L’exposition coloniale, Erik Orsenna.

Faut-il être passionné par l’histoire de l’industrie du caoutchouc pour prendre plaisir à la lecture du Goncourt 1988 ? Peut-être. En tout cas, si ce n’est pas le cas, il est bien difficile de suivre avec intérêt les péripéties de la vie de Gabriel Orsenna, né dans les années 80 du 19ème siècle et que nous accompagnons jusqu’aux années 50 du 20ème.

La thématique permet à notre héros de connaître le Brésil, région d’origine de l’hévéa, puis Clermont-Ferrand, capitale du pneumatique, et divers lieux de compétition automobile ou cycliste dans lesquels doivent être mises à l’épreuve les innovations technologiques caoutchouteuses.

La vie intime de Gabriel est placée, on ne s’en étonnera pas, sous le signe du rebondissement : son père rebondit de femme en femme, tandis que lui-même n’hésite pas entre Clara et Ann, les deux sœurs avec lesquelles il partage sa vie au gré de leurs intermittentes rencontres.

Ce très long roman semble fait de fiches de préparation de concours aux Grandes Ecoles, à condition toutefois que ces derniers concernent la petite histoire: par exemple celle de la course cycliste « circuit des champs de bataille » de 1919, ou celle de Freud vivant lui aussi entre deux sœurs, ou celle de l’opposition surréaliste à l’exposition coloniale de 1931, ou encore sur les Six Jours du Vel d’hiv à Paris, sur les soins du corps féminin dans les années 20… Nous sommes saturés d’informations dont nous ne savons que faire.

Si nous lisons « il faut faire de sa vie une exposition universelle », nous nous demandons si nous avons ici exposée la bonne méthode. Le statut du texte est lui-même déroutant : la plus grande partie est écrite à la troisième personne, mais Gabriel intervient fréquemment en tant que « je ». De plus, on croit comprendre qu’il s’agit d’un manuscrit lu par les deux sœurs, puisqu’il leur arrive de laisser des notes en bas de page, ou même, bien curieusement, d’intervenir au sein du texte.

Mais c’est sans doute la plasticité des personnages qui nous empêche d’adhérer vraiment au roman, car ils n’ont pas assez de solidité, de force, pour tenir la distance des près de 700 pages. Le style lui-même, léger, sous le mode dominant de la plaisanterie, n’aide pas à s’arrêter vraiment sur une histoire qui reste caoutchouteuse de bout en bout.

Andreossi

L’exposition coloniale, Erik Orsenna

Facebooktwittergoogle_plus

Kris Kristoffersson à La Cigale à Paris

Merci Jean-Yves de nous faire partager cette soirée unique !

A bientôt, Mag

Nous étions nombreux à nous presser le 25 juin à La Cigale pour assister au seul concert donné en France par Kris Kristoffersson à l’occasion de sa tournée européenne 2017. Si la plupart étaient venus pour entendre l’artiste auteur et interprète de quelques standards du rock et de la country, d’autres étaient présents pour saluer aussi l’acteur impeccable de films cultes comme « Les portes du Paradis », « Pat Garrett et Billy le Kid » ou encore « Le convoi ». Nous aimons à penser que, pour tous ces inconditionnels, cette soirée restera dans les mémoires.

A l’inverse du concert donné quelques jours plus tôt à Glastonbury (Angleterre) où Kris avait joué entouré de musiciens (dont Johnny Depp pour une brève apparition), la prestation parisienne, comme celles faites en Suède ou en Allemagne, il l’a assurée seul, s’accompagnant d’une guitare. D’emblée, le ton était donné : nous aurions droit à la succession de ses plus grands succès : « Help me make it through the night », l’emblématique « Me and Bobby Mc Gee » (avec un mot pour Janis Joplin), « Loving her was easier », « Jesus was a capricorn », le profond « Why me »…, alignés sans fioriture, comme dans une espèce d’urgence.

