Quand on a 17 ans. André Téchiné

quand_on_a_dix_sept_ansDamien et Tom : deux adolescents dans le lycée d’une petite ville de province, l’année du bac. Tout les oppose : le premier, blond comme les blés, corps chétif et bagages solides, est fils de médecin et de militaire. Cultivé, doué, il est à l’aise en classe et nettement moins sur le terrain de basket. Tom, métis, tout en souplesse et en muscles, est l’enfant adoptif de parents éleveurs dans une petite ferme de montagne. Lui doit s’accrocher pour réussir. Et si Damien habite « en ville », Tom vit en pleine nature et met une heure et demie pour se rendre au lycée.

Mais cette différence de milieu n’explique pas (en tout cas à elle seule) pourquoi ces deux-là se détestent avant même de s’être parlé. D’ailleurs, ils ne se parlent pas : leurs échanges se limitent aux – nombreux – coups qu’ils se portent. De quoi cette violence est-elle le nom ? On le devine très vite, mais cela n’a aucune importance tant le scénario est bien construit, qui nous emmène tranquillement, et d’emblée, avec ses personnages.

sandrine_kiberlainD’abord chacun des garçons pris isolément, à l’intérieur de sa famille. L’un comme l’autre sont très attachés à leur mère. Damien parle beaucoup avec sa maman médecin (lumineuse Sandrine Kiberlain), joyeuse et décidée. Tom est très prévenant avec la sienne, anxieuse et discrète. Le papa de Damien est en mission sur les délicates « opérations extérieures » au Moyen-Orient. Celui de Tom travaille dur et parle peu. Deux pères bons et aimants, mais finalement chacun à sa manière un peu absents.

Ce sont donc les mères qui vont contraindre les deux adolescents à se rapprocher : parce que celle de Tom doit être hospitalisée, celle de Damien décide d’accueillir son fils chez eux. La relation entre les deux garçons devra nécessairement évoluer. Et c’est ce qui est magnifiquement filmé, sans démonstration ni bavardage. De manière assez étonnante de prime abord, les deux jeunes hommes n’interagissent aucunement avec leurs camarades du lycée.  Les seuls témoins sont les parents. Peut-être parce qu’eux sont les repères « fixes » des adolescents, parce que c’est à travers leur regard que les évolutions de leur enfant sont les plus perceptibles. Et pourtant, trouble ajouté au trouble, la situation des parents, de l’un comme de l’autre d’ailleurs, va considérablement évoluer. Accélération de la vie, mutation des rôles. Parfois l’adolescence va plus vite qu’on ne l’espérait. Trop vite.

andre_techine_quand_on_a_dix_sept_ansIl y a le langage des mots (celui de Damien), celui du corps (Tom, taiseux, en osmose avec la nature). Il y a la difficulté de communiquer et encore, avant celle-là, celle de savoir ce que l’on ressent, ce que l’on veut, qui l’on est en définitive. « Quand on a 17 ans » est un très beau film sur l’adolescence, la fragilité et les bouleversements de cette découverte de l’autre et de soi. Il rappelle à quel point André Téchiné sait filmer la jeunesse, la violence des sentiments et de la vibration des corps. Mais aussi le passage des saisons, qui nous transforme, et la force de la nature, qui demeure. L’écrin qu’il a choisi pour ce film, au cœur des Pyrénées, entre la pointe de la Haute-Garonne et l’Ariège, est tantôt doux, tantôt âpre. C’est avec une fidélité absolue qu’il en restitue la beauté sans tapage.

Quand on a dix-sept ans, un film d’André Téchiné

Avec Sandrine Kiberlin, Kacey Mottet Klein, Corentin Fila, Alexis Loret

Durée 1 h 54 – Sorti en salles le 30 mars 2016

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2 réflexions au sujet de « Quand on a 17 ans. André Téchiné »

  1. Oui certes un beau film, un regard délicat et sensible sur les ados- garçons uniquement cette fois-(le splendide « les roseaux sauvages » mêlaient fille et garçons), mais quelques artifices qui ont fait que je n’ai pas totalement marché…D’abord sans doute parce que le scénario est trop visible, on comprend trop vite la suite, trop d’attendus. Ensuite les situations opposées sur le plan social et spatial sont à mon avis trop tranchées et un peu convenues…Enfin, si les paysages sont beaux (les Pyrénées sont âprement belles, mais elles sont ainsi!), ils servent un message (celui du jeune ancré dans la nature) un peu trop forcé et entre autres scènes, les traces des pattes de l’ours qu’il suit dans la neige…font un peu sourire…

  2. Merci Mome pour ton commentaire !
    Les traces des pattes de l’ours dans la neige peuvent faire sourire… mais aussi espérer… de voir l’ours !!…
    Plus sérieusement, malgré les réserves que l’on peut trouver à ce film et que tu soulignes, je trouve qu’il y a dans ce film quelque chose de très fort et auquel on croit, qui tient certainement au portrait de l’adolescence.

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