A voir à Toulouse : des chefs-d'oeuvre du Gothique normand

Chefs d'oeuvres du Gothique en NormandieQuand la pierre normande choisit pour écrin la brique toulousaine : c’est dans l’ancien réfectoire du début du XIVème siècle de l’ensemble conventuel des Jacobins à Toulouse, magnifique lieu d’exposition tout de rouge vêtu, que l’on peut voir jusqu’au 20 avril une sélection de chefs-d’œuvres gothiques… normands.

Cette rencontre entre deux Gothiques régionaux conduit le visiteur de l’église abritant les reliques de Saint-Thomas d’Aquin, toute de briques construite, remarquable par sa finesse, sa pureté et son élancement, à un ensemble de sculptures et de pièces d’orfèvrerie produites en Normandie entre le XIIIème et le XVème siècles.

Le parcours chronologique s’ouvre avec la Marie-Madeleine de la Collégiale d’Ecouis (Eure), dont l’ondoyante chevelure descendant jusqu’aux pieds constitue le seul vêtement : sa blancheur, sa simplicité et son naturel en font l’un des joyaux de l’exposition.

Châsse de Saint-Taurin, exposition aux Jacobins à ToulouseDans la salle suivante, placés en hauteur, les neuf apôtres du Collège apostolique de Saint Pierre de Jumièges (Seine-Maritime), mis en valeur par un jeu de lumières, veillent sur les châsses des reliques de Saint-Taurin et Saint-Romain : datées du XIIIème siècle, en argent et cuivre dorés, elles permettent de se faire une idée de l’architecture richement ornée des églises et des cathédrales du gothique normand.

Suivent un grand nombre de vierges à l’enfant, certaines pleines de tendresse, d’autres plus hiératiques, parfois d’un (trop ?) grand raffinement, marque de la présence d’un mécénat issu de l’entourage royal dans le Vexin Normand au XIVème siècle, qui a tendance à introduire un art de cour parfois teinté de maniérisme.

De belles pièces de vitraux soulignent l’importance de la peinture sur verre lors de la construction ou de la reconstruction des cathédrales à partir du XIIIème siècle, comme les deux panneaux de Dives-sur-mer (Calvados) qui mettent en scène de délicats anges-musiciens.

Exposition aux Jacobins, gothique NormandieDans la dernière salle sont réunis une multitude de saints de pierre, universels ou locaux, connus ou inconnus. Leur grand succès renvoie aux grandes peurs de l’époque, celles des guerres et des épidémies, sans compter celle de la damnation éternelle.
Le culte des saints protecteurs est aussi à mettre en parallèle avec la diffusion de la "La Légende dorée » de Jacques de Voragine au XIIIème siècle.

Voici donc notamment Sainte Appoline subissant le martyre de l’arrachement de dents, Saint-Clair, invoqué lors des affections oculaires (ici, ses yeux sont représentés dans un tableau reliquaire présenté par le saint), Sainte-Barbe contre sa tour, ou encore Saint-Roch, figuré en pèlerin avec un chien : selon la légende, lorsqu’il fut lui-même atteint par la peste, il se retira dans une forêt pour éviter la contagion et fut nourri grâce à un chien qui lui apportait tous les jours du pain dérobé à la table de son maître…

Chefs-d’oeuvre du Gothique en Normandie
Sculpture et orfèvrerie du XIIIe au XVe siècle
Jusqu’au 20 avril 2009
Ensemble conventuel des Jacobins de Toulouse
Entrée de l’exposition par l’église des Jacobins, rue Lakanal
Ouvert tous les jours y compris les jours fériés de 10 h à 19 h
Entrée 5 € (TR 2,50 €)
Tél. : 05 61 22 21 92

Images : Sainte Marie Madeleine, 1311-1315, Statue, pierre avec traces de polychromie, Écouis (Eure) ; Châsse de saint Taurin – Argent et cuivre doré repoussé et fondu, émaux champlevés – 1240-1255 – Évreux (Eure) ; Huit anges musiciens, deux panneaux de vitrail, vers 1320-1330, Dives-sur-mer (Calvados)

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