Le nouveau musée du parfum Fragonard

nouveau_musee_du_parfum_fragonard_parisIl existe depuis quelques mois à Paris un nouveau musée du parfum, installé dans les anciens locaux de feu le magasin de meubles anglais Maple, à deux pas du théâtre Edouard VII et du boulevard Haussmann.

C’est Fragonard, le célèbre parfumeur de Grasse dans les Alpes-Maritimes (où sont fabriqués ses parfums et où un musée est ouvert depuis longtemps) qui en est le fondateur et, si tout est fait pour préparer le visiteur à l’acquisition de quelques uns de ses célèbres essences, savons et autres bains parfumés adorablement présentés en fin de parcours, la visite guidée (et gratuite) réserve un très agréable et instructif moment.

Devant gravures et affiches anciennes, on commence par une petite introduction sur le passé mouvementé du bâtiment, où l’on apprend qu’il fut notamment, à la fin du XIX° siècle, un théâtre de variété puis un manège vélocipédique, c’est-à-dire un endroit pour apprendre à pédaler…

nouveau_musee_fragonard_flaconsPuis, dans une douce pénombre où brillent de riches vitrines, on admire près de 300 objets anciens, remontant l’histoire de la toilette, de la fabrication et de l’usage du parfum. Ce sont des aryballes de la Grèce antique, des brûle-parfums, des vases à khôl, de précieux nécessaires de toilette, des étiquettes recherchées, d’impressionnants alambics et bien sûr une extraordinaire collection de flacons, en particuliers du XVIII° siècle (très raffinés) à nos jours.

Evidemment, parmi les plus séduisants figurent les incomparables flacons en verre dessinés par René Lalique au début du siècle dernier. Recourant aux motifs végétaux et géométriques, cet extraordinaire « designer » a été un maître en son domaine, promoteur des lignes Art Nouveau puis Art Déco et hissant de luxueux objets du quotidien et d’ornementation au rang d’œuvres d’art.

musee_fragonnard_boutiqueL’histoire de la maison ne saurait être oubliée, où il est rappelé que c’est en 1926 qu’Eugène Fuchs a donné à l’ancienne parfumerie grassoise le nom de Fragonard, en hommage au peintre Jean-Honoré Fragonard originaire de la ville.

Enfin, le visiteur a droit à une petite initiation aux fondamentaux du parfum : qu’est-ce qu’un « nez », quelles sont les différences entre les « notes » (de tête, de cœur, de fond) d’un parfum, mais aussi les grandes familles de parfums (les hespéridés, les floraux, les chyprés, les boisés, les ambrés…). Exercice à l’appui, avec, dans la boutique, un moment réservé à la découverte de quelques uns des grands succès de la maison… A vos nez, prêts, partez !

Nouveau musée du parfum Fragonard

3-5, square de l’Opéra Louis-Jouvet – Paris 9ème

TLJ de 9 h à 18 h

Entrée libre avec visite guidée

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Les robes de Marcel Proust au Palais Galliera

greffulhe_par_ottoAu tournant du siècle la comtesse Greffulhe (1860-1952) régnait sur la vie mondaine et artistique parisienne. Elle fut immortalisée par Marcel Proust à travers le personnage de la duchesse de Guermantes dans La Recherche. D’où le titre de l’exposition à voir jusqu’au 20 mars : La mode retrouvée.

Elisabeth de Riquet de Caraman-Chimay reçoit une éducation cultivée, tournée vers les arts, notamment la musique. Son mariage avec le richissime vicomte Henry Greffulhe, d’un très grand intérêt financier pour cette jeune fille de haute lignée mais sans dot, fait d’elle une épouse trompée et délaissée.

La comtesse Greffulhe consacre alors son énergie et sa position sociale à la promotion des arts, en particulier en levant des fonds pour organiser concerts et ballets : Wagner, Fauré, Isadora Duncan, les Ballets russes de Diaghilev… Elle produit, promeut, monte des festivals, dirige les Chorégies d’Orange… Sa beauté – yeux noirs, allure élancée, taille de guêpe – alliée à son esprit fascinent et son salon est le plus couru de Paris.

worth_robe_byzantineExposées pour la première fois, ses robes témoignent de cet éclat. Si la comtesse poursuivait la plus grande élégance, celle-ci ne lui suffisait pas : il lui fallait en outre l’originalité. Son oncle Robert de Montesquiou raconte : « Elle se faisait montrer, chez les couturiers en renom tout ce qui était en vogue ; puis quand elle devenait certaine que fut épuisé le nombre des élucubrations fraîchement vantées, elle levait la séance, en jetant aux faiseurs, persuadés de son édification et convaincus de leur maîtrise, cette déconcertante conclusion : “Faites-moi tout ce que vous voudrez… qui ne soit pas ça !” ».