Bien sûr, l’âge de l’artiste (81 ans) fait que la voix, jadis si chaude, apparaît désormais moins bien posée. On a pardonné aussi quelques imprécisions dans les textes. L’essentiel n’était pas là. Dans cette prestation radicale à l’usage des « happy few », c’était la rencontre de cette « légende vivante » qui comptait. On aura aimé revoir l’un des quatre Highwaymen (désormais réduits à deux après les décès de Waylon Jennings et de Johnny Cash), et on aura pu constater qu’il conserve toute son aura, sa très grande classe, son humour. Un moment fort, que nous ne manquerons pas de revivre si Kris Kristofferson nous fait l’honneur d’une nouvelle visite.

Jean-Yves

Facebooktwittergoogle_plus

Tokyo – Paris au Musée de l’Orangerie

Pablo Picasso (1881-1973), Saltimbanque aux bras croisés, 1923, Tokyo, Bridgestone Museum of Art, Succession Picasso 2017

C’est grâce aux travaux de réfection du musée Bridgestone de Tokyo que l’on peut voir à Paris, unique étape occidentale de l’exposition, quelques uns des chefs d’œuvre de la fondation Ishibashi. Initiée à partir de la fin des années 1930 par Shojiro Ishibashi (1889-1976), industriel enrichi et ouvert sur l’Occident pendant l’ère Meiji, la collection continuée par ses fils et petit-fils compte aujourd’hui plus de 2 600 pièces.

Organisé en six sections, le parcours commence et finit par des œuvres orientales mais a pour corps essentiel des productions européennes impressionnistes, post impressionnistes et « modernes ».

On débute ainsi avec l’européanisation de l’art nippon au tournant du XX° siècle, occasion d’admirer quelques peintures de l’époque yogâ (1), dont les magnifiques Eventail noir de Fujishima, ou encore les Paradis sous-marin et Présent à la mer de Shigeru Aoki. On termine avec des tableaux abstraits de l’après-guerre mis en parallèle avec des œuvres de Soulages, Hartung, Pollock.

Constantin Brancusi (1876-1957), Le Baiser, 1907-1910, Tokyo, Bridgestone Museum of Art, Don de Hiroshi Ishibashi, Mikiko Miyahara et Tomoko Ishibashi, 1998

Mais si l’exposition souligne d’abord l’influence de l’art occidental sur la peinture japonaise, l’influence de celle-ci sur les artistes européens n’est ensuite que discrètement évoquée. Elle est pourtant largement connue et parfois criante, au point qu’on en découvre ici de nouveaux reliefs. Face à la Montagne Sainte-Victoire de Cézanne, aussi bleue que majestueuse, comment ne pas penser aux 36 vues du Mont Fuji de Hokusai, malgré la différence de traitement qui les oppose ? Naturellement, on retrouve aussi les Nymphéas, qui ornaient le pont japonais de la résidence de Giverny de Monet, le pinceau simplifié et les aplats de Matisse et, plus surprenante, une Nature morte à tête de cheval de Gauguin, exécutée une fois n’est pas coutume chez lui dans un style pointilliste et sur fond d’éventail japonais.

Paul Cézanne (1839-1906), Cézanne coiffé d’un chapeau mou, vers 1890-1894, Tokyo, Bridgestone Museum of Art, Don de Shôjiro Ishibashi, 1961

Encore qu’ici ne soit pas l’intérêt principal de cette exposition qui annonce la célébration l’année prochaine des 160 ans des relations diplomatiques franco-japonaises. Son attrait réside dans les œuvres elles-mêmes et l’évidence avec laquelle elles cohabitent. A part les chanceux qui ont pu se rende à Tokyo, qui a pu découvrir tout à la fois ce saisissant Saltimbanque aux bras croisés de Picasso, cet autoportrait en pied de Manet, cette divine Toilette de Moreau, cet autoportrait d’un Cézanne vieillissant, dont le regard dissimule la pensée, l’hivernal mais chaleureux Potager au jardin de Maubuisson de Pissaro, le Saint Mammès et Les coteaux de la Celle de Sisley par un matin de juin (quelle lumière !).

