A Collioure sur le chemin du fauvisme

En mai 1905, suivant le conseil de Paul Signac, Henri Matisse (1869-1954) arrive à Collioure (Pyrénées-Orientales). En juillet de la même année, André Derain (1880-1954) quitte Chatou (Yvelines) et l’atelier de Vlaminck pour le rejoindre. Ce que les deux amis découvrent alors les bouleversent : une grande plage constellée de barques colorées, des maisons peintes des mêmes couleurs, des filets de pêche étalés que ravaudent des femmes vêtues de noir. Le tout sous une lumière toujours changeante, extraordinaire. Alors que Derain est un jeune peintre, Matisse a déjà la trentaine, une épouse et trois enfants. En 1905, après dix ans d’études à Paris dans l’atelier de Gustave Moreau notamment,  Henri Matisse cherche sa voie. Il a besoin de ressources pour faire vivre sa famille et il est un peu découragé. Cet été 1905 sera décisif.

A Collioure où, en compagnie de Derain, il travaille dans deux ateliers, son pinceau se libère. Tous deux prennent leurs distances avec la représentation de la réalité, ses couleurs, ses perspectives. Ce qu’ils recherchent : l’expression directe de l’émotion sur la toile. La rendre perceptible, accessible au spectateur quel qu’il soit. Ainsi vont naître des tableaux où le contraste des couleurs créé perspective et composition et où la transcription de la lumière pose des jaunes, des oranges, des roses, rouges, des bleus et des verts « inventés » par les peintres.

A la fin de l’été 1905, Henri Matisse et André Derain rentrent à Paris. Les toiles de Collioure, avec des œuvres de Manguin, Vlaminck et d’autres encore sont présentées au Salon d’Automne. On connaît la suite de l’histoire : avec leurs couleurs étonnantes, leurs aplats approximatifs, leur aspect parfois inachevé, les tableaux réunis dans cette salle font scandale. Le journaliste Louis Vauxcelles parle de fauves. Le Fauvisme est né.

Le chemin du Fauvisme à Collioure, à suivre seul ou sous la conduite d’un guide, est une balade dans la ville ponctuée de reproduction de tableaux peints par Derain et Matisse au cours de ce fameux été, dont les originaux sont dispersés dans différents musées en France et à l’étranger ou dans des collections privées.

Depuis 1905, la plage a bien changé, désormais coupée en deux. Les barques catalanes colorées à voile latine ne sont plus, ni les ravaudeuses vêtues de noir et les pêcheurs. Néanmoins, l’activité continue d’une autre manière ; on déguste toujours l’anchois et la sardine ; l’église et son drôle de clocher, le château royal n’ont pas pris une ride. Au bord de la belle eau bleue scintillante à la lumière du matin, des vieilles pierres et des façades colorées, des vignes en terrasse et des bougainvilliers en fleurs, des oliviers et des pins, on se prend à imaginer ce qu’André Derain et Henri Matisse ont dû découvrir il y a plus d’un siècle : un enchantement de couleurs, d’odeurs et de lumière qu’on a irrésistiblement envie de transcrire, restituer et partager.

Le chemin du Fauvisme à Collioure : départ de la Maison du Fauvisme – Rue de la Prud’homie  – Galerie du Tenyidor – 66190 COLLIOURE – Tél. 04 68 82 15 47 – contact@collioure.com

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Le modèle noir de Géricault à Matisse. Musée d’Orsay

Marie-Guillemine Benoist, Portrait d’une femme noire (1800)© RMN-Grand Palais (Musée du Louvre) /Gérard Blot

Comment évoquer le modèle noir dans les arts en France de la fin du XVIII° siècle au début du XX° sans se référer à l’histoire politique et sociale du pays ? Etat colonisateur, acteur de l’esclavage, la France, à partir de la Révolution, a fortement évolué dans son rapport à la « négritude ». Passant, pour aller vite, du modèle objet au sujet.