Le parcours s’articule dans les cinq espaces du palais Galliera. Dans le salon d’honneur, une lettre de Marcel Proust ébloui par le comtesse adressée à Robert de Montesquiou accueille le visiteur, qui voit  se déployer autour de lui de spectaculaires créations signées Worth, Vitaldi Babani ou Fortuny : « cape russe », « tea-gown » coupée dans tissus de velours ciselé bleu foncé et vert d’inspiration Renaissance, « robe byzantine » en taffetas lamé bordée de zibeline portée à l’occasion du mariage de sa fille…

nina_ricci_ensemble_soir_La grande galerie présente une série de robes du soir à se pâmer. Nina Ricci, Jenny, Jeanne Lanvin… beaucoup de noir et d’ivoire ; légèreté, souplesse, drapé, tombé : tout est infiniment recherché, travaillé. Des accessoires sont à voir dans la petite galerie est : admirez la finesse des broderies ornant les gants, les pochettes à lingerie et les bas. Côté ouest, des photographies de la comtesse (notamment de Otto et Paul Nadar)  permettent de se rendre compte de son allure et de son sens de la mise en scène.

Enfin, on termine en apothéose dans la salle carrée, avec une robe du soir en velours noirs sur laquelle sont appliqués des motifs de lys, emblème de la comtesse Greffulhe depuis que Robert de Montesquiou l’avait dans un poème comparée à cette royale fleur : « beau lys d’argent aux yeux de pistils noirs… ». A la fin de sa vie, l’auteur de La Recherche courait encore après la photo la montrant dans sa divine robe.

La mode retrouvée, Les robes trésors de la comtesse Greffulhe

Palais Galliera

10, avenue Pierre 1er de Serbie – Paris 16°

Du mardi au dimanche de 10 h à 18 h, nocturne le jeudi jsq 21 h

Entrée 8 euros, gratuit pour les – de 18 ans

Jusqu’au 20 mars 2016

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L'esprit et la main et le bivouac de Napoléon à la Galerie des Gobelins

mobilier_national_esprit_et_mainVous avez jusqu’au 13 décembre pour profiter de cette double exposition proposée par le Mobilier National dans sa majestueuse Galerie des Gobelins à Paris.

Deux exposition en une, donc, mais organisées dans le même objectif de montrer l’excellence française dont le Mobilier National est un représentant.

La partie la plus inédite est L’esprit et la main qui, pour la première fois, montre au public l’envers du décor du Mobilier National : les ateliers de restauration. Au nombre de sept, ils sont la perpétuation d’un savoir-faire ancestral et indispensable au service du mobilier de l’Etat, qu’il soit multi-séculaire ou contemporain.

Ateliers de tapisserie de décor, de tapisserie d’ameublement, de menuiserie, ateliers de restauration en ébénisterie, en lustrerie-bronze, en tapisserie et enfin en sièges : l’ensemble des composantes de ce riche « patrimoine immatériel » sont ici réunies.

Le visiteur découvre dans chacun de ces sept espaces d’ateliers, à travers les matériaux, outils, œuvres exemplaires achevées et ouvrages en cours, comment travaillent ces techniciens d’art. A certaines heures, ceux-ci sont présents et l’on peut alors échanger avec eux et écouter leurs explications passionnées. Des films ponctuent le parcours et, avis aux amateurs et appel aux vocations, les formations dispensées au Mobilier National sont évoquées, puisqu’il faut penser à la transmission de cette excellence dans le travail du textile, du bois et du bronze pour préparer l’avenir et assurer la conservation et l’enrichissement des biens mobiliers de la République…

bivouac_napoleonL’autre exposition est une riche illustration des travaux du Mobilier National, puisqu’elle présente le bivouac de Napoléon, dont la restauration a été réalisée dans ses ateliers.

Comme on sait, Napoléon Ier passait beaucoup de temps en campagne et en voyage. A cet effet, il bénéficiait de toute une organisation qui reproduisait pour partie l’étiquette impériale, dont l’ingéniosité mais aussi le raffinement sont ici manifestes. Nécessaires de toilette, lampes, services de table, meubles pour travailler, pour se reposer… tout devait être aisément transportable. Entre luxe et simplicité, entre souci de représentation et nécessité de formats modestes, ces meubles et objets venaient joliment se ranger dans de précieux étuis et malles. Le clou de l’exposition est bien sûr la restitution du bivouac, c’est-à-dire du mobilier de camp sous la toile de tente à l’époque du Premier Empire. L’ensemble sous un splendide ciel étoilé… Lit pliant (le fameux « lit parapluie » inventé par le serrurier Desouches et que Napoléon adopta résolument, jusqu’à sa mort à Saint-Hélène), fauteuil, tabouret, bureau, flambeau, tapis, toile de Jouy de la tente… tout y est !

D’autres éléments complètent ce voyage dans le temps, comme de somptueuses pièces du service particulier de l’Empereur en porcelaine de Sèvres (celui-ci ne servait pas aux campagnes militaires, au cours desquelles il utilisait un simple service en argent), un nécessaire de voyage dit « porte-manteaux », une lampe portative issue de l’atelier du bronzier Tomir, dans oublier des tableaux montrant Napoléon Ier in situ…

Un bel et cohérent ensemble qui s’articule de la manière la plus harmonieuse qui soit avec l’exposition L’esprit et la main, en un parcours très élégamment scénographié sur les deux niveaux de la galerie.

