Mia madre. Nanni Moretti

mia_madre_nanni_morettiCinéaste engagée, Margherita démarre tout juste un nouveau film, alors qu’elle vient de rompre avec son compagnon et élève seule sa fille adolescente – laquelle pense davantage aux plaisirs de son âge qu’aux obligations du lycée.

C’est dans cette vie un peu sur le fil que survient la maladie de sa mère. Margherita essaie, le soir, d’aller la voir à l’hôpital et, le jour, d’assurer un tournage qui s’avère compliqué avec un acteur américain insupportable. Son frère, lui, s’est mis en disponibilité professionnelle et veille sur la mère à chaque instant.

Pour traiter ce douloureux sujet, Nanni Moretti fait preuve d’une grande acuité et d’une grande sensibilité. L’air de rien, il montre tous les aspects de ce moment déchirant que constitue la perte d’un parent, à travers des personnages très bien dessinés et tous impeccablement interprétés.

Chez Margherita, qui est au centre du film, c’est à la fois le déni de ce qui est en train d’arriver (elle ne comprend pas la gravité de la maladie de sa mère), l’impression de ne plus rien maîtriser (sa fébrilité face aux situations les plus courantes de la vie), la culpabilité (ses moments de colère, son visage soudain absent et bouleversé sur le tournage). Elle réalise aussi qu’elle ignore tout du quotidien de sa mère (les gens qu’elle voit, ce qu’elle aime manger, où elle range ses affaires). Ces sentiments résonnent d’autant plus fort que la relation entre les deux femmes, faite d’admiration et de connivence, est très belle, et que Margherita est plutôt ce qu’on appelle une « femme forte ».

Le personnage du frère apparaît comme le contrepoint de celui de Margherita. Il est celui qui a mis le reste de sa vie entre parenthèses avec détermination. Il comprend ce qui se passe, l’assume et assure. Calme, discret et efficace, il irradie d’amour et de bienveillance, envers sa mère bien sûr mais aussi sa sœur qu’il ne juge jamais.

Dans ce contexte, l’acteur américain à l’ego envahissant – et la mythomanie maladive – pourrait n’exprimer que la superficialité du monde du cinéma et la vanité de la vie. Pourtant, Nanni Moretti le préserve de l’archétype, en le dotant d’un humour dévastateur et en n’omettant pas d’en dévoiler la faiblesse à la fin du film.

Quant à la mère, comment ne pas l’aimer. A la fois malade ordinaire avec ses incompréhensions et ses impatiences, elle demeure femme de lettres (elle a enseigné le latin toute sa vie avec passion et n’en a rien oublié), aimante (ses élèves le lui rendaient bien), mère et grand-mère attentive. Sa lucidité et son intelligence font mal (pourquoi a-t-on l’air de nous prendre pour des imbéciles, nous les malades, dit-elle en substance), mais pas autant que lorsqu’on la voit décliner plus sérieusement.

C’est avec la même élégance que Nanni Moretti traite de la question de la transmission. Dans un cauchemar, Margherita se demande ce que deviendront tous les livres de l’ancien professeur après sa mort ; sa fille se décide enfin à faire des efforts en latin quand elle voit sa grand-mère malade – et lui demande de l’aider. Et ses anciens élèves ne l’oublieront pas… Que laisse-t-on de toute une existence, qu’est-ce qui fait la valeur d’une vie ? Pas le cinéma, a l’air de répondre Nanni Moretti dans ce film magnifique.

Mia madre

Un film de Nanni Moretti

Avec Margherita Buy, John Turturro, Giula Lazzarini, Nanni Moretti, Beatrice Mancini

Durée 1h47

Sorti en salles le 2 décembre 2015

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Contes italiens. Paolo et Vittorio Taviani

contes_italiens_affiche_tavianiC’est entre 1349 et 1354, alors que la peste venait de ravager Florence, que Boccace (1313-1375) écrivit Le Décaméron, ensemble de cent nouvelles racontées en dix jours par dix jeunes hommes et femmes réunis à la campagnes pour échapper à l’affreuse épidémie.

