Le concert. Radu Mihaileanu
Par Mag le jeudi 19 novembre 2009, 22:30 - Cinéma - Lien permanent
Le lancement de
l'histoire est un peu celui de Space Cowboys : comment des
anciennes gloires mises au rebut vont revenir au tout premier plan et éblouir
le public.
Certes, ce n'est pas Clint Eastwood qui tient la caméra, mais le réalisateur du remarqué Va, vis et deviens. Autre différence, les protagonistes sont Russes : des ex étoiles du célèbre Orchestre du Bolchoï virées voici trente ans sous le régime de Brejnev.
Un beau soir, Andreï Filipov, l'ancien chef d'orchestre devenu balayeur
tombe par hasard sur une invitation du théâtre du Châtelet et y voit l'occasion
de remonter l'Orchestre du temps de sa splendeur, en lieu et place du véritable
Bolchoï.
Sauf qu'on ne trouve pas cinquante musiciens de ce niveau sous le sabot d'un
cheval. Andreï embarque donc son fidèle ami devenu lui ambulancier pour faire
le tour des popotes : retrouvailles émues, instruments patinés ressortis
enfin des étuis, mains un peu tremblantes mais foi toujours intacte. Comme cela
ne suffit pas, il embauche aussi des tziganes aux rythmes endiablés, yeux
malicieux et grandes familles... fort efficaces au demeurant pour établir les
faux papiers (scène d'anthologie dans l'aéroport).
La joyeuse troupe hétéroclite et à tous points de vue d'un autre temps débarque
ainsi à Paris, assoiffée de lumières, d'euros et de vodka...
Malgré une mise en scène qui ne marquera pas les anales, le capital
sympathie du film est à ce stade-là déjà très confortable. Comment ne pas
s'attacher à ces Russes miséreux, artistes de talent privés de l'exercice de
leur art par la dureté du régime soviétique, dotés d'une solide envie d'y aller
et d'en montrer, et qui arrivent sur la plus belle avenue du monde comme des
chiens dans un jeu de quilles ? Ils sont filmés avec un humour
irrésistible, tout comme le directeur du théâtre du Châtelet, joué par François
Berléand (très à l'aise comme à son habitude dans un rôle exécrable), attaché à
ses chiffres, à sa presse et à sa gloire avec une nervosité toute
parisienne...
Radu Mihaileanu est doué pour donner le rythme et croquer ses personnages en
quelques scènes, mais il l'est tout autant pour faire surgir l'émotion. Avec
l'entrée en scène du personnage de la jeune violoniste interprétée par Mélanie
Laurent, dont l'histoire intime est liée à celle de l'Orchestre du Bolchoï pour
des raisons dont on ne dira rien puisqu'elle même ne les découvrira qu'à la
fin, au registre de la comédie se juxtapose celui du drame.
Souvent très touchante, Mélanie Laurent est ici exceptionnelle et offre avec
Aleksei Guskov, le chef d'orchestre, une longue scène finale bouleversante,
portée tant par des échanges de regards d'une rare intensité que par la musique
de Tchaïkovski.
Entre rires et larmes, Le concert est un film populaire au bon sens du
terme : de l'ouvrage plutôt bien monté, qui respecte son public et lui
fait passer un très agréable moment ; pourquoi n'en voit-on pas davantage
dans le cinéma français d'aujourd'hui ?
Le concert
Une comédie dramatique de Radu Mihaileanu
Avec Mélanie Laurent, Aleksei Guskov, Dimitry Nazarov, François Berléand,
Miou-Miou
Durée 2 h
Commentaires
Dans son film, Radu Mihaileanu nous dit qu'un orchestre, c'est fait de plein de gens d'origines et d'horizons divers et variés qui réussissent à communier dans la recherche de l'harmonie musicale.
Et son cinéma est fait du même bois à violon : c'est plein de petits films différents destinés à raccoler des spectateurs d'origines et d'horizons divers et variés qui viennent s'enthousiasmer tous ensemble et appplaudir l'orchestre.