Emile-Antoine Bourdelle (1861-1929), Pénélope, 1909

On aime aussi le formidable Don Quichotte de Daumier – convaincante incarnation du « héros » de Cervantès se rendant par les montagnes aux noces de Gamaches avec son fidèle Sancho -, la Belle-Ile de Monet baignée de flots turquoise copieusement arrosés, le splendide 07.06.85 de Zaouki de la dernière section, dans lequel on plonge aussi longuement.

Les sculptures ne sont pas en reste et justement valorisées : intraitable Pénélope de Bourdelle, Baiser de Brancusi, Buste de Diego de Giacometti… Comme beaucoup de tableaux, elles aussi témoignent soit d’une pointe de mélancolie soit d’une grande douceur. Et bien souvent les deux se mêlent pour constituer le fil conducteur de ce très bel ensemble.

Tokyo – Paris, Chefs d’œuvre du Bridgestone Museum

Collection Ishibashi Foundation

Musée de l’Orangerie

Jardin des Tuileries – Paris 1er

Jusqu’au 21 août 2017

Cette exposition est organisée par le musée de l’Orangerie et le Bridgestone Museum of Art, Collection Ishibashi Foundation, Tokyo

(1) Peinture yogâ : peinture moderne japonaise de style occidental

Facebooktwittergoogle_plus

Valet de nuit, Michel Host

Les lecteurs du Goncourt 1986 ont peu suivi les jurés : le tirage du livre fut un des plus modestes de l’histoire du prix, et il est aujourd’hui difficile de trouver des échos sur le roman, peu disponible d’ailleurs dans les librairies.

Il est vrai que la première partie de l’ouvrage est peu encourageante : les déambulations du narrateur entre Paris et Maman, entre une ville qu’on aimerait évoquée, et moins décrite, et une mère dont le caractère envahissant est un poncif de la littérature, lassent très vite. L’écriture n’est pas assez originale pour arrêter l’attention : « J’aime la ville comme une mère longtemps mésestimée. Enfin je reconnais ses mérites. Je l’aime d’un amour cannibale. Pour me nourrir, je déchire sa chair qui se reforme toujours dans son inépuisable générosité ».

La deuxième partie prend un tournant plus intrigant mais il faut aimer les histoires de viol pour apprécier pleinement, et accepter certaines invraisemblances. On pourrait finalement se contenter de lire la troisième partie consacrée à l’amoureuse du narrateur, personnage qui nous retient davantage et qui permet à son amant de le lancer sur les traces de son père qu’il a très peu connu. Hélas le discours sur la ville se poursuit : « Tout ici est image. La ville est un corps de femmelle qui se pare avec deux m. Il n’a que cela, ses parures. Il obéit, fidèle, aux modes successives. Sous son apparente frivolité, il est la plus fragile création des hommes ». Cette ville a le bonheur d’avoir un fleuve qui la traverse : « Elle (la Seine, suppose-ton), tranche le corps de la cité comme le sillon trace le sexe féminin (…) Je m’arrête. Je contemple son sexe ouvert où coule un sang annuel ».

La dernière partie, rêve ou réalité, nous fait retrouver le père : baveux, recroquevillé dans un fauteuil roulant, il assiste aux ébats sexuels qu’il a commandités pendant que le fils, le narrateur, caché dans le placard d’un réduit, contemple la double scène : celle des ébats et celle du père appréciant ces ébats.

Une fois que le lecteur a compris qu’il a subi une fois de plus une histoire de vengeance familiale et littéraire, il s’interroge : quel est l’intérêt de cette lecture ? Peut-être pouvoir se passer de son GPS au cours de son prochain déplacement dans Paris : « L’avenue Henri-Martin, dans ses cinq cents derniers mètres, effectue deux courbes très amples qui la mènent à la jonction des boulevards Suchet et Lannes. Elle vire d’abord à gauche, puis, comme prise d’un remords, repart à droite ».

