L'image révélée au Musée d'Orsay
Par Mag le mardi 3 juin 2008, 22:01 - Photo - Lien permanent
Au moment où, en France, Louis Daguerre
mettait au point un procédé photographique sur plaque de cuivre argentée, de
l'autre côté de la Manche, William Henry Fox Talbot inventait dans la plus
grande discrétion la photographie sur papier. Mais la révélation en janvier
1839 de la découverte de Daguerre, accueillie dans l'enthousiasme suscita
l'émulation et poussa ce gentleman de Talbot, botaniste, mathématicien et féru
d'art à sortir de sa réserve.
Telle est la passionnante histoire que le Musée d'Orsay, en association avec la
National Gallery of Art de Washington et le Metropolitan Museum of
Art de New-York met en lumière jusqu'au 7 septembre 2008.
Cette exposition de cent vingt photographies britanniques des années 1840-1860
est surtout l'occasion de découvrir des oeuvres magnifiques, pour l'essentiel
montrées pour la première fois au public français.
Immédiatement, l'oeil est séduit par le rendu du procédé de Talbot (utilisant
un négatif papier à partir duquel un positif en papier également est tiré par
contact) : il est à l'opposé de celui des daguerréotypes, métalliques et
précis.
La technique anglaise donne un résultat velouté, soyeux, vaporeux, tout en
contraste entre éclats de lumière et masses sombres. Grâce est de constater que
le nom donné par Talbot à son invention, le calotype, littéralement
la belle image n'était pas usurpé.
Les thèmes explorés par le scientifique et ses disciples se prêtent fort bien à
cette manière empreinte d'onirisme : végétaux, visions de ruines, simple
meule de foin... D'emblée, la photographie naissante semble s'être inscrite
dans le mouvement artistique de l'époque, celui de l'idéal de l'harmonie de
l'homme avec la nature, du culte des vestiges du Moyen-Age, de toutes ces
revisites du passé très XIXème siècle qui ont nourri le romantisme britannique
pictural et littéraire.
En même temps, les calotypes anglais et écossais annoncent une vision moderne
du paysage, à moins qu'ils ne soient l'écho de l'évolution de la peinture à
cette époque. L'impression est saisissante devant la Crique d'Anstey
de Benjamin Turner, ou dans un tout autre sujet, le très beau paysage de neige
de Queen Street à Bristol.
La photographie est aussi le moyen rêvé
pour immortaliser les sites visités par les membres des classes aisées
britanniques lors de leur fameux Grand Tour en Europe.
Voyez cet Anglais du chic le plus accompli appuyé contre les ruines à Pompéi,
voyez l'émouvante simplicité de ces pots de terre à Nice, voyez l'époustouflant
diptyque restituant une vue de Naples, ample et toute blanche ou encore, à côté
d'autres clichés plus conventionnels, ces paysages pyrénéens qui tranchent par
leur irréalité et leur poésie.
Ce beau voyage dans le temps et les grands espaces se termine par des images du
nouvel Empire britannique, en Inde et en Malaisie, avec par exemple la
merveilleuse composition montrant une statue de Bouddha, ou les superbes
entrées de lumière dans le clair-obscur qui abrite le Trône de cristal du
Diwan-i-Khas à Delhi : art, voyage et culture, voilà bien ce que les
premières photographies britanniques ont révélé.
L'image révélée : premières photographies sur papier en
Grande-Bretagne
(1840-1860)
Jusqu'au 7 septembre 2008
Musée d'Orsay
1, rue de la Légion d'Honneur - Paris 7ème
TLJ sf le lundi de 9 h 30 à 18 h, le jeudi jusqu'à 21 h 45
Entrée 8 € (TR : 5,5 €)
Images : John Stewart (1800-1887), Col et pic d'Arrens
photographiés depuis le mont Soubé, 1852 (épreuve sur papier salé d'après un
négatif papier) National Media Museum, Bradford, UK© The RPS Collection at the
National Media Museum, Bradford
Charles Moravia (1821?–1859), Le Trône de Cristal du Diwan-i-Khas, Delhi,
1858 (épreuve albuminée d'après un négatif papier) Collection privée