Les soldats de l'éternité. Pinacothèque de Paris

Les soldats de l'éternité à la Pinacothèque de ParisMettez-vous à la place de ces archéologues qui, un jour de mars 1974 découvrirent dans la région du Shaanxi une nécropole remplie de soldats de terre cuite à échelle humaine !

La fastueuse tombe du premier empereur de Chine, Qin Shihuangdi, jusqu’alors légendaire, était enfin mise à jour, plus de deux mille ans après sa construction au cours du IIIème siècle avant notre ère.

Ces heureux archéologues pouvaient-ils soupçonner ce jour-là l’étendue de leur découverte ? Il s’est avéré par la suite que le mausolée était constitué de plusieurs fosses. L’une, la moins vaste, contenait soixante-hui statues en terre cuite. La deuxième, de plan irrégulier, recelait des chars et des cavaliers.

Enfin, la fosse n° 1, la plus spectaculaire, de 230 mètres de long sur 60 de large, abritait près de 7 000 soldats, soit une armée entière, du simple fantassin à l’officier supérieur.

Les fouilles les plus récentes ont révélé que ces militaires étaient accompagnés de civils, fonctionnaires ou encore artistes. Comme si le Premier Auguste Empereur avait conçu son mausolée tel un microcosme, ou un modèle idéal du monde sur lequel il avait exercé sa domination, et entendait ainsi continuer à régner après sa mort.

Jusqu’au 14 septembre, l’on peut admirer une vingtaine de ces fascinantes statues à la Pinacothèque de Paris, place de la Madeleine.
Le face-à-face avec ces guerriers de l’éternité, dans la douce pénombre où ils sont baignés, saisit d’une telle émotion que l’on ne peut s’empêcher de penser à celle qu’éprouvèrent certainement les chercheurs, il y a plus de trente ans, à des milliers de kilomètres d’ici.

Une belle sélection d’objets (vases, bassins, cloches, armes, ornements…), éclairée d’une solide présentation, met en lumière des éléments matériels et culturels du royaume Qin, y compris avant que celui-ci ne s’impose à cet ensemble de territoires qui deviendra l’immense Chine.

L’exposition permet ainsi de mieux comprendre comment en 221 avant J.C., l’Auguste Empereur Qin, à la tête d’une dynastie qui ne dura plus de quinze années, unifia le pays, ses routes, ses murailles, sa monnaie, son écriture, mit en place les institutions politiques qui perdurèrent jusqu’au XXème siècle et se fit édifier une nécropole dépassant toute mesure, afin d’assurer, par une armée d’argile, son éternité.

Les soldats de l’éternité
Pinacothèque de Paris
28, place de la Madeleine – Paris 8ème
Jusqu’au 14 septembre 2008
Tlj de 10 h 30 à 18 h
Le 1er mai et le 14 juillet de 14 h à 18 h
Nocturne jsq 21 h les lundi 12, 19, 26 mai et 2, 9, 16 juin 2008
Entrée 10 € (TR 8 €)

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3 réflexions au sujet de « Les soldats de l'éternité. Pinacothèque de Paris »

  1. Une exposition extraordinaire.

    La présence de ces statues grandeur nature est vraiment saisissante.

    Les vitrines d’objets présentent aussi quelques petits trésors. La vaisselle cérémonielle en bronze est bien sur très belle. Mais ce qui m’a le plus touché, ce sont les 3 petites statuettes de danseurs, très modestes, en terre cuite très grossièrement façonnées. On retrouve avec une parfaite fraicheur le geste du potier qui a tracé les sourcils d’un coup de stylet et façonné le corps avec ses doigts dont on voit parfaitement les empreintes digitales. C’était il y a 2 500 ans.

    Une exposition vertigineuse qui nous amène à un monde inconnu, contemporain de le Grèce classique et de la période Hélenistique.

  2. "ce qui est encore plus typique de l’époque c’est que toute cette élite de connaisseurs n’a pas même été capable de s’apercevoir que ces statues ne sont rien d’autre que des faux grossiers, évidents, indiscutables. Ils sont déjà impossibles sur le seul plan de l’histoire des formes puisque cette découverte d’une telle ancienneté supposée exigeait l’existence préalable de la statuaire statlinienne et nazie – identiques – de l’exposition de 1937, une vulgarisation extrême de la figuration du personnage asiatique apportée par Gauguin, la bande déssinée américaine autour de 1930 (Dick Tracy)…"

    Guy Debord – Cette mauvaise réputation – folio – p 88

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