Michel Host a depuis ce Prix écrit bien des livres. Parions sur le paradoxe des prix littéraires, qui permettent parfois à un écrivain de trouver éditeur et public pour des œuvres bien plus intéressantes…

Andreossi

Valet de nuit, Michel Host

 

Facebooktwittergoogle_plus

Le retour d’Ulysse dans sa patrie au TCE

Soirée inoubliable vendredi au Théâtre des Champs Elysées à Paris où on assistait au Ritorno d’Ulisse in patria de Claudio Monteverdi (1567-1643). Le Concert d’Astrée, la formation baroque créée par Emmanuelle Haïm en 2000, inaugure cet opéra patiné de près de quatre siècles cette saison dans le théâtre de l’avenue Montaigne.

On retrouve dans cette nouvelle production l’essence du spectacle opératique, tel qu’il a été inventé en Italie au tournant du XVII° siècle : l’union étroite du théâtre, du chant et de la musique, avec ici le mélange de drame et de comédie cher à l’opéra vénitien, une direction d’acteurs-chanteurs précise, une mise en scène soignée, mettant en valeur un livret bien écrit et une séduisante partition.

Commençons par celle-ci, la musique. Sous la direction posée et sûre d’Emmanuelle Haïm, sa formation resserré, dont l’osmose avec son chef est palpable, joue une interprétation sobre : le travail de Mme Haïm offre à la délicatesse de la musique baroque un écrin de calme et de raffinement dont rien ne semble dépasser.

On la voit diriger les chanteurs avec la même détermination et une complicité qui donnent un fort solide résultat. Il faut dire que la distribution est de haut niveau, avec des voix pleines de personnalité. Évacuons tout de suite le sujet du rôle-titre, tenu par le très attendu Rolando Villazón. La critique l’accable, le public prend ce qu’il y a à prendre.  Non, il ne séduit pas – plus – par ses « montées », en revanche il émeut tant par le velouté de son phrasé que par son jeu d’acteur, incarnant un Ulysse plein d’humanité, plus fatigué, amoureux et soumis aux dieux que jamais.

Le reste de la distribution émerveille tant vocalement que scéniquement. Citons d’abord Magdalena Kožená  dont la Pénélope est au-dessus même de ce qu’on attend, tant elle restitue la tristesse et la dignité, puis l’alternance de la détermination et du doute, avant que, in fine, l’allégresse des retrouvailles chasse de ses traits et de sa voix les vingt années d’attente écoulées. Puis l’Eumée, le fidèle berger d’Ulysse, de Kresimir Spicer, dont le chant doux et mélodieux n’a d’égal que la justesse du geste. Jörg Schneider est également parfait dans le rôle de son opposé, Irus, bouffon des Prétendants, au-delà du ventru : si dans la première partie il brille par ses talents comiques conformément au rôle, mais aussi par sa voix à la puissance rugissante, celle-ci s’exprime dans de beaux aigus dans le solo de la seconde partie où il pleure, avec la mort des Prétendants, le retour de la faim. Parmi les Prétendants justement, tous très bien, c’est surtout Maarten Engeltjes en Pissandre que l’on a envie de mentionner, tant sa voix de contre-ténor est rafraîchissante et rend l’ensemble plus savoureux encore. Enfin, l’un des plus grands bonheurs de la soirée vient d’Anne-Catherine Gillet, qui campe Minerve / Amour de sa voix cristalline, pleine d’aisance et colorée, et offre une interprétation scénique fort remarquée, tant elle pétille et surprend.

Voilà pour le geste, voilà pour la voix, voici pour la mise en scène : Mariame Clément mixe les codes et les époques autour de grands décors qui mettent bien en place l’essentiel de l’intrigue et de détails qui viennent la titiller avec humour. On pourrait résumer ainsi : du classique de bon goût réveillé par des surgissements plus pop art – et donc moins consensuels – mais le tout suivant une veine très poétique. Idée inventive et judicieuse : l’Olympe est bien surélevé, mais… n’est autre qu’un troquet où dieux et déesses occupent leur désœuvrement et observent les mortels dont ils font du destin leur joujou en picolant et en jouant aux fléchettes. On est bien loin de l’Olympe de nos imaginaires ! Mais l’ensemble fonctionne fort bien, et l’on s’enchante de ce mariage parfait du chant, de la musique baroque et d’un théâtre plein de merveilleux.