L’esprit et la main, héritage et savoir-faire des ateliers du Mobilier National

Le bivouac de Napoléon, luxe et ingéniosité en campagne

Galerie des Gobelins

42, avenue des Gobelins – Paris 13°

TLJ sauf le lundi, de 10 h 18 h

Visites conférences le samedi à 14h30 et à 16h

Jusqu’au 13 décembre 2015

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Daum, Variations d'Artistes

Arman, L'âme de Vénus, pâte de cristal et or (2009), pâte de cristal et argent (2008)
Arman, L’âme de Vénus,
pâte de cristal et or (2009), pâte de cristal et argent (2008)

Art et artisanat se tiennent la main sur la butte Montmartre, grâce à l’exposition visible à l’Espace Dalí jusqu’au 3 janvier 2016.

Y sont présentées des créations de la maison Daum imaginées par des artistes célèbres depuis les années 1960. Le premier d’entre eux est bien sûr l’hôte des lieux : Salvador Dalí, dont la première rencontre avec le maître-verrier nancéien eu lieu en 1968. Au cours de vingt années de collaboration et d’amitié entre l’artiste catalan et Jacques Daum, vingt-et-une œuvres furent élaborées. On les découvre à l’espace Dalí, voisinant avec celles d’autres artistes de la période récente et contemporaine tels César, Arman, Ben, Richard Texier, Jérôme Mesnager

Chacune d’elles témoigne d’un mariage réussi entre la tradition (la création artisanale à base de pâte de verre, dont le rendu a évolué avec la mise au point de la pâte de cristal, plus douce) et la modernité. Pour comprendre leur genèse, peut-être faut-il remonter aux débuts de la cristallerie de Nancy née en 1878. Dès 1893 en effet, Antonin, fils du fondateur Jean Daum, créé un département d’art : il sera fer-de-lance dans le développement de l’Art Nouveau, qui avait pour dessein d’abolir les frontières entre art et artisanat. Daum s’associe alors avec Majorelle ou encore Henri Bergé. A partir des années 1920, les lignes se simplifient, le verre se givre : c’est le style Art Déco qui commence à se déployer. La pâte de cristal (par ajout de plomb dans la composition du verre) permet d’obtenir cette matière claire et épaisse qui peut prendre des formes et des couleurs extrêmement variées, et qui est aujourd’hui encore la marque de reconnaissance des création de la belle maison lorraine.

Salvador Dalí, Porte-manteau montre, 1971
Salvador Dalí, Porte-manteau montre, 1971

Au fil des différentes sections qui jalonnent l’agréable déambulation, on aime perdre ses repères devant des œuvres qui semblent hors du temps, impression que la pâte de verre, matériau ancien, imprime fortement aux sculptures, y compris surréalistes.

Il faut dire que les artistes exposés ont largement puisé leur inspiration dans la mythologie (cf. le Pégase et le Cyclope de Dalí, l’ensemble de Venus de Milo de Arman et de Dalí ) et dans la nature (impressionnant regroupement intitulé « La nature transfigurée »).

Les couleurs, d’une audace folle, sont quant à elles à ranger plutôt du côté de la modernité. Ce sont des jaunes et des verts acides, des bleus turquoise ou Klein, des rouges et des roses profonds… Le tout magnifiquement éclairé (le contraire eût été dommage : la pâte de verre est tellement sensible à la lumière !) dans cet espace intimiste et un peu décalé joliment situé, qui justifie pleinement la volée de marches à expédier pour y accéder…

Daum, Variations d’Artistes

Espace Dali

11 rue Poulbot – 75018 Paris

Ouvert TLJ de 10h à 18h

Entrée : de 5,5 à 11,5 €

Jusqu’au 3 janvier 2016

 

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Yves Saint Laurent 1971, la collection du scandale

affiche_exposition_yves_saint_laurent_1971C’est une collection si séduisante – si immédiatement séduisante – que l’on a d’abord du mal à comprendre pourquoi elle scandalisa les clientes et la presse lors de sa présentation  le 29 janvier 1971 dans les salons des ateliers Saint Laurent de la rue Spontini dans le 16ème arrondissement.

Dur à comprendre aujourd’hui effectivement : cette collection printemps-été 71, sur laquelle l’exposition de la Fondation Pierre Bergé Yves Saint Laurent est exclusivement concentrée, a connu dans sa déclinaison en prêt-à-porter un grand succès public. Autrement dit, ce que le petit monde de la haute couture (riche clientèle, journalistes français et étrangers) avait conspué, les femmes de la rue se le sont approprié : une mode qui avait de l’audace, du chien et du glamour. Depuis, l’esprit de ces modèles n’a cessé d’être réinterprété… Alors forcément, quand on arrive après « l’histoire », quand l’œil a eu des décennies pour s’habituer à ce qui faisait révolution quelques 40 ans auparavant, on voit davantage l’évidence que le côté scandaleux de l’affaire !

Robes courtes, coupes osées, couleurs criardes, motifs provocants, cette collection avait bien des raisons de heurter le bon goût bourgeois. Pour l’essentiel, la première est qu’elle semblait s’inspirer davantage des femmes de petite vertu que des femmes du monde. La deuxième tient dans ce qu’elle rappelait furieusement l’allure des femmes sous l’Occupation (ourlet au genou, coupes ajustées, talons compensés, maquillage voyant), souvenir sombre encore trop vivace à l’époque. Et naturellement ces deux raisons se réunissaient aux yeux de certains, qui voyaient dans la femme « Saint Laurent » de l’été 1971 l’image de celle qui par ses charmes collabora avec l’occupant allemand.