Comment ces approches se lisent-elles dans les arts ?  Quels artistes ont contribué à faire bouger cette cause de la dignité ?

L’exposition du Musée d’Orsay qui a ouvert fin mars et visible jusqu’au 21 juillet nous éclaire sur ce thème inédit dans nos grandes institutions muséales, au fil d’un parcours nécessaire sur le fond et très agréable en la forme.

Des abolitions de l’esclavage (car en France, il y a eu des allers-retours…) aux jazzmen et à Joséphine Baker des Années folles, des premiers peintres supporters de la cause noire (dont Géricault) aux nouvelles approches picturales du XX° siècle (Picasso et Dada en particulier), des romantiques amoureux (Baudelaire) aux peintres envoûtés par les femmes noires (Douanier Rousseau, Matisse), l’approche est large et passionnante.

Bien sûr, on voit les fantasmes, l’irrésistible attrait de l’exotisme (Delacroix), mais tout autant les combats authentiques (on a cité Géricault ; Chasseriau en fut aussi) et bien sûr les résistances (le métis Alexandre Dumas père, caricaturé en tous sens).

© Courtesy National Gallery of Art, Washington, Frédéric Bazille, Jeune femme aux pivoines (1870)

Au delà de ce panorama, l’une des belles surprises de l’exposition est sans doute la place faite aux personnes qui furent ces modèles. Un encart restituant ce que l’on sait d’eux (souvent peu de choses… et encore il a fallu rechercher ce peu) est systématiquement présenté à côté des tableaux. Et les œuvres illustrent cette approche : les plus beaux tableaux du parcours (hormis évidemment Olympia de Manet et quelques autres) sont les portraits d’ateliers. Là, les artistes ont peint des personnes et non plus des types, et ce qu’ils en ont fait est magnifique.

Mag

Le modèle noir de Géricault à Matisse

Musée d’Orsay

1, rue de la Légion d’Honneur – Paris 7°

Jusqu’au 21 juillet 2019

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Picasso. Bleu et rose. Musée d’Orsay

Pablo Picasso, Evocation ou l’Enterrement de Casagemas (1901), 150.5 x 90.5 cm, Huile sur toile, Musée d’Art moderne de la ville de Paris

L’exposition nous conte et nous montre les débuts d’un jeune artiste espagnol, depuis son arrivée à Paris en 1900, lorsqu’il pose le pied sur le quai de la gare d’Orsay (ici même, donc) alors flambant neuve, et jusqu’à l’année 1906.

Pablo Ruiz Picasso (1881-1973) a dix-huit ans et son art est encore tout empreint des influences du XIX° français (d’où tout le sens d’une exposition organisée au Musée d’Orsay), espagnol (Goya), mais aussi bien antérieures (le Greco). Cette période a vite été scindée et estampillée par la critique en périodes « bleue » puis « rose », une catégorisation que le parcours ne dément pas.

Son intérêt – et il est grand – est effectivement de souligner chez le jeune prodige l’impression des révolutions picturales du siècle qui s’achève, tant par ses thèmes (le Paris des cabarets, les prostituées, le cirque…) que par ses manières : on retrouve du Gauguin, du Manet, du Toulouse-Lautrec, du Van Gogh, du Degas dans les traits et les touches de bien des tableaux du Picasso des premières années du XX° siècle.

Dans le même temps, l’exposition montre, et l’intérêt est plus grand encore, l‘invention progressive d’un style personnel, une patte, une sensibilité. A remonter les sections, le sentiment se dégage que cette découverte par l’artiste (qui est d’emblée à la fois dessinateur, peintre et sculpteur) de sa propre voie a pour passage crucial sa période dite bleue, faite de douleur et d’intériorité, à la suite du suicide de son ami Casagemas. D’un expressionnisme poignant, il peint le portrait de son ami mort, puis son enterrement ; on est soudain à un jet de pierre de Tolède et de l’Enterrement du Comte d’Orgaz du Greco. C’est dire l’hommage que Picasso entend faire à son compagnon défunt, mais aussi l’audace du jeune peintre. Au cours de ces années, il est comme entièrement tourné vers ceux qui souffrent : prostituées enfermées à Saint-Lazare pour cause de maladies vénériennes, aveugles, mères esseulées avec enfants.