Le retour d’Ulysse dans sa patrie, Monteverdi

Le Concert d’Astrée / Emmanuelle Haïm

Mise en scène : Mariame Clément

Rolando Villazón  Ulysse
Magdalena Kožená  Pénélope
Katherine Watson  Junon
Kresimir Spicer  Eumée
Anne-Catherine Gillet  L’Amour / Minerve
Isabelle Druet  La Fortune / Mélantho
Maarten Engeltjes  La Fragilité humaine / Pisandre
Callum Thorpe  Le Temps / Antinoüs
Lothar Odinius  Jupiter / Amphinome
Jean Teitgen  Neptune
Mathias Vidal  Télémaque
Emiliano Gonzalez Toro  Eurymaque
Jörg Schneider  Irus
Elodie Méchain  Euryclée

Théâtre des Champs-Elysées

Prochaines représentations : lundi 6, jeudi 9 et lundi 13 mars 2017 à 19 h 30

Puis à l’Opéra de Dijon du vendredi 31 Mars au dimanche 2 Avril 2017

 

Facebooktwittergoogle_plus

Hartung et les peintres lyriques

Jean-Yves nous ramène de Bretagne une belle idée d’excursion en cette fin d’hiver : l’exposition consacrée à Hartung et d’autres peintres lyriques à Landerneau. Merci Jean-Yves de nous faire partager ce coup de coeur !

Mag

Le Fonds pour la Culture Hélène et Edouard Leclerc qui avait organisé, à Landerneau, une très belle rétrospective Chagall en 2016, récidive dans la qualité en proposant, cet hiver et jusqu’au 17 avril, une exposition consacrée à Hans Hartung et à quelques autres peintres lyriques.

L’accrochage chronologique des œuvres de l’artiste commence par ses tableaux de jeunesse, dans les années 1930, quand il s’engage délibérément et sans retour vers la non-figuration. S’ils n’ont pas la maîtrise des œuvres ultérieures, ces tableaux, souvent moins exposés que le reste de la production d’Hartung, demeurent intéressants, notamment quand ils illustrent la technique du report adoptée alors par le peintre, consistant à reproduire exactement sur tableaux les dessins sur papier.

L’exposition se poursuit en survolant la production d’Hartung dans l’immédiat après-guerre pour s’attarder sur les réalisations de la fin des années 1950 et des années 1960 lorsque la technique du peintre évolue : plus sûr de son geste, l’artiste explore une nouvelle méthode de mise à distance et n’hésite pas à employer divers instruments inattendus (pistolets de carrossier, lames ou râteaux). La recherche constante de nouvelles méthodes le conduira plus tard à employer un spray pour pulvériser de la peinture acrylique sur la toile, voire à frapper celle-ci au moyen de balais de genêt…

Les accrochages rendent très bien compte de ces évolutions, les griffures et zébrures laissant progressivement la place aux masses sombres, puis à un renouveau jubilatoire de la gamme chromatique.

Hartung continuera à peindre quasiment jusqu’à la fin de sa vie, à 85 ans, dans une approche toujours très physique de son art… C’est dans son œuvre finale qu’il parvient à la plus grande amplification de son geste, dans des tableaux de grande taille.

La visite est ponctuée d’îlots ouverts à d’autres peintres lyriques. Le premier expose des œuvres de quelques représentants de la Nouvelle Ecole de Paris (Simon Hantaï, dont on retrouve avec plaisir deux tableaux, Gérard Schneider, Georges Mathieu) et met leurs contributions en résonance avec celle d’Hartung… Le second, occupé essentiellement par des peintres américains (Cy Twombly, Willem de Kooning, Helen Frankenthaler), annexe aussi Jean Degottex, dont on apprécie le très beau « L’adret ». Le dernier, enfin, permet de découvrir certains « héritiers » d’Hartung (Jaffe, Traquandi, Polke…), même si la filiation ne saute pas toujours aux yeux du néophyte.