Plus de quarante ans après avoir été adapté au cinéma par Pasolini, cet écrit en prose fondateur de la littérature italienne et admiré bien au-delà de la frontière transalpine, est mis à l’écran par Paolo et Vittorio Taviani.

Les cinéastes italiens, aujourd’hui octogénaires, ont choisi cinq de ces cent contes, précédés comme dans l’œuvre de Boccace d’une ouverture sur Florence gangrenée par la peste. Ces premières images sont terribles. Un malade se jette du haut du campanile, un père enterre ses enfants, des charrettes entières de cadavres sont déversées dans des fosses. Sans compter la terreur qui transpire partout et fait tour à tour crier puis se taire, courir puis se figer.

Pour en réchapper, sept femmes sont déterminées à quitter Florence. Trois de leurs amoureux les suivent. Réfugiés à la campagne, ils prennent la décision d’essayer d’oublier l’horreur qui frappe leur ville, en profitant de la vie et en se racontant chaque jour une histoire. Cinq contes suivent, tous assez sombres – malgré une farce, non dénuée de dureté – mais qui sont autant d’hymnes à l’amour. La grandeur du sentiment amoureux, poussé au plus haut degré, y est célébré, sous des variations différentes.

Ces contes sont entrecoupés d’épisodes de la vie quotidienne de cette belle jeunesse enivrée de liberté, d’amour, d’amitié, de communion avec la nature. Mais malgré ce désir d’aimer, cet élan vital et ce besoin d’insouciance, comment oublier la tragédie qui frappe les siens ?

Le film des frères Taviani, singulier et intemporel à la fois, est d’une somptuosité affolante. Scénaristiquement, il nous prend dans les filets des contes, hauts en splendeurs comme en noirceur. Esthétiquement, il nous chavire. Il n’y a pas la finesse d’un lin, la couleur d’une robe, la forme d’une coiffe qui ne nous rappelle les tableaux de la Renaissance florentine. Il n’y a pas le bruit mat d’une semelle sur le pavé, le clair obscur d’une demeure, la céramique d’un vaisselier qui ne nous renvoie à un XIV° siècle propice à la rêverie. Au-delà des détails, les compositions elles-mêmes – les scènes de groupes en particulier – sont très picturales. Jeune et belle, la distribution est pleine de talent. Les actrices, gracieuses sous la fluidité de leurs robes, coiffures botticelliennes mais regards déterminés, incarnent parfaitement ce mélange de soumission liée à leur condition et de volonté due à la force de caractère de leurs personnages. Enfin, la campagne toscane, sous d’infinies nuances de lumière, embrasse parfaitement ces variations de l’âme, quand la musique accompagne magnifiquement l’intensité dramatique tout en se faisant oublier quand le récit n’a pas besoin d’elle.

Contes italiens

Réalisé par Paolo et Vittorio Taviani

Avec Kim Rossi Stuart, Riccardo Scamarcio, Flavio Parenti, Vittoria Puccini, Lello Arena

Durée 1 h 55

Sorti en salles le 10 juin 2015

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Expériences immersives à la Fondation Cartier

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La Fondation Cartier pour l’art contemporain poursuit la célébration de son trentième anniversaire avec deux expositions qui – dépêchez-vous – se terminent ce dimanche 22 février.

La première répond au joli nom de Ballade pour une boîte de verre. Déployée dans tout le rez-de-chaussée de la Fondation, elle laisse de prime abord le visiteur non averti un peu perplexe : dans la grande salle de gauche, il n’y a… rien, si ce n’est un seau. Un vrai seau en plastique moche. Et qui se balade tout seul. Dans la salle plus petite, à droite, on aperçoit des visiteurs allongés sur des transats à roulettes, placés sous un grand plafonnier rectangulaire disposé très bas. Ils ont l’air de se faire bronzer sous un énorme lampadaire. Sauf qu’ils sont habillés et ne portent pas de lunettes de soleil. Peut-être parce que dehors, il pleut des cordes.

