L'atelier d'Alberto Giacometti. Centre Pompidou
Par Mag le lundi 24 décembre 2007, 08:00 - Installations et sculpture - Lien permanent
Il faut absolument aller voir cette
exposition mise en place au Centre Georges Pompidou jusqu'au 11 février 2008
(de préférence le soir en semaine pour des questions de fréquentation), dont on
peut dire d'emblée que la scénographie est à la hauteur du programme :
magnifique de clarté d'espace et de lumière. Et son parcours laisse une large
liberté au visiteur.
Recréer l'atelier d'Alberto Giacometti, c'est non seulement embrasser son
oeuvre, mais surtout montrer le processus créatif de l'artiste. L'exposition
est d'autant plus éloquente qu'elle suscite davantage de questions qu'elle ne
propose de solutions au "mystère" Giacometti. C'est au visiteur, à qui il est
donné d'admirer dans un même mouvement quarante années de création, qu'il
revient d'ébaucher des débuts de réponses à propos de celui qui n'a eu de cesse
d'explorer.
Car durant toute sa vie, le sculpteur et peintre suisse d'origine italienne a
cherché inlassablement dans la même direction, autour du même sujet :
celui de la représentation de l'homme. Ses modèles sont presque toujours les
mêmes, son frère Diego, sa femme Annette. Un homme, une femme.
Peu lui importait, semble-t-il, la personne. A quelques exceptions près, telles
Simone de Beauvoir et Marie-Laure de Noailles en 1946, il ne figurait pas des
"personnalités". Ce qui ne l'empêchait pas d'exceller à en exprimer les traits,
comme les cinq têtes en plâtre de Rita (1938) le montrent : malgré les
expressions différentes, ce qui frappe, c'est l'impression de capter
"l'essence" de Rita.
Visiblement, l'action, la narration, la psychologie, les sentiments ne
l'intéressaient pas. Mais l'expression de la vie, oui. Du moins c'est
l'impression que l'on a lorsqu'on observe les sculptures placées au coeur de
l'exposition ("l'atelier" lui-même).
Il y a bien sûr le formidable mouvement de L'Homme qui marche (1960),
mais encore la magnifique série des Grandes femmes (1959) :
immobiles, les bras le long du corps, en station, elles attendent ; elles
sont tout sauf inanimées.
Chez Giacometti, les corps sont élancés et les courbes marquées, les épaules
droites et les ports de tête hauts. A cet idéal de perfection classique il
allie l'imperfection totale, avec ses sculptures qui ont toujours l'air d'être
plus ou moins inachevées, ébauchées, en devenir. Très humaines en somme.
Comme si l'artiste avait asséché, émacié la matière et les représentations pour
aller trouver "près de l'os" la substantifique moëlle humaine, ce dont l'homme
est fait, cet homme infiniment perfectible. Comme si dans sa quête de la
représentation de l'homme, Giacometti, en se demandant "qu'est-ce que je
vois de l'homme ?" cherchait à répondre à la question "qu'est-ce que
l'homme ?".
L'atelier d'Alberto Giacometti.
Collection de la fondation Alberto et Annette Giacometti
Jusqu'au 11 février 2008
Centre Georges Pompidou
TLJ sf le mardi de 11 h à 21 h, le jeudi jusqu'à 23 h
Entrée 10 € (TR 8 €)
Catalogue, 420 p., 39,90 €, album, 60 p., 8 €
Découvertes Gallimard, 160 p., 14 €
Image : Nu debout sur socle cubique, 1953, Coll. Fondation Alberto et Annette Giacometti, Paris, © Adagp, Paris, 2007