Beaux hommages à La Rochelle

Muriel ou le temps d'un retourLe 35ème Festival International du Film de La Rochelle s’est achevé hier 9 juillet. Comme chaque année depuis 1973, il y eut abondance de découvertes, hommages, rétrospectives … en dehors de tout jury et compétition.

Avec 200 films dont 150 longs métrages de fiction, le programme était chargé.
Il fut l’occasion de rendre hommage aux finlandais Anastasia Lapsui et Markku Lehmuskallio, à l’autrichien Ulrich Seidl, au japonnais Isao Takahata ainsi qu’au français Jean-Paul Rappeneau dont la filmographie fut projetée en intégralité ; mais aussi de découvrir, à travers seize films, les cinéastes iraniennes d’aujourd’hui.

Les traditionnelles rétrospectives de réalisateurs et acteurs disparus étaient placées sous le signe de la diversité : entre celles consacrées à John Ford et au « cinéma muet et érotisme », une troisième mettait à l’honneur Delphine Seyrig.

L’inoubliable fée de Peau d’Anne ("Mon enfant, …"), comédienne de théâtre et de cinéma, mais aussi réalisatrice de documentaires, militante féministe, fut découverte au cinéma grâce à Alain Resnais qui l’engagea dès 1960 pour tourner L’Année dernière à Marienbad (Lion d’or de la Mostra de Venise en 1961).

Elle travailla ensuite avec les plus grands, Jacques Demy, François Truffaut (Baisers volés), Marguerite Duras (La Musica, India Song…), Luis Buñuel …
Au théâtre, elle interpréta Harold Pinter (La Collection, L’Amant) et Peter Handke (La Chevauchée sur le lac de Constance).

Après L’année dernière à Marienbad, Alain Resnais ne tarda pas à faire appel à elle une nouvelle fois pour jouer dans Muriel ou le temps d’un retour, qui obtint le prix de la critique à la 24ème Mostra de Venise en 1963.
Son regard troublant, sa voix singulière ne sont pas pour rien dans l’ambiance étrange et dérangeante de Muriel ….
Film magistral sur le poids du passé, sur la construction d’un présent dont l’histoire a pour cadre Boulogne-sur-Mer, ville touchée par les bombardements et reconstruite à la hâte.
S’y croisent les souvenirs de la Seconde guerre mondiale, de la guerre d’Algérie (qui venait alors de s’achever et constituait un sujet totalement tabou) et des amours de jeunesse.
Comment reconstruire, vivre dans un aujourd’hui « neuf » alors que les erreurs du passé, les choix que l’on a fait ou les événements qu’on a subis ne veulent pas disparaître ?
Les personnages d’Hélène (Delphine Seyrig) et de son beau-fils, Bernard (remarquablement interprété par le tout jeune Jean-Baptiste Thierrée) sont poignants. En contre-point, Françoise incarne une légèreté et un ancrage dans le présent que seule l’absence de souvenirs pesants semble autoriser.
Entre eux, le personnage d’Alphonse, l’ancien amant d’Hélène peu scrupuleux, opportuniste et insincère croit pouvoir faire « comme si ». Mais il participe lui aussi de l’Histoire et ne peut lui échapper…

Muriel ou le temps d’un retour est un hommage à saluer à double titre, pour l’actrice littéralement extraordinaire, disparue en 1990, que fut Delphine Seyrig et pour le cinéaste exceptionnel qu’Alain Resnais demeure depuis près de cinquante ans.

Festival International du Film de La Rochelle

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Albertine. La belle prisonnière

Marcel Proust La RechercheDans La prisonnière, le narrateur, épris d’Albertine, la tient chez lui en liberté très surveillée.

Sa jalousie maladive nourrit son amour. Il voudrait en finir, mais ne peut s’en passer.

Il souffre sans cesse, mais continue de l’aimer, devenant à son tour prisonnier.