Pablo Picasso, Famille de saltimbanques avec un singe1905, Gouache, aquarelle, pastel et encre de chine sur papier, H. 104 ; L. 75 cm, Göteborg, Göteborg Museum of Art© Gothenburg Museum of Art / Photo Hossein Sehatlou © Succession Picasso 2018

Lorsque sa palette se réchauffe et s’adoucit vers le rose, les thèmes ne sont pas plus gais, ou du moins ne sont pas traités plus légèrement. En témoigne celui des saltimbanques avec cette mélancolique Famille d’acrobates avec un singe.

Du rose, Picasso, au style de plus en personnel, ira vers l’ocre (Les deux frères ; Meneur de cheval nu), qui le conduira ensuite à rejoindre les réflexions sur le volume initiées par Cézanne. S’ouvriront alors toutes grandes les portes du cubisme. Une autre histoire.

Picasso. Bleu et rose

Musée d’Orsay, jusqu’au 6 janvier 2019

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Épiphyte, des fleurs chez Artcurial

Le charme incomparable des fleurs de fin d’été, la créativité de fleuristes véritables artistes, le travail autour d’œuvres d’art somptueuses… Trois raisons d’adorer l’exposition présentée chez Artcurial jusqu’au 14 septembre.

La célèbre maison de ventes du Rond-Point des Champs-Élysées à Paris a ainsi donné carte blanche à de grands fleuristes, leur laissant le champ libre d’imaginer accompagnements, prolongements, mises en valeur de peintures et sculptures au programme des ventes de l’automne.

Ces ensembles tous plus surprenants les uns que les autres se révèlent au regard en plusieurs temps : c’est tout d’abord la décoration florale qui saute aux yeux, avant que l’œuvre d’art proprement dite ne se dévoile et qu’enfin on admire le formidable équilibre formé par la peinture ou la sculpture et son écrin.

De ces différentes créations, on aime tout particulièrement celles de Catalina Lainé autour d’une table de Giacometti, de Rica Arai surplombant un buste de Sarah Bernhardt signé  Lalique et enfin du Collectif de la Fleur Française sous un cheval de Géricault, les trois étapes les plus poétiques du parcours. Sous ce joli titre d’Epiphyte, l’exposition coup de cœur de cette rentrée urbaine !

Épiphyte, Artcurial, 7, Rond-Point des Champs-Elysée, Paris 8ème

Jusqu’au 14 septembre 2018

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Visiter Capestang dans le Narbonnais

Collégiale Saint Etienne, Capestang

Capestang est un bourg de quelques 3 000 âmes situé dans le département de l’Hérault, côté Aude, entre Narbonne, Béziers et le canal du Midi. Au milieu du village, la grande place est pavée de marbre rouge du pays et ombragée de platanes. Deux cafés se font face, le café de la Paix et le café de la Grille, celui-ci disposant en outre, enceint d’une belle grille ancienne, d’une confortable terrasse. Dans un coin, un feu y est allumé même par 36°, on se prend à penser qu’il est destiné à saisir quelque viande. On est encore, sur ces terres du Languedoc, dans le vaste Sud-Ouest qui aime accompagner ses vins goûteux de viande rouge, de charcuteries et de fromages. Ce sont des Minervois, des La Clape et des Corbières.