Heureusement, un dévoué représentant de cette nouvelle corporation née du milieu de l’art contemporain qu’est celle des « médiateurs » est là pour délivrer les clés de l’œuvre, c’est-à-dire répondre à la question que tout profane ne peut que se poser en pénétrant dans ce temple de l’art : de quelle démarche artistique ce seau est-il l’indice ? Grâce à notre jeune médiateur (mais en a-t-on jamais croisé de vieux ?), soudain, tout s’éclaire, et on peut commencer à « vivre » l’œuvre. Car comme chacun est tenu de le savoir désormais, en matière artistique, il ne s’agit plus simplement de regarder ou écouter une œuvre. Il s’agit de « vivre une expérience ». Et au cas où vous ne voudriez n’y aller que d’un orteil, on vous avertit : ici l’expérience est « immersive ». Ok, allons-y pour l’immersion, on est quand même venu pour ça.

Celle-ci est fort sympathique. Reprenons dans l’ordre. Grande salle : le seau seul au monde dans son cube de verre. Du plafond, une goutte tombe. Le seau se déplace pour la recueillir. Son. Petite salle : le plafonnier rectangulaire avec ses bronzeurs dessous. C’est en fait un écran. Qui montre : le plafond de la grande salle derrière un mouvement d’eau. Comment ? Une petite caméra au fond du seau. Ce qui fait que si votre copain a la bonne idée d’aller dans la grande salle pour se pencher au dessus du seau, vous verrez sa bobine sur l’écran,comme s’il était dans l’eau, le tout étendu sur votre transat de cuir. Avec lequel vous pouvez vous déplacer pour changer de point de vue. Bref, c’est très bien.

Ah oui, dans la grande salle, il y a autre chose à observer : à intervalles réguliers, les murs de verre s’opacifient progressivement, comme couverts de buée, puis lentement redeviennent transparents. Quand tout n’est pas gris à l’extérieur, ce doit être spectaculaire. Là, on a plutôt une impression de neige… mais l’idée, aussi simple qu’ingénieuse, a le mérite de rappeler l’originalité de l’œuvre de Jean Nouvel qui, il y a vingt ans, a pour la première fois conçu un espace d’exposition… sans murs ! (Histoire de renverser les conventions du « white cube » souligne notre ami médiateur. Évidemment. On avait – presque – compris).

Avec Les Habitants, l’expérience immersive proposée au sous-sol est beaucoup moins allègre. Installation du peintre argentin Guillermo Kuitca, elle mêle, en une unité parfaite, peinture, cinéma, sculpture, musique et poésie. Le tout sur la base d’une installation inspirée d’un living room conçu par David Lynch lors de son exposition The Air is on Fire à la Fondation Cartier en 2007. Toiles de Guillermo Kuitca, Francis Bacon, David Lynch, Tarsila do Amaral et Vija Celmins cohabitent (on n’ose plus écrire dialoguent, car à écouter toutes ces œuvres réputées dialoguer entre elles dans toutes les expositions aujourd’hui, on finirait par devenir sourd) avec des œuvres plastiques des mêmes Lynch et Celmins, mais aussi un film de 1970 de Artavazd Pelechian Les Habitants. Tandis que dans la pièce attenante, nous sommes invités à écouter le « concert » donné par David Lynch et Patti Smith en 2011, toujours ici. La musique et le texte sont du premier, que la voix grave de Patti Smith fait magnifiquement vibrer.

L’ensemble de l’installation, très cohérente, réunit l’Homme, le règne animal et le monde minéral dans une approche effrayée et violente de la vie. Au lyrisme des animaux menacés de Artavazd Pelechian fait écho le tragique de la femme violentée du poème de Lynch-Smith. C’est du grand art. Beau, très certainement. Mais, aujourd’hui, peut-être un peu trop contemporain, justement.