Et ces décorations fugitives étaient d’ailleurs les seules de ma chambre, car si au moment où j’avais hérité de ma tante Léonie, je m’étais promis d’avoir des collections comme Swann, d’acheter des tableaux, des statues, tout mon argent passait à avoir des chevaux, une automobile, des toilettes pour Albertine. Mais ma chambre ne contenait-elle pas une oeuvre d’art plus précieuse que toutes celles-là ? C’était Albertine elle-même.

Celle qu’il admire, c’est celle qu’il a cru longtemps impossible à atteindre, et qui est désormais installée chez lui :

Je la regardais. C’était étrange pour moi de penser que c’était elle, elle que j’avais crue si longtemps impossible même à connaître, qui aujourd’hui, bête sauvage domestiquée, rosier à qui j’avais fourni le tuteur (…) était ainsi assise, chaque jour, chez elle, près de moi, devant le pianola, adossée à ma bibliothèque.

Il finit, dans certains moments d’extase, par la voir telle la statue d’une église, mais sans jamais oublier les promesses de plaisirs de ce corps qui lui plaît tant :

Le pianola qui la cachait à demi comme un buffet d’orgue, la bibliothèque, tout ce coin de la chambre semblait réduit à n’être plus que le sanctuaire éclairé, la crèche de cet ange musicien, oeuvre d’art qui, tout à l’heure, par une douce magie, allait se détacher de sa niche et offrir à mes baisers sa substance précieuse et rose.

Bon week-end à tous…

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Norman Dilworth, Une évolution naturelle

Norman DilworthNorman Dilworth, artiste anglais dont le musée Matisse Le Catau-Cambresis présente la première rétrospective en France jusqu’au 30 septembre, a sa façon bien à lui de parler de ses oeuvres.

Il montre des carrés de bristol noirs et blancs, dans lesquels il a découpé des formes géométriques. A partir de ces gabarits, il explique comment ont été élaborées les « sculptures » accrochées au mur.

Certaines sont si minces que, de loin, on pourrait y voir des tableaux. Une ambiguïté qui s’explique au regard du parcours de l’artiste, qui, après sa formation classique en peinture et en sculpture, a commencé par dessiner (alors très influencé par Giacometti, qu’il avait rencontré lors d’un séjour à Paris), avant de réaliser ses premières sculptures métalliques, très fines et linéaires.
Malgré l’évolution de ses travaux, cette prégnance du trait ne quittera guère Dilworth-sculpteur.

Etrange résultat donc, que ces sculptures murales en noir et blanc, où le blanc du mur « fait partie de l’oeuvre » ainsi que l’artiste le souligne.
Mais si l’on suit bien ses explications, avec un zeste de logique et surtout quelques rudiments de géométrie, on s’aperçoit que l’étrange demeure fort éloigné de la genèse des oeuvres de Norman Dilworth.
En réalité, il joue avec les règles mathématiques, créant des maquettes dans un premier temps, avant de transposer la sculpture dans des dimensions qui peuvent parfois être monumentales.

Son axe géométrique fétiche : l’angle. En découpant un volume ou une surface, par exemple carrée, et en repositionnant les différentes parties ainsi créées, il développe « l’idée de progression dans l’enchaînement des angles ».

On voit alors la rigidité de la forme d’origine éclater en légèreté et mouvements. Un dynamisme particulièrement saisissant avec Parts of a square (1985), Black and white line ( 1985-2006), Half by half by half by half (1988) en bois peint, ou la très grande sculpture en acier Toon (2007), spécifiquement créée pour l’exposition.

Mais Norman Dilworth, malgré ses explications parfois dignes d’un cours de géométrie ne se prend pas pour autant au sérieux : « C’est le jeu de la manipulation qui me plaît. J’aime beaucoup le mot français ludique » déclare-t-il.
Ce qui fonde ses créations, c’est la multiplication des expérimentations ; il n’est pas là pour « raconter une histoire » ajoute-t-il.

Certains trouvent à quelques unes de ses oeuvres des airs de ressemblance avec le monde végétal ? L’artiste ne peut les contredire, puisqu’il s’est lui-même amusé à les nommer Branching (1994) ou Puff ball (Fleur de pissenlit, 1972).
Cela étant, il affirme qu’il n’a pas la volonté de reproduire la nature ; simplement, à force de manipuler des formes mathématiques élémentaires, il aboutit à un résultat proche de ce qui existe effectivement dans la nature.