Yves Saint Laurent entouré de ses mannequins dans son jardin rue de Babylone, Paris 6ème. 1971.
Yves Saint Laurent entouré de ses mannequins dans son jardin rue de Babylone, Paris 6ème. 1971.

Ici exactement se révèle la révolution du couturier : celle d’avoir inventé le vintage. Tandis que Courrèges et Cardin jouaient les futuristes, Saint Laurent revisitait le passé. Sa collection 1971 (il n’en nommait lui-même aucune) fut d’ailleurs baptisée « Collection 40 ». Depuis lors, comme on sait, la plupart des créateurs n’ont plus fait que cela : rejouer sans fin les gammes des décennies précédentes…

Resserrée, l’exposition à voir à la Fondation jusqu’au 19 juillet prochain n’en est pas moins riche : 28 modèles sur les 84 que comptait la collection y sont présentés, accompagnés de l’ensemble des 84 planches de collection reproduites à grande échelle sur les murs (outre le croquis, y figurent toutes sortes d’indications, notamment les échantillons de tissus dans lesquels la pièce sera réalisée), de croquis originaux, de photos de presse et de défilé, ainsi que d’extraits de films bien sûr.

Cette approche multiple est passionnante. On peut ainsi commencer par découvrir le croquis d’un modèle, puis la photo du vêtement fini porté par un mannequin, puis la pièce elle-même en vrai (avec sa planche de collection en grand sur le mur juste derrière), et enfin le voir en mouvement dans un film de défilé ou de présentation. C’est là qu’on réalise qu’un vêtement a beau être splendide en tant que tel, rien ne vaut le voir porté, « vivre » avec une femme pour l’apprécier pleinement.

Si l’on a du mal à s’imaginer avec le large manteau de renard vert (qu’il est court en plus !) sur les épaules, ni avec certaines robes trop audacieuses, bien des modèles sont éminemment désirables, tels d’impeccables tailleurs-pantalons larges aux coupes à tomber (et oui, c’est Saint Laurent, quand même !), ou de charmantes robes longueur genoux toutes fluides, faites pour bouger et pour vivre, chaussures à talon compensé joliment attachées à la cheville pour arpenter le pavé d’un pas assuré, plein d’allant et décomplexé. Merci Saint Laurent, qui avec sa collection re-baptisée aussi « Occupation » aura finalement, à sa manière, œuvré pour la libération de la femme…

Yves Saint Laurent 1971, la collection du scandale

Fondation Pierre Bergé-Yves Saint Laurent

3, rue Léonce-Reynaud – Paris 16ème

TLJ sauf le lundi, de 11 h à 18 h

Jusqu’au 19 juillet 2015

 

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Dolce Vita ? Du Liberty au design italien. Musée d'Orsay

"Coupe des mains" en verre "laguna" et verre ivoire, de Tomaso Buzzi © ENRICO FIORESE - GALERIE ANAGAMA - GRAND PALAIS
« Coupe des mains » en verre « laguna » et verre ivoire, de Tomaso Buzzi © ENRICO FIORESE – GALERIE ANAGAMA – GRAND PALAIS

Au tournant du XX° siècle, à l’instar des beaux-arts, les arts décoratifs ont connu leurs révolutions. A Bruxelles et en France, ce fut l’Art Nouveau, en Angleterre, l’Arts & Crafts, à Vienne, la Sécession, en Italie, le Liberty.

La première salle de la riche exposition que le musée d’Orsay consacre aux arts décoratifs italiens du premier XX° siècle nous fait plonger directement au cœur de ce fameux mouvement Liberty.

Son programme : comme l’Art Nouveau, lignes sinueuses, motifs végétaux et formes zoomorphes. C’est d’ailleurs une vraie ménagerie : meubles couverts de parchemin que Carlo Bugatti a présentés lors de la première Exposition internationale des Arts décoratifs modernes en 1902 à Turin, dont une étonnante chaise en forme d’escargot, pièces d’orfèvrerie du même Bugatti dont un seau à glace orné de batraciens, sculpture Les Serpents du ferronnier Alessandro Mazzucotti. Côté végétal, un adorable ensemble bureau/coiffeuse-chaise en noyer de Quarti, en noyer incrusté de fils de laiton et de nacre. L’humeur est joyeuse ; les tableaux de l’époque le confirment, où les peintres divisionnistes Previati, Da Volpedo ou encore Segantini, de leur palette claire, imaginent des scènes d’inspiration symboliste où femmes et enfants s’unissent et dansent dans une nature lumineuse, aérienne et amie.

Mais la Sécession viennoise infuse aussi bien sûr la production italienne. En témoignent les somptueux tableaux de Bonazza, longtemps actif à Vienne (La Légende d’Orphée), ou encore du verrier-touche-à-tout Vittorio Zecchin (Le mille e una notte, réalisé pour l’hôtel Terminus à Venise).

Le principe de rapprochement de l’art décoratif et de l’art pictural est maintenu tout au long des cinq sections qui articulent la présentation chronologique. Autour de quelques 160 œuvres, le visiteur parcourt l’Italie – encore toute neuve nation unifiée – des années 1900 aux années 1930.