D’un côté de la place trône la splendide collégiale gothique Saint Étienne, datée de la toute fin du XIII° et du début du XIV°, qui a l’originalité de ne disposer que d’un chœur. Elle devait finir en cathédrale, mais les fonds ont manqué à un moment donné et la belle est restée sans nef. Chœur et clocher ne s’en dressent pas moins fièrement ; certains jours on peut même grimper en haut de ce dernier. On peut aussi se contenter de l’écouter égrener tranquillement les heures et les demies. Et, à la lumière du matin, visiter la collégiale, admirer la haute croisée d’ogives, les vitraux du XIX°, sans doute la réplique de ceux installés à l’époque gothique tant la catéchèse en est édifiante, étincelants de couleurs, et qui enchantent ce chœur qui se donne entièrement dès l’entrée.

De l’autre côté de la place, en glissant le long de l’antique grille, on arrive au château, qui nous renvoie au riche passé de Capestang et plus largement du Narbonnais. Edifié à partir du XII°, mais principalement au XIII° siècle, le château était l’une des demeures seigneuriales de l’archevêque de Narbonne, dont la province ecclésiastique, aussi vaste que prospère, s’étendait de la Garonne au Rhône et de la Méditerranée aux contreforts de la Montagne Noire et des Cévennes.

Si l’on y vient aujourd’hui, c’est pour admirer les poutres de la salle d’apparat décorées au XV° siècle sous l’archiépiscopat des Harcourt, Jean puis Louis. Le bestiaire regorge d’oiseaux de l’étang tout proche (dont le village tire son nom), tels coqs, échassiers, cigognes, mais aussi de lévriers et d’animaux fantastiques. Les scènes de société illustrent les danses et l’amour courtois de la noblesse autant que les activités quotidiennes des classes modestes. Les scènes religieuses quant à elles montrent les tourments de l’Enfer promis aux pécheurs et la Rédemption aux justes, mais aussi une Vierge à l’enfant et saint Jean l’Evangéliste, saint patron de l’archevêque Jean d’Harcourt.

Ces peintures sur bois ont été exécutées pour être vues de loin, étant donné la hauteur sous le plafond : couleurs vives cernées de noir, expressions marquées. Leur précision mais aussi leur état de conservation sont remarquables. Elles sont considérées comme un exceptionnel témoignage des plafonds peints du Moyen-Age finissant, que l’on redécouvre depuis finalement une période très récente.

Site de la ville de Capestang pour en savoir en plus

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L’art du pastel de Degas à Redon

James Tissot, Berthe, vers 1883. Crayon graphite, pastel. © Petit Palais / Roger-Viollet

C’est un art sur papier, fragile, sensible à la lumière et aux chocs. Les œuvres au pastel ne peuvent pas être exposées en permanence au public et ne doivent pas l’être sous un éclairage trop vif.

Aussi, c’est avec le sentiment de profiter d’un moment rare que l’on parcourt l’exposition organisée jusqu’au 8 avril au Petit Palais, dans une ambiance presque crépusculaire qui incline au recueillement.

Le Petit Palais, riche d’une collection de quelques 200 œuvres au pastel, en présente ici plus de 130. Ce faisant, il nous fait appréhender la diversité stylistique permise par cette technique, mais aussi l’extrême virtuosité qu’elle autorise.

Après l’âge d’or du pastel au XVIII° siècle (dont le portrait de la Princesse Radziwill par Elisabeth Vigée-Lebrun témoigne en début de parcours), les artistes du XIX°, surtout dans sa seconde moitié, se sont emparé de cette simple « boîte à craies », facile à transporter et peu coûteuse, pour s’exprimer dans les veines, aussi modernes fussent-elles, qui étaient les leurs.

Charles-Lucien Léandre, Sur champ d’or, 1897. Pastel. © Petit Palais / Roger-Viollet

On découvre ainsi, à côté de représentations naturalistes, telle La moisson de Léon Augustin Lhermitte, des œuvres impressionnistes (Berthe Morisot, Paul Gauguin, Edgar Degas pour ne citer que les plus connus) mais aussi symbolistes (Odilon Redon, Alphonse Osbert, Charles Léandre…). Toute une section est également dédiée aux portraitistes mondains comme James Tissot et Victor Prouvé.