Mais la création la plus impressionnante est certainement la dernière du parcours, pour laquelle il fallut repousser les cloisons : 1.2.3.4.5. (1997/2007).
On y retrouve le jeu de la géométrie cher à Dilworth, mais aussi celui de la matière et du vide : l’oeuvre semble sculpter l’air et créer un espace à elle seule, dans lequel on a envie de déambuler, passer dessous et multiplier les perspectives.
On est alors troublé par une succession de sensations opposées, lourdeur et légèreté, confort du « rond » et peur de l’anguleux ; tout à coup on lui trouve de noueuses formes végétales, alors que l’instant d’après on croit voir surgir le monstre du Loch Ness….

Norman Dilworth, Rétrospective Une évolution naturelle
Musée Matisse Le Catau-Cambrésis
8 juillet – 30 septembre 2007
Petit journal (gratuit), catalogue (102 p., 22 €)
Renseignements pratiques : consulter le billet Musée Matisse Le Catau-Cambresis

Image : 1.2.3.4.5. (1997/2007), photo Philip Bernard

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Musée Matisse Le Cateau-Cambrésis

musée Matisse Le Cateau-CambresisS’il est un musée où l’on a envie de faire une halte tranquille dans le département du Nord, c’est bien au musée Matisse Le Cateau-Cambrésis.

Après de vastes travaux d’agrandissement et de restauration, l’ancien palais du XVIIIème siècle a rouvert ses portes le 8 novembre 2002, cinquante ans après son inauguration.

C’est en effet à l’initiative d’Henri Matisse (1869-1954) qu’un musée a vu le jour au Cateau-Cambresis, par la décision qu’il prit d’offrir à sa vile natale un ensemble de 82 oeuvres, qu’il fit d’abord installer à l’Hôtel de ville.

Depuis, le musée a fait son chemin : la collection fondatrice a été complétée de deux autres donations importantes, celle d’Auguste Herbin en 1956 et celle d’Alice Tériade en 2000, encore enrichie très récemment à la suite du legs laissé au début de l’année 2007 par Alice Tériade.

Outre la beauté du fonds permanent, ce que ce musée a d’admirable est la façon dont l’extension moderne a été intégrée à l’ensemble et surtout celle dont les salles sont mises à profit.
Le lieu est exemplaire de la manière dont on peut mettre les espaces au service d’oeuvres remarquables et donc au service du visiteur : proportions harmonieuses, scénographie aérée et accueillante, circulation fluide mais matérialisée – on passe de l’espace Tériade à celui consacré à Herbin, avant d’aborder le parcours Matisse, en ayant l’agréable impression de respecter la singularité et l’univers de chaque artiste.

On choisit, on n’assomme pas : par exemple, le très riche fonds Tériade est exposé par rotation. Après Chagall il y a quelques mois, c’est Fernand Léger qui est à l’honneur actuellement, avec le livre illustré Le Cirque, mais également des peintures.

Au fil de la visite, les fauteuils et canapés, l’élégante petite table et ses chaises invitent à se poser un moment, tandis que par les grandes ouvertures on ne quitte pas les tilleuls du parc.

Mais le musée tient également à promouvoir la création contemporaine. Ainsi, les amples volumes du rez-de-chaussée sont réservés à des expositions temporaires d’artistes d’aujourd’hui dont les références à Matisse ou à Herbin sont visibles.

C’est le cas en ce moment et jusqu’au 30 septembre avec Une évolution naturelle, la première rétrospective consacrée au travail à Norman Dilworth, qui s’inscrit dans le mouvement de l’abstraction géométrique dont Herbin fut une importante figure : on verra comment l’artiste anglais, qui a désormais pris ses quartiers à Lille, a beaucoup à montrer, et à expliquer …

La suite demain !

