Gustave Doré. L'imaginaire au pouvoir

"Le Chat botté", publié dans "Charles Perrault, Contes",  illustré par Gustave Doré, gravé par Adolphe François Pannemaker (1822-1900), Paris, Hetzel, 1862, in-fol. 43 x 31 x 4,5 cm © Bibliothèque Nationale de France
« Le Chat botté », publié dans « Charles Perrault, Contes », illustré par Gustave Doré, gravé par Adolphe François Pannemaker (1822-1900), Paris, Hetzel, 1862, in-fol. 43 x 31 x 4,5 cm © Bibliothèque Nationale de France

Gros coup de cœur pour cette exposition rudement bien pensée. Merci au Musée d’Orsay de mettre à l’honneur cet artiste prolifique et protéiforme qui est peu exposé et assez mal connu en France, sauf pour ses illustrations des classiques de la littérature (et encore sans doute pas par toutes les générations). Gustave Doré (1832-1883) fut un caricaturiste, illustrateur, graveur, aquarelliste peintre et sculpteur qui, s’il ne révolutionna pas la peinture comme Edouard Manet son contemporain, fut aussi un moderne à sa façon.

En fait, il semble avoir appartenu à trois époques différentes : celle qui finissait quand lui commençait, l’époque Romantique, celle bien de son XIXème siècle, avec des dessins satiriques dans la veine de Daumier et des illustrations de la littérature classique (Dante, Rabelais, La Fontaine, Cervantès, Perrault, Milton, Shakespeare), de la Bible, mais aussi des écrivains de son temps (Balzac, Poe, Hugo…), et enfin l’époque des générations à venir, avec des dessins qui évoquent ce que seront plus tard la bande dessiné et le cinéma.

L’exposition est un bonheur car elle montre toutes les facettes de l’art de Gustave Doré, y compris celles que l’on connaît moins : notamment ses étonnantes sculptures mais aussi ses grandes peintures d’histoire qui valent le détour, comme le monumental Christ quittant le prétoire dans sa version de Nantes.

Souvenir de Loch Lamond, 1875 Huile sur toile, 131 x 196 cm New York, collection © French & Company, New York
Souvenir de Loch Lamond, 1875 Huile sur toile, 131 x 196 cm New York, collection © French & Company, New York

Surtout, c’est la variété et l’intérêt des sujets illustrés qui rendent le parcours captivant : l’on passe de l’actualité du XIXème vue de Paris avec un regard sans concession (du grand Salon de peinture au communisme) à un reportage à Londres des plus saisissants (de la misère des bas-fonds aux milieux les plus huppés), de l’illustration de Gargantua (un délice) à celle de la Bible (poignante). Mais ce n’est pas tout : fervent patriote, Doré a aussi peint la terrible guerre de 1870 contre la Prusse et la Commune de Paris, en puisant dans le répertoire allégorique et en renouant avec la noirceur de certaines de ses illustrations fantastiques ; alpiniste passionné, il a commis d’exquises aquarelles et des toiles de paysages montagneux lesquelles, des Pyrénées à l’Ecosse, témoignent d’un sens du sublime digne des peintres germaniques.

Dessinateur virtuose et précoce (il a débuté sa carrière dans l’illustration de presse à 15 ans), Gustave Doré a traité tous ces sujets avec un égal talent même si, faiblesse pour les livres illustrés et joie devant sa puissance imaginative et son sens du romanesque aidant, ce sont ses illustrations si soignées qui donnent le plus envie de prolonger le plaisir de l’exposition.

 

Une exposition réalisée par le musée d’Orsay et le musée des beaux-arts du Canada, en partenariat avec la Bibliothèque nationale de France.

Elle sera présentée au musée des beaux-arts du Canada (Ottawa) du 12 juin au 14 septembre 2014.

A découvrir de partout : l’exposition virtuelle sur le site de la BNF

Gustave Doré (1832-1883). L’imaginaire au pouvoir

Jusqu’au 11 mai 2014

Retrouvez tous les renseignements pratiques sur le site du Musée d’Orsay

 

Facebooktwittergoogle_plus

Les Pyrénées des peintres. Musée Paul-Dupuy à Toulouse

Les Pyrénées des peintres, exposition, musée Paul DupuyEn cheminant, dans l’ordre chronologique, devant les dessins et peintures présentés au musée Paul Dupuy sous le thème « Les Pyrénées des peintres », nous avons incontestablement le sentiment de nous élever peu à peu vers les sommets.

Nous partons du milieu du XVIIIème siècle : c’est la verticale qui domine. Que les gorges sont hautes et étroites, que les cascades tombent de haut, que nous sommes petits (et craintifs) devant les forces naturelles qui dévalent sur nous !
Au cours du XIXème siècle le paysage s’humanise : les reliefs sont moins exagérés, un premier plan est davantage mis en valeur, les montagnes deviennent parfois seulement le cadre qui environne la scène ; bêtes et humains semblent participer à la conquête de la nature sauvage.
Et surtout le spectateur n’est plus en bas, il est à mi-chemin des sommets.

A l’orée du XXème l’homme a conquis : les tableaux de Schrader en témoignent largement, nous voyons désormais les Pyrénées d’en haut, ce sont des panoramas qui s’offrent aux yeux de celui qui a vaincu sa peur de la montagne.

L’amateur de paysage ne se satisfera pas seulement ici de réflexions sur la manière de représenter les Pyrénées et la montagne en général. Dessins et peintures ont chacun leur intérêt. Les Pyrénéistes du cru qui voulaient faire aimer « leur » montagne ont reçu la visite d’artistes illustres séduits par les reliefs et cascades : Eugène Viollet-Le-Duc, Théodore Rousseau, et surtout le héros de l’exposition, Gustave Doré qui prouve qu’il n’était pas seulement un illustrateur, et d’autres.
On retiendra les tableaux de Rosa Bonheur et de Joséphine Sarazin de Belmont, pour le « réalisme » de leur représentation. Loin d’un discours (pictural) emphatique sur la place de l’homme dans la nature, elles réalisent des œuvres « à la mesure » de ce qu’elles perçoivent.

Une bien agréable balade dans les Pyrénées en quelques salles, avant de reprendre, au printemps, les sentiers pierreux, et découvrir les paysages avec le souvenir des œuvres.

Gouffres, chaos, torrents et cimes : les Pyrénées des peintres
Musée Paul-Dupuy
3, rue de la Pleau à Toulouse (M° Esquirol)
Jusqu’au lundi 3 mars 2008
TLJ sauf le mardi de 10 h à 17 h
Entrée 5 € (TR : 2.5 €)
Catalogue aux Editions Privat, Collections Beaux-Arts, 127 p., 25 €

Facebooktwittergoogle_plus