Frederico Tesio (1869-1954), Bureau et Fauteuil, 1898 Chêne marqueté d’ébène © Musée d’Orsay, dist. RMN-Grand palais / Patrice Schmidt
Frederico Tesio (1869-1954), Bureau et Fauteuil, 1898 Chêne marqueté d’ébène © Musée d’Orsay, dist. RMN-Grand palais / Patrice Schmidt

Les mouvements s’entrechoquent : dès les années 1910, le mouvement Futuriste voit le jour. Ode au dynamisme et à la modernité, il se manifeste d’abord en peinture, avec Gino Severini notamment : sa Danseuse articulée, peinture avec éléments mobiles actionnés par des chaînes, en est l’illustration littérale. Son Rythme plastique du 14 juillet, qui déborde jusque sur le cadre est un convaincant exemple de traduction du mouvement en peinture pure. Le Futurisme gagnera ensuite le domaine des arts décoratifs (voir le décoiffant service à café de Giacomo Balla).

A partir des années 1920, dans les suites de la Première Guerre mondiale, si un peu partout en Europe l’art opère un « retour à l’ordre », ce mouvement n’en est pas moins créatif. On le voit en Italie, en peinture avec les œuvres « métaphysiques » de De Chirico, où les références à la culture classique se mêlent à la trivialité dans un esprit de surprise et de poésie, celles de Morandi (très belle Nature morte), Casorati, qui réalise des meubles d’une austérité telle qu’elle en fait le précurseur des « fonctionnalistes » de la décennie suivante. On découvre une jolie illustration de cette veine en arts appliqués, avec une Coupe des mains en verre « laguna » rose rehaussé à la feuille d’or : drôle d’objet, fin, aérien, presque littéraire avec ses mains sorties de nulle part.

Umberto Bellotto et Atelier de Guiseppe Barovier Vase « Plume de paon », vers 1914, Verre de Murano et fer forgé, 55 cm (haut.), Paris, Musée d’Orsay © Musée d’Orsay Dist. RMN-grand Palais / Patrice Schmidt
Umberto Bellotto et Atelier de Guiseppe Barovier Vase « Plume de paon », vers 1914, Verre de Murano et fer forgé, 55 cm (haut.), Paris, Musée d’Orsay © Musée d’Orsay Dist. RMN-grand Palais / Patrice Schmidt

Le Classicisme moderne, s’il a eu pour funeste destin d’être dans le goût des Fascistes, a donné lieu à de splendides créations. Notamment celles de Gio Ponti, qui revisite les plats et vases grecs avec décalage et humour, sans rien concéder à l’esthétique. Nous sommes encore dans les année 1920, mais on comprend pourquoi, quelques 25 ans plus tard, Ponti a trouvé en Fornasetti un fructueux complice. A la visite de cette exposition, c’est tout le terreau dans lequel Fornasetti est venu développer son grain de folie que l’on hume avec délices.

La dernière section est naturellement dédiée au Rationalisme dans la veine de Le Corbusier. Métal, formes « utiles », possibilité d’industrialiser la fabrication, on connaît tout cela. Mais ici, la fantaisie et le chic transalpins font sensation : on adore ce fauteuil dit Télésiège qui, accroché à une mezzanine, faisait office de balancelle d’intérieur (à une place !). A ses pieds, il y avait, paraît-il, quelques dalles de faux gazon… Un air de dolce vita en somme, que le contexte si sombre des années 1910 à 1930 en Italie ne laisse pas d’interroger, tant les créations de l’époque sont osées, enjouées, débordantes d’imagination et d’humour.

Dolce Vita ? Du Liberty au design italien (1900-1940)

Musée d’Orsay

1 Rue de la Légion d’Honneur – Paris 7°

Tous les jours sf le lundi de 9h30 à 18h, jeudi de 9h30 à 21h45

Jusqu’au 13 septembre 2015

 

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Piero Fornasetti : la Folie pratique. Musée des Arts décoratifs

arts_deco_fornasettiDes meubles, des assiettes, des porte-parapluies, des plateaux, des foulards, des paravents, des papiers peints… vous verrez tout cela, et mille encore, dans le nef du musée des Arts décoratifs à Paris où, jusqu’au 14 juin 2015 est présentée la première rétrospective consacrée à Piero Fornasetti en France.

Né en 1913, mort en 1988, le Milanais Piero Fornasetti fut un immense designer et décorateur du XX° siècle, inclassable et reconnaissable entre tous. La plus célèbre de ses créations est une série d’assiettes sur lesquelles s’étale en noir et blanc et en gros plan un visage rond et féminin : celui de la soprano Lina Cavalieri, qu’il a décliné en quelques 350 versions.

Si ce motif est typique du style de Fornasetti – l’imprimé, le noir et blanc -, il est loin de le résumer. La grande salle exclusivement dédiée aux plateaux dans l’exposition est à cet égard emblématique de la variété de ses motifs : architecture, fleurs, feuillages, couverts, oiseaux, poissons, serpents, instruments de musique, personnages de carnaval ou de troubadours issus de gravures anciennes… Tout y passe, le créateur – qui était tout à la fois dessinateur, imprimeur, sculpteur – semblait trouver l’inspiration aussi bien dans les sujets nobles (reliefs de l’Antiquité romaine, dessins d’architectures de Palladio, figures mythologiques…) que dans les plus triviaux (voir le foulard quadrillé de canes, qui fait ressembler l’ensemble à une tuyauterie géométrique…).