A travers des artistes aussi différents, l’exposition montre l’extraordinaire pouvoir du pastel, que ce soit dans le fondu des couleurs et des éléments du paysage, la douceur de la lumière, le rendu des volumes, celui des chairs, au velouté incomparable, tout autant que des expressions (insondable regard de la Berthe de James Tissot, étonnante vigueur de L’Auto-portrait de Jean-Baptiste Carpeaux). Quant aux symbolistes, dont un remarquable ensemble d’Odilon Redon est ici réuni, ils semblent avoir trouvé dans le pastel un médium de prédilection : à eux la profondeur des couleurs, notamment violines et orangées, fondues entre elles, quand elles ne viennent pas accentuer les contrastes ombre / lumière, à eux le poudré des chairs d’oniriques créatures, le trait qui suggère plus qu’il n’affirme et ouvre la voie au mystère.

L’art du pastel de Degas à Redon

Petit Palais, Musée des Beaux-Arts de la Ville de Paris

Avenue Winston Churchill – 75008 Paris

Entrée 10 euros (TR 8 euros)

Du mardi au dimanche de 10h à 18h, nocturne le vendredi jusqu’à 21h
Jusqu’au 8 avril 2018
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Au musée d’Orsay, l’hommage de Valéry à Degas

Edgar Degas (1834-1917), Danseuse assiseEntre 1881 et 1883, Pastel sur papier marron contrecollé sur carton H. 62 ; L. 49 cm Paris, musée d’Orsay Legs de Gustave Caillebotte, 1894© RMN-Grand Palais (Musée d’Orsay) / Hervé Lewandowski

C’est une petite danseuse qui entre deux entre-chats vient se poser quelques instants sur une chaise et, penchée vers l’avant, se masse la cheville gauche. Le bras droit, replié sur le genoux semble prêt à donner l’impulsion pour un nouveau bond, alors que le dos est totalement courbé et le visage absorbé. Derrière l’énergie, on sent la fatigue, la douleur même, la tension, la brièveté de la pause.

Un dessin réalisé au pastel et signé Edgard Degas (1834-1917), dont on admire sans cesse la spontanéité, le cadrage photographique, la vivacité du trait. Une sensibilité et une efficacité dans la saisie des corps et des mouvements que le grand écrivain Paul Valéry (1871-1945) a merveilleusement louées.

Le poète sétois a entretenu avec le peintre parisien une intense amitié et une admiration qui l’ont conduit à concevoir un livre de dessins intitulé « Degas Danse Dessin », finalement publié par Ambroise Vollard en 1936, près de vingt après la mort de l’artiste.

Deux danseuses au repos Edgar Degas 1898 / Musée d’Orsay RMN

Le Musée d’Orsay nous propose, ce qui sera pour beaucoup une découverte, de parcourir cet ouvrage au fil d’une très belle exposition réunissant dessins et pastels de Degas, mots toujours ciselés de Valéry, et témoignages de l’amitié entre les deux hommes. Les œuvres de formation du peintre (splendides copies de classiques), son travail sur la danse (ses incomparables sculptures, dont la fameuse « Petites danseuse de quatorze ans » viennent compléter les œuvres graphiques) mais aussi sur le cheval raviront les amateurs de cet artiste inclassable. Cette présentation permettra aussi sans doute de mieux faire connaître le trait de plume de Paul Valéry, dont la singularité et la poésie sont toujours un régal : « Le cheval marche sur les pointes. Quatre ongles le portent. Nul animal ne tient de la première danseuse, de l’étoile du corps de ballet, comme un pur-sang en parfait équilibre, que la main de celui qui le monte semble tenir suspendu, et qui s’avance au petit pas en plein soleil. »

Degas Danse Dessin

Hommage à Degas avec Paul Valéry

Musée d’Orsay, Paris

Jusqu’au 25 février 2018

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Etre moderne, le MoMA à Paris

