depuis été présentée deux fois en France, au Théâtre Gérard Philipe de Saint-Denis par Stanislas Nordey, puis au Studio Théâtre de la Comédie Française dans une mise en scène de Frédéric Bélier-Garcia en 2000.

Un garçon impossible est cette saison donnée au Théâtre du Rond-Point dans la grande salle Renaud-Barrault. Le plateau réunit des comédiens de renom, au premier rang desquels Isabelle Carré, tandis que le chef d’orchestre n’est autre que Jean-Michel Ribes, le maître des lieux.

La pièce se déroule dans un hôpital (décor assez impressionnant en carrelages et plexiglas un peu glauques) où Cécilie, ravissante infirmière, jeune et blonde mais esseulée (Isabelle Carré) harcèle son amant, Henrik, médecin fat en costume trois pièces (joué par Eric Berger, le grand dadais de Tanguy chez Chatiliez). Naturellement, Henrik est tout autant harcelé, via téléphone portable, par son épouse désœuvrée et en mal d’enfant.
Un garçon impossible, avec Isabelle CarréSur cette ligne de départ (un schéma usé jusqu’à la corde), arrivent Sylvia (Hélène Viaux) et son fils Jim, âgé de huit ans (joué par le longiligne Micha Lescot) pour un prétendu problème d’audition : Jim n’entendrait pas la voix de son grand-père, mort, selon les précisions de Sylvia.

On change alors de registre, le bizarre fait son apparition. Impression confirmée : le grand-père (Jean-Yves Chatelais) est tellement trépassé que le voici qui déboule, tonitruant, plein de voix et de vie (et de vices, comme on ne tardera pas à l’apprendre).
Dans la foulée, tandis que Cécilie tente (avec beaucoup d’efficacité) de séduire le petit Jim, Sylvia annonce que le père du gamin n’est autre que Henrik, le médecin tout à fait empêtré. Pour finir, le môme liquidera tout le monde, car visiblement tous commencent à l’emmerder sérieusement.

Quel est le propos de cette pièce ? Le travail de Jean-Michel Ribes n’en donne qu’une vague idée. Mélange de vaudeville, de théâtre de l’absurde et de chronique du monde contemporain (quoique…) avec ses individus névrosés, pervers et violents : le spectateur a du mal à comprendre de quoi la pièce parle exactement, et surtout à en être touché.
La mise en scène, qui manque d’idée et se réfugie avec constance dans l’excès, n’est peut-être pas pour rien dans l’indifférence et l’ennui qui s’emparent progressivement du public.
L’humour est censé être grinçant. Est-il seulement ? Le fait est que personne ne rit. Quant à la noirceur de la pièce, elle semble étouffée sous les cris d’hystérie qui seuls, de bout en bout, semblent inspirer la direction d’acteurs.
Malgré l’envie de saluer les efforts des comédiens, dont on souffre de voir le talent ainsi quelque peu gâché, les applaudissements restent tièdes, avant, que, très vite, la salle pleine à craquer ne se désemplisse dans le silence et la désolation.

Un garçon impossible
De Petter S. Rosenlund
Traduit du norvégien par Terje Sinding
Mise en scène Jean-Michel Ribes
Avec Éric Berger, Isabelle Carré, Jean-Yves Chatelais, Micha Lescot, Hélène Viaux
Décors Patrick Dutertre
Théâtre du Rond-Point
2bis, av. Franklin D. Roosevelt – Paris 8ème
M°Franklin D. Roosevelt ou Champs-Élysées Clemenceau, bus 28, 42, 73, 80, 83, 93 Jusqu’au 28 février 2009
A 21 h, le dimanche à 15 h
Durée 1 h 20 sans entracte
Places de 10 € à 33 €

Photos © Brigitte Enguerand

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Bien des choses au Théâtre du Rond-Point

François Morel et Olivier Saladin dans Bien des choses au Théâtre du Rond-PointFrançois Morel ne quitte plus les planches du Théâtre du Rond-Point : après Collection particulière en 2006 et Les Diablogues l’année dernière, il revient ce printemps avec Bien des choses, conçu et interprété avec son complice des Deschiens Olivier Saladin.
Plus qu’une lecture, Bien des choses est un véritable spectacle à l’humeur enjouée et désuète, un joli clin d’oeil au passé.