Ballade pour une boîte de verre
Diller Scofidio + Renfro, en collaboration avec David Lang et Jody Elff

Les Habitants
Une idée de Guillermo Kuitca
Avec Tarsila do Amaral, Francis Bacon, Vija Celmins, David Lynch, Artavazd Pelechian et Patti Smith

Fondation Cartier pour l’art contemporain

261, boulevard Raspail – 75014 Paris

Ouvert du mardi au dimanche de 11h à 20h, nocturne le mardi jusqu’à 22h
Entrée : 10,50 euros, tarif réduit : 7 euros

Jusqu’au 22 février 2015

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Les héritiers. Marie-Castille Mention-Schaar

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L’histoire – tirée de faits réels – se déroule au lycée Léon Blum de Créteil, dans une classe de seconde défavorisée. Jeunes issus de toutes nationalités (et de toutes confessions) et de familles parfois en grandes difficultés. Le niveau est faible, la majorité des élèves ne se fait aucune illusion sur leur avenir : l’école, ils n’y croient pas, la réussite pas davantage. Tout au plus, un vieux rêve de cinéma, ou encore une ou deux exceptions au premier rang qui s’accrochent dans un climat de foire généralisé. « Je vous fais davantage confiance que vous ne vous faites confiance vous-mêmes » leur dit leur professeur principal en début d’année.

Tout part de là, c’est-à-dire d’elle, Anne Angles. Prof d’histoire-géographie et d’histoire de l’art, interprétée par Ariane Ascaride avec une flamme extraordinaire, ce petit bout de femme de vingt ans d’expérience, bonne et autoritaire à la fois, va décider que tout n’est pas perdu pour ces jeunes livrés à l’abandon que leur origine sociale leur réserve.

Un projet ambitieux et difficile – participer au concours national de la Résistance et de la Déportation sur le thème « Les enfants et les adolescents dans le système concentrationnaire nazi » – voilà ce que Mme Angles met devant leurs yeux. Ici et maintenant : s’informer, réfléchir, construire. Ils ont tout à apprendre. Le fond (« Vous avez bien survolé la Seconde Guerre mondiale au collège », leur rappelle-t-elle, et cette phrase en dit beaucoup), car ils ignorent pratiquement tout de la Shoah. La méthode : lire et non pas simplement imprimer des pages Internet, penser, s’exprimer, travailler ensemble. Tout cela, ils vont le découvrir, aidés par leur professeur (et la discrète documentaliste du CDI), qui les amène au musée, leur apprend la discipline du travail, les encourage à créer et à construire par eux-mêmes, quitte à leur forcer la main quand il s’agit d’acquérir la notion de collectif.

Ce n’est facile pour personne. Les jeunes sont plutôt habitués à se disputer, les voix montent vite, les poings prompts à se dresser. L’institution est, elle, découragée depuis longtemps. Les professeurs n’en peuvent mais face à ces « sauvageons », le directeur ne veut surtout pas de vagues. On est toujours sur la corde raide.

Et puis à un moment du film, il se passe quelque chose de plus fort que tout le reste : un ancien détenu des camps, qui y a perdu sa famille vient témoigner devant la classe. Et la violence qu’il raconte, de sa voix douce et calme, une horreur vieille de soixante-dix ans que sa présence et sa parole rendent si vibrante, concrète, vient balayer la violence d’aujourd’hui. Les armes tombent, les larmes roulent (dans la salle de cinéma aussi, en abondance). Les jeunes ont compris, ils ont entendu et à leur tour ils vont pouvoir transmettre grâce à ce projet pédagogique, faire quelque chose de ce ce qu’ils ont reçu.

C’est magnifique. Il n’y a pas d’angélisme, ni de démonstration. Tant de choses sont montrées, pourtant, en finesse. Une courte scène dans laquelle on voit la violence subie par les filles de la part de leurs congénères masculins quand elles portent un petit décolleté. Une autre et l’on comprend en deux secondes pourquoi une jeune fille la ramène autant au lycée, alors qu’elle doit jouer à la maman de sa propre mère alcoolique le soir à la maison.

Le film délivre un formidable espoir – la classe a finalement remporté le concours et la majorité des élèves ont obtenu le baccalauréat avec mention – dans un tableau terriblement angoissant. C’est beau et triste à la fois. A voir absolument, pour aujourd’hui, et pour hier.

