Trois jours chez ma mère. François Weyergans

La lecture du Goncourt 2005 achevée, la question douloureuse est posée : mais quel est le sens de ce récit divagant, qui apparaît finalement comme le livre d’un auteur en mal d’inspiration, qui noircirait des pages parce que l’échéance du contrat signé avec l’éditeur approche à grand pas ?

L’hypothèse est suggérée à maintes reprises par François Weyergans lui-même. C’est bien le portrait d’un écrivain atteint de procrastination sévère auquel nous sommes soumis. François Weyergraf, héros de l’aventure, a en effet le projet d’écrire le roman « Trois jours chez ma mère ». Ce n’est pas sa seule ambition d’écriture d’ailleurs : « Et si j’écrivais en vitesse ce livre sur les volcans ? Il y a des choses qu’il faut faire très vite. Je pourrais m’y mettre tout de suite et le finir avant Noël ». Mais aussi : « Et mon livre sur les chaises ? J’y pense depuis le jour où Delphine, qui n’entendait aucun bruit en provenance de ma pièce, vint frapper à la porte et, comme je ne répondais pas, elle s’affola et ouvrit, pour découvrir l’homme qu’elle aime assis et dormant d’un sommeil de plomb ».

Comme un autre projet s’intitule « Coucheries », le récit est ponctué de rencontres sexuelles de cet écrivain qui a au moins du succès auprès des femmes. Miracle, il arrive à produire trois chapitres de « Trois jours chez ma mère » qu’il nous soumet. Il met en scène le romancier François Weyerstein : « Il en fait un écrivain comme lui. ‘Trois jours chez ma mère ‘ racontera les aventures et les mésaventures de ce Weyerstein qui, très désemparé le jour de ses cinquante ans, annule tous ses rendez-vous et décide d’aller passer quelques jours chez sa mère pour souffler un peu et faire le point ».

Si l’on en juge de ce qui nous en est donné dans ces trois chapitres, les aventures de Weyerstein ne semblent pas avoir davantage d’intérêt que celles de Weyergraf, et la mise en abyme de Weyergans présente autant de surprises que le démontage de poupées gigognes, en moins amusant toutefois.

Andreossi

Trois jours chez ma mère. François Weyergans

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Dans la main de l’ange, Dominique Fernandez.

C’est une autobiographie imaginaire qui a été primée par le jury Goncourt en 1982. Dominique Fernandez fait écrire un certain Pier Paolo P, pourtant assassiné à Rome quelques années avant, et c’est bien les conditions de cette mort qui ont suscité ce gros roman, que l’on lit avec un double intérêt, celui qui croise l’histoire de l’Italie et celle d’un homosexuel des années 40 à 70.

Le nom de Pasolini n’est jamais énoncé, et ses œuvres, aussi bien écrites que cinématographiques, sont à peine évoquées, mais l’auteur s’est appuyé sur les éléments les plus publiquement connus du cinéaste pour dresser un autoportrait certes inventé, mais qui présente au final une certaine cohérence.

Car P.P.P. était certainement une personnalité complexe, qui n’a pas toujours été comprise de son vivant, en particulier sur le plan de ses idées politiques : il s’est ainsi opposé à la légalisation de l’avortement dans son pays, tout en soutenant l’extrême gauche. Il a eu aussi très souvent des démêlées avec la justice, parfois pour des affaires de garçons, mais aussi à propos d’histoires étranges, comme celle d’une agression dans une station-service. Le point fixe d’une vie troublée reste la mère : « Quant à ma mère, elle ne fut jamais pour moi que maman. Ce mot qui s’enroule sur lui-même, avec la douce volute de sa consonne labiale répétée du bout des lèvres, me tendait l’image d’un cocon, d’un refuge, d’un nid ».

Sa vie sexuelle supposée est le fil conducteur du roman, et elle est très dépendante des normes sociales de l’Italie catholique. Nous assistons à l’évolution de la pensée d’un homme qui passe d’une société où la norme hétérosexuelle est très prégnante à une société plus permissive mais qu’il a du mal à suivre, comme on le voit à propos des plus jeunes qui revendiquent leur choix sexuel : « Ce qui ne dépend pas plus de ma volonté que la couleur de mes cheveux ou la forme de mon nez deviendrait une cause à défendre ? ».

