Somewhere… la Mancha. Théâtre des Bouffes du Nord

Somewhere... la mancha, théâtre des Bouffes du NordTrès sympathique soirée au théâtre des Bouffes du Nord où, après le succès de En attendant le Songe la saison dernière, Irina Brook revient avec sa troupe pour nous proposer cette fois une version totalement libre et déjantée du Don Quichotte.

La fille de Peter Brook a transposé le grand roman de Cervantès aux Etats-Unis, transformant l’épopée espagnole en un road movie, où une valise à roulettes fait office de monture de Don Quichotte et un caddie chargé à ras bords de mulet de son écuyer.
Au fil de cette fameuse route 66, vont se succéder des rencontres typiques du mythe américain. Voici une danseuse de flamenco qui ondule sous un air de country, un gang de motards, des mexicains hystériques, des divas de la disco en auto-stop,… notre chevalier à la triste figure et son fidèle Sancho Panza prendront plus de coups qu’ils n’en donneront.

Le spectacle regorge d’humour décalé, de musique, de danse et de chants, menés tambour battant par une troupe endiablée. Mais il est aussi une mine de références, musicales bien sûr mais aussi cinématographiques et littéraires. Le personnage de Sancho Panza en comédien raté et réaliste mais à qui le noble chevalier a su redonner espoir, est particulièrement convaincant, plein d’énergie et attachant.
Mais on regrette un peu que le héros de Cervantès, au début bien posé dans son rêve de combat contre les géants du capitalisme, s’efface trop vite du premier plan, et avec lui son idéalisme si émouvant.

Somewhere… la Mancha, d’après Don Quichotte de Cervantès
Mise en scène : Irina Brook
Assistée de : Marie-Paule Ramo
Avec : Lorie Baghdasarian, Jerry Di Giacomo, Gérald Papasian, Christian Pélissier, Augustin Ruhabura, Bartlomiej Soroczynski
Théâtre des Bouffes du Nord
37 bis, boulevard de la Chapelle – 75010 Paris
Réservations au théâtre, sur le site Internet et par téléphone au 01 46 07 34 50
Jusqu’au 9 mai 2009
A 21 heures, les samedis à 15 h 30, relâche les dimanche et lundi
Durée : 2 heures
Places de 12 € à 26 €

Facebooktwittergoogle_plus

Fragonard, Les plaisirs d'un siècle. Musée Jacquemart-André

Fragonard, La poursuite, expo, Jacquemart-AndréIl aurait pu devenir un peintre de l’Académie Royale et s’en tenir à la peinture de genre en vigueur à l’époque. Au lieu de quoi, il se consacre à une clientèle privée, qui lui permet, semble-t-il, de laisser libre cours à son bon plaisir.
Les tableaux les plus connus de Fragonard (1732-1806) montrent des sujets frivoles, emprunts de légèreté et de grâce. Ce sont d’adorables jeunes filles, femmes-enfants aux joues roses et rebondies, un peu coquines, tenant un chiot près du sein ; ce sont des couples s’embrassant tendrement ; des scènes se déroulant dans des cadres idylliques.
Et il y souffle souvent un air de liberté, comme dans La poursuite et La surprise, deux tableaux peints en 1771 dans la même veine, où les petites touches du peintre frôlent l’esquisse : les personnages sont venus se perdre dans des jardins où la maîtrise de l’homme est dépassée. Sur presque toute la hauteur des toiles, la végétation laissée à l’abandon s’épanouit et déborde ; la cascade et la sculpture se trouvent prises dans un écrin de feuillages à la superbe harmonie de verts et de roux.
Fragonard, peintre de la volupté amoureuse, a aussi peint beaucoup de scènes familiales, telles La visite à la nourrice, où il place le nouveau-né au centre d’une chaleureuse lumière.
Ainsi que le propos de l’exposition le souligne, l’artiste était également un passionné de littérature. Il s’est plu à lui rendre hommage en peignant les écrivains (voir le sombre et magnifique Songe de Plutarque par exemple), en illustrant les fables et contes de La Fontaine, mais encore en accomplissant une oeuvre graphique remarquable.
Les planches illustrant les seize premiers chants du poème de l’Arioste (1474-1533) l‘Orlando Furioso, marquées par un trait à la fois enlevé, lyrique et foisonnant, révèlent une inspiration bouillonnante.
Il se consacrera avec davantage de sobriété mais non moins d’efficacité au Don Quichotte de Cervantés : le coup de crayon est plus bref, plus stylisé, et souligne à merveille l’ironie du texte.
Preuve que Fragonard n’était pas seulement un virtuose du pinceau dont la manière libre et enlevée annonçait le XIXème siècle, mais également un graphiste exceptionnel, qui n’a cessé en toutes occasions de manifester une malice et une audace des plus réjouissantes.

Fragonard, Les plaisirs d’un siècle
Musée Jacquemart-André
158, boulevard Haussmann – Paris 8ème
M° St-Augustin, Miromesnil ou St-Philippe du Roule, RER Charles de Gaulle-Étoile
Jusqu’au 13 janvier 2008
TLJ de 10 h à 18 h, nocturne le lundi jusqu’à 21 h
Entrée 9,50 € (TR 7 €)
Catalogue de l’exposition préfacé par Pierre Rosenberg, de l’Académie française, président-directeur honoraire du musée du Louvre, 39 € (éditions Snoeck)

Image : Fragonard, La Poursuite, Musées d’Angers © Musées d’Angers, photo Pierre David

Facebooktwittergoogle_plus