Musée départemental Matisse Le Cateau-Cambrésis
Palais Fénelon – 59360 Le Cateau-Cambresis
tél. : 00 33 (0)3 27 84 64 64
mél. : museematisse@cg59.fr
Tlj sauf le mardi, de 10 h à 18 h
Entrée 4,50 € (TR 3 €), gratuit les 1ers dimanches du mois et Journées du Patrimoine
Audio-guide (gratuit)
Visites guidées pour tous le samedi à 15 h et le dimanche à 10 h 30
Ateliers pour les enfants en période scolaire et durant l’été
Accès : à 90 km de Lille et 170 de Paris ; les week-ends et jours fériés un train Corail Intercités fait la liaison Paris/Le Cateau-Cambresis.

Image : vue extérieure du Musée départemental Matisse Le Cateau-Cambrésis restauré et agrandi (Photo Conseil général du Nord, Pierre Cheuva, 2007).

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Persepolis

persepolis le filmPourquoi s’identifie-t-on aussi facilement à la petite Marjane, l’héroïne de Persepolis ?

Huit ans et demi, née en Iran, elle connaît le régime autoritaire du Shah, la révolution islamique, le guerre avec l’Irak, l’exil en Aurtriche puis le retour près des siens, ceux qui ont souffert pendant les longues années de guerre alors qu’elle n’est pas parvenue à être heureuse dans l’Europe en paix…

La bande dessinée fut un vrai succès. On a dévoré les quatre tomes avec parfois la gorge serrée.
Le film est encore plus émouvant. Un concentré très réussi de la BD mais avec bien des choses en plus, qui feraient presque oublier qu’il s’agit d’un film d’animation.
Des voix – dont il nous semble qu’aucune autre que celles de Chiara Mastroianni, Catherine Deneuve et Daniellle Darrieux n’auraient pu être meilleure -, de la musique et une mine d’idées qui portent la dramaturgie de l’histoire, renforcent son mélange de bonheur et de souffrances, ses demi-teintes (l’utilisation des gris est majestueuse), le regard poétique de la jeune Marjane, et bien sûr son humour.
Cet humour et cette spontanéité qui rendent son personnage si attachant. Mais aussi l’humour, et encore la droiture, la distance, la détermination et la sagesse de sa grand-mère, que définitivement on adore.
Et encore le combat politique et la résistance de ses parents et de leurs proches, que la situation du pays use mais ne brise pas.
Les morts enfin que les années de guerre ont fait payer à la population, à chaque famille, et qui déchirent les âmes.

Persepolis est l’histoire d’une petite fille qui devient jeune fille puis jeune femme dans un monde qui ne ressemble pas au nôtre mais dont les réactions, les émotions et les sentiments sont finalement ceux de tout adulte qui essaie de se construire.

L’histoire de Marjane est en cela universelle ; c’est la raison pour laquelle on y croit et qu’on pleure et rit à a chaque instant avec elle.

Persepolis
De Marjane Satrapi et Vincent Paronnaud
Avec les voix de Chiara Mastroianni, Catherine Deneuve et Daniellle Darrieux
Durée 1 h 15

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Les bagages de l'été avec La Quinzaine littéraire

la mer de John BanvilleC’est une malle qu’il faudrait pour emporter les livres de l’été, tous ceux que, faute de temps, on a réservés pour les vacances !
D’ailleurs, chaque année, c’est la même chose : on en emporte toujours trop.
Mais qu’importe : laissons-nous le bonheur de choisir le moment venu.

Un titre qui fleure bon les vacances circule déjà de-ci de-là en tête des listes : La mer de John Banville (Voir Le Monde des Livres du 22 juin dernier notamment). (1)
Ce roman est aussi repris dans le petit mémo concocté par La Quinzaine littéraire dans son dernier numéro : pour ceux qui ont raté les épisodes précédents, La Quinzaine propose un choix de romans français et étrangers, recueils de poésies, livres d’histoire, essais, correspondances… parmi ceux sélectionnés par la rédaction depuis le début de l’année.
Y figurent notamment : le théâtre de Beckett ; Henri Calet ; Emmanuel Carrère (Un roman russe) ; Julian Barnes ; Martin Amis ; Orhan Pamuk ; les poètes Paul Celan et Claude Esteban ; l’autobiographie d’André Schiffrin Allers-retours ; la correspondance de Truman Capote Un plaisir trop bref, celle d’Albert Camus et René Char…

