Le daguerréotype français au Musée d'Orsay
Par Mag le lundi 23 juin 2008, 20:00 - Photo - Lien permanent
Avec la très belle exposition autour des
premières photographies sur papier britanniques, L'image révélée, le
musée d'Orsay rappelle les circonstances de la naissance de la photographie en
Europe : presque simultanément, d'un côté de la Manche, Talbot invente un
procédé de tirage sur papier alors qu'en France, Daguerre met au point la
technique de la photo sur plaque de cuivre.
En parallèle, le musée présente une sélection de quelques soixante-dix
daguerréotypes français issus de ses collections. L'accrochage est certes de
moindre ampleur que l'exposition organisée en partenariat avec les musées de
Washington et de New-York, mais elle a le mérite de mettre en évidence les
profondes différences de rendu entre les deux procédés.
Victime de son succès et des conditions économiques favorables que les
autorités lui ont accordé en France, le daguerréotype s'est développé un peu
dans tous les sens, s'éloignant en cela parfois encore davantage de l'exigence
esthétique des Britanniques que le support lui-même ne le faisait à la base.
Ainsi, attirés par les perspectives de gains offertes par une large clientèle
friande de portraits, les laboratoires de photo se sont multipliés, fournissant
à bas prix des portraits aux formats de plus en plus réduits et pas toujours de
belle qualité.
La sélection du musée d'Orsay permet de retrouver des personnages
familiers : ici le baron Haussmann, là monsieur et madame Victor Hugo
(robuste, la dame), plus loin, Alexandre Dumas. Plus émouvant et assez
surprenant, un triptyque présentant le portrait d'une femme
post-mortem. Emotion encore devant ces deux petites plaques faites en
1848 pendant les journées sanglantes de juin 1848 à Paris, à l'époque publiées
dans L'Illustration : c'était la première fois que la
photographie servait de support à l'image de presse. Voici encore quelques uns
des événements, grands ou ordinaires, marqueurs de ce milieu du XIXème siècle
français : l'Exposition Universelle de Paris de 1855, les funérailles du
duc d'Orléans, héritier du royaume, à Notre-Dame-de-Paris en 1842, une revue de
la Garde au Palais des Tuileries (1845-46), un groupe d'artistes élèves à la
Villa Medicis à Rome, mais aussi la gare de l'Est à Paris, alors toute
neuve...
Le rendu des plaques daguerréotypes, aussi anciennes soient-elles, certaines un
peu abîmées, est difficilement comparable au tirage papier anglais : ici,
tout est clair, net et précis ; pas de lignes floues, pas de volumes
sombres.
Si l'on est loin de la belle esthétique, voire de l'onirisme britannique, nos
daguerréotypes ont leur charme propre que l'accrochage joliment éclairé (dans
tous les sens du terme) dans un bel écrin rouge carmin met en valeur avec
simplicité et efficacité.
Le daguerréotype français dans les collections du musée
d'Orsay
Musée d'Orsay
Jusqu'au 7 septembre 2008
TLJ sf le lundi de 9 h 30 à 18 h et le jeudi jusqu'à 21 h 45
Entrée 8 € (TR : 5,5 €)
Image : Louis Adolphe Humbert de Molard (1800-1874), Louis Dodier en prisonnier 1847 (Daguerréotype H. 11,5 ; L. 15,5 cm), Paris, musée d'Orsay, don de la famille Braunschweig en souvenir de la galerie Texbraun par l'intermédiaire de la Société des Amis du Musée d'Orsay, 1988 © photo RMN, Hervé Lewandowski