L’exposition, la première de cette importance consacrée en France au peintre depuis 2008, souligne donc la grande diversité de la production d’Hartung et la hauteur de son influence. Elle permet de deviner comment, dans sa volonté d’exploration, la démarche du peintre reste marquée par une grande rigueur, davantage peut-être que par l’effusion qui s’attache souvent au lyrisme. Elle donne enfin à retrouver quelques-uns des principaux acteurs de ce mouvement, l’abstraction lyrique, qui constitue l’une des étapes majeures de la peinture au cours de la seconde partie du 20ème siècle.

Jean-Yves

Hartung et les peintres lyriques

Fonds Hélène et Edouard Leclerc pour la Culture

Les capucins – 29800 LANDERNEAU

Jusqu’au 17 avril 2017

 

Facebooktwittergoogle_plus

Tous à la plage !

tous_a_la_plageQuand l’hiver nous grisouille l’âme à Paris, pourquoi ne pas aller s’égayer sur la plage ? Cabourg, Nice, Port Grimaud, Monaco… des noms qui nous font bien rêver en ce moment.

tous_a_la_plage_au_negrescoAlors profitons de l’exposition proposée par la Cité de l’Architecture jusqu’au 12 février pour nous plonger dans l’histoire des stations balnéaires. Loin de se limiter à leur architecture (ce qui est du reste drôlement bien restitué à l’aide de nombreux plans, dessins et maquettes), le parcours retrace l’évolution économique et sociale de la fréquentation des bords de mer.

tous_a_la_plage_costumes_de_bainCostumes de bains, affiches publicitaires, photos, vidéos, arrêtés de police… la visite est abondamment illustrée. Instructive et distrayante, elle nous apprend comment le développement de l’activité balnéaire a commencé au XVIII° siècle autour de considérations thérapeutiques pour ensuite se déployer à la Belle Époque au profit de la bonne société séduite par les palaces et les casinos, avant d’être accessible aux classes populaires avec l’arrivée des congés payés en 1936.

tous_a_la_plage_ambre_solaireEnfin, l’exposition n’oublie pas l’aspect environnemental de l’explosion de la fréquentation du littoral, dont la protection est devenu un enjeu majeur ces dernières décennies.

Tous à la plage !

Cité de l’Architecture et du Patrimoine

45 av. du Président Wilson – Paris XVI°

Jusqu’au 12 février 2017

 

Facebooktwittergoogle_plus

Force ennemie, John-Antoine Nau

force_ennemieVerrait-on aujourd’hui le jury du prix Goncourt élire un roman publié à compte d’auteur, alors que les éditeurs rivalisent d’ardeur pour mettre en avant leurs favoris ? En 1903, à l’occasion du premier prix Goncourt, c’est pourtant ce qui est arrivé à John Antoine Nau. Et pour le moins à propos d’un livre fort original à divers points de vue.

L’histoire que nous conte le narrateur est plutôt rocambolesque : il se trouve injustement interné en asile où il rencontre l’éventail pittoresque des malades mentaux de tous ordres, « soignés » en particulier par un médecin qui n’est pas le plus sain en matière comportementale. Il devient amoureux (fou ?) d’une belle démente au point de la violer dans son sommeil. Il s’aperçoit qu’il est en fait possédé par un être venu de l’espace (la force ennemie !), plus précisément de la planète Tkoukra, sur laquelle les conditions de vie étaient bien plus tristes que sur la Terre. Il réussit à s’enfuir de l’asile, trouve refuge chez son frère à Paris, pour arriver finalement aux Antilles toujours à la poursuite de son amour, et toujours aux mains du Tkoukrien.

Le roman se lit encore pour son humour, qui a largement pour base le langage parlé des personnages, que ce soient les expressions excentriques des internés ou les manières de tourner les phrases et les mots des protagonistes les moins cultivés : « C’est pas qu’elle s’exaspère plus que les autres (…) ; maintenant, il est vrai de dire qu’elle, les rares fois que ça la prend, ça fait grémir. C’est aigu comme une lame de paugnard et ça vous fait dans le dos comme si que ce serait une scie qui vous passerait sur les noyaux de la colonne… »

Les italiques sont de l’auteur, qui souligne par la typographie ce qui peut manquer à l’écriture pour accentuer certains effets. Il a aussi la ressource des points d’exclamation, d’interrogation, de suspension, des parenthèses, des guillemets, des tirets bien plus nombreux dans ce livre qu’à l’ordinaire.

