Cafés de la mémoire. Chantal Thomas
Par Mag le jeudi 13 mars 2008, 08:00 - Littérature et poésie - Lien permanent
Entrée tonitruante en plein Carnaval de
Nice : chars, Gagantuas de carton-pâte, roitelets à grosse tête, musique,
danse et batailles de fleurs.
Halte au Grand Café de Turin place Garibaldi, carafons de muscadet et
magnifique plateau de fruits de mer ; conversations savoureuses avec des
inconnus.
Au Grand Café de Turin, on est priés de laisser ses peines à l'entrée. Mais
Chantal Thomas a à ses pieds un sac plein à craquer d'un bric-à-bracs de
souvenirs, bouts de choses qu'elle a pris chez sa mère tout à l'heure, très
vite. Sa mère qui vieillit ; et dont elle admet qu'elle commence à perdre
la tête.
Fil d'Ariane de l'autobiographie de ses jeunes années, Chantal Thomas va
refaire la tournée des cafés qui les ont accueillies, témoins de ses espoirs,
de ses rencontres et de ses ivresses.
En commençant par Arcachon, où, enfant, elle n'en fréquenta aucun, mais en rêva
beaucoup, l'imagination excitée par les récits qu'en faisait son grand-père
adoré.
Au lycée, auprès d'un professeur prénommé Amaury, elle découvre la philosophie,
qui lui apparaît alors comme « la volupté de parler », le passage
de la « parole-ustensile à la parole-pensée ». La même année,
elle dévore Simone de Beauvoir qui « gagnait sa vie en élaborant des
idées » et « voulait s'inventer » en offrant à toutes les
jeunes femmes la possibilité d'en faire de même. Elle est son premier modèle
lorsque, le soir des résultats du bac, elle peut enfin s'installer dans un
café.
Il y aura ensuite la faculté de philosophie à Bordeaux, moments cocasses s'il
n'étaient un peu tristes où l'enflammé Amaury est remplacé par un vieux
professeur qui se prend pour Hegel et où elle est confrontée à l'hermétisme du
cours de logique. Si elle ne connaît pas encore l'ivresse de l'envol sur
« sur les ailes grandes déployées de l'Intelligence » qu'elle
attendait, ce qu'elle découvre alors l'exalte bien plus que tout ce qu'elle
avait imaginé : la liberté d'avoir une chambre à soi, de parcourir la
ville jusque tard dans la nuit, de fréquenter les cafés.
C'est dans cette indépendance qu'elle se sent plus proche de Simone de Beauvoir
que jamais.
A Bordeaux comme ensuite à Paris, ses Cafés de la mémoire apparaissent
alors comme les gardiens de ses folles années : eux ont vu les
émerveillements et l'insouciance de cette jeune femme dont le programme ne fut
autre qu'empoigner la vie comme elle se présentait.
Cafés de la mémoire. Chantal Thomas
Editions du Seuil
Février 2008
352 p., 20 €