Dominique Fernandez suppose des pratiques sexuelles définies très tôt chez son personnage : la passion pour des jeunes garçons bruns, des rencontres toujours à l’extérieur, particulièrement dans des terrains vagues : « L’amour restait pour moi quelque chose qu’il fallait faire à part, dans l’ordure de la zone, incognito, en dépouillant ma double condition de fils et d’intellectuel ». De quoi amener le lecteur à l’issue fatale, cet assassinat en fait jamais réellement expliqué pour Pasolini, mais logique pour Pier Paolo P. : « J’avais remis ma vie entre les mains les plus indignes de la recevoir, rétabli entre Pierre et Paul l’équilibre d’une fin ignominieuse, servi de jouet sanglant à l’ardeur homicide d’un imberbe, expié autant mes fautes que celles de l’humanité ».

Andreossi

Dans la main de l’ange, Dominique Fernandez.

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L’exposition coloniale, Erik Orsenna.

Faut-il être passionné par l’histoire de l’industrie du caoutchouc pour prendre plaisir à la lecture du Goncourt 1988 ? Peut-être. En tout cas, si ce n’est pas le cas, il est bien difficile de suivre avec intérêt les péripéties de la vie de Gabriel Orsenna, né dans les années 80 du 19ème siècle et que nous accompagnons jusqu’aux années 50 du 20ème.

La thématique permet à notre héros de connaître le Brésil, région d’origine de l’hévéa, puis Clermont-Ferrand, capitale du pneumatique, et divers lieux de compétition automobile ou cycliste dans lesquels doivent être mises à l’épreuve les innovations technologiques caoutchouteuses.

La vie intime de Gabriel est placée, on ne s’en étonnera pas, sous le signe du rebondissement : son père rebondit de femme en femme, tandis que lui-même n’hésite pas entre Clara et Ann, les deux sœurs avec lesquelles il partage sa vie au gré de leurs intermittentes rencontres.

Ce très long roman semble fait de fiches de préparation de concours aux Grandes Ecoles, à condition toutefois que ces derniers concernent la petite histoire: par exemple celle de la course cycliste « circuit des champs de bataille » de 1919, ou celle de Freud vivant lui aussi entre deux sœurs, ou celle de l’opposition surréaliste à l’exposition coloniale de 1931, ou encore sur les Six Jours du Vel d’hiv à Paris, sur les soins du corps féminin dans les années 20… Nous sommes saturés d’informations dont nous ne savons que faire.

Si nous lisons « il faut faire de sa vie une exposition universelle », nous nous demandons si nous avons ici exposée la bonne méthode. Le statut du texte est lui-même déroutant : la plus grande partie est écrite à la troisième personne, mais Gabriel intervient fréquemment en tant que « je ». De plus, on croit comprendre qu’il s’agit d’un manuscrit lu par les deux sœurs, puisqu’il leur arrive de laisser des notes en bas de page, ou même, bien curieusement, d’intervenir au sein du texte.

Mais c’est sans doute la plasticité des personnages qui nous empêche d’adhérer vraiment au roman, car ils n’ont pas assez de solidité, de force, pour tenir la distance des près de 700 pages. Le style lui-même, léger, sous le mode dominant de la plaisanterie, n’aide pas à s’arrêter vraiment sur une histoire qui reste caoutchouteuse de bout en bout.

Andreossi

L’exposition coloniale, Erik Orsenna

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Les égarés. Frédérick Tristan

Le prix Goncourt 1983
Le prix Goncourt 1983

Et voici, pour passer un bel été, le 19ème épisode du feuilleton des prix Goncourt revisités par Andreossi. Une bonne idée de lecture, ça tombe bien pour profiter des vacances, pour les faire arriver plus vite… ou pour s’en remettre ! Bonne lecture à tous !

Mag

En cette année 1983 le jury du prix Goncourt a eu la main très heureuse : Les égarés est un roman aux lectures multiples, dont l’intérêt tient à la fois au style posé du narrateur qui retrace les événements qu’il a vécus pour les comprendre, et paradoxalement aux nombreux codes du roman feuilleton du XIXe siècle, tels que l’enfant abandonné au tourniquet, le mystère de la naissance, la mère frappée de folie à la suite d’un choc émotionnel, l’enlèvement d’enfant, les sociétés secrètes, et ces rencontres de hasard suffisamment invraisemblables pour nous convaincre.

