Antigone. Henry Bauchau

Antigone, BauchauDepuis la mise en place de l’histoire et des personnages par Sophocle, on a connu beaucoup de versions d’Antigone. Elles ont été essentiellement été écrites pour le théâtre. Et voilà qu’un auteur, peu connu jusqu’alors malgré ses romans, ses recueils de poèmes, ses pièces de théâtre (et même sa biographie de Mao Zedong !), publie il y a dix ans un Antigone roman.

Certes, nous avons bien un roman, écrit à la première personne, qui déploie une partie des péripéties de la vie de la fille d’Œdipe, au moment où elle reprend le chemin vers Thèbes. Mais l’écriture, la magie de l’évocation en font un texte où la poésie nous emporte directement dans l’univers des mythes grecs. C’est à dire aux racines de notre culture.

Antigone met toute son ardeur à empêcher la guerre entre ses deux frères tant aimés, Polynice et Etéocle. Elle ne manque pas de moyens, qui constituent les références au merveilleux que l’on peut attendre du royaume des mythes : elle sait bander un arc comme nul autre ; elle sculpte admirablement le portrait de Jocaste, leur mère, pour tenter de dissuader ses frères de se battre. Mais surtout elle a le don d’émettre un cri qui bouleverse tellement ceux qui l’entendent qu’elle peut en obtenir beaucoup.

Henry Bauchau a principalement orienté sa thématique sur la question des genres masculin et féminin, et les portraits de femmes (car Ismène, la sœur, tient une grande place) sont superbes d’intelligence et de sentiment. Antigone est une révoltée, qui veut dépasser les attributs de la condition de la femme grecque pour amadouer la virilité exacerbée de ses frères :

« Quand il annonce que le corps de Polynice doit pourrir sans sépulture, je ne puis plus contenir mon cri. L’indignation, la colère s’échappent de mon corps et vont frapper de front le mufle de la ville avec l’énorme fardeau de douleur, de bêtise et d’iniquité qu’elle fait peser sur moi et sur toutes les femmes. Oui, moi Antigone, la mendiante du roi aveugle, je me découvre rebelle à ma patrie, définitivement rebelle à Thèbes, à sa loi virile, à ses guerres imbéciles et à son culte orgueilleux de la mort » (p. 289).

Un beau plaisir de lecture.

Antigone. Henry Bauchau
Actes Sud, 21 €, 368 p.
Egalement en poche, Babel, 8,50 €, 354 p.

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2 réflexions au sujet de « Antigone. Henry Bauchau »

  1. Comparée à celle de Jean Anopuilh, l’Antigone d’Henry Bauchau a gagné en incarnation et en épaisseur. De même, Ismène, Etéocle et Polynice, et ces deux là, surtout. Mais c’est Créon qui me déçoit. Il était si riche, Créon, chez Anouilh !, et il est si pauvre et inexistant, sous la plume de Bauchau.

  2. Oui Aldor, Créon n’apparaît chez Bauchau que comme image du pouvoir. Peut-être qu’on peut lire dans cet intérêt majeur pour les quatre membres de la fratrie la trace du métier de psychanalyste de l’auteur.

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