
Un roman déroutant, dont l’action se passe entre Québec et l’atlantique, dans un pays survolé et habité par les fous de Bassan, mais dans lequel les hommes paraissent bien plus fous que ces oiseaux. Il a reçu le prix Fémina en 1982, et met en scène la violence masculine, sans emphase, comme pour faire voir la banalité de ce mal dans la rudesse foncière de cette société rurale.
Ce qui déroute le lecteur, c’est la forme polyphonique, non parce que plusieurs voix rendent compte des événements, mais parce que le style d’écriture ne distingue en rien ces différentes expressions. Or la disparition, l’été 1936, de deux cousines adolescentes nous est contée par des personnages aussi différents qu’un vieux pasteur du village, ou Stevens, jeune homme parti loin de sa famille mais qui revient au pays, du frère de celui-ci qui souffre de déficit mental, et quelques autres acteurs ou actrices. Certains font appel à leurs souvenirs, un autre écrit des lettres à un ami, l’une a tenu un journal, jusqu’à l’une des cousines qui intervient de l’au-delà.
Une vision bien noire de la société, où les hommes révèlent leur violence : « Mon oncle Nicolas est une brute. Sous des dehors exquis, son col de clergyman, ses manières suaves, se cache une brute épaisse ». Ou une vision des femmes bien cynique, ainsi celle de Stevens : « Cette fille n’est qu’une hypocrite. Ni plus belle ni plus sage que les autres. Une sainte nitouche. Les démasquer toutes. Leur faire sortir l’unique vérité de leur petit derrière prétentieux. Débarrassées des oripeaux, réduites au seul désir, humides et chaudes, les aligner devant soi, en un seul troupeau bêlant ».
Si la jeunesse a des traits plus sympathiques, les femmes ne sont guère valorisées, tant elles s’inscrivent dans une condition seulement malheureuse. Le récit s’avance vers le dénouement attendu, par les aveux mêmes de l’assassin, mais ce final n’arrive pas à convaincre réellement, comme l’ensemble du roman, même si la lecture est sauvée de ci de là par une certaine poésie lorsque par exemple ce vent qui rend fou s’en mêle : « Les arbres se lamentent, se courbent et se redressent. Des branches cassent, sont emportées par le vent. Les arbres échevelés et craquants se dépouillent de l’été, dessinent leur forme d’hiver, pure et nue ».
Cet éclatement du récit ne s’oppose pas à une certaine poésie
Andreossi