La recherche de l’expression juste peut aussi se révéler au détour de descriptions : « Toutes les nuances du rose parent ces gigantesques bouquets fluctuants ; certains de ces roses, d’un rose de lèvres de brune, sont si incroyablement « émotionnants » et « voluptueux » -si je puis parler ainsi- que j’ai l’impression qu’ils me font une âme neuve. Souvent une fleur se dresse seule, aussi grande qu’un arbre –et d’une forme si divine, d’une senteur si « enlaçante » -c’est le seul mot qui rende (un peu ridiculement) ce que je ressens – que l’air jouant autour d’elle tuerait de trop grand bonheur un être humain normal ».

Certes, c’est d’abord la curiosité qui fait lire le premier prix Goncourt, mais au bout du compte, au-delà du caractère surprenant de l’écriture, de l’humour constant, peut naître une réflexion sur le psychisme : quelle est la force ennemie qui réside en chacun de nous ?

Andreossi

Force ennemie, John-Antoine Nau.

Facebooktwittergoogle_plus

Les ombres errantes. Pascal Quignard

les-ombres-errantesRevoici un billet maglm, avec le 21ème épisode des Goncourt. Cette semaine : Pascal Quignard ! Merci à Andreossi pour ce très beau billet !

Mag

PS  : et si vous aussi affectionnez cet auteur singulier et passionnant, n’hésitez pas à lire les billets sur deux autres des écrits de Pascal Quignard : Inter et Triomphe du temps.

Le prix Goncourt 2002 n’est pas un roman. « Les ombres errantes » est un livre composé d’un ensemble de réflexions (quelquefois développées par de petits contes), dispersées en cinquante- cinq chapitres. Le volume est le premier de la série nommée « Dernier royaume ». Pourquoi ces titres ? L’auteur s’en explique : « A Paris Richelieu fit venir son luthiste et lui demanda d’interpréter la chaconne intitulée Le dernier Royaume. Puis il joua les Ombres qui errent, pièce dont François Couperin reprit le thème principal sous le nom Ombres errantes dans son dernier livre pour clavecin ».

La phrase citée est exemplaire des œuvres (lorsqu’elles ne sont pas des romans) de cet auteur : érudition, histoires du passé, et… incertitude sur la véracité historique de ce qui nous est conté. Mais nous ne devons pas oublier que nous sommes dans la littérature et non dans l’histoire, aussi ce jeu avec le passé constitue l’intérêt même de ses livres, et lorsque nous sont racontées de « belles histoires », la question de l’authenticité ne se pose plus.

Nous lisons donc des variations sur ce thème des ombres, manifestations discrètes du monde qui intéresse Pascal Quignard, pour lequel l’obstacle majeur à la visibilité des événements premiers sont les images. Il s’appuie, pour suggérer la présence de ses ombres qui errent, sur le corpus dans lequel il a l’habitude de puiser : « Le passé, les tombes, la mémoire, les histoires, les langues anciennes, les livres qui furent rédigés autrefois, les traditions religieuses, politiques, artistiques, individuelles, qui furent délaissées, arrachés à l’entrain légendaire qui les avait mis les uns après les autres au jour, sont à jamais disjoints du réel ».

Ce travail pour faire approcher un univers dont les apparitions sont fugaces, qui est resté à l’écart du projet moderne, aussi éloigné que possible des thèses du progrès, l’écriture peut le réaliser : « Eprouver en pensant ce qui cherche à se dire avant même de connaître, c’est sans doute cela, le mouvement d’écrire ». L’explicite, la conscience, la clarté de l’image, autant de moyens qui ne permettent pas d’accéder au sens.