 

Les héritiers

Un film de Marie-Castille Mention-Schaar

avec Ariane Ascaride, Ahmed Dramé, Stéphane Bak…

Durée 1 h 45

Sorti en salles le 3 décembre 2014

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Magic in the Moonlight. Woody Allen

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1928. Introduction berlinoise : Wei Ling Soo, l’un des plus grands prestidigitateurs au monde, fait disparaître un éléphant devant un public médusé. Sortie de scène : derrière le grimage oriental se cache un Anglais beaucoup moins magique, Stanley Crawford. Irascible, cynique, grincheux, il n’a qu’un seul ami qui le supporte, et celui-ci vient le supplier de le suivre sur la Côte d’Azur pour démasquer une prétendue voyante, espèce que Stanley tient pour la plus vile qui soit. On quitte donc fissa l’ambiance nocturne de l’Allemagne pour s’installer, et ne plus en bouger, sur la Riviera française.

Tout de suite, les lumières du directeur de la photographie Darius Khondji enchantent, écrin idéal à un cadre délicieusement suranné. Même le soleil du Midi n’est que douceur, à l’image des robes pastels ou ivoire, légères comme l’air, dans lesquelles ces dames font disparaître leurs courbes. Sophie, la jeune femme médium à confondre, est bien là et bien jolie, ses grands yeux verts en amande bordés d’adorables bibis fleuris. Le jeune héritier de la riche famille américaine qu’elle s’apprête à plumer flotte dans des pantalons de lin et des pulls à torsades immaculés, moins pour jouer au tennis qu’au ukulélé, accompagnant ainsi avec un ridicule achevé les ballades qu’il chante à la belle.

Le côté viril de l’affaire repose donc sur notre magicien international, dissimulé sous un nom d’emprunt pour mieux débusquer l’imposture de la jeune tourneuse de table : costumes trois pièces et casquette de tweed so british, mais aussi italienne décapotable pour mieux découvrir la côte azuréenne… Et pour réunir tout le monde : jazz à tous les étages, années folles à souhait.

Plantez dans ce terrain plein de charme (on a oublié de préciser que Stanley est interprété par un Colin Firth au mieux de sa forme) et de charmes les ingrédients du meilleur de Woody Allen, et vous n’aurez plus qu’à vous laisser enivrer par cet irrésistible bouquet romantique. Mais pas que ! Philosophique aussi ; et plein d’humour ! Rationalité et mysticisme, cynisme et naïveté, pessimisme et optimisme, science et prière, lucidité et transe… l’affrontement (puis la séduction of course) entre Stanley et Sophie sont l’occasion d’éplucher ces sujets sont trop y penser tellement tout cela est léger, et les situations et dialogues alléniens toujours aussi cocasses. Le scénario semble cousu de fil blanc, mais ce n’est pas grave car l’on s’amuse beaucoup, jusqu’à la révélation finale en forme de joli tour… la moindre des choses pour dénouer ce numéro d’illusion, mais le charme, lui, même une fois le secret éventé, continue d’opérer…

 

Magic in the Moonlight

Une comédie romantique de Woody Allen.

Avec Colin Firth, Emma Stone, Eileen Atkins,…

Durée 1 h 38

Sorti en salle le 22 octobre 2014

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Still the wather. Naomi Kawase

kawase_still_the_waterIl s’y passe peu de choses et en même temps l’essentiel. Son rythme est lent mais ne nous perd jamais. Ses dialogues sont parcimonieux et bouleversants. Et sa beauté est inégalable. Voici « Still the wather », revenu bredouille du dernier festival de Cannes sans que l’on comprenne pourquoi.

Sur une île du Japon, deux adolescents découvrent la vie, l’amour et la mort. Lui est taiseux, renfermé. Elle – jolie comme un coeur – est souriante et tournée vers les autres. La mère du premier, séparée de son mari resté à Tokyo, vit sa vie comme elle peut en collectionnant les amants. La mère de la seconde est sur le point de mourir. Tous deux s’aiment et, à quinze ans, essaient de comprendre ce qui leur arrive et ce qui arrive à ceux qu’ils aiment. L’amour entre parents et enfants – magnifiques séquences, entre le père et le fils lors d’une visite à Tokyo d’abord, entre le père de la jeune fille et le jeune homme plus tard -, la sexualité, la séparation, la transmission, la mort. Tous ces thèmes sont merveilleusement traités à travers le regard ingénu et profond des deux adolescents, mais aussi à travers les personnages des parents, du vieux pêcheur « Papi tortue » et des proches. La nature, dont la place est essentielle pour les habitants de cette île qui à la fois la vénèrent, la craignent et l’acceptent, est filmée avec une splendeur à couper le souffle. L’agonie de la mère, pleine de douceur et de sérénité malgré la tristesse, montre une société solidaire et confiante en ses valeurs et croyances.

