Fragonard amoureux. Galant et libertin. Musée du Luxembourg

Jean-Honoré Fragonard (1732-1806), Le Colin-Maillard, vers 1754-1756, Huile sur toile - 117 x 91 cm,, Toledo, Toledo Museum of Art, don Edward Drummond Libbey
Jean-Honoré Fragonard (1732-1806), Le Colin-Maillard, vers 1754-1756, Huile sur toile – 117 x 91 cm,, Toledo, Toledo Museum of Art, don Edward Drummond Libbey

On avait beaucoup aimé, il y a huit ans, l’exposition que le Musée Jacquemart-André avait consacrée à Jean-Honoré Fragonard (1732-1806), Les plaisirs d’un siècle. Cette saison, le Musée du Luxembourg rend à son tour hommage au peintre originaire de Grasse (seul rapport avec la maison de parfums du même nom, si ce n’est que son fondateur l’a appelée ainsi en hommage au peintre), en adoptant uniquement le prisme de l’amour.

Bien que Fragonard ait abordé tous les genres picturaux, cet angle d’approche permet d’aborder assez largement son œuvre. Il est vrai qu’il s’est plu à illustrer l’amour sous de multiples facettes, de la veine galante et pastorale héritée de Boucher jusqu’à l’amour dit moralisé de la fin du siècle, en passant par la peinture d’histoire mais aussi l’illustration libertine.

L’exposition tente de décortiquer cette évolution au fil de quelques 80 peintures, dessins, gravures et livres illustrés articulés en 11 sections. Le propos, certes instructif, est un peu décevant, s’alourdissant parfois sur l’aspect licencieux de son œuvre, l’interprétant à d’autres moments de façon un brin péremptoire.

Qu’importe au fond, le plaisir de revoir des œuvres de ce peintre incomparable, auquel s’ajoute celui d’en découvrir de nouvelles, demeure intact.

Jean-Honoré Fragonard (1732-1806), Le Verrou, vers 1777-1778, Huile sur toile - 74 x 94 cm Paris, musée du Louvre, Photo : RMN-GP/Stéphane Maréchalle
Jean-Honoré Fragonard (1732-1806), Le Verrou, vers 1777-1778, Huile sur toile – 74 x 94 cm
Paris, musée du Louvre, Photo : RMN-GP/Stéphane Maréchalle

L’apport de Fragonard semble déjà contenu dans l’une des premières œuvres du parcours Le Colin-Maillard, tableau placé après Les charmes de la vie champêtre de Boucher, dont il fut l’élève. Encore jeune peintre, Fragonard affirme nettement son style, caractérisé par une palette claire et pimpante (il usera aussi des couleurs chaudes, mais toujours lumineuses), un pinceau vif et enlevé, une apparente légèreté dans le traitement du sujet pour mieux laisser place à l’ambiguïté. C’est d’ailleurs pourquoi une lecture morale de ses œuvres semble toujours délicate à imposer. Que faut-il voir avec cette jeune fille jouant avec ses chiots (La jeune fille aux petits chiens), ou cette jeune femme découvrant une lettre galante (Le Billet doux ou La Lettre d’amour) ? Les Curieuses sont certes bien plus explicites (probablement dissimulées dans une maison de plaisirs), mais Le Verrou, quoi qu’on en dise, garde sa part de mystère.

Jean-Honoré Fragonard (1732-1806), Diane et Endymion, vers 1755-56, Huile sur toile - 94,9 x 136,8 cm, Washington, National Gallery of Art, Photo : Washington, National Gallery of Art
Jean-Honoré Fragonard (1732-1806), Diane et Endymion, vers 1755-56, Huile sur toile – 94,9 x 136,8 cm, Washington, National Gallery of Art, Photo : Washington, National Gallery of Art

Outre sa virtuosité et cette délicieuse touche à la manière d’esquisse, ce qui frappe chez Fragonard c’est sa fantaisie et son humour. L’illustration des Contes de La Fontaine en est un exemple, comme elle est révélatrice également de ses talents de dessinateur (voir aussi les planches de l‘Orlando furioso de l’Arioste). La liberté du peintre est tout aussi savoureuse ; elle se retrouve dans ses tableaux mythologiques (Diane et Endymion), mais aussi religieux (une Adoration des Bergers, peu conventionnelle et très belle, a l’air de se demander ce qu’elle fait ici). Preuve que Fragonard sait aussi se montrer bien tendre, confortée par un adorable Pâtre jouant de la flûte, bergère l’écoutant ou encore une émouvante Leçon de musique.