Une autre correspondance pourrait bien également nous accompagner cet été : celle que Walter Benjamin entretint avec Gretel Adorno entre 1930 et 1940. (2)
Alors qu’à partir de 1933, Benjamin vit en exil à Ibiza puis à Paris "dans une misère stoïquement supportée", Gretel Adorno, femme d’affaires, mène une existence relativement solitaire à Berlin. L’entourage de l’un et l’autre est source de difficultés permantentes. Entre eux ? Une histoire d’amitié amoureuse intense, qui semble "résister à tout : à l’éloignement, aux frustations, aux drames d’une époque terrible, aux crises et à des multiples tensions" relève Jean Lacoste pour La Quinzaine. On en rêve déjà…

les essais de montaigneMarie-Luce Demonet de son côté – elle n’est pas la seule – se félicite de la qualité de la nouvelle édition des Essais de Montaigne en Pléiade, 74 ans après la première, et promet que le lecteur "se laissera aller au fil d’un texte unifié, discrètement éclairé par les élucidations indispensables en bas de page". (3)
Le programme est bien tentant … malgré tout, on hésite : Montaigne est-il vraiment compatible avec le transat ?

La Quinzaine littéraire, n° 949, du 1er au 15 juillet 2007
32 p., 3,80 €. En kiosque et sur abonnement
Site du journal : La Quinzaine littéraire

A lire également dans ce numéro, un très bel article de Gilbert Lascault sur l’exposition Les messagers d’Annette Messager au Centre Pompidou (jusqu’au 17 septembre 2007) et sur le livre catalogue dirigé par Sophie Duplaix (co-édition C. Pompidou/Xavier Barral, 608 p. 90 €).

La Quinzaine littéraire

(1) La mer, John Banville, traduit de l’anglais (Irlande) par Michèle Albaret-Maatsch, chez Robert Laffont, 247 p., 20 €
(2) Gretel Adorno, Walter Benjamin, correspondance (1930-1940), traduit de l’allemand par Christophe David, chez Gallimard/Le Promeneur, 411 p., 26,50 €
(3) Montaigne. Les essais, Bibliothèque de la Pléiade, Gallimard, 1980 p., 79 €

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Günter Förg. Hôtels des Arts de Toulon

gunter_frogA raison de cinq expositions par an (et deux expositions hors les murs sur les sites de Seillans et de Saint-Cyr-Les-Lecques), l’Hôtel des Arts de Toulon se propose de mettre en lumière des artistes contemporains dans dans les domaines de la peinture, de la sculpture, de la photographie ou des formes les plus récentes de l’art contemporain.

Jusqu’au 9 septembre, il ouvre ses espaces à l’artiste Günter Förg, né en 1952 en Allemagne, aujourd’hui établi en Suisse.

Depuis sa première exposition personnelle à Munich en 1980, Günter Förg a orienté ses recherches dans différentes directions, explorant simultanément la peinture, la sculpture et la photographie.

L’exposition organisée à l’Hôtel des Arts présente une sélection de peintures et de tirages récents, dont certains ont été réalisés spécifiquement pour l’occasion.

L’accrochage permet de souligner la cohérence de l’oeuvre de Günter Förg, son évolution, mais aussi la complémentarité de ses différents supports de création.
Par un travail sur la trame, s’inscrivant dans la veine de Mondrian, il peint de grandes « grilles » d’un trait léger, en juxtaposant 3, 4 ou 5 couleurs. L’abstraction tend vers la figuration, venant évoquer les paysages urbains, leur profondeur et leurs multiples perspectives.
En écho, les grandes photographies soulignent la géométrie de l’architecture urbaine d’inspiration constructiviste, tout en offrant d’autres points de perspective, par des prises de vue en contre-plongée ou à la diagonale. C’est alors la figuration qui tend vers l’abstraction.
Mais les grands clichés sont aussi d’heureux contrepoints aux tableaux : leur tirage négatif leur confère un imperceptible flou et une atmosphère étrange qui mettent en évidence le trait vif et coloré de ses grilles peintes.

