Jeanne d’Arc. Joseph Delteil

Chaque auteur a « sa » Jeanne d’Arc. Celle de Joseph Delteil, dans ce roman qui lui a valu le prix Femina en 1925, n’est pas que toute esprit et conduite par ses rêves. Dès le berceau il l’imagine tout à fait concrètement : « Jeanne est repue. La petite rosse bave sur le sein maternel. Elle s’agite, devient chinoise. O chinoiseries ! Elle rit, et ses lèvres nues font à son rire un décor d’aurore. Qu’y a-t-il ? Elle rote, ma parole ! O rose rot ! Elle rote, elle rit, elle éternue –atchim !- elle rit, elle rit. Halte-là ! Je crois qu’elle pisse ! La chaude liqueur d’or mouille ma plume ».

On le devine, il n’est pas obligatoire de s’intéresser à la vie de Jeanne pour trouver plaisir à cette lecture. Certes Delteil, en suivant la chronologie, nous donne à lire les grandes étapes de la vie de son héroïne : les voix, le départ de Domrémy, les premières batailles, la rencontre avec le roi Charles VII, le couronnement de celui-ci, la lassitude de la Cour face à l’entêtement de Jeanne à combattre à tout prix, le jugement et pour finir le supplice. Il s’aide manifestement d’ouvrages d’historiens.

Mais écoutons plutôt (car c’est à voix haute qu’on l’apprécie davantage). Les Saintes Marguerite et Catherine viennent de se prononcer, Jeanne doit partir en guerre : « Pendant ce temps Marguerite avait cueilli une marguerite des prés, et les yeux luisants elle l’effeuillait lentement en murmurant à voix basse : – Un peu… beaucoup… à la folie… Et tout à coup elle se leva en désordre, criant : -A la folie ! A la folie ! Et les deux Saintes s’envolèrent l’une à côté de l’autre, pathétiques, en se tenant par la main, et répétant à travers les nuages : Jeanne, Jeanne, prends garde, Dieu t’aime à la folie ! ».

Jeanne (les cheveux coupés à la Jeanne d’Arc précise l’auteur), entre dans Orléans après les succès : « Des gamins aux jambes de fil, la culotte en déconfiture et un sucre d’orge sur l’oreille, galopaient au-devant de Jeanne d’Arc, hurlant à la joie (…) Le délire avait l’air de tomber de la lune par larges flaques jaunes. (…) Toute la foule pleurait pas saccades, et dans les instants de silence on entendait le ruissellement des larmes dans les ruisseaux, le ruissellement des étoiles dans le ciel ».

Avec Delteil, il est permis de préférer, aux portraits légendaires, la figure d’une jeune fille enthousiaste, quelle que soit son époque. La voici prisonnière : « Tous s’émerveillaient de voir que ce foudre de guerre, ce démon, cette sainte, n’était en somme qu’une jeune fille, une jeune fille de 18 ans ! Eh ! oui, Jeanne d’Arc, c’est une jeune fille de 18 ans, en chapeau cloche, avec ses bas de soie. Il faut l’imaginer sous nos yeux, la toucher de nos mains. Imaginer, c’est rajeunir. Elle est dactylo, ou peut être vendeuse aux galeries Lafayette. Elle part, elle commande les armées françaises, elle fait la conquête de l’Europe de l’Asie. Voilà Jeanne d’Arc ».

Joseph Delteil nous a convaincu.

Andreossi

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