On sort de ce film à regret, tant il exprime, dans une esthétique rare, calme et réflexion, mais aussi, malgré leurs accès de violence parfois, respect et amour de son prochain comme de la nature.

 

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Trois coeurs. Benoît Jacquot

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C’est l’histoire classique de « Il en aime deux. Et il ne sait pas laquelle choisir ». Présentée comme ça, ça ne fait pas très envie, parce qu’on la vue cent fois. Sauf que Benoît Jacquot amène ici le dilemme fort différemment.

Prenons le début ; il est réjouissant. Crépuscule – on retrouve souvent dans « Trois cœurs » la lumière nocturne qu’on avait tant aimé dans « Les adieux à la Reine », sauf qu’ici, rien n’a encore commencé qu’on est déjà plongé dans la pénombre, comme si Benoît Jacquot annonçait dès le début l’inévitable naufrage final. Crépuscule, donc. Gare de Valence. Marc, la bonne quarantaine (Benoît Poelvoorde, ni moche ni beau, l’homme ordinaire, quoi) loupe son train. Il est mi-en boule, mi-désespéré, accoudé devant une Vittel au dernier bar avant fermeture dirait-on dans cette ville de province où plus rien ne semble se passer 21h sonné.

Entre Sylvie (Charlotte Gainsbourg, pas coiffée, habillée comme un garçon – mais  chemisier transparent – Charlotte Gainsbourg donc), achète des cigarettes, sort. Marc est captivé, la suit, l’aborde. Coup de foudre réciproque – à peine montré – ils passent la nuit à parler en marchant dans les rues et au petit matin se donnent rendez-vous à Paris dans deux jours. Sylvie monte à Paris ; Marc n’y est pas. Il a eu un malaise cardiaque. Mais elle ne le sait pas. Elle rentre en pleurs à Valence, s’en va aux États-Unis et y reste des années.

Pendant ce temps, Marc rencontre Sophie (Chiara Mastroianni, lumineuse, évidemment) sans savoir qu’elle est la sœur de Sylvie. Ils se marient, ont un fils. Et coulent des jours heureux à Valence, tout comme la maman, interprétée par Catherine Deneuve (parfaite aussi).

Mais les deux sœurs sont fusionnelles et Sophie prie Sylvie de revenir. Bien loin de se douter de la catastrophe qui va immanquablement arriver, car Marc et Sylvie n’ont rien oublié de leur nuit passionnelle – et non consommée.

Le scénario est impeccable ; tout avance pas à pas. On est presque dans un polar, à se demander ce qui va se passer quand la « rencontre » aura lieu, rencontre que Jacquot prend délectation à faire attendre, presque cruellement. La mise en scène et la direction d’acteurs sont au cordeau. Visages en gros plans, regards furtifs mais éloquents, pas de bavardage. Tout est délicat jamais démontré, jamais appuyé. Passion amoureuse contre bonheur familial, un bonheur montré en plans d’ensemble comme pour désigner ce qui risque de disparaître. Mais c’est aussi passion amoureuse contre amour tout court, car Marc et Sylvie s’aiment sincèrement. Une histoire de destruction en somme ; terrible, douloureuse. Mais de ce drame dérageant Benoît Jacquot en fait un film superbe. C’est la magie du grand cinéma.

Trois coeurs

Un drame de Benoît Jacquot

Avec Benoît Poelvoorde, Charlotte Gainsbourg, Chiara Mastroianni, Catherine Deneuve

Durée 1 h 46

Sorti en salle le 17 septembre 2014

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Maestro. Léa Fazer

maestro

C’est le film le plus joli, sensible et intelligent vu depuis longtemps.