Si Günter Förg déclare avoir abandonné aujourd’hui la sculpture et la photographie, il ne cesse de poursuivre ses recherches picturales, autour de la question de la composition essentiellement.
Laissant de plus en plus la toile "à découvert", il se contente de la parsemer de taches de couleur ça et là, multipliant les teintes et fuyant toute régularité, pour un résultat d’une harmonie pleine de gaîté, enfin libéré.
Libéré de la composition ? L’artiste ne lève pas le point d’interrogation.
Enfin, il pousse davantage encore l’évolution vers la transparence, délaissant la toile et l’acrylique pour le papier et l’aquarelle.
Toujours entre abstraction et figuration, il esquisse alors des paysages où les taches de couleurs claires voisinent avec les hachures légères, venant évoquer les arbres, bosquets et buissons d’un jardin délicat et poétique.

On est loin, tout à coup, des décors urbains du début de l’exposition. On aime cette vivifiante fraîcheur, à l’image d’un artiste en perpétuel mouvement, insatiable chercheur de la forme et de la composition, aujourd’hui dans une quête de l’épure et de la clarté tout à fait convaincante.

Günter Förg
Hôtel des Arts – Centre méditerranéen d’art / Conseil général du Var
Jusqu’au 9 septembre 2007
236, bd du Général Leclerc – Toulon (83)
Tlj de 11 h à 18 h sauf lundi et jours fériés
Entrée libre
Visites commentées pour tous, pour les groupes et les scolaires
Ateliers d’arts plastiques pour enfants et adolescents
Ateliers d’arts plastiques pour adultes
Pour tous renseignements :
adresse postale / rue Saunier – BP 5112 – 83093 Toulon cedex
tél / 04 94 91 69 18 – fax / 04 94 93 54 76
site / www.var.fr

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Ambroise Vollard : parcours d'un marchand d'art exceptionnel

vollardA la fin du XIXème siècle, Ambroise Vollard (1866-1939), marchand d’art établi à Paris, fit des choix audacieux et éclairés qui, associés à un sens des affaires certain, lui assurèrent une place importante sur la scène artistique.

C’est le parcours exceptionnel de cet homme parti de rien mais entreprenant et visionnaire que l’exposition présentée au musée d’Orsay jusqu’au 16 septembre se propose de visiter.

Débarqué à Paris en 1890 après une enfance passée sur l’Ile de la Réunion, il monte sa première "galerie" dans un deux-pièces au pied du Sacré-Coeur. Il n’a alors ni fortune, ni relation, ni expérience dans le monde de l’art.
Il commence donc par revendre des dessins et estampes achetés sur les quais.

Assez rapidement, il expose un ensemble de dessins et esquisses à l’huile acquis auprès de la veuve de Manet. A cette occasion, il fait la connaissance de Renoir et Degas. C’est ainsi qu’il commence à mettre en place une technique – l’achat par lots – et un positionnement – la proximité avec les artistes – qui seront des éléments-clés de son succès commercial.

Mais c’est aussi et surtout à son goût pour l’avant-garde qu’il doit sa réussite ; un goût qui, associé à une vision sûre le conduit à lancer Cézanne, Gauguin, Picasso, Derain et les autres fauves, mais aussi les Nabis (Bonnard, Vuillard, Roussel).
L’accrochage des oeuvres de Paul Cézanne qu’il organise en 1895 marque un tournant dans sa carrière : première exposition monographique consacrée à l’artiste aixois, elle séduit immédiatement, à défaut des critiques, les artistes et les collectionneurs.
Ambroise Vollard prend alors sa véritable assise : d’une part parce qu’il s’est assuré le monopole des oeuvres de Cézanne, d’autre part parce qu’il commence à se constituer un réseau international d’acheteurs.