Un écrivain anglais, plutôt conservateur rencontre Jonathan Varlet, jeune séducteur que rien n’arrête dans sa recherche d’identité. Ils parviennent à un accord sur lequel ils ne reviendront jamais : l’écrivain écrit dans la discrétion et Varlet prend sa place dans le monde, avec la célébrité, les honneurs et même le Nobel de littérature. Cette disposition permet le renvoi constant des échos de la vie de l’un dans la vie de l’autre. La trajectoire aventureuse de l’un trouve résonance dans l’œuvre de l’autre.

La recherche de Varlet sur ses origines se mêle à la situation politique de l’époque du récit : les années 1933 à 1937 qui voient la montée du nazisme en Allemagne, et le début de la guerre civile en Espagne. L’Europe paraît comme égarée, et la plupart de ses dirigeants comme incapables de voir vers quelles catastrophes ils approchent. L’écrivain cherche à comprendre ce monde dans lequel il vit : « Il me semblait être tombé dans un monde éclaté où des myriades de fragments couraient en tous sens, comme si une armée de fourmis s’était saisie des pièces d’un puzzle et s’était mise à grouiller de telle façon que nul, jamais plus, ne parviendrait à recomposer l’image primitive définitivement dispersée ».

Varlet paie cher sa lutte pour réveiller les consciences sur les persécutions que vivent les Juifs, et tente de trouver aux côtés des Républicains espagnols de quoi racheter les fautes de ce monde aveugle, tandis que Cyril l’écrivain, par le biais de récits qui plongent avec toute son érudition dans l’histoire, poursuit sa réflexion sur la littérature : « Le livre est ce jardin où l’on apprend à bien comprendre et à bien aimer. C’est un extérieur qui vous révèle notre intérieur. Lire ce n’est jamais sortir de soi. C’est y pénétrer ».

Le charme de la lecture de ce roman doit beaucoup au style conventionnel des œuvres de littérature plutôt populaire, dans lesquelles, au-delà des escaliers dérobés qui conduisent à une chambre secrète, de la découverte de lettres révélatrices enfouies dans un vieux carton, c’est toute une façon de raconter qui séduit : « Les événements dont je vais vous entretenir, mon cher Cyril, me furent révélés par fragments et je ne compris pas toujours quelle était leur signification. Il me fallut souvent attendre que l’on dévoilât à mes yeux un autre jour de mon passé pour que s’éclaire tel épisode dont je n’avais saisi que l’apparence ».

Andreossi

Frédérick Tristan, Les égarés, 1983.

 

 

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Amedeo Modigliani. L’œil intérieur

modigliani_femme_assise_robe_bleueNotre ami Jean-Yves s’est rendu au LaM dans le Nord pour visiter la rétrospective consacrée à Modigliani… Ce qu’il en dit nous fait pâlir d’envie ! Merci Jean-Yves de partager ainsi ce magnifique moment de peinture !

Mag

Le LaM à Villeneuve d’Ascq, qui détient une collection exceptionnelle de peintures, sculptures et dessins de Modigliani propose une très belle traversée de l’œuvre de l’artiste, né en Italie en 1884 et arrivé à Paris en 1906.

modigliani_lamCette présentation est construite en trois parties, à la fois thématiques et chronologiques. La première s’attache à démontrer la diversité des sources d’inspiration de Modigliani : il est fou d’art égyptien qu’il consulte régulièrement au Louvre, mais sa sensibilité s’imprègne aussi des références khmères, cycladiques et africaines. S’essayant à la sculpture malgré un manque de formation dans cette discipline, il s’entoure des conseils de Brancusi qu’il a rencontré à Montparnasse, mais il doit abandonner cet art pour des raisons de santé et financières (il ne parvient pas à trouver de mécène). De cette époque, on admire une très belle « Tête de femme », la seule sculpture en marbre de l’artiste, mais aussi des dessins et une superbe « Cariatide » sur fond bleu, dessinée au crayon et lavis d’encre.

