L’Atelier de Man Ray, Unconcerned but not indifferent

L'Atelier de Man Ray à la Pinacothèque de Paris, HemingwayAvec L’Atelier de Man Ray, Unconcerned but not indifferent (Détaché mais pas indifférent), la Pinacothèque de Paris présente jusqu’au 1er juin une vaste sélection de peintures, dessins, collages, sculptures, objets et photographies de Man Ray.

Il faut rappeler que le célèbre photographe a exploré bien des supports, n’hésitant d’ailleurs pas à mélanger les genres, notamment en retravaillant les photos à la peinture ou au dessin.

A New-York, où il débute sa carrière de photographe, il est séduit par la peinture moderne européenne découverte dans les galeries, mais également par la révolution avant-gardiste engagée par Marcel Duchamp et Francis Picabia.
Aussi, il ne s’éternise guère de ce côté-là de l’Atlantique et s’installe dès 1921 à Paris, où il est immédiatement adopté par le groupe Dada, devient l’amant de celle qui sera bientôt Kiki de Montparnasse, avant de suivre André Breton dans l’aventure surréaliste.
Américain il restera, mais Américain de Paris avant tout : son séjour aux Etats-Unis durant les années 1940 ne l’enchantera guère, il retournera à Paris dès 1951 et y finira ses jours en 1976.

Les oeuvres exposées (prêtées à titre exceptionnel par le Man Ray Trust à New-York), mêlant dessins, photos, lithographies, objets uniques, objets personnels et documents sources, permettent ainsi de suivre le parcours passionnant d’un artiste qui a côtoyé et photographié les plus grands de son temps.
L’on y retrouve tous les acteurs de cette période foisonnante que fut la première moitié du XXème siècle en France.
Celui qui fut érigé au statut de photographe d’art (grâce notamment au procédé du rayogramme) était en effet un portraitiste couru qui collaborait régulièrement à Harper’s Bazaar, Vogue, Vu et autre Vanity Fair.

Voici donc le magnifique profil de Picasso, voici Kiki, mutine sous son chapeau cloche, voici encore Cocteau, Hemingway, Gris, Léger, Derain, Satie, Giacometti…
Plus loin, après avoir admiré un classique et somptueux portrait d’Ava Gardner, l’on découvrira deux minuscules diapositives peintes, datées des années 1950, l’une montrant Yves Montant, l’autre Juliette Gréco. Elles sont intimes, elles sont tendres, à l’opposé de bien d’autres oeuvres pleines de puissance de cet artiste assurément multiple et complexe.

L’Atelier de Man Ray, Unconcerned but not indifferent
Pinacothèque de Paris
28, place de la Madeleine – Paris 8ème
Jusqu’au 1er juin 2008
Tlj de 10 h 30 à 18 h
Entrée 7 € (TR 5 €)

Image : Yves Montant, 1950, Diapositive peinte, 8,89 x 6,35 cm © Man Ray Trust – ADAGP Paris 2008

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Regarder VU : un magazine photographique 1928-1940

vuEn nous proposant de découvrir ou redécouvrir l’aventure du magazine VU, cette exposition nous offre une plongée dans le photo-journalisme des années 30 : on assiste à la naissance d’une nouvelle forme de presse, d’une nouvelle façon de porter le monde à la connaissance du lecteur.

C’est aussi l’occasion de revenir sur une période très dense historiquement, qui a vu émerger des combats significatifs et fondateurs en Europe : le Front populaire, la montée du nazisme, la guerre d’Espagne, …

Le fondateur de VU, Lucien Vogel, était un homme de presse engagé et cela se voit : il publiera plusieurs hors-séries, dont un sur la guerre d’Espagne justement. C’est dans VU que paraîtra pour la première fois la célèbre photo de Robert Capa montrant un républicain espagnol fauché par une balle franquiste près de Cordoue.

Dès le début, Vogel a su faire appel aux grands photographes (Man Ray, André Kertész …), et autour de lui tout un travail sur la mise en page, le choix et la mise en valeur des images s’élabore.
L’espace « La médiatisation photographique » explique comment les rédacteurs vont apprendre à trier trente photos par semaine parmi les deux mille qu’ils reçoivent : choisir des photos, c’est distinguer celles qui permettront au lecteur d’avoir l’impression d’être témoin de l’évènement. Ou comment l’aspect affectif et l’effet spectaculaire prennent le pas sur la ligne descriptive, la singularité esthétique sur la singularité historique.

On assiste ainsi à la naissance de l’exploitation des standards médiatiques, avec les questions qu’elle soulève, et qui sont demeurés identiques depuis plus de 70 ans : celle de notre rapport à l’image, à sa profusion, à la mise à niveau qu’elle fait de tous les sujets qu’ils soient graves ou légers …

Les quatre espaces de l’exposition sont bien pensés. Le visiteur les arpente à son rythme, consulte les fac-similés, s’attarde sur tel ou tel reportage selon sa curiosité, son intérêt ou sa sensibilité, au fil d’une ballade historique, esthétique et journalistique passionnante. Chacun repart l’esprit marqué par une ou plusieurs photos dont il se souviendra longtemps.


Les coups de coeur Mag :

Dans la partie « Portraits publics », la dernière interview de « La Goulue », quelques semaines avant sa mort, où on voit le modèle immortel de Herni-Toulouse Lautrec qui finit ses jours dans une roulotte aux abords de Saint-Ouen, dans la misère. Elle aura besoin de quatre verres d’alcool avant de se souvenir et d’accepter d’évoquer la vedette qu’elle a été, l’autre vie qu’elle a connue, lorsqu’elle était la déesse de Montmartre. Un reportage très émouvant.
Et encore : dans la dernière partie « Le phénomène photographique », florilège de photos énigmatiques, celle des Champs-Elysées sous la pluie à 2h du matin : tout à coup, on dirait un fleuve … De quoi rêver aussi, donc.

Maison européenne de la Photographie 5/7 rue de Fourcy – Paris 4ème
Jusqu’au 25 février, tous les jours de 11h à 20h sauf les lundi, mardi et jours fériés
Tarif : 6 € (TR 3 €)
M° Saint-Paul ou Pont-Marie

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