Paul Signac, portrait de Félix Fénéon (1890)

Voici l’une de ces expositions-panoramas comme on les aime. Avec une grande clarté, elle nous fait embrasser l’évolution de l’histoire de l’art depuis la naissance de l’art moderne jusqu’à la période la plus contemporaine. Visible jusqu’au 5 mars 2018 à la Fondation Louis Vuitton à Paris dans le 16° arrondissement, l’exposition nous fait voyager non seulement dans le temps mais aussi dans l’espace. Y sont effet réunis quelques 200 œuvres dont quantités de chefs d’œuvres, prêtées par le MoMA (New-York) à l’occasion des travaux  d’agrandissement qui l’emmèneront jusqu’en 2019.

Avec pour projet de retracer l’aventure du MoMA, le parcours occupe l’ensemble du bâtiment – toujours aussi étonnant ! – de Frank Gerhy. A côté du choix d’œuvres emblématiques de ses collections, à chaque étage des salles d’archives témoignent de l’histoire du musée. Est ainsi rappelé que sa naissance, en 1929 est due certes au génie de son premier directeur Alfred H. Barr Jr qui a fait des choix fort inspirés mais avant tout à la résolution de trois grandes collectionneuses et mécènes, Mary Quinn Sullivan, Lillie P. Bliss et Abby Aldrich Rockefeller.

Edward Hopper, « House by Railroad » (1925) ©MoMA, N.Y./Courtesy Fondation Louis Vuitton

La pluri-disciplinarité originelle du musée, qui n’est pas le moindre des marqueurs de sa modernité, est mise en évidence : du début du XX° siècle à aujourd’hui, se côtoient peintures, sculptures, photographies, films, installations, mais aussi design, architecture et musique.

L’entame du parcours, avec nombre d’œuvres européennes, est en quelque sorte un « retour à la maison » de celles-ci, bien souvent pour la première fois. Mais plus on avance, plus on s’élève dans les étages, plus l’horizon s’élargit et surgissent des découvertes. On s’envole vers les Etats-Unis en particulier bien sûr, mais aussi vers des Etats-Unis de plus en plus multiples, qui voient et célèbrent un art « noir » et des artistes féminines.

Un oiseau dans l’espace, Brancusi, 1928

C’est en se remémorant certains points de vue que la grâce, la variété et la richesse de l’ensemble apparaissent encore davantage. Ici l’Oiseau dans l’espace de Brancusi (1928), là la Roue de bicyclette de Marcel Duchamp (1913). Plus loin l’un des premiers films animés de Walt Disney (Steamboat Willie, 1928) et des photos de Walker Evans, Lisette Model et Diane Arbus. C’est avec beaucoup d’émotion que l’on voit ou revoit les tableaux du début du parcours, qu’il s’agisse du Meneur de cheval de Picasso (1905-1906) ou de la Maison près de la voie ferrée de Hopper, l’une des premières acquisitions du MoMA, ou encore du glaçant triptyque du peintre allemand Max Beckmann, Le Départ (1932 à 1935). Sur la période plus récente, on a envie de citer la fabuleuse carte des Etats-Unis de Jasper Johns, Map (1961), le vibrant Drapeau africain américain de David Hammons (1990), mais aussi le sobre 11 septembre de Gerhardt Richter.

Evidemment Cézanne, Klimt, Signac, Matisse, Derain, Picabia, Mondrian, Magritte, Dali, Pollock, Rothko, Warhol, Lichtenstein sont aussi au rendez-vous, mais l’une des œuvres qui restera le plus en mémoire est certainement celle qui clôt le parcours, tant par son originalité que par sa beauté : elle fait entendre une composition du XVI° siècle, Spem in alium numquan habui de l’anglais Thomas Tallis, chantée par quarante voix de la chorale de la cathédrale de Salisbury. Les micros sont ouverts en alternance et chacun est restitué sur un haut parleur. Le visiteur peut se placer au centre ou se promener pour suivre les différentes pistes, l’effet sera à chaque fois différent mais toujours aussi vibrant. Une splendeur.