tete_rouge_amedeo_modiglianiLa deuxième partie met en évidence l’importance du portrait d’artiste dans sa production. Dès 1915-1916, Modigliani cherche à définir son style, immédiatement reconnaissable : figures de forme ovoïde, yeux le plus souvent sans pupilles et de hauteurs distinctes, nez aux arrêtes tranchées, cous en pur cylindre, fonds minimaux et abstraits… Côtoyant les peintres de la future Ecole de Paris (Moïse Kisling, Chaïm Soutine, Pinchus Kremègne), Modigliani dresse leur portrait dans des tableaux et croque aussi (au crayon ou au graphite) Max Jacob, Pablo Picasso (qui le sous-estimait) et Jean Cocteau qui, n’aimant pas la représentation faite de lui par le peintre italien, s’en séparera rapidement. Toutes ces œuvres sont intéressantes, mais on se permettra une préférence pour la « Tête rouge » qui synthétise à la fois l’art africain, le cubisme, le fauvisme et l’art de Cézanne. L’exposition ne manque pas de rappeler que ce dernier est la référence absolue de Modigliani.

modigliani_jeune_filleLa fin de l’exposition est consacrée aux dernières années de l’artiste. Soutenu par le marchand d’art Léopold Zborowski, dont il dressera deux beaux portraits, accrochés aux murs du musée, Modigliani parvient à une peinture plus sereine. Les couleurs s’éclaircissent, la ligne des corps s’arrondit et devient plus voluptueuse, comme en témoigne le « Nu assis à la chemise », dont le dessin raffiné et la touche délicate restituent toute la fragilité de la femme. La présentation de ses nus lors d’une exposition de décembre 1917 fera scandale. Mais la préoccupation première du peintre reste le visage. Modigliani continue à représenter ses amis artistes et ses proches, mais il donne aussi une place plus importante aux anonymes. Il ne peindra des paysages (qui demeureront rares dans sa production) qu’à partir de 1918, lors d’un séjour dans le sud de la France organisé par Zborowski.

modigliani_nuL’exposition rend également hommage à Roger Dutilleul que Modigliani rencontre en 1919 et qui deviendra un collectionneur assidu du peintre (il achète et échange 35 peintures et 26 dessins) et ne cessera de défendre son œuvre bien au-delà de la mort de l’artiste en 1920. La donation par son neveu Jean Masurel de quatorze pièces de la collection est à l’origine de la création du LaM, qui a donc toute légitimité pour monter cette rétrospective, la première d’importance depuis celle organisée au Musée du Luxembourg en 2002. Au-delà de la qualité des pièces présentées, l’exposition est passionnante par son côté didactique qui permet de suivre l’évolution du parcours de l’artiste au travers de ses influences, de ses rencontres…

La visite donne aussi l’occasion de s’attarder dans les collections permanentes du musée, riches de quelques tableaux cubistes de Picasso et de Braque, d’œuvres de Fernand Léger, de Miro, de Jenkins, et de pièces représentatives de l’abstraction lyrique : Manessier, Poliakoff, Staël, Estève, Ubac…

Amedeo Modigliani. L’œil intérieur

LaM

1, allée du Musée – Villeneuve d’Ascq (59)

Jusqu’au 5 juin 2016

Jean-Yves

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Léon Morin, prêtre. Béatrix Beck

leon_morin_beatrix_beckRevisite des prix Goncourt : voici la 16ème étape. Andreossi a pris goût à se balader ainsi dans la littérature couronnée en son temps par l’institution. Et il y trouve de tout, y compris du très bon ! Bonne lecture !

Mag

Le roman couronné par le Goncourt 1952 nous fait vivre sous l’occupation italienne puis allemande dans un village du midi de la France. La Résistance y est contée sans pathos, incluse dans une vie quotidienne où collaborateurs et résistants se fréquentent en voisins de toujours. La narratrice est une jeune veuve, employée, vivant seule avec sa fille, comme Béatrix Beck à l’époque. Elle est jeune et très seule : « L’esprit était aussi tourmenté que le corps. J’avais beau me dire qu’elles n’avaient pas de sens, qu’elles étaient infécondes, les questions métaphysiques de mon adolescence ne se posaient pas moins pour moi à nouveau, lancinantes ».

Elle voit une porte de sortie à ses interrogations (et à ses désirs ?) : la provocation envers les curés, fortement présents dans un village où l’accusation d’être juif menace tellement tout le monde que les parents s’empressent de faire baptiser leurs enfants. Barny elle-même porte le nom juif de son mari. Elle se décide à entrer au confessionnal et sa première phrase « La religion est l’opium du peuple », jetée à l’oreille du prêtre, l’entraîne dans une relation passionnée, car Léon ne réagit pas comme elle l’attendait : « Pas exactement répondit Morin du ton le plus naturel comme si nous continuions une conversation déjà commencée. Ce sont les bourgeois qui ont fait de la religion l’opium du peuple. Ils l’ont dénaturée à leur profit ».

