De Rubens à Van Dyck à la Pinacothèque de Paris

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Adriaen Thomasz Key (Anvers, c.1560-c.1591), Le Calvaire, Non datée, Huile sur bois, 126 x 100 cm, Collection Gerstenmaier © Photo : Collection Gerstenmaier

Au-delà des célèbres peintres que sont Pierre-Paul Rubens (1577-1640) et son élève Anthony Van Dyck (1589-1641), l’exposition qui a ouvert ses portes le 10 juillet à la Pinacothèque de Paris est l’occasion d’effectuer une visite plus large de la peinture flamande des XVI° et XVII° siècles.

Un parcours des plus agréables, et des plus accessibles aussi. 60 œuvres à peine, mais si bien choisies et si bien mises en valeur que l’œil est comblé. Les explications d’introduction générale et aux différentes sections sont claires et synthétiques, et l’approche thématique, bien articulée, permet de couvrir les différents genres abordés par les peintres à cette époque.

1. La peinture religieuse. Nous sommes en pays catholique : si les Pays-Bas du Nord, en grande partie protestants, ont obtenu leur indépendance en 1581, la partie sud (l’actuelle Belgique) est demeurée sous le contrôle de la couronne d’Espagne. Aussi, les thèmes religieux demeurent très présents. On s’émeut ainsi devant des vierges à l’enfant (dont celle dite de Cumberland de Rubens), des calvaires, comme celui d’Adriaen Thomasz Key, peint dans une palette lumineuse ou celui, beaucoup plus tragique de Victor Wolfvoet (1612-1652), des scènes de la vie de Jésus (remarquable Adoration des anges et des bergers de Martin de Vos (1532-1603) dont le traits des personnages sont rendus avec une délicatesse extrême).

2. La nature morte. On connaît le talent et le goût des « Nordiques » pour ce genre pictural. Ici, le choix est large : des plus petits formats jusqu’aux plus grands, des poissons et des oiseaux (Alexander Adriaenssen) jusqu’aux bouquets plus splendides que nature (Gaspar-Pieter Verbruggen l’Ancien et le Jeune), la sélection est somptueuse !

3. La mythologie. Après le Moyen-Age centré essentiellement sur les sujets religieux, la Renaissance voit resurgir un engouement pour la sagesse antique. Les artistes puisent leur inspiration dans les textes classiques, comme en témoigne la série de gravures maniéristes Thèmes mythologiques et allégoriques de Hendrick Goltzius (1558-1617), avec notamment Les Trois Grâces, les allégories des Quatre éléments, des Cinq sens, des Sept vertus cardinales

Pierre-Paul Rubens (Siegen, 1577-Anvers, 1640), Portrait de Philippe IV d’Espagne,  1632, gravure à l’eau-forte estampée sur papier vergé, 30 x 25 x 2 cm, Collection Gerstenmaier © Photo : Collection Gerstenmaier
Pierre-Paul Rubens (Siegen, 1577-Anvers, 1640), Portrait de Philippe IV d’Espagne,
1632, gravure à l’eau-forte estampée sur papier vergé, 30 x 25 x 2 cm, Collection Gerstenmaier © Photo : Collection Gerstenmaier

4. Le portrait, qui à cette époque devient un genre à part entière, d’abord pour les souverains (voir les portrait d’Isabelle de Bourbon et de Philippe IV d’Espagne par Rubens par exemple), puis plus généralement pour les hommes célèbres comme les artistes, les intellectuels et les hommes politiques. Parmi les premiers, citons les peintres français Simon Vouet, italien Orazio Gentileschi ou encore flamand Pieter Brueghel le Jeune, quelques uns de nombreux dessinés par Van Dyck dans sa série de gravures Vie des Hommes illustres du XVII° siècle.

5. Le paysage enfin, alors admis progressivement comme sujet du tableau. De Cornelis Huysmans (1648-1727), on admire le Paysage avec des figures classiques, où celles-ci semblent le prétexte à représenter les arbres et le ciel aux différentes lumières comme les véritables personnages. Et, signé Joost De Momper le Jeune et Jan Brueghel l’Ancien dit de Velours, on aime plus encore le vaste et reposant Paysage de montagne avec des mules.

Toutes les œuvres proviennent de la collection de Hans Rudolf Gerstenmaier, entrepreneur allemand qui a commencé à constituer ce fonds il y a quarante ans, aujourd’hui riche de deux cents peintures de différentes écoles européennes, avec une prédilection pour les œuvres flamandes. Cette sélection est exposées au public pour la première fois.