La touche annonce l’impressionnisme, mais les thèmes célèbrent le XVIII° (L’Ile d’amour, sorte d’hommage aux fêtes galantes de Watteau) et ne plongeront guère au-delà : Fragonard s’arrête en effet de peindre au début des années 1790, laissant à d’autres le soin d’explorer la veine néo-classique.

 

Fragonard amoureux. Galant et libertin

Musée du Luxembourg

19, rue de Vaugirard, 75006 Paris

TLJ de 10 h à 19 h, nocturnes les lundis et vendredis jusqu’à 21h30

Les 24 et 31 décembre et le 1er janvier de 10h à 18h (fermeture le 25 décembre)

Entrée : 12 €

Jusqu’au 24 janvier 2016

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L'image révélée au Musée d'Orsay

L'image révélée, photographies britanniques au musée d'OrsayAu moment où, en France, Louis Daguerre mettait au point un procédé photographique sur plaque de cuivre argentée, de l’autre côté de la Manche, William Henry Fox Talbot inventait dans la plus grande discrétion la photographie sur papier. Mais la révélation en janvier 1839 de la découverte de Daguerre, accueillie dans l’enthousiasme suscita l’émulation et poussa ce gentleman de Talbot, botaniste, mathématicien et féru d’art à sortir de sa réserve.

Telle est la passionnante histoire que le Musée d’Orsay, en association avec la National Gallery of Art de Washington et le Metropolitan Museum of Art de New-York met en lumière jusqu’au 7 septembre 2008.
Cette exposition de cent vingt photographies britanniques des années 1840-1860 est surtout l’occasion de découvrir des oeuvres magnifiques, pour l’essentiel montrées pour la première fois au public français.

Immédiatement, l’oeil est séduit par le rendu du procédé de Talbot (utilisant un négatif papier à partir duquel un positif en papier également est tiré par contact) : il est à l’opposé de celui des daguerréotypes, métalliques et précis.
La technique anglaise donne un résultat velouté, soyeux, vaporeux, tout en contraste entre éclats de lumière et masses sombres. Grâce est de constater que le nom donné par Talbot à son invention, le calotype, littéralement la belle image n’était pas usurpé.

Les thèmes explorés par le scientifique et ses disciples se prêtent fort bien à cette manière empreinte d’onirisme : végétaux, visions de ruines, simple meule de foin… D’emblée, la photographie naissante semble s’être inscrite dans le mouvement artistique de l’époque, celui de l’idéal de l’harmonie de l’homme avec la nature, du culte des vestiges du Moyen-Age, de toutes ces revisites du passé très XIXème siècle qui ont nourri le romantisme britannique pictural et littéraire.
En même temps, les calotypes anglais et écossais annoncent une vision moderne du paysage, à moins qu’ils ne soient l’écho de l’évolution de la peinture à cette époque. L’impression est saisissante devant la Crique d’Anstey de Benjamin Turner, ou dans un tout autre sujet, le très beau paysage de neige de Queen Street à Bristol.

Expo à Orsay, les calotypes britanniquesLa photographie est aussi le moyen rêvé pour immortaliser les sites visités par les membres des classes aisées britanniques lors de leur fameux Grand Tour en Europe.
Voyez cet Anglais du chic le plus accompli appuyé contre les ruines à Pompéi, voyez l’émouvante simplicité de ces pots de terre à Nice, voyez l’époustouflant diptyque restituant une vue de Naples, ample et toute blanche ou encore, à côté d’autres clichés plus conventionnels, ces paysages pyrénéens qui tranchent par leur irréalité et leur poésie.
Ce beau voyage dans le temps et les grands espaces se termine par des images du nouvel Empire britannique, en Inde et en Malaisie, avec par exemple la merveilleuse composition montrant une statue de Bouddha, ou les superbes entrées de lumière dans le clair-obscur qui abrite le Trône de cristal du Diwan-i-Khas à Delhi : art, voyage et culture, voilà bien ce que les premières photographies britanniques ont révélé.

L’image révélée : premières photographies sur papier en Grande-Bretagne
(1840-1860)
Jusqu’au 7 septembre 2008
Musée d’Orsay
1, rue de la Légion d’Honneur – Paris 7ème
TLJ sf le lundi de 9 h 30 à 18 h, le jeudi jusqu’à 21 h 45
Entrée 8 € (TR : 5,5 €)

Images : John Stewart (1800-1887), Col et pic d’Arrens photographiés depuis le mont Soubé, 1852 (épreuve sur papier salé d’après un négatif papier) National Media Museum, Bradford, UK© The RPS Collection at the National Media Museum, Bradford
Charles Moravia (1821?–1859), Le Trône de Cristal du Diwan-i-Khas, Delhi, 1858 (épreuve albuminée d’après un négatif papier) Collection privée

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