A partir de là les rencontres se multiplient entre ces deux jeunes gens, et leurs discussions se déroulent sur le mode de la joute verbale. Aucun des deux n’a sa langue dans la poche, et les dialogues sont éminemment savoureux : « Il vous manque un mari continua-t-il. –Tant pis ! répliquai-je. Je me fais l’amour avec un bout de bois ».

Car les corps, s’ils se défendent de toute approche mal venue entre une jeune femme et son confesseur, parlent tout de même, et le lecteur est amené à penser tout au long du roman : laquelle, lequel, va craquer ? En fait la surprise vient de Barny : « Voilà, je suis flambée. –Vous êtes flambée ?-Oui, je me convertis. Je suis à vos ordres. Morin parut consterné. Il demanda avec sollicitude : -Qu’est-ce qui vous est arrivé ? –Rien, je vais devenir, ou redevenir, catholique. –Pourquoi ? –Je suis acculée, je me rends. –Vous êtes peut-être un peu trop fatiguée, ou sous-alimentée ces temps-ci ».

Les conversations sur la religion continuent de plus belle après la conversion, tandis que les jeunes femmes papillonnent autour du prêtre. Léon cultive la résistance dans les divers sens du terme, alors que le monde de Barny se divinise : « Le tampon encreur, le timbre dateur, l’agrafeuse, le balai, le fer à repasser, le couteau de cuisine devinrent des objets saints, compagnons et auxiliaires de ma rédemption ».

C’est par la qualité des dialogues que ce roman nous emporte. Les phrases sont courtes, le ton très agréable à entendre, avec l’autodérision suffisante pour alléger les chicanes religieuses. Béatrix Beck a été aussi une nouvelliste de talent, faisant preuve d’une fantaisie décelable dans Léon Morin, prêtre, malgré la rudesse de l’époque décrite et la gravité des propos échangés.

Léon Morin, prêtre de Béatrix Beck (Folio)

Prix Goncourt 1952

Andreossi

 

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Septièmes ImageSingulières à Sète

imagessingulieres_curtisNous avons déjà parlé ici de ce festival de photographie documentaire aussi attachant que passionnant, qui se déroule chaque année dans la belle ville de Sète. C’était il y a quatre ans. Désormais, ces rendez-vous photographiques en sont à leur 7ème édition : elle permet de vérifier que la mobilisation ne faiblit décidément pas.

On retrouve les attraits désormais bien connus d’ImageSinguières : la gratuité de toutes les manifestations, regroupant une quinzaine d’expositions, projections et rencontres (seul le programme est, pour la première fois, devenu payant – 1 euro !) ; la diversité (et bien souvent l’originalité) des lieux d’exposition (du Centre régional d’art contemporain au Boulodrome, en passant par la gare SNCF) ; la richesse et la qualité des sélections bien sûr ; le travail d’un photographe invité enfin.

imagesingulieres_bieke_depoorterCette année, l’artiste invitée à résidence est la Belge Bieke Depoorter, pensionnaire de l’agence Magnum âgée de moins de trente ans. On découvre ses vues de Sète dans la toujours aussi chouette chapelle du Quartier Haut. En fait, en première approche, Sète ne se voit pas du tout ! Et pour cause, Bieke Depoorter ne s’intéresse qu’aux intérieurs nuit… Il n’empêche : c’est superbe. Les personnes photographiées dans leur univers ne posent pas – ou alors avec un naturel fou – et il s’en dégage une sensibilité extraordinaire. Gens simples au sens social, mais dont l’intérieur est déjà un monde : un piano faiblement éclairé sur lequel une très vieille femme se courbe pour jouer, une femme sans son bain comme dans un refuge, un vieil homme en chemise de nuit écossaise et chaussettes, très soigné, dans son salon chargé d’étoffes et de tableaux… Soudain, l’endroit où ils vivent semble les définir autant que leurs visages (que l’on ne voit pas toujours, du reste) : ce sont deux intériorités qui se rejoignent et, à travers elles, c’est bien une certaine image de Sète que l’on croit percevoir.

