Pieds nus, traverser mon cœur. Michèle Guigon

Michèle Guigon, Pieds nus traverser mon coeurPour son quatrième solo, voici une Michèle Guigon effectivement pieds nus sur scène, au propre comme au figuré ; une Michèle Guigon désarmée, au sens le plus noble, pacifique du terme.

Elle a lutté contre la maladie, expérience qu’elle évoquait, entre crudité et pudeur, de façon très touchante dans son précédent spectacle La vie va où ?, joué 8 mois à Paris, au Lavoir Moderne Parisien, au Lucernaire puis au théâtre du Rond-Point, et dont la tournée continue (le texte est désormais édité en livre CD chez Camino Verde).

Après le combat et la peur, Michèle Guigon veut désormais passer à autre chose, ce qu’elle explique à son public (fidèle) et montre avoir parfaitement réussi. Elle traverse son cœur pour découvrir et faire partager ce qu’il contient : beaucoup d’amour.
Elle raconte son mauvais caractère et comment elle a réalisé à quel point elle pouvait se montrer meilleure.
Ce bien joli chemin, c’est peut-être à travers le deuil de ceux qu’elle a le plus aimés, ses parents, qu’elle peut enfin le suivre tranquillement.

Elle a ainsi compris pourquoi, alors qu’elle était tout enfant, son père qui avait perdu son propre père exécuté par la Gestapo, l’a emmenée voir un camp de concentration pour lui montrer de quoi l’homme était capable. Sa mère recueillant sa fillette effrayée par ce qu’elle voyait et entendait avait alors dit à son mari : "Mais tu es fou !". Michèle Guigon sans se départir de son merveilleux sourire conclut : "Oui, il était fou, il était fou de douleur", avant d’ajouter : "On est tous fous de douleur quelque part".
C’est parce que son père n’avait jamais trouvé les mots pour parler de ce tragique épisode qu’il l’avait conduite devant les douches funestes.

Les mots, Michèle Guigon, elle, les chérit, les tourne dans tous les sens comme un joailler ses pierres précieuses. Et cela s’entend : ce spectacle est magnifiquement écrit (à quatre mains, avec son amie et complice de travail Susy Firth). C’est un petit bijou de délicatesse, d’élégance, de profondeur, de sagesse et, par la grâce de ces plumes inspirées, tout autant de légèreté.
Car Michèle Guigon ponctue cette façon de récit autobiographique de délicieux aphorismes qui, comme il se doit, disent juste tout en provoquant irrésistiblement rires et sourires. On n’en livrera ici aucun, tant doit rester entier le plaisir de les découvrir de la bouche de Michèle Guigon, cette artiste qui s’espère un peu poète – on la rassure – et trouve ainsi le moyen de transformer la douleur. En voici la preuve avec cette très poignante chanson que Michèle accompagne du souffle doux de l’accordéon :

Dis Maman
Cette cloche qui sonne le glas Maman
Voilà qu’aujourd’hui c’est pour toi Maman
Tu vas connaître l’Au Delà Maman
Peut-être tu me raconteras
(…)
Dis Maman
Maint’nant que t’as laissé ta place Maman
Je me prends le vent de pleine face Maman
J’sais pas toujours ce qu’i’faut qu’j’fasse Maman
Dis Maman
Cett’ vie qui coule entre nos doigts Maman
T’a permis de m’élever deux fois Maman
La premièr’ quand j’étais enfant Maman
Et la seconde maintenant

Pieds nus, traverser mon cœur
Texte Michèle Guigon et Susy Firth
Mise en scène Anne Artigau
Théâtre du Lucernaire
53, rue Notre-Dame des Champs 75006 Paris
Jusqu’au 23 octobre 2011
Du mardi au samedi à 20h, et à partir du 11 septembre, les dimanches à 17h
Durée 1 h 15
Places 30 € (TR à 15 € et 25 €)

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Hélène Ventoura. Le dernier numéro

Hélène Ventoura, Le dernier numéro, LucernaireCes femmes qui font les clowns, elles ont vraiment quelque chose de singulier… elles créent des univers décomplexés, où elles abordent sans détour tout ce qui dérange.