Henri, un jeune comédien en mal de rôle, tempérament sûr de lui et potache, toujours prêt à amuser la galerie et à flamber, se voit engagé par un grand réalisateur, Cédric Rovère, respecté et admiré pour le cinéma d’auteur auquel il est resté fidèle depuis le début de sa longue et belle carrière. A l’origine du scénario, une histoire vraie : celle du jeune Jocelyn Quivrin (aujourd’hui disparu) qui découvre Eric Rohmer en jouant dans ce qui sera en fait la dernière œuvre du cinéaste, Les amours d’Astrée et de Céladon, un film en costumes et quelque peu pastoral tiré du roman du XVIIème siècle d’Honoré Urfé. Film qu’on avait adoré soit dit en passant.

Maestro raconte ainsi la rencontre de deux personnages et à travers eux de deux mondes. L’un est jeune, inculte et croit que la culture ne sert à rien. L’autre est âgé, nourri de culture classique, amoureux de la langue, de la poésie, de la beauté d’un paysage ou d’un sentiment. L’un est bien l’enfant de son époque, l’autre semble être l’un des derniers survivants d’un temps révolu.

Plongé dans l’univers rohmérien, où il découvre des congénères fort différents de ceux qu’il fréquente d’habitude, recevant les conseils du vieux cinéaste, Henri va peu à peu évoluer, comprendre qu’une belle voiture n’est pas la seule manière de séduire une fille et que pour la beauté de l’art certains sont prêts à sacrifier leur confort, oublier leurs problèmes de fins de mois et à se passer de portable…

Superbe chemin initiatique conduit par la grâce de la transmission et conforté par l’exemple des pairs, le film – et c’est notamment ce qu’il a de merveilleux – ne ressemble pas à une « leçon ». Le regard porté sur le vieux cinéaste, mêlant admiration et recul dans un subtil équilibre, est d’une tendresse incroyable. Dans cette ode à la beauté, à la littérature et à la culture, il n’y a pas une once de prétention. D’un bout à l’autre, au fil d’une tout aussi tendre moquerie, l’humour nous fait aimer tous les personnages. Et à travers Cédric Rovère on découvre avec un ravissement absolu les émouvantes coulisses d’un tournage de Rohmer – où par exemple et comme de naturel, les lectures se font dans la crypte d’une chapelle médiévale… Dieu que tout cela est bien écrit, bien fait, bien joué. Et si beau.

Maestro

Un film de Léa Fazer

Avec Pio Marmai, Michael Lonsdale, Déborah François

Sorti en salles le 23 juillet 2014

Durée 1 h 25

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Du cinema plein les yeux a Toulouse

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La cinémathèque de Toulouse ne se contente pas de conserver 42 300 copies de films récupérés depuis 50 ans (et d’en donner à voir presque tous les jours de la semaine), elle possède aussi la plus belle collection française d’affiches de cinéma.

Parmi celles-ci les pièces uniques d’André Azaïs, peintre d’affiches de façade : nous avons oublié que jusqu’aux années 70, les cinémas attiraient les clients par de grands panneaux (ici 5 mètres sur 2 mètres), réalisés à la main aux dimensions de la façade disponible, pour la durée de programmation du film.

En 1977 à la fermeture de la salle toulousaine Le Royal, sont récupérées 184 affiches d’Azaîs, qui depuis les années 50 pouvait fournir ses œuvres à 6 cinémas de la ville, toutes les semaines ! Par on ne sait quelle bienheureuse négligence ces rouleaux de papier avaient été abandonnés au fond d’une pièce de ce cinéma voué à la démolition.

Des quelques 8 000 affiches qu’il a réalisées, vouées à la poubelle dès la fin de la programmation des films, nous pouvons en voir exposées 22, choisies parmi les 184.

L’Espace EDF Bazacle offre le volume nécessaire à l’accrochage, judicieusement effectué en hauteur, comme sur les murs des cinémas autrefois. Certes nous manquons quelque peu de recul pour nous retrouver en situation urbaine, mais nous frappent ces rouges et jaunes lumineux des titres, le graphisme souvent adapté au genre cinématographique, ces portraits d’acteurs et d’actrices, pas toujours très fidèles, mais qui restent si intimement liés au souvenir des films, de Rio Bravo à Peau d’âne, de 2001 Odyssée de l’Espace aux Sept Mercenaires

Cette exposition est l’occasion de se pencher sur ce travail spécifique du peintre : à partir des éléments fournis par les exploitants des salles (matériel publicitaire classique des press-books) il élabore une sorte de maquette qu’il projette à l’aide d’une lanterne magique sur de grands panneaux de papier plaqués contre un mur. Il lui reste à suivre au fusain les lignes agrandies et passer ensuite à la colorisation.

