Prélude à l'agonie au théâtre du Rond-Point

Prélude à l'agonie au Théâtre du Rond Point

Après la désespérante soirée du Tigre en décembre, on poursuit dans le grotesque avec Prélude à l’agonie de la Compagnie du Zerep (Sophie Perez et Xavier Boussiron) donnée au théâtre du Rond-Point jusqu’au 25 janvier.

La comparaison n’a pas à être poussée plus avant car ici nous sommes dans un autre genre, beaucoup plus trash.

Cela débute plutôt bien : sur une mince bande de scène à l’avant du plateau, une courte pièce de Courteline raconte la triste histoire d’un enfant du Connecticut à qui ses parents font croire qu’il possède un royaume, jusqu’à ce qu’il découvre le pauvre lopin de terre marécageux avec lequel on l’a trompé pendant des années. La pièce est interprétée par des nains. C’est une petite merveille, cruelle et jouée de façon délicieusement décalée.

Ce prologue annonce le thème de la soirée (le far west), le regard qui y est porté (la critique) et la méthode utilisée (l’humour noir).
Enfin, en théorie. Car en pratique, une fois le cœur du spectacle enclenché, les moyens mis en œuvre se résument à la provocation : non seulement à travers un mauvais goût revendiqué, mais surtout à travers l’obstination à montrer de bout en bout toutes sortes de violences, avec une prédilection pour l’humiliation, le gore et l’obscénité. Hommes et femmes laids, enlaidis et à poil se roulant dans la poussière pour des séquences orgiaques ; jeu de la banane, prétexte à s’en enduire, s’en farcir et en vomir ; le tout ponctué
de coups de pistolet tirés dans l’hilarité. On danse avec un cheval mort et on fait surgir d’une pauvre et monstrueuse créature une giclée de sang bien frais, quand une autre aux cuisses larges et aux seins tombants s’exhibe comme une bête de foire.

On a compris la démonstration. Le monde fascinant du far west est cruel. Oui oui.

Il est à croire que pour dénoncer, le théâtre contemporain n’a plus foi au texte, préférant s’engouffrer systématiquement dans des outrances de représentations dont les moyens, de Rodrigo Garcia à Angelica Liddell, sont toujours les mêmes, des provocations plus ou moins régressives à la violence sous toutes ses formes brandie comme un étendard. Répétés à l’envie de spectacle en spectacle, après avoir frappé les esprits, ces excès ne font désormais résonner que leur vanité.

Prélude à l’agonie

Théâtre du Rond-Point
2 bis, av. Franklin-D.-Roosevelt (VIIIe)
Tél.: 01 44 95 98 21

A 21 h, dim. à 15 h
Places: de 11 à 36 €
Durée: 1 h 40

Jusqu’au 25 janvier

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