Les moissons du ciel. Terrence Malick
Par Mag le dimanche 27 juin 2010, 18:30 - Cinéma - Lien permanent

Alors qu'on attend avec impatience son prochain film, un temps espéré au
dernier Festival de Cannes, et dont on connaît déjà le titre - The tree of
life - et les acteurs - Sean Penn et Brad Pitt -, une des belles surprises
de ce début d'été est la reprise en salles du deuxième film de Terrence Malick,
Les moissons du ciel.
Parfait pour débuter la fête du cinéma qui cette année durera une
semaine : ceux qui ont déjà vu ce chef d'œuvre récompensé du Prix de la
mise en scène à Cannes en 1979 n'ont pas besoin qu'on leur fasse
l'article ; les autres n'ont qu'à courir le découvrir - ventre à
terre.
L'histoire se passe au début du siècle dernier au Texas, où les
sans-rien-sauf-leurs-bras vont travailler dans les champs du lever au coucher
du soleil pour trois dollars par jour. Bill, accompagné de sa petite sœur Linda
et de sa petite amie Abby a quitté Chicago où il a battu à mort son
contremaître. Ils passent la saison des moissons dans une immense ferme
céréalière, ne perdant ni leur joie de vivre ni leur fantaisie enfantine malgré
le dur labeur. Mais quand Chuck, le propriétaire fermier s'éprend de Abby,
Bill, qui ne supporte plus de la voir se tuer à la tâche, voit le moyen de
mettre un terme à cette vie sans espoir, d'autant que les jours de Chuck sont
paraît-il comptés.
La suite ne se déroulera pas comme prévu, au fil d'une tension dramatique de
plus en plus aigüe.
Terrence Malick filme et monte comme personne. En fond, il y a le rythme lent des travaux des champs, le quotidien sans surprise des journaliers soumis à des gestes répétitifs, le déroulement des saisons, l'immensité des espaces, la splendeur de la nature. Au centre, se trouve un tempérament impétueux, encore adolescent mais déjà adulte, Bill, joué par un Richard Gere magnétique, yeux et cheveux bruns inoubliables, dont on ne sait jamais, entre rires, gestes tendres et explosion, quel sera le prochain élan. A ses côté, une jeune femme calme et riante au charme mystérieux, Abby, dont on ne peut que deviner les pensées et les sentiments. Chuck le propriétaire, beau et blond solitaire, aurait pu être méchant, mais ç'eût été trop simple. Tous les personnages en réalité sont attachants ; tous sont complexes ; et magnifiquement interprétés, même les rôles secondaires comme la petite Linda ou le vieil ami de Chuck.
A chaque plan, Terrence Malick montre autant qu'il réserve. Les dialogues
sont rares ; le réalisateur semble laisser les regards et la nature écrire
l'histoire. De ciel d'orage en épis de blé tourbillonnants, de feux de fin
d'été en eaux fraîches au crépuscule, le réalisateur du Nouveau monde
offre avec cette histoire d'amour et de souffrances un poème cinématographique
sur fond de toile de maître.
Alors pourquoi être pressé : si tel doit à nouveau être le résultat,
laissons-le peaufiner encore tranquillement son cinquième film... en quarante
ans de carrière.
Les moissons du ciel
Un drame de Terrence Malick
Avec Richard Gere, Brooke Adams, Sam Shepard
Durée 1 h 35
Année de production 1979 - Reprise le 16 juin 2010