La hauteur des éléphants

Richard Texier, L'esprit du temps
Richard Texier, L’esprit du temps

Et si en ce début d’année on prenait un peu de recul en allant voir du côté des éléphants ? Voici deux idées pour cheminer tranquillement avec eux. Elles ne vous tromperont pas.

Première idée éléphantesque :

Découvrir l’exposition Daum, Variations d’artistes à l’Espace Dalí à Paris. Initialement prévue jusqu’au 3 janvier, elle a été prolongée jusqu’au 14 février. Vous tomberez nez-à-nez avec, entre autres joyeusetés en verre poli multicolore de la maison Daum, un éléphant haut sur pattes qui porte une obélisque sur son dos signé Salvador Dalí et un autre en bronze juché sur une coquille de verre signé Richard Texier, qui a pour nom L’esprit du temps. A méditer.

Deuxième idée éléphantesque :

les_racines_du_cielLire ou relire Les racines du ciel de Romain Gary, prix Goncourt 1956, ainsi qu’Andreossi nous l’a conseillé. Un roman visionnaire sur les questions – et leur complexité, car les différents points de vue sont montrés, comme on va le voir dans l’extrait ci-dessous – qui allaient occuper les décennies suivantes et nous (pré)occupent encore aujourd’hui, en particulier l’écologie et le sort de l’Afrique, avec bien sûr, en fond, celle, éternelle, du rôle des idéologies de tous poils… Extrait. C’est Waïtari qui pense, ancien parlementaire français qui aspire aujourd’hui au développement économique et à l’indépendance politique de ce territoire africain qui est le sien :

« Il pensa à Morel et sourit amèrement. Pour l’homme blanc, l’éléphant avait été pendant longtemps uniquement de l’ivoire et pour l’homme noir, il était uniquement de la viande (…). L’idée de la « beauté » de l’éléphant, de la « noblesse » de l’éléphant, c’était une notion d’homme rassasié, de l’homme des restaurants, des deux repas par jour et des musées d’art abstrait – une vue de l’esprit élitiste qui se réfugie, devant les réalités sociales hideuses auxquelles elle est incapable de faire face, dans les nuages élevés de la beauté, et s’enivre des notions crépusculaires et vagues du « beau », du « noble », du « fraternel » simplement parce que l’attitude purement poétique est la seule que l’histoire lui permette d’adopter. Les intellectuels bourgeois exigeaient de leur société décadente qu’elle s’encombrât des éléphants pour la seule raison qu’ils espéraient ainsi échapper eux-mêmes à la destruction. (…) Il était beaucoup plus commode de faire des éléphants un symbole de liberté et de dignité humaine que de traduire ces idées politiquement en leur donnant un contenu réel. Oui, c’était vraiment commode : au nom du progrès, on réclamait l’interdiction de la chasse aux éléphants et on les admirait ensuite tendrement à l’horizon, la conscience tranquille d’avoir ainsi rendu à chaque homme sa dignité. On fuyait l’action mais on se réfugiait dans le geste. »

 

Exposition Daum, Variations d’Artistes

Espace Dali

11 rue Poulbot – 75018 Paris

Ouvert TLJ de 10h à 18h, nocturne les mercredis 20 janvier et 10 février

Atelier pour les enfants le samedi 23 janvier à 14 h

Visites guidées le mer. 20 janvier à 18h et le sam. 6 février à 15 h

Jusqu’au 14 février 2016

 

Et roman Les racines du ciel de Romain Gary, en Folio Gallimard

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