A la recherche du temps perdu. Le temps retrouvé. Un peu de temps à l'état pur

Marcel Proust La RechercheEn buttant, à Paris, sur deux pavés mal équarris, le narrateur a revécu la sensation de bonheur qu’il avait éprouvée bien des années auparavant à Venise.

Retrouvant à ce moment le même sentiment de félicité qui l’avait envahi, au début de l’ouvrage, lorsqu’il avait goûté d’une petite madeleine trempée dans du thé, il essaie de voir jusqu’où le mènent ces bienheureuses réminiscences.

Il s’aperçoit qu’elles ne sont pas que la renaissance de moments du passé, mais qu’elles sont aussi le moyen de faire coïncider, enfin, le travail de son imagination avec des sensations réellement éprouvées :

Tant de fois, au cours de ma vie, la réalité m’avait déçu parce qu’au moment où je la percevais, mon imagination, qui était mon seul organe pour jouir de la beauté, ne pouvait s’appliquer à elle, en vertu de la loi inévitable qui veut qu’on ne puisse imaginer que ce qui est absent. Et voici que soudain l’effet de cette dure loi s’était trouvé neutralisé, suspendu, par un expédient merveilleux de la nature, qui avait miroiter une sensation à la fois dans le passé, ce qui permettait à mon imagination de la goûter, et dans le présent où l’ébranlement effectif de mes sens avait ajouté aux rêves de l’imagination ce dont ils sont habituellement dépourvus, l’idée d’existence, et, grâce à ce subterfuge, avait permis à mon être d’obtenir, d’isoler, d’immobiliser – la durée d’un éclair – ce qu’il n’appréhende jamais : un peu de temps à l’état pur.

En saisissant cet instant « de temps à l’état pur », il échappe au temps et découvre le bonheur de l’homme qui peut ainsi enfin échapper à l’idée de l’inéluctable mort :

Une minute affranchie de l’ordre du temps a recréé en nous, pour la sentir, l’homme affranchi de l’ordre du temps. Et celui-là, on comprend qu’il soit confiant dans sa joie, même si le simple goût d’une madeleine ne semble pas contenir logiquement les raisons de cette joie, on comprend que le mot de « mort » n’ait pas de sens pour lui ; situé hors du temps, que pourrait-il craindre de l’avenir ?

Excellent week-end à tous.

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Grammaire des Arts Décoratifs. De la Renaissance au post-modernisme

grammairePour ceux qui ont aimé le Musée des Arts décoratifs, ceux qui n’y connaissent rien et le regrettent parfois, ceux qui ont quelques notions éparses des différents styles et souhaitent les préciser et/ou en acquérir une vision d’ensemble, pour ceux, enfin, nombreux, qui se trouvent intimidés au seuil d’une échoppe d’Antiquités, voici un précieux ouvrage : la Grammaire des Arts Décoratifs.

Ce très beau livre devrait combler affamés et curieux : de la Renaissance au post-modernisme, il fait le tour des courants esthétiques majeurs sur une période de plus de 500 ans.

Baroque, Rococo, néo-classicisme, Arts & Crafts, Art Nouveau, Art Déco, Art contemporain … chaque chapitre, après une introduction fort utile qui place le mouvement dans son contexte et en donne les principales lignes, présente un panorama du mobilier, des arts du verre, de la céramique, du textile, papier peint, orfèvrerie …

Illustrée d’une abondante et riche iconographie, la Grammaire présente en outre l’intérêt d’offrir une vision internationale des arts décoratifs. Ainsi, les productions des pays européens les plus dynamiques dans ce domaine, ainsi que les Etats-Unis sont autant représentés que les créations françaises.

Un bel ouvrage à avoir chez soi, à consulter au fil des ans …

A signaler également : les éditions Le Robert ont publié récemment le Dictionnaire des mobiliers et objets d’art du Moyen Age au XXIème siècle. On y retrouve la qualité qui a fait le succès des dictionnaires Le Robert. L’ordre alphabétique permet de proposer une foultitude de notions, y compris les plus techniques. Mais pour une approche plus généraliste et initiatique, le dictionnaire est également aéré de dossiers thématiques sur les principaux courants qui ont marqué les arts décoratifs.

La Grammaire et le Dictionnaire : deux ouvrages de référence qui se complètent parfaitement.

Grammaire des Arts Décoratifs. De la Renaissance au post-modernisme
Noël Rilay, Patricia Bayer
Flammarion
545 p., 70 €

Dictionnaire des mobiliers et objets d’art. Du Moyen Age au XXIème siècle
Anne Lovreglio, Aurélia Lovreglio
Le Robert
480 pages, 42 €

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