Fondation Louis Vuitton

8 avenue du Mahatma-Gandhi – Bois de Boulogne – Paris

Métro Les Sablons – Ligne 1

Jusqu’au 5 mars 2018

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Au-delà des étoiles : le paysage mystique de Monet à Kandinsky

Vincent Van Gogh, Le semeur, 1888

L’expérience mystique ne se décide pas, elle vient d’elle-même ou elle ne vient pas. A découvrir la très belle exposition organisée par le Musée d’Orsay jusqu’au 25 juin, on s’aperçoit qu’elle a, du reste, du mal à être partagée.

Maurice Denis, La solitude du Christ, 1918

Les peintres, pourtant, au tournant du XX° siècle, à côté du développement du rationalisme, n’ont pas renoncé à essayer d’exprimer sur la toile les sentiments qu’ils ressentaient face à la nature. Une nature avec laquelle ils se sentaient en fusion ou dont ils percevaient les signes du sacré voire la possibilité d’une union avec le Divin : la nature représentée comme lieu d’interrogation et d’expériences spirituelles par « les chercheurs de l’intérieur dans l’extérieur », pour reprendre les mots de Kandinsky.

Maurice Denis, La dormeuse au Bois magique, 1892

Panthéistes, symbolistes, divisionnistes, impressionnistes, nabis, peintres européens y compris de l’Europe du Nord, peintres canadiens, l’exposition les réunit tous et en organise la visite en sept sections.

Énormément de chefs-d’œuvre et beaucoup de découvertes (en particulier venues du Canada, grâce au rapprochement avec l’Art Gallery of Ontario à Toronto) signent la réussite de ce parcours.

Vincent Van Gogh, Les oliviers, 1889

Qui aime la peinture et la nature ne peut que s’y délecter, mais peut aussi quitter l’exposition avec l’impression d’être passé en face de magnifiques représentations du paysage mais totalement à côté du thème.

Ferdinand Hodler, Le mont Niesen, 1910

Avec le recul on s’aperçoit que c’est certainement la dimension développée dans la première section – la contemplation de la beauté de la nature – qui peut animer toute la visite et qu’elle suffit parfaitement pour apprécier la totalité du parcours (excepté sa toute fin, sur le cosmos, dont les représentations sont peu convaincantes). L’expérience mystique quant à elle se vit sans doute davantage in situ, face à la nature notamment : la méditation de l’œuvre peinte pour l’éprouver apparaît dès lors illusoire. Il n’en reste pas moins que, vu la beauté du résultat, on sait gré à tous ces artistes d’avoir tenté de l’exprimer.

Tom Thomson, Le Vent d’Ouest, 1916-1917

Au-delà des étoiles : le paysage mystique de Monet à Kandinsky

Musée d’Orsay – Paris 7°

De nombreuses visites et des ateliers sont proposés : consulter le site du Musée d’Orsay

Jusqu’au 25 juin 2017

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Tokyo – Paris au Musée de l’Orangerie

Pablo Picasso (1881-1973), Saltimbanque aux bras croisés, 1923, Tokyo, Bridgestone Museum of Art, Succession Picasso 2017

C’est grâce aux travaux de réfection du musée Bridgestone de Tokyo que l’on peut voir à Paris, unique étape occidentale de l’exposition, quelques uns des chefs d’œuvre de la fondation Ishibashi. Initiée à partir de la fin des années 1930 par Shojiro Ishibashi (1889-1976), industriel enrichi et ouvert sur l’Occident pendant l’ère Meiji, la collection continuée par ses fils et petit-fils compte aujourd’hui plus de 2 600 pièces.

