Matisse, Cézanne, Picasso… L'aventure des Stein

Matisse, la femme au chapeau, exposition Stein, grand palaisIl semble qu’à jamais ces tableaux resteront dans notre mémoire. Ces paysages de Matisse, sa Femme au chapeau, son Nu bleu, ces portraits de Picasso, son Meneur de cheval nu, cette Femme renversée de Degas, cette Sieste de Bonnard, cette Femme de l’artiste dans un fauteuil de Cézanne…
Ils viennent de New-York, Chicago, San Francisco ou Los Angeles, de la fondation Barnes ou de collections particulières, et sont enfin réunis sous nos yeux !
Ces œuvres immenses sont celles achetées par les Stein, Américains d’origine juive, fous d’art et fous de Paris, au point de s’y établir et, pour Gertrude, d’y rester pendant les funestes années de l’Occupation. Au tout début du XXème siècle, ils ont décidé de soutenir des peintres "hérétiques", dans un monde de l’art qui alors digérait tranquillement l’impressionnisme et s’écriait face aux taches matissiennes du Salon d’Automne de 1905 : "Voici la cage aux fauves !". C’était la Femme au chapeau de Matisse, faite de grosses touches de couleurs, révolutionnaire avec son vert vif sur le nez et son orange sur na nuque, qui scandalisait et suscitait l’opprobre mais fut acquise par Léo Stein.

Gertrude Stein, ses frères Léo et Michael, et Sarah l’épouse de ce dernier sont arrivés à Paris avec ce qu’il fallait pour vivre, mais peut-être pas la grande fortune, certainement pas celle des grands collectionneurs que furent un peu plus tard Barnes ou Rockefeller. Mais ils était allés en Italie, avaient aimé l’art classique, le Moyen-Age et la Renaissance.
L'aventure des Stein au Grand Palais, Matisse En témoignent les photos de l’appartement de la rue de Fleurus, dans le 6ème arrondissement, où Gertrude tenait salon, réunissant le samedi soir hommes et femmes de pinceau comme de plume et amateurs éclairés : les tableaux d’avant-garde surplombaient des meubles d’inspiration médiévale, des statues de toutes époques, et côtoyaient des primitifs italiens.
Ce n’était pas qu’affaire d’œuvres et de collections, c’était aussi affaire humaine. Longue et profonde amitié entre Gertrude et Picasso. Longue amitié et immense admiration entre Sarah et Matisse, jusqu’à la fin de sa vie.

Aujourd’hui, le prix de ces tableaux sur le marché de l’art semble en faire des objets de spéculation (presque) comme les autres. On annonce des sommes folles à l’issue et même avant les ventes publiques, on déclame des records.

L'aventure des Stein au Grand Palais, Picasso Mais à l’époque, c’était tout autre chose, c’était une entreprise de pionniers, d’inventeurs au sens premier du terme. Cette aventure a eu lieu dans l’enthousiasme et avec ce qu’il fallait d’émulation : la confrontation de Picasso et de Matisse a bien pris racine dans le salon des Stein, où l’un et l’autre étaient exposés et se rendaient.
Depuis, les natures mortes cubistes de PIcasso et de Juan Gris n’interpellent plus personne. Les gros seins cernés de bleu de Matisse ne scandalisent plus qui que ce soit. Les paysages constellés de taches, aux limites de l’abstraction et les portraits aux allures de masques primitifs sont presque l’ABC de l’amateur d’art.
Et pourtant ! Il a fallu les repérer, les montrer, habituer les yeux et les esprits, jusqu’à ce qu’ils deviennent référence, au point que leurs inventeurs, cruel succès, les Stein soi-même, quelques dix ou vingt ans plus tard, ne soient plus en mesure de les acquérir tant leur côte avait grimpé !

Cézanne à l'exposition Stein au Grand PalaisIl est malgré tout un choc qui demeure, pas celui de l’avant-garde, mais celui de la beauté pure que l’exposition du Grand Palais sait rendre, ne cherchant rien d’autre qu’à accrocher les peintures sur de grands murs blancs, regroupées par artistes et par style, simplement.
L’aventure des Stein est racontée dans les coins, avec photos et écrits de l’époque, c’est indispensable et passionnant. Les cartels sont quasiment illisibles comme il est de coutume en ce lieu. Mais les tableaux demeurent, tranquillement, passés peut-être de mains en mains après avoir été adorés dans un salon de la rue de Fleurus ou de la rue Madame il y a un siècle, et aujourd’hui à nouveau montrés à Paris, avec toutes leurs audaces, leurs couleurs, leur inventivité et leur force. Leur révolution relève de la permanence et de l’indissoluble, comme un insoluble mystère qui n’a d’autre nom sans doute que la beauté de l’art.

Matisse, Cézanne, Picasso… L’aventure des Stein
Galeries Nationales du Grand Palais – 3, av. du General Eisenhower – Paris 8°
Jusqu’au 16 janvier 2012
Du ven. au lun. de 9h à 22h, le mar. de 9h à 14h,
le mer. de 10h à 22h, le jeu. de 10h à 20h
Pendant les vacances, du 17 déc. au 2 jan. inclus, TLJ de 9h à 23h
Fermeture à 18h les 24 et 31 décembre et toute la journée le 25 décembre
Entrée : 12 €, tarif réduit : 8 € (13-25 ans, demandeur d’emploi, famille nombreuse)
Gratuité pour les moins de 13 ans, bénéficiaires du RSA et du minimum vieillesse
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Images :
Henri Matisse, Femme au chapeau, San Francisco Museum of Modern Art, don d’Elise S. Haas, San Francisco, USA © Succession H. Matisse. Photo : Moma, San Francisco, 2011
Henri Matisse, Femme en kimono, The Courtauld Gallery, Londres, Grande-Bretagne © Succession H. Matisse. Photo : The Courtauld Galery, London, 2011
Pablo Picasso, Les pierreuses, 1902, Huile sur toile, 80 x 91,5 cm, Hiroshima, Hiroshima Museum of Art © Succession Picasso 2011
Paul Cézanne, Les baigneurs, Lyon, Musée des Beaux Arts, dépôt du musée d’Orsay © service presse Rmn-Grand Palais (Musée d’Orsay) / René-Gabriel Ojéda

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