Il collectionnait avec soin les motifs trouvés dans les livres, catalogues etc. , les retravaillait et enfin tentait tout ce qu’il est possible de faire en matière d’imprimés et de supports (papier, céramique, verre, cuivre, textile). Habile autant avec le noir et blanc que les couleurs, qu’il choisissait fort belles (vert presque émeraude, rouge amarante, turquoise, beige or…), il savait faire claquer un point de rouge sur du noir et blanc, l’or sur le blanc, les bouquets multicolores sur fond noir.

como-palladianaThèmes, couleurs, motifs eux-mêmes, à plein de moments on pense à la Renaissance italienne. Pour autant, Fornasetti appartient aussi à son siècle. Il n’y a qu’à voir les meubles qu’il a décorés, dessinés par Gio Ponti, avec qui il commença à collaborer dès le début des années 1950. Inspirés du modernisme, ils présentent des formes épurées et légères, une certaine simplicité. Mais évidemment, l’omniprésence du motif ne place pas ces magnifiques cabinets et commodes dans la droite ligne moderniste du XX° qui a plutôt cherché à éliminé le décor au profit de la fonction.

Loin de cette austérité-là, les pièces de décor, les assiettes, les foulards de Fornasetti nous emmènent au contraire dans un univers où règnent le trompe-l’oeil, la fantaisie et l’imagination. La mise en scène de l’exposition à Paris (présentée à Milan en 2013) met merveilleusement en relief cette richesse créative, cette audace, ce goût du jeu, de l’érudition et du beau. Même le petit film, qui n’explique rien mais montre tout sur un rythme trépidant, est une réussite. Quant à la dernière salle, elle montre que Barnaba Fornasetti veille à perpétuer l’œuvre de son auguste père. Il a mille fois raisons, tant ce patrimoine-là semble inépuisable.

 

Piero Fornasetti : la Folie pratique

Musée des Arts décoratifs

107, rue de Rivoli – Paris 1er

Tél. : +33 (0)1 44 55 57 50
Métro : Palais-Royal, Pyramides ou Tuileries
Bus : 21, 27, 39, 48, 68, 69, 72, 81, 95

Du mardi au dimanche de 11 h à 18 h, le jeudi nocturne jusqu’à 21 h

Jusqu’au 14 juin 2015

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Au temps de Klimt, la Sécession à Vienne. Pinacothèque de Paris

Gustav Klimt Judith 1901 Huile sur toile 84 x 42 cm  © Belvédère, Vienne
Gustav Klimt
Judith
1901
Huile sur toile
84 x 42 cm
© Belvédère, Vienne

Près de dix ans après l’exposition événement Klimt, Schiele, Moser, Kokoschka au Grand Palais, la Pinacothèque de Paris nous donne l’occasion de replonger dans l’aventure fascinante de la Sécession viennoise.

Si l’artiste majeur que fut Gustav Klimt (1862-1918) dans ce mouvement qu’il a co-fondé en 1897 est mis en avant à travers une vingtaine d’œuvres picturales, c’est toute l’histoire et les différentes facettes de la Sécession qui sont retracées ici.

Pas moins de 180 œuvres ont été réunies, pour l’essentiel venues du musée du Belvédère de Vienne (dont le conservateur Alfred Weidinger assure le commissariat), mais également de collections privées.

Les débuts de Klimt, fils d’orfèvre et élève de l’école des Beaux-Arts, qui reçoit très vite des commandes publiques, s’inscrivent dans le courant de la peinture d’histoire conformément au goût de l’époque. Mais le projet qu’il conçoit pour le grand hall de l’Université de Vienne, Philosophie, Justice et Jurisprudence, rencontre l’hostilité des commanditaires, heurtés par le naturalisme des scènes et des nus représentés. Le peintre se détourne alors définitivement de l’académisme et fonde la Sécession. Celle-ci se dote d’un lieu d’exposition, le Palais de la Sécession, sur le fronton duquel on peut lire sa devise : « A chaque époque son art, à chaque art, sa liberté ». Mais ce qui est haï à Vienne ne l’est pas forcément à Paris : lors de l’Exposition universelle de 1900, le projet de décor de Klimt pour l’Université de Vienne est récompensé de la médaille d’or…

De lui, on retient avant tout ses frappantes représentations de figures féminines, souvent ambiguës, entre femmes fatales et femmes fragiles, dont le pouvoir de séduction est vu comme un danger. Pile dans cette veine, la très sensuelle Judith, présentée à la Pinacothèque. Autre œuvre majeure du peintre viennois, la Frise Beethoven, reproduite ici à son échelle monumentale originale.

Pour autant, on ne saurait réduire la Sécession viennoise à Gustav Klimt. Les liens avec les artistes de l’Empire d’Autriche émigrés à Paris à la fin du XIX° sont ainsi soulignés, notamment à travers le Tchèque Alphons Mucha.

L’importance du développement des arts décoratifs, à partir de la création, en 1903, des Ateliers viennois par Josef Hoffmann et Koloman Moser est brillamment illustrée. Meubles (fauteuils et tables en particulier), bijoux (superbes broches dessinées par Hoffmann) et céramiques (très jolie série de statuettes blanches de Mickael Powolny) ponctuent le parcours, rappelant la volonté des artistes de la Sécession de mettre les arts décoratifs et les beaux arts sur un pied d’égalité.

