PHotoEspaña. Años 70. Fotografía y vida cotidiana

William Eggleston, anos 70, photoespana 2009, Madrid
Dans l’immense Centro de Arte de la Fundación Banco Santander à Madrid (Teatro Fernán Gómez), PHotoEspaña 2009 présente une passionnante exposition réunissant une vingtaine d’artistes qui dans les années 1970 se sont consacrés au thème du quotidien. Dans cette prolifique veine de la photographie du "commun", la singularité des artistes fait mouche. Et la diversité de l’ensemble transforme la visite de ce "banal" en un enchaînement de surprises et de reliefs.

L’espagnole Fina Miralles montre ainsi des moments insignifiants, de ceux où l’on n’accomplit aucune action importante, sans même faire rien de particulier, mais qui sont certainement les plus fréquents et parfois même les plus agréables de la vie : toucher le bois de la rampe d’escalier, regarder le soleil par la fenêtre, se laver, boire, respirer…

Christian Boltanski, lui, a constitué L’album photographique de la famille D.. Dans cet ensemble de photos de la famille de l’artiste Marcel Durand, les plus ordinaires qui soient (tous les membres alignés en rang d’oignon pour les besoins de la cause ; famille dans le jardin, à la plage ; repas…), on a l’impression de voir les clichés éculés de sa propre famille. Sous nos yeux, le particulier devient quelconque, mais immensément partagé, tellement inscrit dans un temps et une société donnés…

Karen Knorr, photoespana 2009, anos 70Quotidien vu très différemment avec Karen Knorr et sa série Belgravia : ici est montrée la bourgeoisie anglaise cantonnée dans une zone résidentielle du centre de Londres. Chaque photo est accompagnée d’un texte court qui n’en est pas la description, mais résulte de l’entrevue au cours de laquelle le cliché a été soigneusement préparé. La tranquillité, l’assurance, pour ne pas dire l’arrogance d’une situation et d’un mode de vie privilégiés sont mis en scène avec revendication. Un homme assis dans une chambre tirée à quatre épingles (couvre-lit, tête de lit, murs et plafonds tendus du même tissu) affirme : "Chaque matin, je me lève et je fais 50 pompes. Je mange du müesli et du germe de blé au petit déjeuner. Tu es ce que tu manges."

Il est impossible de citer tous les grands artistes présents dans cette captivante exposition-fleuve : y sont ainsi notamment réunis des clichés très seventies de l’Américain William Eggleston mais aussi de belles et mystérieuses photos de rue du Tchèque Viktor Kolar.

La série Les dormeurs de Sophie Calle mérite elle aussi une jolie petite pause.
Du 1er au 9 avril 1979, elle a invité chez elle 28 hommes et femmes à dormir à tour de rôle pendant 8 heures dans son propre lit (elle exclue, bien entendu…). Sophie Calle observe, photographie, note les mots, les occupations et le sommeil de chacune de ces personnes qui ne font que se croiser à chaque "relève". Faisant la narration écrite et photographique de cette réalité-fiction, elle montre comment ses "invités", certains connus d’elle, d’autres pas, non seulement se comportent pendant l’expérience, mais aussi ce qu’ils en disent avant et après. On voit un tout jeune Fabrice Luchini succéder à une jeune belle personne. Petite conversation à l’occasion de cette "passation de lit" ; commentaire de Sophie Calle : "L’entretien commence de bonne humeur et finit dans la tension ; Béryl semble agacée". Le dernier dormeur est Roland Topor, venu accompagné. Il s’est ainsi décrit : "Roland Topor, pseudonyme de Jean-Pierre Clément. Célibataire à la force du poignet. L’âge… 40… 2 ans"

Años 70. Fotografía y vida cotidiana
Jusqu’au 26 juillet 2009
PHotoEspaña 2009
Teatro Fernán Gómez – Centro de Arte de la Fundación Banco Santander
Plaza de Colón 4 – 28001 Madrid
Du mar. au sam. de 10 h à 21 h et le dim. de 10 h à 19 h

Images : William Eggleston. Los setenta Volumen dos 1970
et Karen Knorr, Belgravia

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