imagesingulieres_brezillonSi aux Chais des Moulins est présentée une exposition collective de photographes chiliens du Festival de Valparaiso, avec lequel ImageSingulières initie un partenariat, la Maison de l’Image documentaire fait place à l’Amérique du Nord : à l’étage, des portraits de Stéphane Lavoué (1) réalisés dans le Vermont succèdent à deux très émouvants ensembles de photographies d’Indiens. D’un côté, celles d’Edward Curtis, vieilles d’un siècle, somptueuses (quel dommage de les avoir accrochées dans l’escalier !), d’un autre celles, contemporaines, de Jérôme Brézillon, prises dans la réserve de Pine Ridge (Dakota) : en couleurs, dépourvues de l’esthétique des premières, elles ne permettent aucune prise de distance au spectateur et en sont d’autant plus déchirantes.

 

ImageSingulières

A Sète dans l’Hérault (34)

Jusqu’au 31 mai 2015

(1) L’exposition de Stéphane Lavoué sera visible LEICA STORE, 105-109 rue du Faubourg Saint Honoré – Paris 8° du 18 juin au 30 septembre 2015

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Les 21e Rencontres Cinémas d'Amérique latine à Toulouse

Rencontres des cinemas d'Amerique latine de Toulouse 2009Les Rencontres des Cinémas d’Amérique latine ont démarré ce vendredi jour du printemps et se déroulent jusqu’au dimanche 29 mars à Toulouse.

Conformément à une tradition désormais bien établie, elles seront l’occasion de distinguer les films les plus marquants de la production cinématographique contemporaine venue d’Amérique latine, avec :

– le Grand Prix Coup de cœur et le Prix du Public Intramuros (sept longs métrages inédits en France),
– le Prix Découverte de la Critique Française de Cinéma et ceux des Cheminots Cinéphiles (six premiers films inédits en France),
– le Prix de la FIPRESCI (premiers films),
– le Prix Signis, qui récompensera l’un des sept documentaires en compétition,
– les prix Courtoujours du CROUS et Signis des meilleurs courts-métrages.

Egalement au programme de ces 21e Rencontres :
Otra mirada / Autre regard : un zoom sur des longs-métrages repérés pour leur traitement formel original
– Un panorama de la production récente, présentée pour la première fois à Toulouse
– Une rétrospective sur le documentaire chilien post-dictature
– Un hommage aux cinquante ans de cinéma cubain, lancé grâce à la naissance de l’Institut Cubain de l’Art et de l’Industrie en mars 1959
– Un retour sur le Jeune cinéma argentin, vague novatrice apparue il y a une dizaine d’années
– Des sélections spéciales pour le jeune public
– Les rendez-vous des professionnels : Cinémas en Construction pour aider des films en post-production, Cinéma en Développement, plateforme de projets et Cinéma sans Frontière, nouvelle initiative pour promouvoir la diffusion des œuvres, soutenue par l’Union Européenne et qui permettra à une trentaine de professionnels d’Europe et d’Amérique latine de se réunir et d’échanger.

Et bien sûr, cette très sympathique manifestation fait la part belle aux rencontres – à la librairie Ombres Blanches notamment -, aux débats, aux concerts, sans oublier le tango avec projection de films, démonstration et… initiation.

Toutes les infos sur
le site de l’Association Rencontres Cinémas d’Amérique Latine de Toulouse
Et aussi :
Peliculas, le journal sur Mediapart
Le blog sur arte.tv

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Les plages d'Agnès. Agnès Varda

Les plages d'Agnès, Agnès VardaCe film ne ressemble à aucun autre. Autobiographie. Mémoires.
Pour tracer les grandes lignes de sa vie, Agnès Varda s’est emparé de ce qui constitue sa plume depuis plus de cinquante ans : la caméra. Pour y placer son sujet devant : elle. Osé.
Le fil est chronologique. Il commence donc par les plages de son enfance, celles de la mer du Nord, dont les noms l’enchantent encore aujourd’hui. Dans une scène d’ouverture magnifique – installation de miroirs anciens sur le sable, alors que le vent agite son écharpe colorée – Agnès Varda plante quelques photos et donne le ton : calme, enjoué, clair. Drôle de projet, confit-elle. "Pas de nostalgie". Ce qui n’empêche pas la passion pour les photographies, même celles de familles inconnues trouvées dans les brocantes.