Une très belle section est dédiée aux paysages, que ce soit en peinture, dans un style qui emprunte tour à tour ou tout à la fois au romantisme, au symbolisme et à l’impressionnisme (Mediz-Pelikan et Moser notamment), ou en photographie, avec les œuvres pictorialistes de Khün.

Heinrich Khün que l’on retrouve avec plaisir dans la salle suivante où sont exposés les portraits. Sous l’influence de la pensée psychanalytique élaborée par Freud, les artistes viennois ambitionnent de représenter la nature intime des êtres. Le résultat en est très émouvant, sans doute grâce à la façon très évocatrice qu’ont Klimt en peinture ou Khün en photographie de saisir la profondeur d’un regard ou le naturel de la posture d’un corps.

Héritage de la Sécession viennoise, l’expressionnisme clôt cette riche exposition à travers quelques œuvres de Moser, Kokoschka ou encore de Schiele. On mesure alors le chemin parcouru par les artistes à Vienne en une vingtaine d’années à peine…

 

 

Au temps de Kilmt, la Sécession à Vienne

Pinacothèque de Paris

8, rue Vignon – Paris 9°

M° lignes 8, 12 et 14

Jusqu’au 21 juin 2015

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A table pour la nouvelle année !

a_table_gobelinsL’aménagement des appartements de l’Elysée pour le président Georges Pompidou en 1971 signé Pierre Paulin, celui du ministère des Finances flambant neuf à Bercy en 1989, œuvre d’Isabelle Hebey et d’Andrée Putman, ou encore l’ameublement de l’ambassade à Washington par Jean-Michel Wilmotte en 1985 : ce ne sont que trois exemples parmi les quelques six cents réalisations issues de l’Atelier de Recherche et de Création (ARC) du Mobilier national. Fondé en 1964 par André Malraux, alors ministre des Affaires culturelles, avec la mission de promouvoir la création contemporaine dans la commande d’Etat, l’ARC a fêté ses cinquante ans d’existence en 2014. Pour célébrer ce bel anniversaire, la Galerie des Gobelins réunit une cinquantaine de pièces de mobilier dessinées par les designers les plus prestigieux de ces dernières décennies.

Puisque tout ne peut être montré, le choix a été fait de se concentrer sur les tables. Logique, s’agissant de l’ameublement de pièces où on est censé travailler. Une exception toutefois à ce programme studieux : la méridienne imaginée par César en 1968, restaurée pour l’occasion et montrée dans le Salon carré de la Galerie. Reconnaissons toutefois qu’elle ressemble davantage à une sculpture qu’à une banquette appelant au repos…

Non contente de mettre en valeur ces superbes pièces de design destinées à garnir les palais de la République, la Galerie des Gobelins les inscrit également dans l’histoire (longue) du Mobilier national. En effet, c’est au pied de tapisseries et cartons de tapisseries des XVII° et XVIII° siècles qu’elle les a exposées. Choix audacieux qui créé un choc des époques aussi inattendu que réjouissant. On ne sait exactement pourquoi, mais le mix fonctionne à merveille. Peut-être en vertu du bon vieux principe de la complémentarité. Motifs, teintes, supports, matériaux… si, des tentures de laine, soie et fils d’or du Grand Siècle aux tables brillantes aux lignes épurées du XXI°, de l’eau a coulé sous les ponts, chaque œuvre est formidablement mise en lumière par son contraire qui la voisine. Mais ces créations ont aussi un point commun : celui d’être animées par le souci de perpétuer une certaine excellence dans l’ameublement et les arts décoratifs français.

Au rez-de-chaussée, on admire ainsi des tables de réunions plus majestueuses les unes que les autres, à commencer par celles de Christian Ghion (2010), toute noire et en fibre carbone et de Matali Crasset (2009) en sycomore et cuir. Un peu plus loin, dans un style fort différent et de trente ans leur cadette, la table cathédrale en verre et aluminium de Pierre Paulin n’a pas pris une ride. A l’étage, on découvre d’abord des bureaux, tel celui, arrondi, en ébène et métal chromé et doré d’Elisabeth Garouste (1998) ou encore une table transformable en acier, laiton, châtaigner et cuir de Claude et François-Xavier Lalanne (1983). Puis viennent les consoles et les tables basses (toujours au milieu des vénérables tapisseries Louis XIV), signées Elisabeth Garouste, Andrée Putman… Les couleurs, les lignes et les matières, habilement éclairées, claquent comme par enchantement : l’ensemble a un air de réveillez-moi-tout-ça parfait pour démarrer l’année avec audace et enthousiasme. Allez, à table, très belle et heureuse année 2015 !

A tables avec le Mobilier national !
42 avenue des Gobelins, Paris 75013
Tous les jours de 11h à 18h

Tarifs : entrée 6 €, tarif réduit 4 €
Jusqu’au 18 janvier 2015
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Sept ans de réflexion. Musée d'Orsay

sept_ans_reflexion_orsayOn tient sans doute ici « l’Exposition de l’hiver » 2014-2015 à Paris. Voyez cela : 180 chefs d’œuvres parmi les quelques 4000 pièces entrées dans les collections du musée d’Orsay depuis 7 ans, c’est-à-dire depuis le début de la présidence de Guy Cogeval. Cinq raisons – au moins – de s’y précipiter.