On a beaucoup aimé Michèle Guigon dans La vie va où ?…, découverte au Lucernaire en 2008, qui ose parler du temps qui passe et de la maladie avec autant de franchise que de délicatesse.
On peut d’ailleurs aller l’applaudir à nouveau puisqu’elle joue ce spectacle en ce moment même et jusqu’au 14 novembre 2010 au Théâtre du Rond-Point.

A découvrir aussi actuellement, au Lucernaire, Hélène Ventoura, clown 100 % pur jus qui, le temps de ce spectacle court et surprenant joue des numéros inspirés du cirque et du cabaret d’artistes dont c’est… le dernier numéro. Sur ce fond triste au possible – c’est la grâce des farceurs de son espèce – Hélène Ventoura nous fait rire, avec des tours dérisoires, quelques accessoires, trois notes de musique… Douée d’un talent comique irrésistible, auquel s’ajoute l’assurance tranquille d’une Valérie Lemercier, elle parle de la mort d’une façon si cruelle qu’on on redemanderait ! Ce doit être aussi à cela qu’elles servent, nos belles et courageuses clowns…

Hélène Ventoura
Le dernier numéro
Théâtre du Lucernaire
53 rue Notre Dame des Champs – 75006 Paris
A 21 h, durée 1 h
Places à 15 € et 22 €
Jusqu’au 4 décembre 2010

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La vie va où ?…

Michèle Guigon, la vie va où ?Michèle Guigon se souvient de son enfance dans l’Est de la France et de ses jeunes années, que l’on perd toujours un peu ; elle raconte la maladie, affronte l’idée de la mort et regarde la vie telle qu’elle est. Sans illusion mais avec gratitude, c’est-à-dire avec beaucoup d’amour, pour distiller, avec élégance mais conviction, une délicate philosophie de vie : « Grandir, vieillir… c’est toujours apprendre à perdre ». Mais apprendre, quel mot merveilleux…

Seule en scène, Michèle Guigon, comédienne aux multiples talents – auteur et musicienne notamment – vagabonde ainsi du temps où les « les grandes personnes sont vraiment très grandes » à l’âge où les titres et les noms propres se dérobent, chassés loin du bout de la langue par une mémoire infidèle. Le passage du temps, la traversée de la maladie, elle les évoque frontalement mais sans heurter jamais, avec pour partenaires son humour doux-amer, ses facéties de clown et sa grande sensibilité.
Près d’une heure et demie durant, on reste suspendu à ses lèvres, à son joli minois et à sa longue silhouette, attentifs à son magnifique sourire qui parfois se voile de mélancolie, à son accordéon dont elle fait surgir de poignantes mélodies. Ses chansons elles aussi sonnent justes et touchent en plein cœur, tant ce qu’elles racontent est universel, finement vu et dit simplement.

La vie va où ?…
De et par Michèle Guigon
Mise en scène et coécriture : Susy Firth
Collaboration artistique : Anne Artigau
Lumières : Marie Vincent
Théâtre Lucernaire
A 19 h, du mardi au samedi
Places 22 € (TR 15 €)

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La vie va où ?… Michèle Guigon

La vie va où, Lucernaire, Michèle GuigonBonne nouvelle : le spectacle de Michèle Guigon La vie va où ?… (lire le billet du 5 juillet), joué tout l’été à Paris et plébiscité par le public malgré ses thématiques graves, continue jusqu’au 21 novembre 2009 au théâtre du Lucernaire.

Dans ce "seule-en-scène", l’artiste aux multiples facettes, comédienne, chanteuse, accordéoniste, mais aussi clown, met tous ses talents au service de la femme qu’elle est, lucide, bienveillante, sensible.

Quand les tragédies de l’existence sont évoquées avec autant d’humour que de sincérité par Michèle Guigon, c’est toute une philosophie de la vie qui se dessine…
Un spectacle à ne pas louper.

La vie va où ?…
De et par Michèle Guigon
Mise en scène et coécriture : Susy Firth
Collaboration artistique Anne Artigau, lumières Marie Vincent
Théâtre du Lucernaire
53, rue Notre-Dame-des-Champs – Paris VIème
M° Notre-Dame des Champs
Réservation sur le site du théâtre et au 01 45 44 57 34
Du mardi au samedi à 18 h 30, durée 1 h 20

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