Rituels Grecs. Une expérience sensible

Comment évoquer ce monde grec antique, dans lequel chacun et chacune vivait dans la proximité des dieux, de la manière la plus sensible pour le spectateur d’aujourd’hui ? Tout simplement en faisant appel, aussi, aux autres sens que la vue. L’exposition offre au visiteur l’occasion d’exercer son oreille aux sons de l’époque, de toucher les matières utilisées alors, de flairer les parfums et liquides privilégiés lors des rituels, éventuellement de goûter quelque mets favoris.

La présentation se fait selon un parcours des moments les plus importants de la vie des Grecs, moments qui sont strictement ritualisés, parce qu’il était essentiel de se concilier la participation la plus favorable des dieux aux étapes marquantes de son existence, et plus généralement de ne pas se faire oublier d’eux.

Ainsi un grand tournant de la vie est le mariage : si nous pouvons découvrir sur les vases les peintures représentant des scènes des cérémonies, si de beaux objets de parure sont exposés dans les vitrines, nous pouvons aussi, casques sur les oreilles, écouter les musiques interprétées, entendre les textes dits. Dans des coupelles ont été préparées les mixtures qui servaient de cosmétiques, que nous pouvons sentir, et apprécier les textures et les couleurs.

Les sacrifices animaux en l’honneur des divinités étaient, comme les banquets, le moyen de se rapprocher des dieux afin de communiquer et de partager avec eux. On voit comment la victime (porc, chèvre…) était bien préparée, bien ornée, de guirlandes en particulier, avant le geste sanglant sur l’autel. Assez raisonnables finalement, les convives humains consommaient la viande bouillie ou rôtie et réservaient les viscères à leurs invités divins. Le public d’aujourd’hui peut humer le vin au calament ou l’huile aromatique au laurier, et même le parfum du cochon rôti.

Avant le rôti, le Grecs pouvaient commencer par des amuses bouches bien aromatisés : olives, pois chiches, mûres de mûrier, figues, pignons. La musique accompagne chacun de ces rites et nous pouvons entendre le son de l’aulos en observant l’instrument lui-même, tuyau en os ou bois de roseau percé de trous. Les funérailles avaient leurs propres chants et leurs prières, et pendant l’exposition du cadavre et les processions les agents purificateurs faisaient leur office, qu’ils soient minéraux (souffre, sel) ou végétaux (verveine officinale, potentille).

Si l’on ne devient pas totalement un Grec ancien au sortir de l’exposition, on mesure bien qu’une société s’imagine mieux selon une approche de tous les sens.

Andreossi

Rituels Grecs. Une expérience sensible
Musée Saint Raymond, Toulouse

Toutes informations sur le site du Musée

Jusqu’au 25 mars 2018

 

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Delacroix et l’Antique au Musée national Eugène-Delacroix

delacroix_facade_jardinSitué à deux pas de l’adorable place Fürstenberg, caché au milieu de boutiques proposant de somptueuses étoffes, le petit Musée Eugène Delacroix est lui-même l’écrin d’un adorable jardin, aussi minuscule que charmant. C’est l’artiste qui l’a conçu lorsqu’il s’est installé à cette adresse en 1957, alors qu’il venait (enfin !) d’être élu à l’Académie des Beaux-Arts (sur ce musée, lire aussi le billet du 27 janvier 2013). Depuis le jardin, on peut admirer l’harmonieuse façade de son atelier, qu’il a également pensée : de style néo-classique, il l’a ornée de moulages de sculptures antiques.

Au dessus de chacune des deux fenêtres latérales, des métopes du Théséion, temple athénien de l’époque du Parthénon (V° siècle av. J.-C.)  représentent des exploits du héros Thésée, vainqueur du Minotaure. Un moulage de la cuve du Sarcophage des Muses, chef d’oeuvre de l’Empire Romain (II° siècle), surplombe, lui, la porte centrale.

delacroix_douze_medaillesCette façade a sans doute constitué le point de départ de cette exposition, au sujet inédit : la mise en lumière des rapports de Delacroix, artiste romantique, avec l’Antiquité. Installé dans l’appartement et l’atelier de l’artiste, le parcours montre d’une part comment Eugène Delacroix a « connu » l’Antiquité et, d’autre part, les créations que celle-ci lui a inspiré.

Son approche de l’Antique s’inscrit à la fois dans son époque (en particulier avec l’exposition des marbres du Parthénon à Paris et à Londres, où il s’est rendu, et qui n’ont pu, comme ses contemporains, que le frapper) et dans un cheminement personnel. Il n’est allé ni en Grèce ni en Italie, mais s’est familiarisé avec les chefs d’œuvres de l’Antiquité grâce à la fréquentation des musées, celle des livres, des dessins, photos et reproductions disponibles. Cette connaissance muséale et livresque s’est enrichie d’une connaissance plus imaginaire : lors de son voyage au Maroc, il s’est plu à y reconnaître une Antiquité sauvage et préservée.

delacroix_bacchusDans ses œuvres, cette admiration pour l’Antique se manifeste dans le choix de ses thèmes (les fresques pour le Salon du Roi au palais Bourbon : Anacréon, Bacchus et Leda) comme dans sa manière (la représentation de nus sculpturaux). Un autre type de création mérite ici d’être découvert : ses dessins et lithographies de médailles grecques et romaines, qu’il assemble dans un travail de composition très convaincant. Tout aussi réussie est la représentation des médailles elles-mêmes, tant dans l’expression des figures que dans le modelé des corps et la vivacité des mouvements. « Imiter sans être imitateur » était, paraît-il, l’un de ses leitmotiv. L’instructive et plaisante visite de cette exposition montre qu’il a su parfaitement y être fidèle.

 

Delacroix et l’Antique

Musée national Eugène Delacroix
6, rue de Fürstenberg ‐ 75006 Paris

Métro : Saint‐Germain‐des‐Prés (ligne 4) / Mabillon (ligne 10)
Bus : 39, 63, 70, 86,95, 96
Renseignements : 01 44 41 86 50

Entrée : 7 euros (entrée libre pour les Amis du Louvre)

Jusqu’au 7 mars 2016

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