1. Ce ne sont que des œuvres de haut vol. Parmi toutes celles acquises ou reçues par le musée depuis 2008, sont ici présentées quelques unes des plus belles et/ou des plus rares. Juste dans la première salle, consacrée aux peintres Nabis et garnie de mobiliers de la même période, on tombe en amour devant un superbe paysage de Bonnard (La Symphonie pastorale), placé au-dessus d’une splendide commode de Clément Mère, toute simple, toute légère, dont les lignes géométriques annoncent les développements à venir en matière d’art décoratif. Un deuxième Bonnard, adorable Ballet voisine avec une bergère de Ruhlmann qui déjà en 1914 préfigurait les lignes de l’Art Déco. Vallotton, avec un hilarant Toast (tout le monde dort autour de la table), Denis, Majorelle, Ranson sont aussi de la partie.

On retrouvera Maurice Denis plus loin avec, en pied, le Portrait d’Yonne Lerolle en trois aspects, une fierté du musée et on comprend pourquoi : tonalités pastel, sensualité des traits, jardin d’Eden, tout n’est que douceur dans ce grand tableau de la toute fin du XIX°.

2. La sélection est très variée et traduit l’interdisciplinarité propre au projet du Musée d’Orsay depuis le début, tout en couvrant l’ensemble de sa période dédiée (1848-1914) : peintures, arts graphiques (dessins, pastels…), sculptures, photographies, dessins d’architecture, arts décoratifs. Une période fort riche dans tous ces domaines, et plus encore quand on se tourne, comme le fait le Musée, vers les créations de toute l’Europe.

3. C’est ainsi que l’on découvre des pans entiers jusqu’ici assez peu connus et présentés. Deux salles sont à cet égard particulièrement remarquables. D’abord celle consacrée aux œuvres des pays de l’Est et du Nord de l’Europe (Allemagne, Autriche, Finlande, Norvège et Suède), où l’on admire aussi bien une grande toile de Lentz, peintre co-fondateur de la Sécession, offerte par la Société des Amis du musée d’Orsay, qu’une magnifique chaise de Moser (Sécession viennoise quand tu nous tiens) ou encore d’originales pièces d’orfèvrerie venues de l’Allemagne du début du XXème. Une autre salle est dédiée à l’art et au design (avant qu’on appelle cela comme ça) italiens : les découvertes y sont encore plus belles. On est épaté par la modernité des meubles, signés Tesio ou Quarti, par la créativité des pièces de table en argent de Bugatti, par l’audace d’une étonnante Scène de fête au Moulin-Rouge de l’Italien Boldini ou d’un symboliste Le Mille et una notte de Zecchin.

4. En visitant l’exposition, on comprend mieux la politique d’enrichissement du Musée. C’est-à-dire, comment elle se fait : par acquisition (grâce à un budget propre prélevé sur 16 % des droits d’entrée du musée), par dons et legs (ils sont parfois impressionnants), par dation en paiement enfin (quand un particulier paie des droits de succession en nature, en remettant une œuvre). Mais on apprend aussi comment les choix sont opérés : faire entrer une pièce dans le musée, c’est engager les générations futures. Alors il faut réfléchir sur ce que l’œuvre apportera par rapport à ce que le musée possède déjà (couvrir un pan absent ou famélique, compléter un ensemble déjà en place pour parfaire sa cohérence, etc).

5. Enfin, grâce à ce parcours on se remémore avec bonheur toutes les expositions vues à Orsay au cours de ces sept dernières années, où certains des chefs d’œuvres présents ici avaient été montrés, ou certaines thématiques développées. Ainsi la salle dédiée aux dessins d’architectes montre des compléments au passionnant accrochage Paris probable et improbable. Dessins d’architecture du musée d’Orsay, où l’on avait pu découvrir des dessins de projets non réalisés. La grande toile de James Tissot mettant en scène l’élégant Cercle de la Rue Royale, acquise en 2011, avait été montrée avec L’impressionnisme et la mode il y a deux ans. Nous avions vu l’académique Bouguereau à L’Ange du bizarre (Dante et Virgile) puis à Masculin-Masculin (Egalité devant la mort), deux tableaux reçus par dation en 2010. Impossible d’oublier la sculpture de Gustave Doré A Saute-mouton, qui nous avait amusé à la remarquable exposition Gustave Doré, L’imaginaire au pouvoir. Et la photographie Vierge à l’enfant, de l’Anglaise Julia Margaret Cameron, bien qu’il s’agisse d’une acquisition visiblement plus récente, elle nous rappelle les délices de Beauté, morale et volupté dans l’Angleterre d’Oscar Wilde et de Une ballade d’amour et de mort : photographie préraphaélite en Grande Bretagne, 1848-1875. Quant à l’un des « clous » de l’exposition, s’il ne faut qu’en citer qu’un, restons avec les Préraphaélites et L’adoration des mages, une somptueuse tapisserie signée Burne-Jones, qui domine avec joie la salle anglaise de ce superbe parcours.

7 ans de réflexion. Dernières acquisitions

Musée d’Orsay – Paris 7°

Jusqu’au 22 février 2015

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