L’année suivante il peut installer sa galerie au coeur du marché de l’art parisien, rue Laffitte.
C’est à cette époque qu’il se lance dans l’exposition et l’édition d’albums d’estampes, en particulier avec les Nabis .
S’il tente (en vain) de faire connaître Van Gogh, en organisant deux accrochages, il expose également Matisse et Gauguin dont il est le mécène, entretient une profonde et durable amitié avec Renoir … mais il est aussi celui qui fait découvrir au public parisien, en 1901, un jeune artiste âgé de 19 ans : Pablo Picasso !

Force est de constater, face à un tel panorama, que peu de ceux qui devinrent les maîtres de l’art moderne les plus reconnus échappèrent aux mains de Vollard …

Visite de certaines salles de l’exposition très bientôt : promesse de "chefs d’oeuvre" tenue !

De Cézanne à Picasso, chefs-d’oeuvre de la galerie Vollard
Musée d’Orsay
Jusqu’au 16 septembre 2007
Du mardi au dimanche de 9h30 à 18h
nocturne le jeudi jusqu’à 21h45
RER C, bus 24, 68 et 69, M° ligne 12
Entrée 7,50 € (TR 5,50 €)

Catalogue d’exposition
Collectif, sous la direction d’Anne Roquebert
Musée d’Orsay / RMN, 56 €

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Galerie Vollard : autour des livres d'artiste et de van Gogh

nuit étoilée van GoghL’exposition que le Musée d’Orsay consacre au grand marchand d’art Ambroise Vollard jusqu’au 16 septembre est l’occasion de visiter de nombreux chefs d’oeuvre, dont la majorité sont issus de collections privées ou de prêts de musées étrangers.

Le parcours s’articule en sections organisées autour de chacun des grands peintres ou groupes de peintres que Vollard exposa dans sa galerie.

Une salle présente les portraits d’Ambroise Vollard lui-même réalisés par quelques uns de "ses" peintres ; la dernière étant réservée aux activités dites annexes du marchand d’art, mais auxquelles il se consacra avec autant sinon plus de passion : celle d’éditeur de céramiques et surtout de "livres d’artistes".

Cette dernière partie est un régal. Vollard – homme d’affaires fort avisé, doté d’un solide sens du commerce – était aussi un amoureux des beaux livres. Il n’y a qu’à regarder les extraits exposés pour en être convaincu. Ici le superbe album composé de douze lithographies en couleur de Pierre Bonnard Quelques aspects de la vie de Paris (1899) ; là les Oeuvres de François Villon illustrées par Emile Bernard (1919), sans parler de la magnifique et impressionnante Suite Vollard, un ensemble d’eaux fortes et pointes sèches de Picasso aux thématiques mythologiques qui ne compte pas moins de 117 planches !

Cette exposition remarquable à bien des égards permet aussi de nouer de délicieuses correspondances entre les artistes.
Ainsi, l’exemplaire de La Maison Tellier de Maupassant illustrée par Degas (1914), mis en regard avec l’original que l’artiste réalisa au pastel en 1878-1879 La fête de la patronne (quelles filles, quelle fête, et quelle patronne !) est précédé de quelques mètres par le tableau de Vincent van Gogh Nature morte avec statuette en plâtre (1888) représentant notamment Bel-Ami du même Maupassant…

Magnifique salle d’ailleurs que celle réunissant quelques uns des tableaux de van Gogh acquis par Vollard alors que le peintre "maudit" n’était déjà plus de ce monde. Mais il était encore trop tôt pour que son talent soit reconnu : les deux expositions que le marchand d’art organisa furent un fiasco.
Même les artistes ne le comprenaient pas. "Une peinture de fou" : c’est ainsi que Renoir et Cézanne considéraient ces oeuvres !

Et pourtant aujourd’hui le visiteur est envoûté devant Le Rhône à Arles (1888), superbe triptyque de paysages : quelle lumière et quelle fraîcheur ! On sent l’air, on est dans l’herbe, on est dans la pure poésie. Mais ces tableaux semblent si loin du style le plus connu du peintre néerlandais, que l’on retrouve, avec beaucoup de plaisir aussi, dans Les lauriers roses ou La nuit étoilée (1888), qui fait partie de la collection permanente du musée d’Orsay.
Face à cette nuit somptueuse, on a envie d’évoquer ce que van Gogh écrivait à sa soeur à l’époque où il a peint ce tableau : "Souvent, il me semble que la nuit est encore plus richement colorée que le jour".