De Rubens à Van Dyck Les chefs d’œuvre flamands de la collection Gerstenmaier
Jusqu’au 4 octobre 2015
Pinacothèque de Paris
8 rue Vignon 75009 Paris
Ouverte tous les jours de 10h30 à 18h30
Nocturne les mercredis et les vendredis jusqu’à 20h30
Mardi 14 juillet 2015, la Pinacothèque de Paris est ouverte de 14h à 18h30.
Téléphone : 01 44 56 88 80

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Artemisia Gentileschi au musée Maillol

Artemisia Gentileschi, Musee Maillol

Elle est, selon les commissaires de l’exposition "la moins connue des plus grands peintres du XVIIème siècle européen". Née en 1593, Artemisia Gentileschi est la fille d’Orazio Gentileschi, lui-même grand peintre baroque à Rome. Initiée à la peinture par son père, Artemisia a ensuite suivi son propre chemin au fil d’une carrière de premier plan, qui la mena de Rome à Florence, puis de Rome à Naples, avec un passage par l’Angleterre.

Pourquoi est-elle encore si peu connue aujourd’hui ? Sans doute parce qu’étant une femme, l’éclairage de son œuvre s’est au fil des siècles avéré moins favorable que celui apporté aux peintres hommes. Mais surtout, parce qu’au XXème siècle, son travail a été essentiellement abordé sous un aspect psychologisant, avec une lecture de ses tableaux avant tout biographique, ramenant leurs thématiques au traumatisme qu’elle a subi à l’âge de 17 ans, violée par un peintre collègue de son peintre, événement suivi d’un retentissant procès.
Or, s’il est vrai que les représentations violentes issues de la mythologie sont bien présentes dans son œuvre, comme le Suicide de Lucrèce, Artemisia Gentileschi ne s’est pas, loin de là, enfermée dans cette voie. Et si elle a peint beaucoup de femmes, à travers des portraits, des peintures religieuses ou d’histoire, ces thèmes ne sont que le reflet des goûts de l’époque.

La rétrospective du Musée Maillol, une première dans notre pays, permet enfin au public français de découvrir l’œuvre d’Artemisia Gentileschi.
A rebours chronologique, l’exposition débute avec par la période napolitaine, où l’artiste, entre 1630 et 1654, à l’apogée de son art, connaît son plus grand succès international.
C’est ici que l’on admire quelques uns de ses plus beaux tableaux. Si l’on tombe en premier regard sur un impressionnant Suzanne et les vieillards, la visite démarre à proprement parler avec une très belle suite de femmes : un autoportrait, deux Madeleine, une Cléopâtre. La maîtrise de la lumière et des expressions apparaissent d’emblée dans ces portraits cadrés en très gros plans. L’on retrouve ce talent pour montrer la nuance d’expressions dans un grand Nymphe Corisca et le Satyre, où la nymphe, non dénuée d’ambiguïté, a un air légèrement moqueur. Quant à L’Allégorie de la peinture, on se demande si son auteur la prend véritablement au sérieux…

Les autres sections montrent les différentes phases de son œuvres, avec notamment de délicieuses Vierge à l’enfant, dont deux placées côte à côte permettent de relever l’évolution de l’artiste entre 1608-09 et 1616-18 : entre ces deux périodes, Artemisia s’est détachée du style de son père marqué par des couleurs claires, pour accentuer les contrastes clairs-obscurs et celui des couleurs, et donner davantage de présence à des personnages.
Cette heureuse manière se retrouve dans deux merveilleuses huiles sur cuivre de dimensions modestes, mais si délicates et lumineuses : une Danaé recevant la pluie d’or et une Vierge au rosaire de 1651. Cette dernière est installée dans une petite salle à part, à côté d’un David méditant devant la tête de Goliath, œuvre de son père Orazio Gentileschi, découverte quelques semaines seulement avant l’ouverture de l’exposition et brillant exemple de peinture sur pierre, avec un précieux lapis-lazuli afghan d’un bleu inoubliable.

Artemisia
Pouvoir, gloire et passions d’une femme peintre
Musée Maillol
61, rue de Grenelle 75007 PARIS
TLJ même les jours fériés, de 10h30 à 19h
Nocturne le vendredi jusqu’à 21h30
Entrée plein tarif 11 €
Jusqu’au 15 juillet 2012

A voir aussi en ce moment au 2ème étage du Musée Maillol : des tableaux de la désormais célèbre Séraphine, si colorés, lumineux et pleins de vie !

Images :
Artemisia Gentileschi, Danaé, c. 1612, huile sur cuivre, 41,3 x 52,7 cm © Saint Louis, The Saint Louis Art Museum

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