Oublier Rodin ? La sculpture à Paris de 1905 à 1914
Par Mag le jeudi 2 avril 2009, 20:35 - Installations et sculpture - Lien permanent
L'exposition présentée
au Musée d'Orsay jusqu'au 31 mai est non seulement belle, mais encore tout à
fait convaincante.
Elle montre comment, au tournant du XXème siècle et jusqu'à la première Guerre Mondiale, des sculpteurs venus de toute l'Europe se sont retrouvés à Paris le temps d'une décennie pour repenser et renouveler la sculpture.
A l'époque, le modèle entre tous et pour tous est Rodin.
Mais il va devenir le contre-modèle, la statue à déboulonner si l'on ose dire.
Contre son expressivité poussée à l'extrême, contre le chaos des portes de
l'Enfer, il s'agit alors, pour les Bourdelle, Brancusi, Maillol, Picasso et
autres Gonzales, de reprendre la réflexion plastique à son commencement, de
rechercher l'essence de la sculpture : le volume, l'architecture, la
ligne. Adoptant des formes de plus en plus simplifiées, ces artistes ne font
pas pour autant "taire" les visages. Ils les assagissent, les épurent et
trouvent d'autres réponses pour exprimer "l'intériorité" de leurs
créations.
On n'est pas encore
dans le cubisme (qui ne s'exprime alors qu'en peinture), encore moins dans le
non-figuratif ; mais le chemin parcouru depuis Rodin est immense -
quelques unes des sculptures du maître permettent de le souligner. Plus de
démonstration, plus de tour de force ; la ligne directrice est tout
autre.
Mais si les artistes entendent se détourner de l'imitation et de la sensualité,
bien des œuvres présentées prouvent qu'ils n'ont pas - et c'est un bonheur -
chassé cette dernière. Toute la partie de l'exposition consacrée aux volumes
est à cet égard remarquable, avec notamment une galerie de nus féminins où le
poli extrême des rondeurs de Maillol voisine une plantureuse Renoir, une
immense Pénélope de Bourdelle ou encore une douce Grande Songeuse de
Wilhelm Lehmbruck.
Le lyrisme n'est pas davantage absent. Il se fait si délicat avec ce magnifique
Buste de jeune fille de Zadkine, tête tournée et penchée, tout en
épure, en grâce, en finesse. Et que dire de la célèbre Muse endormie
de Brancusi, d'une telle tendresse !
La section consacrée aux lignes est tout aussi passionnante, où l'on voit des
corps immobiles et isolés se mettre à occuper l'espace de façon audacieuse,
prendre des poses inattendues, en des lignes simples qui les courbent, les
agenouillent et les étirent - de façon particulièrement impressionnant chez
Lehmbruck. Chez cet artiste d'ailleurs, apparaît progressivement une veine
expressionniste, donnant des visages bouleversants, chavirés de souffrance
silencieuse (Orante, Tête d'un penseur, Amants...),
et qui semble avoir atteint son apogée avec son terrible Prostré.
Tout est beau, tout est à voir dans cette exposition de choix. Il faudrait
donc aussi évoquer la salle consacrée aux reliefs, dont les volumes sont si
géométriquement circoncis que leur puissance et leur douceur n'en sont que plus
spectaculaires.
La Femme accroupie de Maillol, superbe et lisse, repliée et assoupie,
occupe pourtant tout son espace avec une formidable présence. Comme s'il ne
s'agissait pas que d'une simple question de beauté, comme si elle seule
évoquait déjà tout un monde...
Oublier Rodin ? La sculpture à Paris, 1905-1914
Musée d'Orsay
1, rue de la Légion d'Honneur - Paris 7ème
Jusqu'au 31 mai 2009
TLJ sf le lundi, de 9 h 30 à 18 h, le jeudi jsq 21 h 45
Entrée 8 € (TR 5,5 €)
A voir également en ce moment au Musée d'Orsay, et autour de cette exposition : un accrochage de dessins de sculptures, de Chapu à Bourdelle
Images :
Aristide Maillol, La Méditerranée, 1905-1923, Statue, marbre, Paris, musée
d'Orsay © photo Christian Baraja
Wilhelm Lehmbruck, Grande figure debout, 1910, Statue, ciment, Otterlo,
Kröller-Müller Museum © Coll. Kröller-Müller Museum Otterlo the
Netherlands
Commentaires
Commentaire intéressant sur cette exposition, qui m'incite à aller la voir.