J’avais un beau ballon rouge au Théâtre du Rond-Point

J'avais un beau ballon rouge

La pièce écrite par la dramaturge et comédienne italienne Angela Dematté dresse une fresque historique qui se déroule du début des années 1960 au milieu des années 1970 en Italie.

Margherita Cagol, fille de la petite bourgeoise catholique, entreprend des études de sociologie – qui s’appelaient alors pudiquement "sciences-politiques" -, découvre le système de classes et les institutions qui verrouillent la société, la possibilité d’un combat collectif et aspire à la Révolution.
Son père, bon fond et ouvert sur son prochain, demeure un conservateur qui n’entend pas que l’on puisse remettre en cause les valeurs et l’autorité – notamment celles de l’Eglise – sur lesquelles il a fondé sa vie et l’éducation de sa fille.
Mais plus le temps passe, plus Margherita s’enthousiasme pour les luttes radicales à mener pour transformer la société. De Léniniste, elle évolue vers le Maoïsme, puis participe à la fondation des Brigades Rouges, où elle laissera sa vie, tombée sous les balles des carabiniers lors d’affrontements de plus en plus violents.

Sur scène, Richard et Romane Bohringer, complémentaires, sont tout simplement parfaits : extrêmement justes, ils rendent leurs personnages tirés d’histoires réelles plus que crédibles.
Portée par une mise en scène classique et efficace, la pièce, fort bien écrite, évite le simplisme, la prise de parti facile. Aucun des deux personnages n’a totalement tort ni raison. Et, ce qui est sans doute le plus beau, malgré les affrontements incessants et inévitables, jamais le dialogue ne se rompt totalement. Toujours, la tendresse demeure, et avec elle la tentative de continuer à se comprendre mutuellement.

Loin du "gueulard" auquel on pourrait s’attendre, Richard Bohringer montre tous les questionnements intérieurs d’un père tiraillé entre l’idée qu’il se fait du bonheur pour sa fille et la réalité où il la voit s’épanouir dans une lutte altruiste, où elle s’oublie elle-même.
Romane Bohringer, habitée à 200 % par son personnage, restitue son extraordinaire engagement et sa foi inébranlable en la Révolution, mais aussi sa gravité lorsqu’elle voit son père vieillir, au point de devoir lui cacher certaines choses pour l’épargner.
A l’image de cette relation forte dans cette période plus que chamboulée en Italie comme ailleurs, la pièce non dénuée d’une résonance universelle dans l’affrontement des générations, conquiert vite le public, et finit par l’émouvoir profondément.

J’avais un beau ballon rouge
de Angela Dematté
mise en scène Michel Didym
avec Richard Bohringer et Romane Bohringer
Théâtre du Rond-Point
A 18 h 30, durée 1 h 25
Jusqu’au 5 mai 2013

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