Poussin et Moïse, Histoires tissées

Histoires tissées, galerie nationale des Gobelins

Voici la splendeur du Grand Siècle étalée sur les vastes murs de la Galerie des Gobelins avec l’ensemble exceptionnel de huit tapisseries formant la tenture de Moïse élaborée d’après Poussin.

C’est quelques décennies après la mort de Poussin, qui n’avait peint que des tableaux de chevalet, que la décision fut prise de faire réaliser pour le Roi le cycle sur l’histoire de Moïse.
Il s’agissait d’affirmer l’existence d’une « école française » de peinture, capable de rivaliser avec l’école italienne. Pour réaliser cette ambition, outre, entre autres, la création de l’Académie de France à Rome en 1665, la Cour à Versailles voulait mettre en lumière le talent de celui qu’elle considérait comme l’égal de Raphaël : Nicolas Poussin. Celui-ci n’avait pas peint de fresques ni de grands formats comme Raphaël, Michel-Ange ou Rubens ? Qu’à cela ne tienne, de ses tableaux réalisés sur la vie de Moïse l’on ferait une œuvre monumentale, royale s’il en est : une tenture.

C’était aussi l’occasion pour les lissiers de la Manufacture royale de valoriser encore davantage leur savoir-faire. L’entreprise demanda un véritable travail de transposition, car le changement d’échelle était considérable. Si Poussin était doté d’un sens de la composition et d’un talent narratif qui permettaient la reprise des tableaux en un cycle, la tâche n’allait toutefois pas de soi car ces tableaux avaient été peints à différentes époques, sans que l’artiste les envisage comme un ensemble.
En outre, la reprise en très grands formats et en œuvre tissée nécessitait d’éclaircir les couleurs exagérément sombres des peintures de Poussin (pour preuve, l’on en voit ici dans l’exposition), mais aussi d’opérer quelques aménagements, comme par exemple enlever des masses rocheuses sombres ici ou des nuages noirs là.

Exposé à l’étage de la Galerie, l’ensemble des huit tapisseries, exécutées vers 1683, est remarquable. La somptuosité des couleurs de « Moïse foulant la couronne » (à dominante rouge), ou de « Moïse exposé sur les eaux » (à dominante bleue) est inouïe au regard de l’âge des œuvres.
Cette tenture est précédée, au rez-de-chaussée, de quatre tapisseries d’après Raphaël et de deux d’après Charles Le Brun, le tout sur le thème de Moïse également.
Le parcours n’est évidemment pas fortuit : Poussin s’était inspiré des œuvres de Raphaël pour ses propres peintures sur l’histoire de Moïse. Quant à Le Brun, il voulait rivaliser avec l’un comme avec l’autre. Le Buisson ardent et Le Serpent d’Airain de celui-ci, très « dramatiques » sont eux aussi, il est vrai, très impressionnants. Ils devaient l’être plus encore au Grand Siècle : l’éclairage rasant permet de voir par endroits les fils d’argent dont le Buisson était tissé, resplendissant de mille feux.

L’exposition est à ne pas manquer : après avoir été présentée à la Villa Médicis à Rome puis au Musée des Beaux-Arts de Bordeaux, c’est à Paris qu’elle marque sa toute dernière étape.

Poussin et Moïse, Histoires tissées
Galerie des Gobelins
42, avenue des Gobelins 75013 Paris
TLJ sauf le lundi de 11 h à 18 h
Entrée 6 € (TR 4 €), libre pour les moins de 18 ans et le dernier dimanche du mois
Visites conférences (1h) les mer. et dim. à 15 h 30
Jusqu’au 16 décembre 2012

Image : Moïse exposé sur les eaux, d’après Nicolas Poussin, Paris, Mobilier national, Manufacture des Gobelins, atelier de Jean Jans fils, Tapisserie de haute lisse de laine et soie rehaussée d’or. Vers 1683 © Isabelle Bideau

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