Il évoque le temps, lointain pour beaucoup aujourd’hui, où, installé au bord de la mer ou en voyage en Grèce, l’on prenait plaisir à envoyer des cartes postales à ses amis.
Il se fait ainsi l’écho de ces mots dérisoires et toujours identiques écrits avec la joie du sentiment d’exotisme, mêlée à l’angoisse de la nouveauté et à la nostalgie de son chez-soi.
Mais à travers ces cartes postales, les deux compères, avec une irrésistible moquerie rendent surtout hommage à une certaine classe sociale, peu cultivée et peu coutumière des changements et des grands déplacements, plus soucieuse de son Pernod-Ricard quotidien ou de la tache à faire partir à l’Eau Ecarlate que de la découverte du patrimoine culturel local.
Il y a énormément de tendresse dans ce spectacle, beaucoup d’esprit et d’humour, servis à merveille par deux comédiens désopilants qui aiment leurs personnages et nous les rendent attachants. Pas de prétention et beaucoup de rires dans la petite salle Jean Tardieu pleine à craquer et complice une heure et quart durant.

Bien des choses
Ecrit et mis en scène par François Morel avec la complicité d’Olivier Saladin
Avec François Morel, Olivier Saladin, et la voix Jean Rochefort
Jusqu’au 15 juin 2008
Théâtre du Rond-Point
2bis, av. F. D. Roosevelt – Paris 8ème
A 21 h, représentation supplémentaire samedi 14 à 15 h 30

Photo © Manuelle Toussaint

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Théâtre du Rond-Point. Saison 2007/2008

Jean-Michel RibesJean-Michel Ribes, reconduit à la tête du Théâtre du Rond-Point pour une durée de cinq ans, a placé la programmation 2007-2008 sous le thème du « Rire de résistance ».

Ce parti-pris séduisant fera, cette saison encore, toute sa place à la diversité, promettant de nombreuses découvertes et retrouvailles.

Programmé puis annulé l’année dernière, l‘Epilogue de L’Homme qui danse, la saga-marathon de Philippe Caubère sera livré cette année.
« Ce spectacle est très différent des autres épisodes. Il est beaucoup moins consensuel » a prévenu l’artiste. Cette nouvelle et dernière partie de Ferdinand est attendue avec impatience : lui qui a fait tellement rire par le passé va-t-il cet automne faire pleurer ?

François Morel revient également, avec cette fois, non pas des chansons, mais des cartes postales dans son cabas, pour nous dire Bien des choses

On retrouvera le même François Morel, mais en compagnie de Jacques Gamblin, chez un auteur assez peu monté, Roland Dubillard dans Les Diablogues.

Guy Bedos, très remonté ce printemps, attendra les fêtes de fin d’année pour débarquer en solo sur la scène du Rond-Point.

Venu faire une bien agréable visite il y a deux ans, Buffo, l’attachant clown de et par Howard Buten reviendra faire un petit tour durant l’hiver pour une « nouvelle version ».

Autre bonne nouvelle, Jean-Louis Trintignant, qui avait lu, en décembre 2005 avec Clémentine Célarié notamment, des extraits du journal de Jules Renard au Petit-Hebertot, va reprendre ces lectures l’année prochaine mais avec une variation d’importance : au texte de Jules Renard, sera désormais mêlé celui de Jean-Michel Ribes, parce que « il existe une filiation ».

Si la programmation regorge d’autres noms bien connus, elle est aussi largement dédiée à la découverte d’auteurs contemporains : pour faire un tour d’horizon plus complet, il faudra consulter le site, ou, dès à présent, prendre le programme au Rond-Point.

Mais d’autres nouveautés méritent d’être annoncées dès à présent comme la mise en place de « L’Université du Rond-Point », qui donnera lieu à des conférences tenues par des intervenants aussi divers que Boris Cyrulnik, Michel Onfray, Roger-Pol Droit, Marjane Satrapi ou Alain Rey … diffusées en direct sur site du théâtre puis en différé à la radio pendant l’été 2008 (sur la chaîne France-Culture).
Jean-Michel Ribes a également concocté, en partenariat avec l’INA, un film de 52 minutes à partir d’archives d’émissions télé et radio. Il sera projeté durant toute la saison sur des écrans installés dans les espaces de circulation du Rond-Point et aura pour titre, tout naturellement, Le rire de résistance

Renseignements et locations :
au Théâtre, 2 bis avenue Franklin D. Roosvelt à Paris 8ème
Tel. : 01 44 95 98 21
et sur le site du Théâtre du Rond-Point

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