On finit cette petite vue de l’exposition très bientôt avec Paul Cézanne…

De Cézanne à Picasso, chefs-d’oeuvre de la galerie Vollard
Musée d’Orsay
Jusqu’au 16 septembre 2007
Du mardi au dimanche de 9h30 à 18h
nocturne le jeudi jusqu’à 21h45
RER C, bus 24, 68 et 69, M° ligne 12
Entrée 7,50 € (TR 5,50 €)

Catalogue d’exposition
Collectif, sous la direction d’Anne Roquebert
Musée d’Orsay / RMN, 56 €

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L’élégance du hérisson. Muriel Barbery

L'élégance du hérissonRenée est concierge dans une immeuble cossu du 7ème arrondissement.
Paloma, 12 ans ½, est la cadette de l’une des familles fortunées qui occupent les vastes appartements de la résidence.

Toutes deux ont un point commun : le décalage par rapport à la réalité sociale qui à laquelle elles appartiennent.

Vue de l’extérieur, Renée ressemble en tous points à ce qu’on attend d’une gardienne d’immeuble. Robes affreuses, savates traînantes, télévision l’après-midi et conversation limitée.
Mais à l’intérieur, au fond de son antre, son programme est tout autre : littérature, philosophie, mets raffinés, thé au jasmin.

Elevée dans l’aisance bourgeoise, Paloma est quant à elle prédestinée à reproduire la réussite sociale de ses parents sans souci ni question, voie dans laquelle sa soeur aînée est déjà bien engagée.
Surdouée qui le cache pour avoir la paix, comme Renée cache sa finesse et sa culture, la petite Paloma éprouve déjà le plus grand dégoût pour le seul modèle de vie qu’on lui propose et en conclut à l’absurdité de la vie.

Toutes deux racontent leur vie dans l’immeuble, les rites de ce microcosme privilégié, le mal-être qu’ils leur inspire, leurs tentatives pour trouver du sens et de la joie dans ce monde matériel, suffisant et tourné vers lui-même.

Les regards croisés que portent sur cette communauté sociale une pré-adolescente qui y appartient sans s’y reconnaître et une femme d’âge mûr qui la côtoie tous les jours sans en être font de L’élégance du hérisson un savoureux récit.

Mais c’est aussi un roman "positif " – clé de son succès d’ailleurs. Face à la vacuité et à l’absurdité de vies fondées sur l’apparence, face au déterminisme de la naissance, les deux narratrices proposent un autre choix : l’amour de l’art, de l’unique, le souci attentif de l’autre, un regard poétique sur le monde, l’ouverture sur un "ailleurs", dans un choix de vie singulier.

En cela L’élégance du hérisson relève à la fois du récit initiatique, du conte philosophique mais aussi du conte de fées, dans une inspiration qui n’est pas sans rappeler Anna Gavalda. On y retrouve l’attachement aux menus détails du quotidien et des types de personnages chers à l’auteur d‘Ensemble c’est tout, individus souffrant dans ce monde, dont les sensibilités finissent par se reconnaître et qui y trouvent ainsi leur place.

Le roman se lit très vite et avec beaucoup de plaisir, mais avec aussi parfois le regret que le trait soit un peu épais et les clous visibles : on voit pourquoi L’élégance du hérisson fonctionne si bien ; il semble avoir été fabriqué pour.

L’élégance du hérisson. Muriel Barbery
Gallimard (2006)
368 p., 20 €

L’élégance du hérisson est le deuxième roman de Muriel Barbery après Une gourmandise publié chez Gallimard en 2000 et réédité en Folio.
Sorti en août 2006, L’élégance du hérisson a reçu le prix des Libraires 2007 et à ce jour a été tiré à 250 000 exemplaires.

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