On a le sentiment que domine finalement le regret de la naissance, autant individuelle que celle de l’humanité, dans la nostalgie d’un jadis antérieur à la présence humaine : « Une espèce d’empire social et violent, technique, de grande amplitude, de longue durée, bavard, plein de déchets et de ruines, né de l’imitation des animaux pourchassés et de l’observation puis de la mise à contribution des phénomènes de la nature, s’est substituée peu à peu au règne biologique, erratique, de petite amplitude, immédiat, presque autonettoyant des espèces végétales et animales sur la terre ».

Si le paradis perdu est celui de la nature, et si un écrivain se consacre à révéler quelques traces de la vie humaine dont le souvenir est tout de même à conserver, faisons profit de rêveries avec lui.

Andreossi

Les ombres errantes, Pascal Quignard (Gallimard)

 

Facebooktwittergoogle_plus

C’est la rentrée ? Tant mieux, il va y avoir plein d’expos !

avedon_bnf
Catherine Deneuve par Richard Avedon en 1968

Ce qu’on aime avec la rentrée, c’est le plein de nouveautés qu’elle nous réserve.

Côté expositions, à Paris, une fois de plus, nous allons être vernis. Voici une petite sélection, comme d’habitude totalement subjective, de ce que maglm a repéré pour vous. Pour beaucoup d’entre elles, il faudra patienter un peu avant de pouvoir les découvrir.

  • Mais pour commencer, voici celles qui sont visibles dès maintenant

Les émaux de Limoges à décor profane, Autour des collections du cardinal Guala Bicchieri, au Musée de Cluny, jusqu’au 26 septembre 2016

Le Grand orchestre des Animaux à la Fondation Cartier pour l’Art contemporain, jusqu’au 8 janvier 2017

– Pour d’autres conseils sur des expos à voir en ce moment à Paris, lire aussi le billet maglm sur les expositions de l’été

  • Pour cocher dans l’agenda, voici celles qui ouvriront leurs portes cet automne

En photographie tout d’abord, La France d’Avedon, Vieux Monde, New Look à la Bibliothèque Nationale de France, du 18 octobre 2016 au 26 février 2017

Pour les amateurs de sculpture, deux propositions fort différentes :

L’Enfer selon Rodin au Musée Rodin, du 18 octobre 2016 au 22 janvier 2017

Bouchardon, (1698-1762), Une idée du beau au Musée du Louvre, du 14 septembre au 5 décembre 2016

Enfin, de bonnes surprises aussi côté peinture :

René Magritte, Les vacances de Hegel, 1958
René Magritte, Les vacances de Hegel, 1958

René Magritte, La trahison des images, au Centre Pompidou du 21 septembre 2016 au 23 janvier 2017

Rembrant intime, au Musée Jacquemart-André, du 16 septembre 2016 au 23 janvier 2017

Un Suédois à Paris au 18° siècle, La collection Tessin, au Musée du Louvre, du 20 Octobre 2016 au 16 Janvier 2017

Geste baroque, Collections de Salzbourg, au Musée du Louvre, du 20 Octobre 2016 au 16 Janvier 2017

Fantin-Latour à fleur de peau, au Musée du Luxembourg, du 14 septembre 2016 au 12 février 2017

La peinture américaine des années 1930 au Musée de l’Orangerie, du 12 octobre au 30 janvier 2017

Mexique, 1900-1950, Diego Rivera, Frida Kahlo, JC Orozco et les avant-gardes, au Gand Palais, du 5 octobre 2016 au 23 janvier 2017

Jean Auguste Dominique Ingres (1780-1867), Madame Moitessier, Londres, The National Gallery
Jean Auguste Dominique Ingres (1780-1867), Madame Moitessier, Londres, The National Gallery

Et pour célébrer ses 30 ans cet automne, le Musée d’Orsay proposera Spectaculaire Second Empire, 1852-1870, une exposition sur le Second Empire des spectacles et de la fête, avec de la peinture bien sûr, mais aussi des sculptures, photographies, dessins d’architecture, objets d’art, et bijoux.

A découvrir au Musée d’Orsay à partir du 27 septembre 2016 et jusqu’au 16 janvier 2017

Une liste à compléter bien sûr ! Belle rentrée à tous.

 

 

 

 

 

 

 

Facebooktwittergoogle_plus