Des photos anciennes nous mettent dans l’ambiance du cinéma urbain d’il y a 40 ou 50 ans : les diverses formes publicitaires utilisées par les exploitants (façades de cinéma dans d’autres villes, palissades, espaces publicitaires). Et nous pouvons, sur un écran et installés comme au cinéma, apprécier le défilé des 184 affiches sauvées miraculeusement par ces fous de ciné qui ont créé la Cinémathèque de Toulouse.

Par Andreossi

Du cinéma plein les yeux

Exposition d’affiches de façade peintes par André Azaïs

Espace EDF Bazacle, 11, quai Saint-Pierre – 31000 Toulouse

Ouvert du mardi au dimanche de 11 h à 18 h

Entrée libre

Jusqu’au 27 avril 2014

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Le Monde enchanté de Jacques Demy

Exposition Jacques Demy, Cinémathèque française

Des photos, des lettres, des plans de tournage, des carnets, des peintures, des dessins, des extraits d’interview et de films bien sûr… C’est tout cela à la fois qui recréé le monde en chanté de Jacques Demy, le célèbre réalisateur disparu en 1990 mais dont les plus grands succès remontent aux années 1960.
L’exposition enfin organisée à la Cinémathèque – un vieux projet déjà envisagé du temps de Claude Berri – a nécessité deux ans de préparation, pour un résultat qui tient toutes ses promesses.

L’on y pénètre par le passage Pommeraye reconstitué, décor de l’enfance de Jacques Demy, pour suivre un parcours chronologique : les débuts à Nantes où la passion du cinéma est tôt venue au petit Jacquot, avec les courts métrages, puis Lola en 1961.
Après le détour niçois du magnifique Baie des Anges, voici le succès des Parapluies des Cherbourg. La palme d’or est là, sous vitrine, tout près d’un télégramme de félicitations de François Truffaut. Les fameux papiers peints, créés spécialement pour le film, sont tendus sur les murs avec des photos du film pour les restituer dans leur contexte.
Puis viennent Les Demoiselles de Rochefort, avec de superbes photos en couleur mais aussi la reconstitution de la galerie d’art de Lancien.
Ensuite c’est la période californienne, avec Model Shop et notamment une interview d’Harrison Ford.
Peau d’âne réserve la partie la plus matérielle de l’exposition : la peau de l’âne authentique a été retrouvée et les robes couleur de Jour, de Lune et de Temps ont été recréées.
Les sections consacrées aux films suivants, qui ont eu moins de succès, sont un peu plus réduites, mais l’on retrouve avec plaisir les univers forts différents d‘Une chambre en ville,ou encore de Trois places pour le 26 (certaines des robes portées par Mathilda May sont là aussi).

Après en avoir savouré des extraits tout au long de l’exposition, on en ressort avec l’envie de revoir tous les films de Jacques Demy, y compris ceux que l’on connaît le moins. On en ressort aussi enrichi des inspirations du cinéaste. Par exemple, en introduction à Peau d’âne, des gravures de Gustave Doré rappellent le goût pour le XIXè de Demy. Des œuvres inattendues pour évoquer un film haut en couleurs, mais somme toute très cohérentes avec sa veine fantastique.

Le Monde enchanté de Jacques Demy
Cinémathèque française
51 rue de Bercy – Paris XIIème
Lundi, mercredi à vendredi 12h-19h
Week-end, jours fériés et vacances (27 avril au 12 mai et 3 juillet au 4 août) : 10h-20h
Nocturne le jeudi jusqu’à 22h
Fermeture le mardi et le 1er mai
Plein tarif : 10€, tarif réduit : 8€
Moins de 18 ans : 5€
Jusqu’au 4 août 2013

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