En 1940, la guerre pousse sa famille de Belgique jusqu’à Sète. Là, pendant quatre ans, les cinq enfants et leur mère vivront à bord d’une péniche, à la Pointe-Courte.
Avec des comédiens d’aujourd’hui et en couleurs, Agnès recrée les scènes, retrouve les blouses et les chants de ses souvenirs, réincarne son passé.
Juste avant la Libération, les Varda "montent" à Paris ("comme si la France était verticale !" souligne joliment la cinéaste) ; pour Agnès, c’est l’école du Louvre, lecture sur les quais et débuts dans la photographie pour le théâtre.

Et puis le cinéma vient vite, alors qu’elle n’a encore vu que neuf ou dix films dans sa vie. Mais elle s’est "lancée" ; dit-elle si simplement. La Pointe-Courte, Cléo de 5 à 7, etc. Sa fille Rosalie ; ses amis artistes ; et puis Jacques Demy, et encore leur fils Mathieu…
Comment raconter cette vie si riche, faite de rencontres, de créations, de voyages ?
En mettant ensemble des bouts de tout cela, sans chercher à leur donner une cohérence. En accolant, comme les pièces d’un puzzle, les photos, les scènes reconstituées, les extraits de films, d’installations et d’expositions, pour donner à voir les lieux qui ont compté, les gens qu’elle a aimés, les oeuvres qu’elle a réalisées.

Le lien se fait comme par magie avec la voix d’Agnès, omniprésente, et son image d’aujourd’hui, celle d’une octogénaire pleine de sagesse et de malice. Ce tout disparate tient parfaitement debout, armuré par un savant montage, mais peut-être plus encore par la simplicité, le naturel et la fantaisie d’Agnès Varda, qui en ne cessant de parler d’elle nous renvoie à des questions qui pourraient être qu’est-ce qu’une vie ?, qu’est-ce qui lui donne une cohérence ?, "qu’est-ce qui "fait" une personne ? qu’est-ce qui lui donne son unité ? Sur les magnifiques plages d’Agnès se trouvent beaucoup de réponses.

Les plages d’Agnès
Un film documentaire d’Agnès Varda
Durée 1 h 50

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A Toulouse : Cinespaña 2008

Cinespana 2008Ce vendredi 3 octobre, Cinespaña redémarre pour une treizième édition de promotion du cinéma espagnol en France.

Six distinctions seront remises samedi 11 octobre au cours de la soirée de clôture, honorée de la présence du parrain du festival, Jorge Semprún :
– la Violette d’Or du Meilleur long métrage ;
– le Prix du Meilleur court métrage ;
– le Prix du Meilleurs Documentaire du jury Raíces ;
– le Prix Révélation descerné par le jury Etudiant ;
– le Coup de coeur des lecteurs de la Dépêche du Midi ;
– mais aussi le film préféré du public.

Cette année, un hommage est rendu au comédien (plus de deux cents rôles), réalisateur (trente films) et écrivain Fernando Fernán Gómez, tandis que la rétrospective est consacrée, en sa présence, au directeur de la photo lauréat de quatre Goyas, José Luis Alcaine. Chef opérateur de plus de cent films, il a notamment travaillé avec Pedro Aldomovar dans Attache-moi et Volver.
A noter aussi, le cycle scolaire mis en place avec l’Inspection Académique de Midi-Pyrénées qui présente une sélection de films aux collégiens et lycéens.
Enfin, la convivialité promet d’être comme toujours de la partie dans la cour de la Cinémathèque de Toulouse avec des rencontres-débats, apéro-concerts et autres rendez-vous au restaurant ou au bar à tapas.
Bon festival à tous !

Les lieux de Cinespaña
A Toulouse :
Cinémathèque – 69 Rue du Taur
Instituto Cervantes – 31 Rue des Châlets
Cinéma ABC au centre culturel Alban Minville 67 Allée de Bellefontaine
où l’ABC s’est transporté pour la durée de ses travaux de rénovation
Cinéma UGC – 9 allées Franklin Roosevelt
Ecole Supérieure d’Audiovisuel (ESAV) – 56 Rue du Taur
Casa de España – 85 avenue des Minimes
Cinéma Utopia – Rue Montardy
A Tournefeuille
Cinéma Utopia – Allées des Sports (31170)
Et pour tout savoir sur la programmation : Cinespaña 2008

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