Organisé en six sections, le parcours commence et finit par des œuvres orientales mais a pour corps essentiel des productions européennes impressionnistes, post impressionnistes et « modernes ».

On débute ainsi avec l’européanisation de l’art nippon au tournant du XX° siècle, occasion d’admirer quelques peintures de l’époque yogâ (1), dont les magnifiques Eventail noir de Fujishima, ou encore les Paradis sous-marin et Présent à la mer de Shigeru Aoki. On termine avec des tableaux abstraits de l’après-guerre mis en parallèle avec des œuvres de Soulages, Hartung, Pollock.

Constantin Brancusi (1876-1957), Le Baiser, 1907-1910, Tokyo, Bridgestone Museum of Art, Don de Hiroshi Ishibashi, Mikiko Miyahara et Tomoko Ishibashi, 1998

Mais si l’exposition souligne d’abord l’influence de l’art occidental sur la peinture japonaise, l’influence de celle-ci sur les artistes européens n’est ensuite que discrètement évoquée. Elle est pourtant largement connue et parfois criante, au point qu’on en découvre ici de nouveaux reliefs. Face à la Montagne Sainte-Victoire de Cézanne, aussi bleue que majestueuse, comment ne pas penser aux 36 vues du Mont Fuji de Hokusai, malgré la différence de traitement qui les oppose ? Naturellement, on retrouve aussi les Nymphéas, qui ornaient le pont japonais de la résidence de Giverny de Monet, le pinceau simplifié et les aplats de Matisse et, plus surprenante, une Nature morte à tête de cheval de Gauguin, exécutée une fois n’est pas coutume chez lui dans un style pointilliste et sur fond d’éventail japonais.

Paul Cézanne (1839-1906), Cézanne coiffé d’un chapeau mou, vers 1890-1894, Tokyo, Bridgestone Museum of Art, Don de Shôjiro Ishibashi, 1961

Encore qu’ici ne soit pas l’intérêt principal de cette exposition qui annonce la célébration l’année prochaine des 160 ans des relations diplomatiques franco-japonaises. Son attrait réside dans les œuvres elles-mêmes et l’évidence avec laquelle elles cohabitent. A part les chanceux qui ont pu se rende à Tokyo, qui a pu découvrir tout à la fois ce saisissant Saltimbanque aux bras croisés de Picasso, cet autoportrait en pied de Manet, cette divine Toilette de Moreau, cet autoportrait d’un Cézanne vieillissant, dont le regard dissimule la pensée, l’hivernal mais chaleureux Potager au jardin de Maubuisson de Pissaro, le Saint Mammès et Les coteaux de la Celle de Sisley par un matin de juin (quelle lumière !).

Emile-Antoine Bourdelle (1861-1929), Pénélope, 1909

On aime aussi le formidable Don Quichotte de Daumier – convaincante incarnation du « héros » de Cervantès se rendant par les montagnes aux noces de Gamaches avec son fidèle Sancho -, la Belle-Ile de Monet baignée de flots turquoise copieusement arrosés, le splendide 07.06.85 de Zaouki de la dernière section, dans lequel on plonge aussi longuement.

Les sculptures ne sont pas en reste et justement valorisées : intraitable Pénélope de Bourdelle, Baiser de Brancusi, Buste de Diego de Giacometti… Comme beaucoup de tableaux, elles aussi témoignent soit d’une pointe de mélancolie soit d’une grande douceur. Et bien souvent les deux se mêlent pour constituer le fil conducteur de ce très bel ensemble.

Tokyo – Paris, Chefs d’œuvre du Bridgestone Museum

Collection Ishibashi Foundation

Musée de l’Orangerie

Jardin des Tuileries – Paris 1er

Jusqu’au 21 août 2017

Cette exposition est organisée par le musée de l’Orangerie et le Bridgestone Museum of Art, Collection Ishibashi Foundation, Tokyo

(1) Peinture yogâ : peinture moderne japonaise de style occidental

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