Beau retour au Mexique pour ''El violin'' de Francisco Vargas

El Violin de Francisco VargasLe billet inaugural de maglm était consacré à El violin, film beau et émouvant du Mexicain Francisco Vargas sur la lutte contre la dictature menée par quelques paysans, dont le personnage principal était Don Plutarco, un vieillard estropié d’une main et dont la musique était la seule arme.

L’accomplissement de ce projet relevait presque du miracle.
El violin n’était au départ qu’un court métrage de fin d’études au Centre de Formation Cinématographique du Mexique, où Francisco Vargas, après avoir étudié l’art dramatique et la communication a fait son apprentissage de réalisateur.

Bien qu’il ait eu d’emblée l’idée d’en faire un long métrage, ce n’est que grâce à la présentation du film au festival de de Guadalajara, où il a été récompensé, puis à Toulouse, dans le cadre de "Cinéma en Construction", et enfin à sa sélection à Cannes, que Francisco Vargas a pu terminer la version longue du Violin.

Le film fut donc projeté en 2006 à Cannes dans la sélection Un Certain Regard (il concourait également pour la Caméra d’Or) où il reçut le prix d’interprétation masculine pour la prestation de Don Angel Tavira dans le personnage de Don Plutarco.

Lors de sa sortie en France, le 3 janvier 2007, Francisco Vargas regrettait que son film ne soit pas distribué dans son pays. Il déplorait notamment que l’industrie du cinéma ne mise que sur des films commerciaux, "à l’américaine", alors que le public avait envie d’autre chose, avait même besoin de revenir à la culture mexicaine traditionnelle.

Mais le film a été montré un peu partout ailleurs et a reçu pas moins de 36 prix.

Au printemps 2007, il sort enfin au Mexique.
Les grands médias nationaux le soutiennent. L’hebdomadaire Proceso, enthousiaste, affirme :
« Un ejemplo de cine deseable, del mejor cine que se ha hecho en México, es El violín. El violín la película que acabe de una vez por todas con el miedo de saber quiénes y cómo somos. »

Il s’ensuit alors un immense succès, un véritable « phénomène de société » comme le soulignait un article du journal Le Monde (1er juin 2007) :

« Avec seulement 20 copies dans la capitale, plus de 160 000 personnes ont déjà vu ce long métrage en noir et blanc sans acteur connu, et qui évoque un épisode souvent occulté de l’histoire du Mexique : la répression brutale des guérillas paysannes dans les années 1960-1970. Les trois grands circuits de salles multiplexes avaient jugé inopportun de l’accueillir en 2006, à cause des tensions de la campagne présidentielle, puis de la longue crise post-électorale.
Les Mexicains, pensait-on, étaient saturés de politique. Au contraire : les gens applaudissent à la fin des projections, des écoles y envoient leurs élèves par bus entiers, les universités organisent des débats devant des amphis archicombles. Ce film indépendant, qui a coûté à peine 1 million de dollars, a obtenu, début mai, les meilleurs résultats d’exploitation après Spiderman 3, bombardé dans 950 salles. (…)
Selon Vargas, la réponse du public "est significative de l’état du pays, mais aussi du désir de voir du bon cinéma mexicain, et pas seulement des superproductions américaines".
L’impact du film est d’autant plus fort que l’opinion publique s’interroge sur des "dérapages" de l’armée, engagée depuis cinq mois dans des opérations contre les narcotrafiquants. (…)
Vargas et Canana Films ( société fondée par les acteurs Gael Garcia Bernal et Diego Luna ) veulent ensuite conduire le film jusqu’à des villages isolés, grâce à une "charette cinématographique": sa carrière mexicaine ne fait sans doute que commencer. »

C’est tout le bien qu’on lui souhaite…

Les hispanophones pourront lire une interview de Don Angel Tavira dans Proceso.

Et merci au lecteur qui m’a précisé la date de l’article du Monde.

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El Violin (Le Violon). Francisco Vargas

violonDans les montagnes d’Amérique du Sud, des paysans luttent contre la dictature, dans l’espoir de recouvrer quelques droits, un peu de liberté.
Parmi eux, un grand-père, Don Plutarco, son fils Genaro et son petit-fils Lucio essaient d’améliorer le quotidien en jouant de la musique. Mais l’armée attaque leur village et ils doivent se réfugier dans la sierra, laissant derrière eux un stock de munitions que Genaro essaie en vain de récupérer …
Tel est le point de départ du Violon, qui commence comme un documentaire, dans un noir et blanc superbe installant d’emblée une véritable atmosphère. Petit à petit, l’histoire se développe et c’est un vrai film qui prend corps autour des personnages, tous les trois magnifiques. Chacun à leur manière, chacun protégeant les deux autres, les trois hommes ont en commun un refus obstiné de la cruelle réalité.

La figure centrale est le grand-père, interprété par Don Angel Tavira, vieil homme noueux, raviné, estropié ; mais tellement beau. Il est le violoniste, le tranquille violoniste. Grâce à son instrument, dont il tient l’archet de son moignon bandé, à l’aide d’un ruban qu’il noue et dénoue avec une grâce infinie, il va instaurer un bras de fer, en réalité un jeu de dupes, avec un chef militaire séduit par sa musique …

Le premier long métrage du Mexicain Fransisco Vargas est aussi un film sur la transmission orale d’une culture ancienne : les échanges entre le petit garçon et son grand-père sont le lieu d’un dialogue d’une délicatesse bouleversante.

C’est un film très beau, dur et tendre à la fois.


Le coup de coeur Mag :

La déclaration de Francisco Vargas lors de la présentation du film au public : Nous avons écouté la musique de la montagne et nous avons décidé de la saisir et de l’enfermer dans des boîtes métalliques.

 

Le Violon a été projeté au Festival de Cannes en 2006 dans le cadre de la sélection Un Certain Regard. Il concourait également pour la Caméra d’Or récompensant les premiers films. Don Angel Tavira a reçu le prix d’interprétation masculine dans la sélection Un certain regard.

Mise à jour : Le violon a été édité dans un beau coffret double DVD, contenant le film, le making-of avec des entretiens inédits, mais aussi « Tierra Caliente », le documentaire réalisé par Francisco Vargas en 2004 sur le violoncelliste Don Angel Tavira, futur acteur du film « Le violon ». Le coffret coûte 20 € environ.

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